Texte intégral
MAUD BREGEON
Bonjour, bonjour à tous.
LAURENCE FERRARI
Bienvenue. Vous êtes porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée de l'énergie. Ce matin, 4 à 500 établissements seront partiellement ou totalement fermés. 24 ont été saccagés, constat accablant du ministre de l'éducation, Édouard Geffray. Qu'est-ce que le Gouvernement a raté ou n'a pas vu venir, Maud Bregeon ?
MAUD BREGEON
La priorité, c'est d'abord de rétablir l'ordre. Les images qu'on a vues ces derniers jours, la semaine dernière spécifiquement, aux abords des lycées, des images de grandes violences, des policiers qui ont été pris pour cibles, des gendarmes qui ont été pris pour cibles, des pompiers, des personnels de l'éducation nationale, des journalistes, des élèves qui ont été pris pour cibles. Tout ça est absolument évidemment inadmissible.
LAURENCE FERRARI
Mais vous n'avez pas vu venir ?
MAUD BREGEON
Tout a été mis en place d'abord pour organiser un retour au calme. Et c'est pour ça que de nouveaux établissements, 4 à 500 établissements sont fermés aujourd'hui. Et on continuera autant que nécessaire. Là encore, il ne s'agit pas de balayer d'un revers de main des revendications qui peuvent être légitimes. Mais entre des lycéens qui ont des choses à dire, encore une fois, de manière pacifique et légitime, et des violences urbaines, il y a un monde. Ce sont deux choses complètement différentes.
LAURENCE FERRARI
Mais donc vous avez loupé quelque chose ? Vous n'avez pas compris ce qui se passait du côté des lycéens ? Et ce mouvement a, depuis, été complètement noyauté par la gauche radicale, et donc il n'a plus rien à voir avec ce qu'il était au départ ?
MAUD BREGEON
Je crois qu'il ne faut pas inverser les choses. Lorsque des individus, jeunes ou moins jeunes d'ailleurs, caillassent des forces de l'ordre, s'en prennent à des pompiers, agressent du personnel de l'éducation nationale, ce n'est pas la faute du Gouvernement. C'est la faute de délinquants, de factieux. Ça pose la question de la responsabilité parentale, par ailleurs, quand ils sont mineurs. Et le rôle de l'État, le rôle du Gouvernement, c'est évidemment de tout mettre en œuvre, là encore une fois, pour rétablir l'ordre. Et rétablir l'ordre, c'est la priorité. Mais je le redis, n'inversons pas la charge de la preuve.
LAURENCE FERRARI
Je suis quand même étonnée par ce qu'a demandé hier Sébastien Lecornu à 5 de ses ministres pour que les cours reprennent. 5 chantiers, assurer les cours, garantir les conditions d'enseignement dignes, organiser des journées qui permettent de travailler et vivre au lycée, rendre des choix d'orientation compréhensibles et réellement accessibles. Demandez ça à des personnels de l'éducation nationale ou des ministres, des personnels qui vivent dans la terreur d'être brûlés vifs dans leur logement de fonction, est-ce que c'est le bon moment ? Est-ce que c'est la bonne réponse à apporter ?
MAUD BREGEON
C'est une mission qui est donnée encore une fois à 5 ministres et qui doit être rendue d'ici à fin octobre. L'objectif, c'est quoi ? C'est de dire… Bien sûr qu'il y a des difficultés au lycée. Bien sûr qu'il y a des difficultés dans l'éducation nationale et dans le fonctionnement de l'éducation nationale. Et les lycéens ont des choses à dire, ont des messages à passer. Il faut qu'on arrive à les entendre, à les écouter, à les prendre en compte.
LAURENCE FERRARI
C'est pour faire baisser la tension.
MAUD BREGEON
Pour autant, il faut bien faire le distinguo entre des lycéens qui ont des revendications que nous devons écouter parce que c'est notre jeunesse et parce qu'au fond, c'est leur quotidien, et en même temps, ce qui s'est passé la semaine dernière, qui, je le redis, est proprement inadmissible et par ailleurs instrumentalisé par une part de responsables politiques. Je pense notamment à La France insoumise. Dès les prémices du mouvement, dans les premières heures de ce mouvement, on a vu des élus comme Louis Boyard, comme Bally Bagayoko attiser, encourager cette violence. Et donc ils ont une responsabilité politique et morale majeure dans ce qui se passe depuis plusieurs jours aux abords des lycées.
LAURENCE FERRARI
Ils participent à l'embrasement ?
MAUD BREGEON
Ils participent évidemment à l'embrasement. C'est fait de manière tout à fait assumée. Et au fond, ça dit quelque chose d'une stratégie électorale qui est mise en place pour soi-disant récupérer le vote peut-être d'une partie de la jeunesse. Moi, je pense que c'est profondément délétère. Mais en tout état de cause, ça existe. C'est une stratégie électorale assumée de La France insoumise, profondément cynique, mais donc avec une responsabilité derrière politique qu'ils devront assumer et qu'ils devront assumer devant les policiers, devant les gendarmes et devant le corps enseignant qui, en ce moment, a toutes les raisons d'avoir peur.
LAURENCE FERRARI
Quand même, ça fait quand même 10 ans qu'Emmanuel Macron est au pouvoir. Parcoursup, contre lesquels les manifestants s'insurgent, a été mis en place sous le Gouvernement d'Édouard Philippe par la ministre Frédérique Vidal. 8 ministres de l'éducation nationale. Budget 2026, 63 milliards d'euros. Il n'y a rien qui fonctionne en fait ; c'est le bilan des années Macron ce à quoi on arrive aujourd'hui, Maud Bregeon ?
MAUD BREGEON
Justement, je pense qu'il ne faut surtout pas tomber dans ce type de caricatures.
LAURENCE FERRARI
Non, ce n'est pas une caricature. Ce sont des chiffres, des faits.
MAUD BREGEON
Dire que rien ne fonctionne dans l'éducation nationale, d'abord, c'est…
LAURENCE FERRARI
C'est ce que disent les lycéens.
MAUD BREGEON
D'abord, pardonnez-moi, mais c'est un peu méprisant envers tous les enseignants, tous les chefs d'établissement qui font un travail absolument extraordinaire. Il y a beaucoup d'établissements de lycées, de collèges dans lesquels ça se passe bien. Il y a des enseignants qui font remarquablement leur travail en France…
LAURENCE FERRARI
Qui a mis en place Parcoursup…
MAUD BREGEON
Qui se réveillent tous les matins avec un objectif. C'est la réussite de leurs élèves. Et ensuite, il y a évidemment, mais comme dans toute organisation, des dysfonctionnements, des choses que l'on peut améliorer. C'est le cas dans l'éducation nationale, pas uniquement. Et par ailleurs, ça ne justifie pas qu'on brûle des lycées ou qu'on s'en prenne à des pompiers et des gendarmes.
LAURENCE FERRARI
Alors qui doit payer, d'ailleurs, la facture, Maud Bregeon ? Qui va payer ces dégradations ? Est-ce que c'est l'État, ce sont les parents ou ce sont les régions, puisque les lycées dépendent des régions ?
MAUD BREGEON
Plus personne ne comprend aujourd'hui que l'État, et donc le contribuable, vos impôts, les impôts de ceux qui sont en train de nous écouter, paient pour les dégradations d'une minorité violente. Vous savez que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a présenté un projet de loi en Conseil des ministres, un projet de loi qui s'appelle casseurs-payeurs, qui vise notamment à garantir que les amendes soient dans la totalité des cas payés, y compris si ça doit nous amener à aller piocher dans les aides sociales, dans les APL, par exemple. Et donc ce projet de loi sera présenté le 27 octobre prochain au Sénat. Il permettra donc deux choses.
LAURENCE FERRARI
Une date précise, ça ?
MAUD BREGEON
Le 27 octobre au Sénat, il permettra deux choses. D'une part, d'aller prélever dans les prestations familiales lorsque c'est nécessaire, que ce soit pour des dégradations commises par des majeurs ou par des mineurs. Et du coup, on irait utiliser une part des allocations des parents. Et puis ensuite, ça permet d'engager une forme de responsabilité collective. Si vous êtes participante à un mouvement violent, qu'après sommation de la police, vous restez dans ce mouvement violent, alors pourra être engagée une co-responsabilité.
LAURENCE FERRARI
C'est intéressant. Et 81% des Français veulent que ce soit les parents qui paient…
MAUD BREGEON
Je crois que c'est très attendu par nos concitoyens, parce que vous avez des enfants, j'ai des enfants. Quand on a des jeunes de 14, 15, 16 ans qui, à 9h du matin, sont en train de brûler des abris de bus ou, plus grave encore peut-être, le lycée dans lequel ils étudient, ça pose la question de la place des parents et de la responsabilité parentale. J'ai d'ailleurs noté… Vous savez que chez moi, dans les Hauts-de-Seine, le préfet Alexandre Brugère convoquera aujourd'hui les parents d'enfants tenus pour responsables de violences dans les lycées ou aux abords des lycées. Je pense que c'est une bonne manière de faire parce qu'on ne peut pas trouver d'excuse à une forme de déresponsabilisation. Voilà. Quels que soient les milieux sociaux, quelles que soient les difficultés auxquelles les familles sont confrontées et qu'il faut encore une fois entendre, mais quand on a des gamins de 14, 15 ou 16 ans qui brûlent des lycées et qui s'en prennent au personnel de l'Éducation nationale, à leurs enseignants, dévoués pour eux, ça appelle encore une question fondamentale qui est celle de la sphère familiale.
LAURENCE FERRARI
Le projet de loi sur casseurs-payeurs, concrètement, les premières mesures, ce sera quand si vous dites qu'il arrive là au Sénat ? Ça sera l'année prochaine, 2027 ?
MAUD BREGEON
Il y aura une première lecture au Sénat. L'objectif, c'est bien sûr d'aboutir le plus rapidement possible. On en parlera peut-être tout à l'heure, mais vous savez qu'on a par ailleurs un budget à passer au Parlement.
LAURENCE FERRARI
Un budget à mettre en place. Bien sûr.
MAUD BREGEON
Voilà, ça va prendre un peu de temps
LAURENCE FERRARI
Encore un mot du syndicat de la magistrature qui dénonce une réponse gouvernementale, je cite, brutale et demande de cesser de réprimer la jeunesse pour la faire taire. Il dit que ces usages manifestement disproportionnés de la force publique touchent d'abord et avant tout les jeunes racisés issus du quartier populaire. Ça fait sortir Laurent Nuñez de ses gonds, qui dit qu'évidemment, il déplore des accusations graves et sans fondement d'intervention. Et c'est tout ? On ne va pas aller plus loin ? Est-ce que vous demandez la dissolution du syndicat de la magistrature ?
MAUD BREGEON
Je crois que d'abord, ce qui est brutal, ce sont les images qu'on a vues et ce sont les actions, encore une fois, de mouvements délinquants qui ont été proférées la semaine dernière. Je pense que le syndicat de la magistrature sort complètement de son rôle en tenant de tels propos. Et que si je me mets à la place des Françaises et des Français qui nous écoutent ce matin, je comprends qu'ils puissent s'interroger sur le fonctionnement de cette institution. Donc je n'en demande pas, parce que ce n'est pas mon rôle, la dissolution ou je ne sais pas quel est le mot que vous avez utilisé, mais c'est profondément choquant.
LAURENCE FERRARI
Mais les policiers disent : "Est-ce qu'on sera jugé indépendamment devant ces juges-là ?"
MAUD BREGEON
Pardonnez-moi. C'est profondément choquant, mais on regarde les positions du syndicat de la magistrature depuis quelques années, ce n'est pas non plus très étonnant.
LAURENCE FERRARI
Donc on laisse faire. On continue ?
MAUD BREGEON
Ce n'est pas une question de laisser faire ou de ne pas laisser faire. Il ne s'agit pas… Le rôle de la porte-parole du Gouvernement n'est pas de demander la dissolution d'un syndicat. C'est de rappeler quel est l'État du droit et la manière dont il doit être appliqué. Je vous renvoie par ailleurs à la directive qu'a donnée le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, dès la semaine dernière à l'ensemble de la chaîne judiciaire, demandant une fermeté toute particulière. Voilà. Et donc pour nous, c'est ça qui compte.
LAURENCE FERRARI
Il y a aussi ces forces de l'ordre qui sont malmenées, on l'a dit à plusieurs reprises depuis le début de cette intervention. Est-ce qu'on doit instaurer une présomption de légitime défense au bénéfice des forces de l'ordre ?
MAUD BREGEON
Je crois d'abord que les forces de l'ordre et l'immense majorité des policiers et des gendarmes font un travail absolument remarquable et absolument extraordinaire. Et les attaques au sens des accusations dont ils ont fait l'objet depuis une semaine maintenant, notamment en tout cas concernant les violences aux abords des lycées, sont absolument inacceptables. On a vu des centaines et des centaines d'individus s'en prendre encore une fois au personnel de l'État et une minorité, notamment de responsables politiques, pointer du doigt les forces de l'ordre. Je pense qu'encore une fois, c'est de la très basse politique. Mais je suis convaincue que ça ne reflète pas ce que pensent les Français, parce que l'immense majorité des Français sont en soutien des forces de l'ordre, des policiers et des gendarmes.
LAURENCE FERRARI
Maud Bregeon, notre invitée sur CNews et sur Europe 1. Vous l'avez dit, le budget arrive cette semaine en commission avec un texte qui prévoit un effort de 54 milliards d'euros, je crois, pour contenir le déficit. En réalité, ce sont surtout les entreprises qui vont faire des économies, selon l'institut Rexecode. 20 milliards d'euros pour les entreprises sur ces 54 milliards d'euros. Où est-ce que l'État se serre la ceinture, en fait ?
MAUD BREGEON
Il y a un partage de l'effort et le gros de l'effort est porté par l'État. Les crédits des ministères hors défense seront gelés. C'est l'effort le plus important qui est demandé dans ce budget. Maintenant, moi, je voudrais être claire ce matin. On est dans une situation qui est très difficile, très difficile.
LAURENCE FERRARI
Voire catastrophique.
MAUD BREGEON
Le déficit 2026 sera supérieur à 5%. On a une situation nationale qui est, encore une fois, extrêmement compliquée, notamment sur le plan politique. On a une situation internationale confère ce qui se passe au Moyen-Orient, confère la hausse des taux dont vous parlez sûrement sur vos plateaux, qui est inquiétante par certains aspects. Et donc il y a urgence, plus que jamais, si je puis dire, à permettre l'adoption d'un budget dans les semaines à venir. Je vous renvoie vers le rapport de l'Inspection générale des finances. Ce n'est pas un rapport du Gouvernement qui explique bien que l'absence de budget, c'est un déficit qui avoisinera les 6% l'année prochaine.
LAURENCE FERRARI
Donc on est d'accord ? La question, c'était pourquoi ce sont les entreprises qui portent l'essentiel de l'effort et pas l'État.
MAUD BREGEON
C'est l'État qui portera l'essentiel de l'effort. L'État portera l'essentiel de l'effort par le gel, encore une fois, des crédits de l'ensemble des ministères hors défense. Ensuite…
LAURENCE FERRARI
Les entreprises aussi. Vous me le concéderez, elles porteront aussi une partie de l'effort.
MAUD BREGEON
Les entreprises porteront une partie de l'effort. Et toute la question, c'est la manière dont on le répartit. Maintenant, moi, je voudrais être encore une fois claire ce matin. Nous, on propose une copie de départ. On n'a pas de majorité au Parlement. On propose une copie de départ qui fait contribuer les uns et les autres de la manière la plus équitable possible. Et puis ensuite, on discutera. Il va se passer des semaines de débats au Parlement. Et moi, ce que j'espère, c'est que les partis politiques responsables, ceux qui n'ont pas envie en tout cas d'envoyer le pays dans le fossé de la dette et du déficit, arriveront à s'accorder pour un budget pour 4 ou 5 mois.
LAURENCE FERRARI
Vous vous adressez au Rassemblement National ?
MAUD BREGEON
Je m'adresse aux 577 députés et à l'ensemble des sénateurs du Parlement, parce que ce n'est pas le rôle de l'État et du Gouvernement que de trier les élus de la République. Un élu de la République vaut un élu de la République. Et j'espère encore une fois qu'on arrivera à s'accorder pour quelques mois. Ensuite, il y aura une élection présidentielle. Le prochain Président ou la prochaine Présidente de la République aura toute légitimité pour proposer un budget rectificatif. Mais en attendant, il serait encore une fois irresponsable et dangereux de laisser le pays sans budget alors qu'on traverse encore une fois des crises nationales et internationales majeures.
LAURENCE FERRARI
Maud Bregeon, le Rassemblement National va présenter demain matin son contre-budget avec un plan d'économie de 125 milliards sur 5 ans. Marine Le Pen veut inscrire une règle d'or dans la Constitution. Vous dites que c'est une bonne idée ?
MAUD BREGEON
Oui. Je dis que madame Le Pen, au dernier budget, elle a voté avec ses troupes 35 milliards d'euros d'impôts supplémentaires pour les Français et les entreprises. Donc c'est bien de vouloir mettre en place des règles d'or, c'est mieux de ne pas voter des hausses d'impôts et de taxes lorsqu'on est dans l'hémicycle.
LAURENCE FERRARI
Il y a aussi Gabriel Attal, candidat Renaissance, Édouard Philippe, candidat Horizons, que vous soutenez, Bruno Retailleau, qui propose une règle d'or. C'est la martingale. C'est devenu la baguette magique, la règle d'or ?
MAUD BREGEON
Je crois qu'il y a une prise de conscience très forte au sein des différents partis politiques de l'urgence de la situation. Voilà. C'est peut-être cela, au fond, que ces propositions traduisent. Ensuite, il y a ceux qui ont porté encore une fois une rigueur budgétaire et un sérieux budgétaire depuis des années. C'est le cas d'Édouard Philippe. Le budget était revenu à 3% lorsqu'il était Premier ministre. Et puis il y a les troupes du Rassemblement National qui, je le redis, ont voté des dizaines de milliards de hausses d'impôts encore l'année dernière au sein de l'Assemblée nationale. J'étais présente. Je peux en témoigner.
LAURENCE FERRARI
Un mot des carburants, parce que ça touche, pareil, le pouvoir d'achat et la vie quotidienne des Français. Le prix du kérosène flambe. Est-ce que le fait que l'Agence internationale de l'énergie indique que près d'un sixième des réserves stratégiques de pétrole des États membres ont été écoulées, va permettre de stabiliser, de faire baisser un peu la pression sur les marchés ou pas?
MAUD BREGEON
Oui. C'est une initiative très importante du Président de la République et de ses homologues européens, notamment en lien avec nos partenaires américains. L'objectif, c'est bien sûr de détendre le marché, de produire davantage d'offres, de mettre davantage de volume de matière à disponibilité, et donc d'essayer autant que possible de tirer les prix vers le bas.
LAURENCE FERRARI
Vous êtes la ministre de l'Energie. Est-ce qu'il faut continuer les coups de pouce aux Français qui ne s'en sortent pas ?
MAUD BREGEON
Il ne faut laisser tomber personne. Et depuis le début de cette crise, on a mis en place des aides pour les entreprises les plus en difficulté. On a mis en place des aides pour les grands rouleurs, pour ces Français qui travaillent. On a reconduit, prolongé cette aide d'ailleurs de 100 euros pour 5,5 millions de Français.
LAURENCE FERRARI
Il y a plus de gens qui la demandent ? Parce qu'on sait que là, la dernière fois, il y a presque la moitié des personnes qui étaient concernées qui ne l'ont pas demandé, cette aide. Vous avez déjà eu de retour ?
MAUD BREGEON
Je pense qu'il y aura davantage de Français, notamment parce que tous ceux qui ont déjà eu droit lors de la première aide seront bénéficiaires automatiquement. Le versement sera automatique. Donc en tout état de cause, on ne se ferme pas de porte et on ne laisse tomber personne. C'est très difficile pour de nombreux Français. On le sait.
LAURENCE FERRARI
Le Rassemblement National propose de baisser la TVA de 20 à 5,5. Sur les carburants, pareil, est-ce que ce n'est pas une idée assez simple et facile à mettre en place pour aider les Français ?
MAUD BREGEON
C'est une idée extrêmement simple. Ça coûte 15 milliards d'euros, c'est plus que le budget de la Justice. On parlait de l'importance de la Justice tout à l'heure. Ça donne une idée, encore une fois, de la décorrélation entre les grands principes du Rassemblement National qui proposent une règle d'or et la réalité de leurs propositions. Moi, j'aimerais pouvoir, d'un coup de baguette magique, baisser la TVA de 20% à 5,5. Ça coûte 15 milliards d'euros. Comment est-ce qu'on les finance ?
LAURENCE FERRARI
Maud Bregeon, vous n'avez pas encore réagi à ce que Mediapart reproche à Jordan Bardella, à savoir des propos antisémites écrits à 17 ans, ce qu'il nie complètement. Marine Le Pen a réaffirmé, samedi, avoir totalement confiance en lui. Quelle est votre position sur ce dossier ?
MAUD BREGEON
Ces propos sont évidemment gravissimes s'ils sont avérés. Évidemment gravissimes. On célébrera cette triste commémoration du 7 octobre cette semaine. L'antisémitisme est un fléau qui gangrène en partie ce pays, qui est en augmentation ces dernières années.
LAURENCE FERRARI
Vous pensez que monsieur Bardella est antisémite à l'heure où l'on se parle ?
MAUD BREGEON
Encore une fois, je pense qu'il faut faire preuve d'une absolue intransigeance sur cette question. Je note qu'il nie ces propos. Je note aussi que Mediapart a publié un dossier qui apparaît comme sérieux. Moi, ce que je peux dire de là où je suis, c'est que si ces propos sont avérés, ils sont évidemment gravissimes.
LAURENCE FERRARI
Donc vous lui demandez de clarifier sa position, de s'exprimer à nouveau là-dessus ?
MAUD BREGEON
Non, je ne demande rien à Jordan Bardella et je ne demande rien au Rassemblement national. Par ailleurs, le Rassemblement national a en son sein et a eu en son sein des membres qui ont colporté de graves dérives antisémites par le passé. Mais encore récemment, je vous renvoie aux dernières élections législatives, où on a pu voir fleurir ici ou là un certain nombre de profils de candidats ayant tenu des propos ou ayant publié des photos sur les réseaux sociaux, profondément choquantes.
LAURENCE FERRARI
Vous pensez vraiment que le Rassemblement national est l'équivalent du Front national, Maud Bregeon ? Vous ne pensez pas que le parti a changé ?
MAUD BREGEON
Le parti a peut-être évolué comme tout parti évolue avec le temps. Mais entendre aujourd'hui le Rassemblement National dire qu'il est le meilleur bouclier pour la communauté juive me paraît une immense hérésie et un mensonge éhonté
LAURENCE FERRARI
Vous pensez que la communauté juive n'a pas plus peur de la LFI que du RN ?
MAUD BREGEON
D'abord je n'ai pas parlé à la place des uns et des autres. Et ce n'est pas la question ici.
LAURENCE FERRARI
C'est un peu la question quand même.
MAUD BREGEON
Ce que je dis tout simplement, c'est que le Rassemblement national n'est en rien un bouclier pour les Français de confession juive, et notamment au regard de leur histoire.
LAURENCE FERRARI
Une dernière question. Elle est un peu politique. On parle de 2027. Gabriel Attal propose de former une grande coalition de la droite jusqu'à la gauche social-démocrate qui aille des électeurs de Raphaël Glucksmann jusqu'à ceux de la droite républicaine. Vous êtes favorable ? Vous dites banco ?
MAUD BREGEON
Je pense que le rassemblement que je prône, vous le savez, n'exclut pas la cohérence, et que la cohérence, c'est le rassemblement de la droite et du centre. C'est dans cet espace qu'on gouverne, notamment depuis la dissolution maintenant. Vous savez que j'ai été moi-même collègue au Gouvernement de Bruno Retailleau, par exemple. Et donc je pense qu'encore une fois, c'est ce grand rassemblement-là, de la droite, du centre, avec les Républicains, qui doit permettre de proposer un projet solide et crédible pour le pays.
LAURENCE FERRARI
Derrière Édouard Philippe, évidemment, pas derrière Gabriel Attal ?
MAUD BREGEON
C'est évidemment le candidat que je soutiens. Je pense que d'abord, c'est celui qui est le plus à même de rassembler, parce qu'il vient de la droite, parce qu'il est maire d'une ville populaire, parce qu'il a montré qu'il savait mettre en pratique ce rassemblement aussi lorsqu'il était Premier ministre, et parce qu'aujourd'hui, indéniablement, il est le mieux placé pour éviter l'accès au second tour de Jean-Luc Mélenchon.
LAURENCE FERRARI
C'est le principal danger pour vous, l'accès au second tour de Jean-Luc Mélenchon ?
MAUD BREGEON
En tout cas, c'est un danger majeur qu'aucun Français ne néglige.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 octobre 2026