Texte intégral
MAUD BREGEON
Bonjour à tous.
APOLLINE DE MALHERBE
Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes la ministre de l'énergie et porte-parole du Gouvernement. Très nombreuses questions à vous poser ce matin, et très concrètes. D'abord sur les prix à la pompe, mais aussi, bien sûr, sur la suite du mouvement lycéen. Et puis sur ce Parti socialiste qui a désormais un candidat, là où vous, vous êtes pour Édouard Philippe. Mais on se dit qu'il y a aussi Gabriel Attal. Comment vous allez faire pour vous en sortir ? On y reviendra. Maud Bregeon, d'abord cette question, tout à l'heure, à 11 h 30, avec le Premier ministre, vous recevrez donc les différents opérateurs de la chaîne du pétrole, comme on dit, c'est-à-dire à la fois du côté des raffineurs, mais aussi, surtout, des distributeurs, pour leur expliquer concrètement comment vous allez faire pour libérer ces fameux stocks de gasoil et faire baisser les prix. Ce n'est pas mécanique, cette histoire.
MAUD BREGEON
D'abord, c'est une très bonne nouvelle pour le consommateur, puisqu'on vise une baisse de prix sur le diesel entre 12 et 18 centimes par litre dans les semaines à venir. Le Président de la République, tout part de là, a réussi à négocier un accord au niveau du G7, donc un accord international pour libérer 100 millions de barils. C'est absolument colossal. Et quand vous mettez davantage de volume sur le marché, eh bien sûr, vous faites baisser les prix.
En France, on a acté la libération prochaine de 10 millions de barils sur trois mois. Cela représente, sur trois mois, environ 20% de la consommation de diesel en France. Et pour que vos téléspectateurs comprennent bien, ces 10 millions de barils seront mis sur le marché à un prix bien inférieur, trois à quatre fois plus faible que le prix du marché.
APOLLINE DE MALHERBE
Parce que ces stocks ont été constitués avant que les prix explosent en amont.
MAUD BREGEON
Donc, on verra les distributeurs ce matin pour discuter avec eux des modalités logistiques, des modalités pratiques, de la meilleure manière de faire en sorte que ces répercussions à la baisse, encore une fois, pour les Français qui nous écoutent, puissent avoir lieu le plus rapidement possible.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez dit que vous visez une baisse de 12 à 18 centimes. On vise, mais c'est un pari.
MAUD BREGEON
Cette mise sur le marché de 10 millions de barils permettra une baisse de 12 à 18 centimes. Ensuite, il y a une caractéristique que vous ne maîtrisez pas : c'est ce qui se passe au Moyen-Orient, puisque le prix à la pompe sera structuré avec, d'une part, ces 10 millions de barils qu'on aura mis sur le marché, mais dépendra encore en partie de ce qui se passe au Moyen-Orient. Et là, on revient à toute l'action diplomatique, géopolitique que mène notamment le Président de la République et nos alliés.
APOLLINE DE MALHERBE
On va y venir avec ce qui s'est passé ces dernières 24 heures des choses encore plus complexes, notamment avec cet accord sur le gasoil. Exactement la même logique que la vôtre : l'idée d'inonder de gasoil les marchés, mais à la faveur des Américains, de la part de Poutine, dans cet accord. Je voudrais qu'on y revienne. Mais d'abord, quand même, vous dites que cela va faire descendre de 12 à 18 centimes. Il y a des questions très pratiques qui se posent. Il y a en France 80 sites dans lesquels sont stockés ces fameux stocks stratégiques. Il y a en France 200 dépôts où vont se servir les distributeurs. D'abord, comment vous faites pour passer de ces 80 stockages de stocks stratégiques à ces 200 endroits où tous les distributeurs vont se fournir ? Et comment vous faites pour que tous se fournissent au même moment, pareil, plutôt que les gros qui vont venir les premiers, et qu'on se retrouve avec les stations les plus loin de la chaîne, c'est-à-dire notamment les plus rurales, les plus éloignées, qui, en réalité, sont celles qui ont le plus besoin parce que les habitants y sont le plus dépendants de la voiture, qui probablement vont se retrouver les derniers à arriver pour se fournir ?
MAUD BREGEON
Ce sera tout l'objet des discussions de ce matin. D'abord, l'essentiel de nos stocks stratégiques sont stockés dans le sud de la France. On a environ 50 millions de stocks stratégiques de diesel, on en libère 10 millions. Il y a effectivement derrière différentes typologies de distributeurs. Vous avez des distributeurs qui sont entièrement intégrés, qui maîtrisent l'ensemble de la chaîne, du stockage, du transport, de la distribution. Vous en avez d'autres qui ne maîtrisent que partiellement. Et puis, vous avez raison de le dire, vous avez des stations indépendantes, essentiellement dans les zones rurales, là où peut-être l'augmentation des prix du carburant est la plus difficile à tenir.
APOLLINE DE MALHERBE
Pas d'alternative pour se déplacer
MAUD BREGEON
Pas d'alternative parce que les distances sont plus longues. Et ces stations, elles devront, comme les autres, en bénéficier.
APOLLINE DE MALHERBE
Comme les autres, et pas plus que les autres ?
MAUD BREGEON
Comme les autres, en bénéficier. Et ce sera la responsabilité, notamment, de l'État. Vous savez que nous, aujourd'hui, on surveille.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous n'allez pas leur donner priorité. Certains disaient, au fond, peut-être que ces 400 stations les plus éloignées, les plus rurales, les plus en difficulté pourraient avoir priorité dans l'accès à ces stocks stratégiques, non ?
MAUD BREGEON
Ce qui compte pour nous, c'est que partout en France, peu importe où vous habitiez, vous puissiez bénéficier de cette baisse. Et donc, ce sera le rôle de l'État de faire en sorte et de contrôler que l'ensemble de la chaîne joue le jeu, qu'il n'y a pas d'augmentation de marges ici ou là. Et vous savez d'ailleurs que nous, on surveille semaine après semaine les marges des distributeurs. On sera extrêmement vigilants, avec une répercussion réelle sur les prix. Mais on sera aussi extrêmement vigilants avec ce qui se passe chez les transporteurs et, encore une fois, dans l'ensemble de la chaîne.
APOLLINE DE MALHERBE
Parce que quand il y a une baisse de la TVA, il y a des années, sur la restauration, tout le monde avait dit : "Ça va baisser les prix à la restauration". Non, en réalité, ça avait été dilué dans l'ensemble de la chaîne logistique. Il ne faut pas qu'il y ait ce risque.
MAUD BREGEON
C'est une opération qui dure trois mois. Nous avons des outils extrêmement clairs et identifiés pour contrôler les marges et arriver à suivre l'intégralité de la chaîne de valeur. Pas un Français, et je le dis, nous serons intraitables parce que personne ne comprendrait ce matin qu'ici ou là, certains puissent capter des marges, alors même que le prix du gasoil reste extrêmement élevé.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous en parlez beaucoup sur notre antenne. Est-ce que Total va jouer le jeu aussi de la baisse des prix ? C'est-à-dire, est-ce que Total, qui aujourd'hui plafonne ses prix, va les faire baisser de 12 à 18 centimes également, en partant de leur taux actuel, de leur prix actuel ?
MAUD BREGEON
Là encore, ça fera partie des discussions, mais Total a vocation, évidemment, à bénéficier...
APOLLINE DE MALHERBE
Parce que sinon, pour le coût de lancement, ils vont récupérer un peu d'argent…
MAUD BREGEON
Comme pour l'ensemble, Total a vocation à bénéficier, comme l'ensemble des distributeurs, de cet apport de volume à des prix trois à quatre fois inférieurs à ceux du marché. Et donc, cela doit, comme pour les autres distributeurs, se répercuter sur leurs prix, et on le vérifiera. Vous savez qu'on a les moyens de vérifier, station par station, ce qui se passe et l'évolution des prix. On regarde semaine par semaine, type de distributeurs par type de distributeurs, les majors, la grande distribution, les indépendants, l'évolution des marges. Et donc, encore une fois, je le redis, on sera intraitables. Jusqu'à présent, les distributeurs ont joué le jeu. Donc, j'ai bon espoir et je veux croire que, dans un moment très difficile, ils continueront à le faire. Vous les recevez souvent sur vos plateaux. Leurs marges sur l'essence et sur le diesel sont faibles et cela ne doit évidemment pas augmenter du fait de la crise ou de la mise sur le marché de 10 millions de barils supplémentaires.
APOLLINE DE MALHERBE
Dans le même temps, on a appris ce week-end qu'un accord avait été conclu entre Donald Trump et Vladimir Poutine, sur le même principe, c'est-à-dire l'idée d'injecter plus de diesel dans le marché pour faire baisser les prix du diesel, qui seraient achetés par les Américains aux Russes, contre tous les accords qui ont été passés depuis plusieurs années. Cela veut dire renflouer les caisses de Poutine, qui va effectivement pouvoir vendre à nouveau ce diesel. Et cela veut dire aussi renier ses engagements. Comment vous réagissez ? Comment la France réagit à cette annonce ?
MAUD BREGEON
Je pourrais reprendre un par un vos mots. Cela ne remet nullement en cause les sanctions décidées à l'échelle de l'Union européenne.
APOLLINE DE MALHERBE
Donc, nous, on va se retrouver à ne pas les acheter, eux vont l'acheter.
MAUD BREGEON
Je termine, d'abord, je vous le dis ce matin, il n'y aura pas de carburant russe demain dans les pompes et les stations-service françaises. Pourquoi ? Parce que, que ce soit sur le produit brut ou le produit raffiné, que ce soit sur du produit qui viendrait directement de Russie ou qui transiterait par des pays tiers du fait du transport, du fait des opérations de raffinage, nous avons les moyens de contrôler l'ensemble de la traçabilité. Quant à l'effectivité réelle des baisses de prix, permettez-moi d'être très prudente parce que, tant qu'on ne sait pas quand est-ce que cela arrive, comment cela arrive et surtout avec quel volume ça arrive, on ne peut pas préjuger, encore une fois, de baisses de prix à venir. Et puis, au-delà de cela, je rappelle pourquoi on se bat pour l'Ukraine. Je rappelle pourquoi est-ce qu'on est aux côtés des Ukrainiens, pourquoi est-ce que c'était à l'Ukraine, et à l'Ukraine seule, de choisir son avenir, et pourquoi est-ce que ces sanctions ont été décidées. C'est parce que ce qui se passe en Ukraine, cela concerne aussi la France, pour notre sécurité en premier lieu.
APOLLINE DE MALHERBE
Donald Trump a également annoncé qu'une trêve énergétique avait été conclue entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine. On sait que les bombardements récents, d'un côté comme de l'autre, sur les infrastructures pétrolières ont aussi eu des conséquences. Il y a vraiment les deux sources, j'allais dire, c'est-à-dire cette guerre en Ukraine et la guerre autour de l'Iran, qui ont des conséquences chez nous. Est-ce que cette trêve énergétique, vous en avez entendu parler, ou est-ce qu'en fait la France, dans toute cette histoire, eh bien, elle voit les balles passer ?
MAUD BREGEON
Ce que nous observons aujourd'hui, et encore depuis quelques jours, c'est le refus évident de la Russie d'accéder à un cessez-le-feu, qu'il soit d'ailleurs total ou partiel, et le refus total de la Russie d'aller vers un cessez-le-feu, notamment énergétique. Donc, encore une fois, je ne suis pas là ce matin pour commenter les différentes déclarations de Donald Trump. Ce que je peux vous dire, c'est que la position de la France, elle est constante. C'est celle d'un cessez-le-feu et c'est celle de la capacité des Ukrainiens à choisir leur avenir.
APOLLINE DE MALHERBE
Et puis cette attaque de l'aéroport de Riyad, un bateau iranien qui a également été visé dans le détroit d'Ormuz. Il n'y a pas le début d'une solution de crise ?
MAUD BREGEON
Ecoutez, en tout cas, la France y prend toute sa part. C'est ce que je peux vous dire.
APOLLINE DE MALHERBE
Elle prend sa part à quoi, puisqu'il n'y a rien ?
MAUD BREGEON
Ça fait six, sept mois maintenant que cette crise a démarré. Personne, et aucun des meilleurs experts que vous recevez sur votre plateau, ne pourra vous dire ce qu'il en sera dans quelques semaines.
APOLLINE DE MALHERBE
C'est tout à fait juste.
MAUD BREGEON
Ou dans quelques mois, donc, il faut faire preuve de grande humilité. Ce que je peux vous dire, c'est que nous, on travaille d'abord à sécuriser des volumes de carburant et de gaz pour les semaines et les mois qui arrivent. Et nous avons, dès les premières semaines du conflit, proposé notre appui pour sécuriser le transit, notamment dans le détroit d'Ormuz, comme on le fait déjà dans la région, dès que les conditions de sécurité le permettront.
APOLLINE DE MALHERBE
Les lycéens. Est-ce que les 3 000 profs qui n'étaient pas devant élèves, pour reprendre la fameuse expression du ministre de l'éducation nationale, qui a donc annoncé à la fin de la semaine dernière qu'ils avaient trouvé 3 000 profs qui allaient pouvoir être devant les lycéens cette semaine, eh bien, ce matin, à l'ouverture des lycées, ils sont devant élèves, pour reprendre son expression ?
MAUD BREGEON
Le déploiement a commencé et Édouard Geffray sera en mesure, dans les heures ou dans les jours à venir, de communiquer sur des chiffres précis. Je voudrais néanmoins rebondir sur ce que vous avez mentionné. On n'a pas trouvé 3 000 profs.
APOLLINE DE MALHERBE
Ça a donné un peu le sentiment de reprendre.
MAUD BREGEON
Qu'on aurait un peu oublié dans un placard ou dans un bâtiment.
APOLLINE DE MALHERBE
Cela fait deux semaines qu'ils manifestent, qu'ils disent qu'il n'y a pas de profs, et tout d'un coup, on leur dit qu'il y en a 3 000.
MAUD BREGEON
C'est bien plus complexe que ça. L'organisation des remplacements, c'est la mise en adéquation d'un prof absent, d'un remplaçant disponible, qui habite dans une zone géographique accessible et qui enseigne la bonne matière. Il ne s'agit pas de faire remplacer des profs de maths absents par des profs de français. Donc, tout cela est extrêmement mobile puisque, d'une journée à une autre, vous avez un prof qui peut être absent, un autre qui revient. On a réussi à accélérer la mise en place d'un outil qui optimise l'organisation de ces remplacements.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que ça veut dire aussi qu'il faut qu'ils acceptent de faire davantage de routes, ce qui va rejoindre les lycées les plus en demande.
MAUD BREGEON
Vous savez, je pense que les enseignants remplaçants, pour beaucoup, ont des conditions de travail qui ne sont pas toujours faciles. Cela demande beaucoup de mobilité, ça demande beaucoup d'agilité. Ils font déjà, pour certains, plusieurs dizaines de kilomètres le matin. Donc, l'objectif n'est pas de dégrader leurs conditions de travail. L'objectif, c'est d'optimiser l'organisation de ces remplacements. Ça dit aussi quelque chose : le Gouvernement entend les revendications des lycéens, dans ces revendications, parce qu'on parle, et à juste titre, des violences. Et je le redis, il faut que l'ordre puisse revenir et que les uns et les autres puissent reprendre le chemin de l'école. Mais il y a des revendications, il y a des demandes, il y a un travail sur ces… qui commence avec la question. Et la question du remplacement en fait évidemment partie.
APOLLINE DE MALHERBE
Lorsque vous dites : "Il faut que l'ordre puisse revenir", est-ce que vous avez des informations sur la reprise ou non des cours ? Comment est-ce que vous voyez la semaine qui s'ouvre ?
MAUD BREGEON
On verra les chiffres qui seront communiqués. Encore une fois, ce matin, il est encore un peu tôt. Ce que je peux dire, c'est que petit à petit, les lycées ont rouvert et les cours ont repris. Moi, je pense qu'il faut faire la part des choses. Il y a, d'un côté, des violences urbaines absolument inadmissibles. Des centaines de policiers, de gendarmes, de pompiers, de personnels de l'éducation nationale, d'étudiants ont été ciblés. Et cela doit faire l'objet, encore une fois, de la condamnation la plus ferme et la plus absolue. Et ensuite, il y a des étudiants qui, de manière pacifique, ont des choses à nous dire et il faut les entendre.
APOLLINE DE MALHERBE
La plus ferme, la plus absolue. Je précise que sur BFMTV, je recevrai tout à l'heure la procureure de Paris, Madame Beccuau, qui donnera d'ailleurs les premiers chiffres des quelques comparutions immédiates qu'il y a eu, effectivement, à la suite notamment des arrestations.
Parcoursup, est-ce que cela peut sauter ? Est-ce qu'on se dit : allez, on passe à autre chose ?
MAUD BREGEON
C'est une forme de solution, baguette magique. Par quoi remplace-t-on Parcoursup ? Ceux que vous interrogez, ceux qui vous demandent la suppression de Parcoursup se gardent bien d'expliquer par quoi ils remplacent ce système. Et je pense qu'au-delà de cela, la question de Parcoursup est en fait un peu l'arbre qui cache la forêt. Le problème n'est pas l'outil de Parcoursup, quand bien même il peut être amélioré. Le problème, c'est ce qu'il y a avant et c'est ce qu'il y a après. Comment vous accompagnez les élèves dans l'orientation, des mois et des années avant de faire vos choix ? Ce n'est pas une question facile. Et comment vous garantissez que derrière, ils soient engagés dans des filières qui soient suffisamment professionnalisantes, de telle sorte d'avoir un métier suffisamment bien rémunéré et donc des formations en adéquation avec le marché du travail ? La question de l'orientation ne se résume pas à Parcoursup.
APOLLINE DE MALHERBE
Y a-t-il des remontées ? On sait que le Gouvernement a communiqué hier sur le fait qu'il y aurait donc plus de 76 500 lycéens qui ont participé à la fameuse consultation nationale. Est-ce que vous avez un début de revendication qui vous apparaît se dessiner, et qu'est-ce que vous allez en faire ?
MAUD BREGEON
Oui, il y a des tendances, en tout cas, qui se dégagent. La question du remplacement des enseignants fait partie des tendances principales, des remontées principales. La question de l'état des établissements, des conditions de travail, de la gestion des emplois du temps fait aussi partie des revendications principales. Ce sont des sujets qui sont complexes et qui nécessitent un peu de temps. Ceux qui prétendent.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous entrez dans la loi ?
MAUD BREGEON
Ceux qui prétendent résoudre ces questions, au fond, qu'on se pose depuis des années maintenant, en quelques jours, mentent aux étudiants et mentent aux Français. Cela doit faire l'objet de réflexions sur la durée, avec les élèves, avec les parents, avec les enseignants. Cela pose aussi, mais pas uniquement, tout de même, des questions budgétaires. Et donc là, je vous renvoie vers le projet de loi de finances et le débat spécifique à l'éducation nationale, qui aura lieu courant novembre. L'éducation nationale, qui voit son budget augmenter de plus d'un milliard d'euros.
APOLLINE DE MALHERBE
Ça, c'était prévu, est-ce que vous pourriez le faire davantage ?
MAUD BREGEON
On a fait une proposition de départ, c'est de préserver ce budget de l'éducation nationale et de l'augmenter. C'est un des seuls budgets de ministère qui augmente dans le cadre de la loi de finances de 2027.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous êtes ouverte à l'idée que, dans la discussion budgétaire, ce budget alloué à l'éducation nationale augmente encore davantage ?
MAUD BREGEON
Nous ne fermons pas la porte.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous ne fermez pas la porte ?
MAUD BREGEON
D'abord parce que cela tient aux discussions parlementaires et qu'on respecte les discussions parlementaires qui vont commencer. Et ensuite parce que, là encore, il y a des demandes, il y a des revendications qu'on veut écouter de la manière la plus sincère possible. Mais attention, je le redis quand même, tout n'est pas une question de budget.
APOLLINE DE MALHERBE
Maud Bregeon, Raphaël Glucksmann a donc gagné hier soir haut la main la primaire de la gauche, donc une tête désormais pour cette gauche démocrate. Et vous, vous êtes soutien d'Édouard Philippe ? Mais il y a toujours Gabriel Attal, qui a aussi été Premier ministre d'Emmanuel Macron. Comment vous allez faire ? Comment est-ce que vous en êtes, quand vous regardez que les autres, ils ont su organiser une primaire et en sortir avec une seule personne ?
MAUD BREGEON
Moi, j'ai une conviction, et tous les sondages successifs le démontrent : Édouard Philippe est aujourd'hui la personne, le responsable politique le plus à même de rassembler largement la droite et le centre, parce qu'il porte un projet crédible sur l'économie, crédible sur l'éducation, crédible sur l'écologie.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais un sondage Harris interactive, ce matin montre qu'il pourrait ne pas être au deuxième tour.
MAUD BREGEON
J'appelle l'ensemble des responsables politiques de la droite et du centre, et pas uniquement les candidats déclarés ou potentiels, l'ensemble des responsables politiques, à se rassembler, encore une fois, dès le premier tour. Cela vaut pour Gabriel Attal comme pour Bruno Retailleau, et à se rassembler derrière Édouard Philippe. Parce que j'ai la conviction, encore une fois, que c'est le seul qui…
APOLLINE DE MALHERBE
Pourquoi Édouard Philippe n'accepte pas une primaire ? Regardez, Raphaël Glucksmann a joué le jeu de la primaire.
MAUD BREGEON
C'est le seul qui est capable, encore une fois, d'accéder au second tour, de gagner l'élection présidentielle et d'avoir une majorité.
APOLLINE DE MALHERBE
Au moins Maud Bregeon, sur une primaire, au moins les choses seraient claires.
MAUD BREGEON
Il y a beaucoup d'hypocrisie derrière les appels à la primaire ici ou là. D'abord parce que tout le monde ne fixe pas le même curseur. Certains veulent aller de la gauche à la droite, d'autres du centre à la droite extrême, et personne ne pose clairement son accord pour soutenir le vainqueur au bout du processus. Donc, on voit bien que c'est, me semble-t-il, une manière de gagner du temps. Là encore, moi, je dis à tous mes amis de la droite et du centre : on a un candidat, c'est Édouard Philippe. C'est le seul en capacité d'être au second tour et de gagner l'élection présidentielle. Rassemblons-nous, il reste six mois, cela va aller très vite et on a besoin de réussir à travailler ensemble, sans quoi on aura probablement un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise. Moi, je ne veux pas cela. Et je vous le dis d'autant plus sincèrement qu'Édouard Philippe n'est pas issu de mon parti politique. J'ai fait le choix de soutenir un candidat d'un autre parti politique parce que je considère que ce qui se joue en 2027, ce n'est pas l'avenir des partis. Ce qui se joue, c'est l'avenir du pays. Et le seul aujourd'hui, encore une fois, pas au sein de nos familles politiques respectives, capable de porter ce flambeau et d'amener la France vers de meilleures perspectives.
APOLLINE DE MALHERBE
Pour vous, c'est Édouard Philippe. Un mot aussi parce qu'hier, il y a eu ces images après la victoire de Raphaël Glucksmann. Il a reçu un jet de riz, d'abord d'un militant de La France insoumise, puis du sucre, puis de la farine, encore en fin de soirée. Qu'est-ce que cela dit de ce début de campagne ?
MAUD BREGEON
D'abord, c'est évidemment inadmissible et toutes les formes de violence, quand bien même elles peuvent apparaître comme symboliques, sont inacceptables dans le débat public. Parce que derrière les violences symboliques, il y a des violences verbales et que derrière les violences verbales, il y a parfois des violences physiques. Cela démontre, là encore, cette stratégie de toute conflictualité, d'une forme d'engrenage de la violence, qu'elle soit symbolique, verbale ou physique, portée par La France insoumise, si tant est qu'ils soient réellement derrière les actes que vous pointez.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous pensez qu'aujourd'hui, c'est différent des candidats ? Édouard Philippe, on ne l'a pas vu devant les lycées. Est-ce que vous pensez qu'il pourrait y aller ? Je pose simplement la question. Ce n'est pas juste : est-ce qu'il voudrait y aller ? C'est : est-ce que vous pensez que Raphaël Glucksmann, qui se fait enfariner hier, si Édouard Philippe, par exemple, aujourd'hui, voulait aller parler avec les lycéens, pensez-vous qu'il puisse le faire ou est-ce qu'il serait reçu de la même manière ou d'une autre ? Mais, en tout cas, avec agression ?
MAUD BREGEON
Je suis convaincue qu'il pourrait le faire. Et je vais vous dire, je pense qu'il le ferait bien. Édouard Philippe, il a des enfants qui sont eux-mêmes lycéens, il est maire d'une ville populaire dans laquelle il fréquente, il discute.
APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'aujourd'hui, on peut faire campagne sur le terrain de manière sereine ?
MAUD BREGEON
Avec une jeunesse extrêmement plurielle. Et puis ensuite, vous abordez la question comme si, au fond, tous les jeunes étaient pareils, comme si tous les jeunes se ressemblaient. Mais un jeune, ça ne fait pas une idée, une identité propre en tant que telle.
APOLLINE DE MALHERBE
Ma question, c'est plutôt : est-ce qu'on peut faire campagne sur le terrain aujourd'hui avec sérénité ? Il était juste dans la rue hier, Raphaël Glucksmann et il s'est pris ses jets.
MAUD BREGEON
Je pense que l'époque est violente et que la vie politique est violente. Pour autant, je crois que oui, on peut faire campagne avec sérénité, que le débat d'idées, que le débat de projet peut avoir lieu, qu'il doit avoir lieu. En revanche, c'est la responsabilité de l'ensemble des candidats, des partis politiques, des élus d'amener à cette sérénité dans le débat public.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 octobre 2026