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Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre déléguée à l'énergie, à France Info le 8 octobre 2026, sur la colère lycéenne, les violences urbaines, l'usage des grenades assourdissantes, les forces de l'ordre et le budget 2027.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : France Info

Texte intégral

AGATHE LAMBRET
Avec Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement. On parle maintenant de la crise des lycées, de la colère lycéenne. Hier, Sébastien Lecornu n'a pas fait d'annonce et est resté droit dans ses bottes sur le sujet du maintien de l'ordre, notamment au point que, au Parti socialiste, on lui a reproché son manque d'empathie au moment où le mouvement s'est ancré, s'est étendu, alors que des jeunes ont été mutilés, la mâchoire, la main, l'œil. Est-ce que c'était à la hauteur des enjeux et de ce qu'on attendait du Premier ministre, ce discours ?

MAUD BREGEON
D'abord, nous, on ne sera jamais de ceux qui jouent les lycéens contre les forces de l'ordre ou l'inverse. Je vois que certains, à l'extrême gauche comme à l'extrême droite, tentent d'aller sur ce terrain-là. C'est profondément dangereux et il faut faire la part des choses.

AGATHE LAMBRET
Ce n'est pas ce que vous avez fait ces dernières semaines, de jouer les forces de l'ordre contre les lycéens en insistant sur les violences policières ?

MAUD BREGEON
Il y a d'un côté des violences urbaines inadmissibles : 715 policiers et gendarmes blessés, près d'une centaine de personnels de l'Éducation nationale, plus de 200 élèves. C'est inadmissible. Il faut le condamner et il faut évidemment que l'ordre puisse revenir. De l'autre côté, il y a des étudiants, des lycéens qui sont inquiets pour leur avenir. Moi, je comprends qu'on puisse être inquiet pour son avenir lorsqu'on a 16, 17 ou 18 ans.

AGATHE LAMBRET
De quoi vous parlez, quand vous parlez de violences urbaines, Maud Bregeon ?

MAUD BREGEON
Pardonnez-moi, je termine, Agathe Lambret. Et ces lycéens, ces étudiants qui, encore une fois, mettent en avant des revendications et des inquiétudes légitimes, doivent être entendus. Mais on doit réussir à faire la part des choses.

AGATHE LAMBRET
Mais c'est quoi les violences urbaines ? Est-ce que ce sont des violences commises par les lycéens ? Parce qu'on ne comprend pas exactement de quoi vous parlez. Est-ce que d'un côté il y a les casseurs et de l'autre, il y a des lycéens qui manifestent calmement, ou parfois les casseurs et les lycéens ?

MAUD BREGEON
Pardonnez-moi Agathe Lambret, quand vous avez plus de 700 policiers et gendarmes blessés, quand vous avez des vidéos que vous avez probablement vues avec des lycées qui ont été incendiés, je crois que chacun voit bien de quoi on parle lorsqu'on parle de violences urbaines depuis quelques jours.

AGATHE LAMBRET
Les deux se recoupent.

MAUD BREGEON
Et ça, c'est évidemment inadmissible. Et donc on doit organiser et permettre le retour de l'ordre et la reprise des cours.

SIMON LE BARON
Et vous dites : on n'oppose pas les lycéens et les forces de l'ordre, Maud Bregeon. Est-ce qu'il n'y a pas un déséquilibre dans le discours, dans le vôtre ce matin, dans celui du Premier ministre hier ? Par ailleurs, l'Inspection générale de la police nationale a ouvert une vingtaine d'enquêtes et le ministre de l'Intérieur suspend l'usage des grenades assourdissantes pour la durée du mouvement lycéen, après qu'un adolescent de quinze ans a eu la main arrachée à Lens dans le Pas-de-Calais. Pourquoi cette décision, après avoir expliqué pendant des jours qu'il n'y avait aucun problème avec la doctrine de maintien de l'ordre ?

MAUD BREGEON
Je crois d'abord que les policiers et les gendarmes font un travail absolument remarquable, avec un objectif qu'il convient quand même de rappeler avant de répondre à la question : c'est de protéger les biens et les personnes. L'objectif des policiers, lorsqu'ils interviennent, c'est aussi de protéger les lycéens, notamment dans les manifestations et face à d'éventuelles violences.

SIMON LE BARON
Avec une doctrine, comme l'a dit le ministre de l'Intérieur, qui était d'aborder ce mouvement lycéen comme des émeutes et des violences urbaines. Est-ce que c'était la bonne approche ?

MAUD BREGEON
Ensuite, je termine, on a vu ce qui s'est passé à Lens avec ce jeune homme qui a eu la main arrachée : c'est un drame.

AGATHE LAMBRET
C'est dans une vidéo de Franceinfo, on le verrait se pencher vers la grenade, mais il y a une enquête qui est en cours.

MAUD BREGEON
Quelles que soient les conditions, c'est toujours un drame. Lorsqu'un jeune de quinze ou seize ans, ou moins jeune d'ailleurs, également se retrouve dans cette situation, l'enquête dira ce qui s'est exactement passé. Je ne suis pas en mesure de vous le dire ce matin, mais je crois que tant par précaution que par apaisement, le ministre de l'Intérieur a pris la bonne décision.

AGATHE LAMBRET
Mais pourquoi utiliser ces grenades, Maud Bregeon ? Pourquoi on était les seuls à utiliser ces grenades ? C'est ce que pointe le Parti socialiste. Il n'y a que la France qui utilise ce type d'arme…

SIMON LE BARON
En Europe, en tout cas…

AGATHE LAMBRET
Dans des manifestations, notamment de jeunes.

MAUD BREGEON
Là encore, ça n'enlève rien au travail remarquable que font les policiers et les gendarmes.

AGATHE LAMBRET
Vous ne répondez pas à la question.

MAUD BREGEON
Et non, parce que…

AGATHE LAMBRET
On n'a pas un armement disproportionné en France ?

MAUD BREGEON
Non, on n'a pas un armement disproportionné et France et non, les jeunes ne sont pas, comme j'ai pu l'entendre encore ce matin de la bouche du Premier secrétaire du Parti socialiste, en danger lorsqu'ils sont face aux policiers en France. Ce n'est pas vrai.

SIMON LE BARON
Un jeune qui a perdu un œil, un autre qui a eu un bras mutilé à Aubervilliers, un autre à Saint-Ouen-l'Aumône, qui boit et qui mange avec une paille parce que sa mâchoire est scellée, ce jeune à Lens…

MAUD BREGEON
Et c'est dramatique, Simon Le Baron. Et c'est dramatique. Et de la même façon, pardonnez-moi, mais avoir plus de 700 policiers et gendarmes blessés et avoir des pompiers qui ont été coursés dans la rue avec des barres de fer, c'est dramatique. Et c'est bien là que vous voyez qu'on doit faire preuve d'un peu de mesure entre des violences qui sont inadmissibles, un maintien de l'ordre qui doit être évidemment exemplaire, et des lycéens qui ont des choses à dire.

SIMON LE BARON
Je vous repose la question sur la doctrine. Est-ce que c'était la bonne approche d'appréhender ce mouvement lycéen comme des violences urbaines ?

MAUD BREGEON
Vous le savez très bien, en tout cas, j'espère que vous le savez, que les policiers, lorsqu'ils sont face à un lycée avec un blocage, ils font la part des choses. Quand vous avez des lycéens qui bloquent un lycée de manière pacifique en empêchant les gens de rentrer, ce n'est pas la même chose que lorsque vous avez des individus, qu'ils soient lycéens ou non, qui tirent des cocktails Molotov ou des tirs de mortier sur les policiers eux-mêmes, ou sur d'ailleurs d'autres lycéens ou des personnels de l'Éducation nationale. Il y a évidemment une proportionnalité qui est apportée dans la réponse concernant le maintien de l'ordre et évidemment un discernement qui est réalisé de la part des forces de l'ordre. Donc, encore, n'opposez pas vous-même les lycéens et les policiers.

AGATHE LAMBRET
Même le Président semble-t-il l'a fait parce qu'il aurait regretté, selon Le Parisien, l'absence d'empathie des forces de l'ordre depuis le mouvement lycéen. Emmanuel Macron, qui est allé jusqu'à convoquer le Premier ministre et des ministres mardi soir pour remettre les pendules à l'heure et pour leur dire : il faut un peu plus d'empathie. Laurent Nuñez, le ministre de l'Intérieur, l'a confirmé hier sur France Inter. Donc, c'est bien qu'il y avait un problème.

MAUD BREGEON
Moi, je n'étais pas à cette réunion. Ce que je peux vous dire, c'est que…

AGATHE LAMBRET
Mais vous avez bien compris que le Président a désapprouvé la façon dont ça a été mené au départ.

MAUD BREGEON
Le président de la République a toujours eu, je crois, depuis des années, une attention et une sensibilité toute particulière à la jeunesse de ce pays. Et c'est une cause qu'il porte de manière sincère. Donc qu'il demande à son Gouvernement une vigilance particulière et une écoute particulière sur ces questions, c'est normal et cela ne m'étonne pas au regard du combat qui est le sien. Ensuite, je le dis, le président de la République a aussi toujours soutenu les forces de l'ordre. C'est lui qui a créé 10 000 postes de gendarmes et de policiers avec la loi d'orientation du ministère de l'Intérieur. Et donc il y a évidemment un discours mesuré qu'on doit tous avoir.

SIMON LE BARON
Puisque vous parlez de la nécessité d'écouter les lycéens. Encore une fois, le Premier ministre n'a pas fait d'annonce. Il leur a annoncé dans la journée : "Je vais prendre la parole ce soir." Et finalement le soir, rien, à part répéter qu'il y aura des annonces à la fin du mois d'octobre, en pleines vacances de la Toussaint. Est-ce que vous comprenez que cela puisse être pris - et c'est ce qu'on entend dans la bouche des lycéens qui sont devant leur lycée encore ce matin - comme du mépris ?

MAUD BREGEON
Je comprends les attentes et je comprends l'impatience, je le dis de manière positive, des lycéens qui s'expriment. Ça aurait été, je crois, malhonnête de la part du Premier ministre d'arriver avec une baguette magique, parce que les revendications que les lycéens mettent en avant sur les conditions de travail, sur le bâti, sur l'organisation du temps scolaire, sur l'orientation avec Parcoursup, ne sont pas des questions qui se règlent en quelques heures, en quelques jours, ni même en quelques semaines.

AGATHE LAMBRET
C'est pour ça ? Pourquoi le Premier ministre ferait-il des annonces fin octobre ? Pardon, Maud Bregeon, il aura la baguette magique entre aujourd'hui et fin octobre ?

MAUD BREGEON
Non, mais ça nécessite un travail au long cours et donc des premières réflexions seront présentées fin octobre. Et ensuite, il y aura une échéance décisive…

AGATHE LAMBRET
Quel type de décision ? Quel type de mesures, Maud Bregeon, sachant que les caisses sont vides. Qu'est-ce que vous pourriez annoncer ?

MAUD BREGEON
Vous me tendez la perche qui est celle du budget : 1,2 milliard d'euros d'augmentation sur le budget de l'Éducation nationale…

SIMON LE BARON
En prenant en compte l'inflation, ça baisse.

MAUD BREGEON
Le budget de l'Éducation nationale l'année prochaine : 64 milliards d'euros, c'est un des rares budgets qui ne sera d'ailleurs pas en baisse, il sera discuté.

SIMON LE BARON
Sauf si on prend en compte l'inflation.

AGATHE LAMBRET
Des économistes interrogés par Franceinfo montrent qu'avec l'inflation, finalement, ça ne change rien.

SIMON LE BARON
Soit stable, soit en baisse selon le critère. Pardon, je vous laisse parler.

MAUD BREGEON
Il sera discuté au Parlement le 12 novembre. Cette copie, on l'a toujours dit, est une copie de départ qui doit permettre les échanges, encore une fois, à l'Assemblée nationale et au Sénat. Je le redis, c'est un des seuls ministères pour lequel nous n'avons pas acté de gel budgétaire, précisément parce que c'est une priorité nationale et bien sûr que les lignes pourront bouger, sur les emplois, ça pourra bouger, parce que le Parlement votera.

SIMON LE BARON
Maud Bregeon, vous soutenez Édouard Philippe dans la campagne présidentielle ? Il a ironisé sur les revendications des lycéens en disant : "J'ai vu sur des pancartes '8h-17h30, c'est trop long'. Ben non, ce n'est pas trop long, ou 'la cantine n'est pas bonne'. Si c'est ça les revendications..." Bon, est-ce que ça ne traduit pas un fossé entre vous et la jeunesse ?

MAUD BREGEON
Vous savez, Édouard Philippe, sans parler à sa place, il a des enfants qui ont l'âge des lycéens qui manifestent aujourd'hui dans la rue. Et je crois que de par sa position de père, de par sa position de maire du Havre aussi, qui côtoie au quotidien, dans une ville par ailleurs populaire, les difficultés d'une partie de la jeunesse, il est particulièrement en prise avec ces difficultés.

SIMON LE BARON
Il y a eu une maladresse là-dessus ?

MAUD BREGEON
Non, je ne crois pas, et je crois qu'il aura l'occasion de s'exprimer dessus ce soir. Moi, je le connais. Il a dit dès le meeting du 5 juillet dernier que sa priorité, c'était la jeunesse et que sa priorité, c'était la France de nos enfants. Maintenant, ça prend du temps. Ce sont des questions qui sont complexes. Et moi, je suis convaincue que c'est celui qui est le plus à même d'y répondre.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 octobre 2026