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Interview de Mme Maud Bregeon, porte parole du Gouvernement, ministre déléguée de l'énergie, à France 2 le 6 octobre 2026, sur le mouvement lycéen, les violences, la sécurité, Parcoursup et les carburants

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Maud Bregeon - Porte parole du Gouvernement, ministre déléguée de l'énergie ;
  • - Journaliste

Média : France 2

Texte intégral

MAUD BREGEON
Bonjour à tous.

FRANCIS LETELLIER
Porte-parole du Gouvernement, ministre de l'énergie. Journée de mobilisation des lycéens aujourd'hui : c'est une journée test pour eux. Est-ce que c'est une journée test aussi pour le Gouvernement ?

MAUD BREGEON
Vous savez, cette manifestation, elle est évidemment encadrée, avec des revendications qui sont pour partie légitimes. Je crois que ce qu'il faut arriver à faire désormais, c'est la part des choses entre des lycéens, qui ont des choses à nous dire et des choses qu'on doit entendre, et entre eux, des individus et des actes violents qui sont évidemment inadmissibles. Notre responsabilité, encore une fois, notre rôle, c'est de tout faire pour encadrer cette manifestation, de faire en sorte que les revendications puissent s'exprimer de la manière, encore une fois, la plus pacifique et la plus saine possible.

FRANCIS LETELLIER
Est-ce que vous êtes inquiets, cependant ?

MAUD BREGEON
Je termine. De rebondir sur ces revendications. Le Premier ministre a chargé cinq de ses ministres de les prendre en main et de lui faire des propositions d'ici à la fin du mois. Et ensuite, je le redis : il y a des violences, il y a des actes, des vidéos qu'on a vues sur votre antenne, sur les réseaux sociaux. Absolument inadmissible. 715 policiers et gendarmes ont été blessés. Rien ne justifie ça. Et donc, la priorité, encore une fois, vis-à-vis de ces violences, et des lycées qui ont brûlés, des personnels de l'éducation nationale qui ont été attaqués, c'est de rétablir l'ordre.

FRANCIS LETELLIER
Les syndicats, les partis de gauche appellent à descendre dans la rue avec des brassards blancs pour encadrer ces manifestations. Est-ce que c'est un apport, un soutien bienvenu ?

MAUD BREGEON
Il ne m'appartient pas de dire aux partis politiques ce qu'ils ont à faire.

FRANCIS LETELLIER
Non, mais est-ce que c'est bienvenu ? Est-ce que vous, le Gouvernement, vous estimez que c'est responsable de faire ça ?

MAUD BREGEON
Le message que je passe aux responsables politiques, comme à l'ensemble de ceux qui s'impliquent, d'une manière ou d'une autre, dans ses manifestations, c'est d'appeler au calme, et particulièrement lorsqu'on est adulte, d'être garant, encore une fois, d'un retour à l'ordre, de permettre à ces lycéens qui, encore une fois, je n'en doute pas, ont des choses à dire, de s'exprimer de manière pacifique.

FRANCIS LETELLIER
Il y a un changement de ton de la part du Gouvernement.

MAUD BREGEON
Écouter et accompagner, oui. Légitimer les violences, comme on a pu le voir d'une partie des forces politiques, et notamment de la France insoumise, non.

FRANCIS LETELLIER
Oui, mais la France insoumise, aujourd'hui, descend dans la rue avec des brassards blancs en disant : "Il faut encadrer ces cortèges". Est-ce que vous trouvez que c'est une bonne chose ?

MAUD BREGEON
Je pense que c'est profondément hypocrite de la part de la France insoumise de prétendre encadrer ces cortèges et protéger les lycéens, alors qu'elle s'en est servi comme de la chair à canon ; à attiser, souffler sur les braises de cette manifestation depuis les premières heures, depuis les premières heures, du mouvement.

FRANCIS LETELLIER
Alors, chair à canon. Je ne sais pas si c'est… Vous dites "Chair à canon".

MAUD BREGEON
En tout cas, elle les a profondément instrumentalisés, et elle s'en est servi à des fins électorales.

FRANCIS LETELLIER
Aujourd'hui, il y a aussi des questions qui se posent sur le maintien de l'ordre. Vous avez vu ces jeunes, pour l'un qui a perdu un œil, pour l'autre, qu'il y a eu une main arrachée. Ça pose la question. Et ce sont des associations de défense des droits de l'homme, notamment, qui pose la question de l'utilisation de certaines armes dans les manifestations. La question est-elle posée au Gouvernement ?

MAUD BREGEON
Je crois qu'encore une fois, il ne faut pas inverser les choses.

FRANCIS LETELLIER
Non, mais je vous pose ça… Est-ce que la question est posée au Gouvernement ou est-ce qu'on n'en parle pas, on passe ça sous le tapis ?

MAUD BREGEON
Je vous réponds. Non, mais attendez. Il ne s'agit pas de passer les choses sous le tapis. Cette expression laisse à penser qu'on aurait des choses à cacher. Ce n'est pas le cas. Il y a des policiers, des gendarmes qui font un travail remarquable. 715, je le redis, ont été blessés. On a vu des images et des actes absolument inadmissibles.

FRANCIS LETELLIER
Mais des jeunes blessés, qui ont perdu un œil pour l'un, main arrachée pour l'autre.

MAUD BREGEON
Et c'est un drame, dans tous les cas, quelles que soient les circonstances.

FRANCIS LETELLIER
Donc, quelle question ça vous pose, à vous ?

MAUD BREGEON
D'abord, lorsqu'il y a de tels drames, il y a des enquêtes. Dix enquêtes de l'IGPN, vous le savez, ont été ouvertes. Je ne voudrais pas laisser penser ce matin que ça prend le pas, encore une fois, sur le travail admirable des policiers et des gendarmes. Et ensuite, il y a la manière d'intervenir. Et la manière d'intervenir, elle est évidemment proportionnée aux actes que les policiers et les gendarmes observent sur le terrain.

FRANCIS LETELLIER
Donc, il n'y a pas de remise en cause ?

MAUD BREGEON
Dit autrement, quand vous avez des étudiants qui bloquent, mais de manière pacifique, un lycée, vous n'intervenez pas de la même façon que lorsque vous avez des casseurs et des black-blocs qui mettent le feu à un lycée.

FRANCIS LETELLIER
Donc, Maud Bregeon, pas de remise en cause des méthodes de la police ?

MAUD BREGEON
La manière dont vous posez la question, Francis Letellier, laisse à penser que les policiers et les gendarmes outrepasseraient, d'une certaine manière, les prérogatives qui sont les leurs.

FRANCIS LETELLIER
Certaines enquêtes le diront peut-être.

MAUD BREGEON
Moi, ce que je vous dis ce matin, et je pense encore une fois qu'une immense majorité des Français en sont convaincus, c'est que les policiers et les gendarmes font un travail remarquable dans des conditions difficiles. Parce que les conditions qu'on voit en ce moment, ce sont des conditions difficiles. Et ils le font avec un objectif, un objectif : c'est de permettre la sécurité, il faut le redire, la sécurité des biens et des personnes, et notamment des jeunes.

FRANCIS LETELLIER
Parmi les revendications, il y a Parcoursup. Vous avez vu l'ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, qui a eu à faire à des mouvements de lycéens. Le CPE dit : "Il faut supprimer Parcoursup".

MAUD BREGEON
Je pense que c'est une solution de facilité.

FRANCIS LETELLIER
Il ne faut pas supprimer Parcoursup ?

MAUD BREGEON
Non, mais en fait, qu'il y ait une question centrale sur l'orientation des jeunes. Comment est-ce qu'on accompagne ces orientations ? Comment est-ce qu'on fait en sorte que, post-bac notamment, on puisse arriver dans des filières qui soient professionnalisantes avec, en face, des métiers bien rémunérés et la sécurité de l'emploi ? Ça, c'est absolument majeur.

FRANCIS LETELLIER
Je vous repose la question : Parcoursup, vous ne remettez pas en cause ?

MAUD BREGEON
Le totem de Parcoursup utilisé par certains responsables politiques est un leurre. Voilà.

FRANCIS LETELLIER
Donc ? Parcoursup ne sera pas supprimée ?

MAUD BREGEON
Parcoursup mérite peut-être, encore une fois, certaines améliorations. Et je crois qu'encore une fois, il ne faut pas balayer la crainte que ça peut susciter chez certains élèves. Mais c'est un système qui fonctionne. C'est un système qu'on a mis en place pour de bonnes raisons. Ce qui n'empêche pas de travailler, je le redis, à la question de l'orientation, et notamment de l'accompagnement des élèves dans leur orientation, et ce, bien avant la terminale, d'ailleurs.

FRANCIS LETELLIER
Vous êtes ministre de l'énergie. La crise des carburants aussi. Les prix des carburants restent très élevés malgré les exportations de pétrole brut du Moyen-Orient qui ont retrouvé leur niveau d'avant-guerre, malgré la libération de réserves stratégiques. Qui ne jouent pas le jeu ? Les pétroliers ne jouent pas le jeu, ne baissent pas les prix de l'essence assez vite ?

MAUD BREGEON
D'abord, il y a encore eu des incidents et des accidents au Moyen-Orient ces dernières heures et ces derniers jours, notamment sur le pipeline saoudien, qui permet une voie de contournement. Et ensuite, la libération des stocks stratégiques n'est pas encore complètement effective. Donc, il faut être un tout petit peu patient. Je recevrai ce matin, avec mon collègue Serge Papin, les distributeurs de carburant : pour faire le point avec eux sur l'évolution des prix et leur demander, comme nous l'avons toujours fait, que les baisses soient répercutées aussi vite que les hausses l'ont été.

FRANCIS LETELLIER
Donc, vous leur donnez combien de temps pour baisser les prix ?

MAUD BREGEON
Moi, je n'ai pas de boule de cristal. Je ne saurais pas vous dire dans quelle mesure…

FRANCIS LETELLIER
Non, mais est-ce que vous dites : vous allez leur mettre la pression ?

MAUD BREGEON
Je ne sais pas vous dire à quelle échéance, en tout cas, pas avec une grande précision, parce que personne ne sait le dire : le prix du Brent et le prix des produits raffinés va diminuer. Ce que l'on dit, en revanche, c'est que dès lors qu'il diminue, ça doit se voir à la pompe.

FRANCIS LETELLIER
Ça doit se voir rapidement ?

MAUD BREGEON
Ça doit se voir rapidement. Et je dis une deuxième chose : les aides carburant mises en place par le Gouvernement, tant pour les entreprises les plus en difficulté, les pêcheurs, les agriculteurs, que pour les grands rouleurs, 5,5 millions de Français éligibles à une aide de 100 euros, sont évidemment toujours en place. Et donc, les Françaises et les Français concernés peuvent les demander.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 octobre 2026