Texte intégral
ÉDOUARD GEFFRAY, MINISTRE DE L'ÉDUCATION NATIONALE
Bonjour.
APOLLINE DE MALHERBE
Ministre de l'Éducation nationale, je le disais, mais d'une Éducation nationale qui doit faire face à des mouvements, des mouvements qui, pour l'instant, étaient à peu près contenus, mais qui pourraient prendre de l'ampleur. Des dizaines de lycées qui ont été bloqués en fin de semaine dernière en région parisienne. On vous révélait sur RMC, dès hier, que l'Union syndicale lycéenne, qui est le premier syndicat lycéen, appelle carrément au blocage de tous les établissements de France demain, à l'occasion de la journée sociale, à l'appel notamment de la CGT. Est-ce que vous craignez la contagion ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Moi, je ne crains pas forcément la contagion au sens noble du terme, je dirais, parce qu'il y a différents phénomènes. Vous avez des lycéens qui ont des revendications et qui, parfois, sont tout à fait légitimes. J'ai eu le cas, par exemple, au lycée Saint-Exupéry, qui est le premier où il y a eu des mobilisations parce qu'il y avait des professeurs non remplacés. Et évidemment, on le savait, il y avait un travail qui a été fait depuis une semaine, la quasi-totalité des postes a été pourvue. Bon, derrière ça, vous avez aussi d'autres personnes qui sont violentes, qui arrivent masquées, cagoulées, à 7h du matin là, qui arrivent avec des palettes et des matelas. Donc là, on s'éloigne un peu de la mobilisation spontanée d'élèves sur la pause du midi, vous voyez, qui allument des feux ou qui enfoncent des grilles et qui poussent les lycéens à se mobiliser de manière violente. Et là, pour le coup, on a un problème, c'est qu'on met en danger nos élèves. Et ça, c'est un truc que je ne peux pas accepter.
APOLLINE DE MALHERBE
Ils viennent d'où ces dizaines, dites-vous, d'individus masqués qui viennent devant...
ÉDOUARD GEFFRAY
Ils sont extérieurs. Ils sont clairement extérieurs. J'ai un proviseur qui a été agressé la semaine dernière. L'individu qu'il a frappé n'était pas un lycéen de l'établissement, donc ce sont des gens extérieurs qui n'ont rien à voir avec les lycéens. D'ailleurs que l'intérêt des lycéens n'intéresse absolument pas. Qu'ils sont clairement là pour être violents et s'en prendre aux institutions en général et à l'institution scolaire en particulier.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous venez de nous dire, Édouard GEFFRAY, qu'un proviseur avait été agressé.
ÉDOUARD GEFFRAY
Un proviseur a été agressé la semaine dernière, une CPE a été piétinée dans un mouvement de foule. Un élève a été blessé à cause d'un tir de mortier. Il a été hospitalisé. Il est hospitalisé depuis cinq jours et devrait sortir aujourd'hui. D'autres élèves ont été légèrement blessés. Il y a un moment, si vous voulez, l'intérêt des élèves, c'est non seulement d'aller en cours, mais c'est d'y aller en sécurité. Et il est hors de question qu'on mette collectivement la vie de nos élèves en danger et leur santé en danger pour des raisons politiques ou idéologiques.
APOLLINE DE MALHERBE
Politique ou idéologique, qu'est-ce qui vous fait dire ça ? C'est-à-dire que, si ce sont des individus masqués qui viennent à 6 h du matin, à, si je comprends bien, attiser en quelque sorte ou souffler sur les braises d'une colère que vous-même vous estimez, pour certaines, légitimes, pourquoi le font-ils et de qui s'agit-il ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, d'abord, dans certains cas, il faut effectivement gérer. C'est important. Quand des élèves ont des revendications, par exemple parce qu'il y a eu des postes non pourvus, enfin des enseignants malades, non remplacés, ça, il faut y travailler, c'est clair. Et j'y travaille tous les jours et tous mes services y travaillent. Quand, par contre, très clairement, on a des membres, alors qui, a priori – moi, je suis toujours très prudent puisque je ne suis pas ministre de l'Intérieur – mais qui sont de la mouvance dite "ultragauche" et qui ont des actions violentes, quand on a aussi des personnalités politiques qui, dans ce contexte-là, incitent à généraliser le blocage, alors même qu'on sait que nos élèves sont en danger, quand des individus cagoulés, armés de mortiers se pointent devant un établissement, là, on est sur une forme de responsabilité.
APOLLINE DE MALHERBE
De qui parlez-vous ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Des députés LFI.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous parlez des ministres ?
ÉDOUARD GEFFRAY
De députés LFI.
APOLLINE DE MALHERBE
Députés.
ÉDOUARD GEFFRAY
De députés de La France insoumise qui, ce week-end, ont clairement incité au blocage.
APOLLINE DE MALHERBE
Deux députés qui appelaient au blocage. Louis BOYARD, député du Val-de-Marne. Thomas PORTES, député de la Seine-Saint-Denis.
ÉDOUARD GEFFRAY
Pas que. Clémence GUETTE, Eric COQUEREL, la semaine dernière, je crois, de mémoire aussi, sont venus sur des établissements pour inciter les élèves au blocage. Mais une fois encore, qu'on se batte pour des revendications légitimes, enfin qu'on se mobilise pour des revendications légitimes, dans le calme. Il y a des instances pour ça, il y a des conseils de vie lycéenne, etc.
EMMANUEL LECHYPRE
Et sachant que le lycée est quand même… c'est pour les parents pauvres aujourd'hui, le lycée, finalement. Il n'a pas bénéficié des mêmes attentions que les collèges. Qu'est-ce que vous comptez… ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors là, pour le coup, pardonnez-moi, je ne suis pas forcément d'accord avec vous. Ce n'est pas le parent pauvre. Et d'ailleurs, il y a quelque chose qui est intéressant, c'est que dans plus de la moitié des établissements qui ont été la cible de blocages ou autres, les dotations sont largement supérieures à la moyenne nationale. Donc je suis allé regarder les fiches des établissements pour comprendre.
APOLLINE DE MALHERBE
Combien d'établissements, pardon ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Il y a 58 établissements.
APOLLINE DE MALHERBE
58 établissements qui ont été touchés par ces colères.
ÉDOUARD GEFFRAY
Qui ont fait l'objet de différentes tentatives, et une dizaine qui ont fait l'objet de blocages, sur ces 58. Ailleurs, les choses ont pu se résoudre, heureusement, différemment. Et donc, il y en a 58 qui, en tout, ont été concernés la semaine dernière. Et sur ces 58, il y en a une majorité qui sont, j'allais dire, enfin, dans la dotation, dans le nombre d'heures ou le nombre d'adultes par élève, supérieurs à la moyenne nationale. Ça ne veut pas dire que tout s'y passe bien. Une fois encore, quand un professeur est absent et qu'on n'arrive pas à le remplacer relativement rapidement, on a un problème. Mais ça, ça se traite, ça se discute. Je n'ai jamais vu un mortier recruter un professeur.
ARTHUR CHEVALLIER
Alors justement, monsieur le ministre, c'est la hausse de la violence. C'est quand même un phénomène significatif. Ce que je veux dire par là, c'est que je vous entendais décrire les blocus tout à l'heure. J'ai moi-même mené une grande carrière de bloqueur étant lycéen. Ça ressemble trait pour trait à ce que c'est aujourd'hui. La chose n'a pas beaucoup changé. En revanche, qu'il y ait des tirs de mortiers devant les établissements, ça, c'est totalement nouveau. Donc ma question est très simple : pourquoi est-ce que cette violence-là, qui existe aujourd'hui, n'existait pas avant chez les élèves ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Ben d'abord...
ARTHUR CHEVALLIER
Ils ne sont pas devenus idiots ? Ils n'ont pas… Qu'est-ce qui s'est passé entre-temps ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Ah non, non ! D'abord, il faut respecter les élèves et il faut les écouter. Et c'est ce que je fais. Et j'en rencontre d'ailleurs tous les jours. Mais là, on est sur autre chose. On est, une fois encore, sur… Alors d'abord, il y a un effet réseaux sociaux. Vous avez des tracts sur ceux qui circulent en ce moment, avec une incitation à ramener des mortiers, avec des revendications d'ailleurs qui n'ont, pour beaucoup, absolument rien à voir avec l'intérêt des élèves. Une fois encore, c'est assez intéressant de les regarder. Et puis, par ailleurs, on est sur un phénomène, effectivement… Enfin, on a une augmentation des tensions sociales que personne n'ignore. Et quand, dans ce contexte-là, vous avez un peu des professionnels d'agitation qui débarquent cagoulés et qui distribuent des… ce qu'on appelle les chandelles romaines maintenant, et qui les font tirer par les élèves ou qui les tirent eux-mêmes en direction des élèves, là, vous avez un problème.
APOLLINE DE MALHERBE
Monsieur le ministre, il y a aussi, depuis cette rentrée, un certain nombre de cas inquiétants de professeurs qui se retrouvent parfois menacés par des élèves. Et c'est là-dessus que vous vouliez alerter Murielle. Bonjour, Murielle.
MURIELLE, AUDITRICE
Oui, bonjour.
ÉDOUARD GEFFRAY
Bonjour.
APOLLINE DE MALHERBE
Murielle, vous nous appelez de Pau et vous vouliez revenir aussi sur l'incident qui est arrivé en fin de semaine dernière.
MURIELLE
Voilà. Parce qu'en fait, moi, je voulais... Moi, ce qui m'énerve, c'est qu'il y a beaucoup d'accidents depuis pas mal de temps qu'on entend parler pour des enfants en situation de handicap. Et en fait, il y a un gros problème de recrutement des AESH. Moi-même, ma fille est en situation de handicap, donc on monte des dossiers MDPH, on a des notifications pour avoir des AESH, pour avoir une place en ULIS, pour que nos enfants puissent avoir une scolarité la plus normale possible, malgré leurs difficultés, malgré leurs besoins spécifiques. Et pourtant, je déteste ce terme. Et en même temps, en face, l'Éducation nationale, il n'y a pas de réponse. Moi, ma fille, elle a dû attendre la cinquième pour avoir une place en ULIS. Pas d'AESH. Donc en fait, c'est moi qui l'ai fait. C'est moi qui ai pallié pour limiter le retard. Évidemment, il n'y a plus de redoublement parce que c'est un échec de l'Éducation nationale. Et après, on s'étonne qu'un petit enfant de huit, neuf ans agresse son institutrice.
APOLLINE DE MALHERBE
Ça, ça s'est passé effectivement à la fin de la semaine dernière dans l'Essonne. Un enfant polyhandicapé qui n'aurait pas dû être dans cette classe, sans accompagnement ou sans AESH, qui, en effet, a blessé sa professeure. Murielle, votre témoignage, je voudrais que le ministre puisse répondre.
ÉDOUARD GEFFRAY
D'abord, ce que vous décrivez, madame, est évidemment et insupportable à vivre pour vous et anormal. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'en fait, on a effectivement un nombre très important et croissant d'élèves. C'est plus 10 % par an, le nombre de ce qu'on appelle de notifications d'AESH sur le nombre d'élèves qui auraient besoin d'un accompagnement d'enfants en situation de handicap. C'est plus 10 % par an. On essaie de suivre, c'est-à-dire qu'on essaie de recruter des gens. Cette année par exemple, à la rentrée, là on avait un taux de ce qu'on appelle un taux de couverture, un taux de recrutement qui était en sensible amélioration par rapport à l'année dernière. Mais le fait est qu'on a du mal aussi à trouver des AESH. On a du mal à recruter.
APOLLINE DE MALHERBE
Ils sont quand même payés une misère par rapport à l'investissement qu'ils donnent.
ÉDOUARD GEFFRAY
La difficulté, en fait, c'est qu'effectivement ils ne sont pas à temps plein et que, du coup, ils ont une rémunération mensuelle qui tourne à 1 000, 1 100 euros, ce qui, objectivement, n'est pas suffisant. Et donc, on y travaille. Leur rémunération, pardon, a été améliorée de 13 % en deux ans. Donc on continue à y travailler. Mais c'est un sujet extrêmement complexe, et avec des enfants qui, effectivement, pour certains d'entre eux, comme ceux que vous mentionnez tout à l'heure, devraient être en institut spécialisé et pas en école.
APOLLINE DE MALHERBE
Une dernière question : grève, appel à la grève, en tout cas demain dans le service public et notamment dans l'Education nationale. Est-ce que vous savez si tous les enfants vont pouvoir être accueillis demain ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors en principe, dans le premier degré, il y a effectivement un service d'accueil minimal qui est assuré par les collectivités locales. Donc tout ça est organisé et normalement, oui, en tout cas, je le souhaite.
APOLLINE DE MALHERBE
Le taux de grévistes, vous savez déjà ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors le taux de grévistes, je ne le sais pas. Et on verra évidemment ça demain. Quoi qu'il arrive, une fois encore, les revendications, elles doivent être entendues parce qu'elles sont exprimées dans un cadre justement organisé et légitime. Mais il faut qu'on retrouve une forme de paix civile quand on a besoin d'exprimer ces choses-là. Et je le rappelle à un lycéen ce matin, pour ne pas qu'il se fasse manipuler par des gens qui ne cherchent pas la paix civile.
source : Service d'information du Gouvernement, le 29 septembre 2026