Audition de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, sur le blocage des lycées, à l'Assemblée nationale le 7 octobre 2026.

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Circonstance : Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Texte intégral

M. le président Alexandre Portier. Depuis quelques jours, notre pays fait face à un important mouvement de blocage des lycées. Nous vous remercions pour votre présence, monsieur le ministre : votre agenda est particulièrement chargé, mais il était essentiel que la représentation nationale puisse vous interroger. Les questions d'actualité au gouvernement sont une modalité pour le faire, qui n'est pas toujours la plus apaisée. Dans cette commission, nous sommes attachés à la sérénité et à la constructivité de nos échanges et j'appelle mes collègues à préserver ce cadre, car il fait la noblesse de nos débats.

Pouvez-vous nous présenter le bilan national actualisé au 7 octobre des incidents survenus ces derniers jours, qui ont marqué les Français ? Quel est l'état des lieux s'agissant des lycées, des personnels, des élèves ? Disposez-vous d'éléments chiffrés quant au coût des dégâts ? Nous avons entendu plusieurs estimations, sans vue consolidée pour l'instant.

Pour ma part, je commencerai par effectuer une distinction entre les jeunes et les casseurs. Réduire l'ensemble d'une génération à ceux qui cassent serait la pire des confusions. Pour autant, il faut condamner les violences – toute forme de violence.

Au nom de notre commission, j'exprime notre soutien à tous les personnels de l'éducation nationale qui ont été pris à partie. Ces images sont insoutenables. Que l'on soit enseignant, autre membre du personnel de l'éducation ou simplement citoyen, on ne peut pas accepter que des agents qui s'engagent pour leur pays, pour la fonction publique et pour l'éducation de nos jeunes soient attaqués. C'est insupportable et cela doit être condamné.

J'exprime également notre soutien aux policiers et aux forces de l'ordre qui ont eu à intervenir, en particulier aux pompiers. Certaines images sont révoltantes. On ne peut pas applaudir les pompiers l'été lorsqu'ils combattent des incendies et les caillasser à la rentrée : la ligne du respect républicain doit être suivie de A à Z.

Je veux aussi saluer les lycéens responsables, car ils existent, même si le mouvement, parfois violent, peut les étouffer. Ils se sont montrés constructifs et sont parfois allés à la rencontre d'élus pour porter des revendications structurées. C'est à eux que l'on doit donner la parole.

Nous avons, enfin, une pensée pour tous les blessés, quel que soit leur statut. Il n'est pas acceptable, dans une démocratie moderne, que le débat sur l'éducation soit réduit à cela. Quel accompagnement psychologique, juridique et administratif est-il proposé aux personnels agressés ou menacés, dont certains ont été très marqués ?

La ligne doit être claire et il me semble qu'elle est partagée par de nombreux députés : les casseurs doivent être combattus, mais la jeunesse doit être entendue.

Rétablir l'ordre est essentiel, y compris pour rétablir le dialogue. Le retour en classe est un préalable pour discuter sur le fond, en respectant deux exigences : n'avoir aucune complaisance pour les violences, et aucune indifférence envers les interrogations des lycéens. Vous avez annoncé des temps de dialogue de démocratie interne qui soulèvent de nombreuses questions de la part des enseignants et des établissements. Comment seront-ils organisés ? Qu'en attendez-vous précisément ?

Parmi les revendications, j'ai entendu trois messages qu'il me semble utile de rappeler. D'abord, il faut entendre ce que les lycéens disent de leurs journées. Au-delà de la crise immédiate, il convient sans doute d'interroger l'organisation du lycée, devenue excessivement complexe et pesante pour les élèves. Êtes-vous prêt à ouvrir un chantier de simplification en la matière ?

Le deuxième message concerne Parcoursup, qui cristallise les inquiétudes autour de l'orientation et de l'accès à l'enseignement supérieur. Comment rendre Parcoursup plus transparent ?

Le troisième message est que la réforme engagée en 2018 a profondément transformé le lycée, avec la disparition des anciennes séries générales, l'apparition des spécialités, la nouvelle architecture du baccalauréat et un poids accru du contrôle continu. Cette combinaison, incluant Parcoursup, n'est-elle pas devenue trop complexe et illisible ? N'a-t-elle pas également compliqué la gestion des établissements ?

Ce cocktail explique que la tension soit à son paroxysme.

Nous avons trois exigences : rétablir l'ordre et condamner sans ambiguïté les violences ; soutenir les personnels de l'éducation nationale et des forces de l'ordre ; écouter les jeunes qui se sont exprimés pacifiquement et prendre au sérieux les difficultés de fond qu'ils soulèvent. Mes collègues se feront le relais de nombreux jeunes qu'ils ont rencontrés dans leurs circonscriptions.

Grâce à vos propos liminaires et aux questions des députés, nombreux ce matin, nous pourrons avancer dans un cadre constructif et volontaire.

M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Je commencerai par rappeler la genèse du mouvement avant d'exposer ce qui s'est passé ensuite, en distinguant bien les revendications légitimes des lycéens, finalement assez peu évoquées par les médias, et les violences inacceptables qui aboutissent à confisquer le débat.

Le point de départ du mouvement est une mobilisation au lycée Saint-Exupéry de Créteil autour d'une question de personnels non remplacés. Cette revendication, parfaitement légitime compte tenu de la situation anormale que connaissait ce lycée, émerge vers le 17 ou le 18 septembre, à la veille du week-end. J'en suis informé dès le 21, date à laquelle nous prenons les premiers contacts avec l'académie pour trouver des solutions – chose faite dans les jours suivants pour les postes non pourvus de proviseur adjoint, de directeur des travaux, d'infirmière et de professeur.

Une propagation s'enclenche ensuite, avec des appels au blocage qui se répandent, relayés dans de nombreux cas par des personnalités politiques. Ces développements aboutissent à la situation que nous avons connue la semaine dernière, avec 1 027 lycées perturbés ou dégradés sur les 3 500 que le pays compte.

Vous m'avez demandé de dresser le bilan des dégradations et des victimes. La colère n'ayant pas été déterminée par un objet particulier mais par une somme de revendications diffuses, ces dernières se sont condensées assez tard, sans véritable mot d'ordre commun ou cadres à l'initiative. Or ce qui est flagrant dans ce mouvement lycéen, c'est qu'il a été rapidement infiltré par des groupuscules ultraviolents. Je le répète, les contestations lycéennes doivent être entendues et les jeunes ont besoin qu'on donne une suite à leurs revendications. Mais les groupuscules ultraviolents qui se sont infiltrés dans les rassemblements de lycéens ont commis des attaques non seulement contre les biens, mais surtout contre les personnes.

Que l'on soit d'accord ou pas avec elle, ma ligne est constante : on ne touche pas à un personnel de l'éducation nationale. À la date d'hier, nous recensions 88 personnels blessés, un peu moins de la moitié étant des personnels de direction, en l'occurrence des proviseurs et proviseurs adjoints. Dans de très nombreux cas, ils ont été délibérément visés. Il y a donc eu une intentionnalité violente dirigée contre les personnels de l'éducation nationale. Les deux critères de la violence dans le code pénal, à savoir un acte et une intention, sont remplis.

Nous n'avions jamais vu cela. J'ai pu appeler plusieurs dizaines de personnels de direction blessés la semaine dernière : la quasi-totalité d'entre eux ont confirmé qu'ils n'avaient jamais vu cela de leur vie. Cela doit nous faire réfléchir. Même si je n'établis pas de hiérarchie, je considère qu'en tant que ministre de l'éducation nationale, ma première condamnation doit concerner ceux qui s'en prennent à nos personnels et à l'institution. On ne peut pas toucher à l'institution de l'école, en République, car elle est consubstantielle de notre contrat républicain. Si on lui porte atteinte, au travers de ses sites ou de ses personnels, on porte atteinte au service public de l'éducation. Pour moi, c'est une ligne rouge absolue.

Toujours s'agissant du service public de l'éducation, au sens des personnels et des biens – j'en viendrai dans un instant aux lycéens, sans que cela montre la moindre hiérarchie dans les niveaux de douleur – vingt-quatre lycées ont été incendiés ou saccagés de manière suffisamment lourde pour ne pas pouvoir rouvrir avant plusieurs semaines. Cela signifie que 30 000 lycéens sont privés de cours en présentiel pendant plusieurs semaines. Même si une continuité pédagogique est mise en place, le préjudice est énorme. Nous travaillons à leur remise en état avec les collectivités locales – les régions ont déjà effectué un travail considérable.

Au-delà, plusieurs centaines d'établissements ont été touchés par des dégradations. Les montants seront évalués par Régions de France. Les premiers chiffres qui m'ont été transmis sont de l'ordre de 20 à 30 millions d'euros au minimum, et ils datent d'avant plusieurs incendies qui coûteront très cher.

Pour ce qui est des élèves donc, nous avons recensé 215 blessés à partir des remontées des chefs d'établissement. Dans leur très grande majorité, ces blessures sont dues soit à des comportements imprudents – monter sur des verrières qui ont cédé par exemple –, soit à des tirs de mortier, lesquels se sont banalisés autour des établissements à l'occasion de ces rassemblements. Vous savez qu'il y a aussi eu quelques drames, qui ont été évoqués avec le ministre de l'intérieur dans le cadre des questions au gouvernement et qui font l'objet d'enquêtes de l'Inspection générale de la police nationale.

Une fois encore, je ne hiérarchise pas les douleurs : quand un élève, un jeune de France est blessé, quelles que soient les circonstances, c'est par nature un drame – pour lui, pour sa famille et pour la communauté éducative dont il fait partie. Les circonstances de ces blessures doivent être déterminées et précisées, mais la situation est celle que je viens de décrire.

Par ailleurs, à partir du jeudi 1er octobre, nous avons dû fermer plusieurs centaines d'établissements pour mettre en sécurité les personnels et les élèves. Je me suis rendu à Guyancourt lundi : les élèves qui avaient pu entrer à 8 heures ont subi entre une heure et demie et deux heures de tirs de mortier sur la façade de leur établissement, pendant qu'ils essayaient d'apprendre.

Voilà pour le bilan des violences et des dégradations.

J'en viens à ce qui compte le plus pour le ministère de l'éducation nationale et qui est au cœur des revendications des lycéens, même si les appels à la violence qui ont perverti le mouvement les ont en partie effacées de l'espace public.

Ayant lu de nombreuses affirmations inexactes, je me permets de clarifier ces revendications. J'aime être précis et factuel, car le meilleur moyen de traiter les problèmes consiste à les analyser.

Nous avons vu le problème émerger entre le 18 et le 25 septembre. J'ai été appelé à réagir dès le 25. Le 28 septembre, je me suis rendu au lycée Gutenberg de Créteil, où les personnels et les élèves avaient été victimes de tirs tendus de mortiers. Je ne l'ai pas fait devant les caméras et les gens ne l'ont pas vu : je n'ai pas trouvé utile de poster sur TikTok le fait d'aller voir des collègues qui avaient été blessés dans leur lycée. Le soir même, j'ai demandé que les conseils de la vie lycéenne (CVL) soient réunis dans les établissements, parce qu'une aspiration à la démocratie scolaire se manifestait – d'ailleurs revendiquée politiquement.

J'ai rencontré les lycéens de l'académie de Versailles dès le jeudi 1er octobre au  matin et les membres de la communauté éducative toute la journée du vendredi, mon cabinet étant par ailleurs en contact plusieurs fois par jour avec les syndicats du personnel. Le lundi, comme je l'ai dit, je me suis rendu dans un lycée de Guyancourt pour rencontrer des élus lycéens. Au passage, j'ai aussi vu les élus du Conseil national de la vie lycéenne (CNVL) car ce sont eux qui, en représentant leurs camarades, font vivre le principe démocratique dont vous êtes aussi l'incarnation. Nous avons des élus à l'échelle de chaque établissement et de chaque académie, ainsi qu'au niveau national.

Les cours reprennent de manière graduelle ce matin, en commençant par les élèves de terminale à cause de l'enjeu du baccalauréat. J'ai demandé qu'une demi-journée banalisée soit organisée dans les jours qui viennent, à la main des chefs d'établissement, qui connaissent leurs élèves et leur environnement. Tous les élèves devront disposer d'un espace propre, organisé, démocratique – un peu comme ici – et respectueux, dans lequel ils puissent objectiver leurs revendications à l'échelle de leur établissement.

En parallèle, et j'insiste sur ce point, nous donnons de façon inédite la parole à tous les lycéens au travers d'une plateforme hébergée sur le site Agora. La démocratie, c'est aussi cela. Cette plateforme universelle permet à chaque lycéen d'exprimer ses difficultés et ses attentes dans un texte libre. Nous n'avons pas voulu un questionnaire appelant des réponses de type oui ou non, car on aurait pu nous rétorquer, à juste titre, que les questions n'étaient pas les bonnes ou qu'elles étaient tordues.

Lorsque nous avons annoncé, en fin de semaine dernière, que la plateforme serait ouverte sous trois jours, nous avons suscité quelques sourires, en mode "consulter les lycéens, à quoi ça sert ?" Mais en vingt-quatre heures, 30 000 lycéens ont posté leur contribution et ce nombre croît d'heure en heure. Le site a même été saturé.

La plateforme sera ouverte jusqu'au 23 octobre et les contributions seront systématiquement mises en ligne. Elles le seront de façon transparente, en open data, et tout le monde pourra les interroger avec sa propre IA. Nous ferons en sorte qu'une restitution soit effectuée à l'échelle de chaque établissement – car les élèves peuvent renseigner le nom de leur établissement s'ils le souhaitent –, à l'échelle de chaque académie et à l'échelle nationale. Par la suite, un calendrier avec des objectifs précis sera élaboré pour les mesures qui seront jugées crédibles et légitimes, ce qui me permettra de rendre compte.

J'en viens aux attentes des jeunes. Ce qui apparaît d'abord – et je l'ai entendu de la part de tous ceux que j'ai rencontrés –, c'est qu'ils ont le sentiment d'être souvent consultés, mais que leur avis est rarement pris en compte. Face à un monde qui change, avec le réchauffement climatique ou l'émergence de l'intelligence artificielle qui bouscule les perspectives professionnelles, cette génération nourrit des angoisses et des inquiétudes. Elle perçoit aussi les enjeux politiques de l'échéance de mai 2027. Dans ce contexte, elle a besoin que sa voix compte.

Aussi ai-je lancé des travaux de refonte de la démocratie scolaire, pour permettre une forme de démocratie plus directe entre le délégué de classe et les représentants au niveau national, mais aussi pour une meilleure représentation de la voie professionnelle, dont personne ne parle. Je trouve assez saisissant le silence qui entoure ces élèves de la voie professionnelle, qui sont souvent les plus défavorisés. Tout le monde parle des classes surchargées dans la filière générale et technologique, qui sont une réalité, mais personne ne parle aux lycéens professionnels. Il est donc essentiel que ceux-ci soient représentés au niveau académique et au niveau national à due proportion de leur poids. Ce n'est actuellement pas le cas : en raison du système d'élection, ils sont principalement représentés dans les instances par des lycéens généraux ou technologiques. Tout cela sera refondu.

Une autre attente claire des élèves concerne le remplacement des absences de professeurs. Comme toute institution sociale et humaine, nous avons des membres absents et, comme toute institution, nous sommes appelés à les remplacer. La situation a été rendue plus difficile par le caractère rétroactif du congé de naissance, qui a créé mécaniquement un afflux d'absences en septembre et octobre. Objectivement, nos capacités à les remplacer n'ont pas été à la maille.

Aussi ai-je demandé aux recteurs d'établir la cartographie de tous les établissements exposés à une situation anormale ou préjudiciable pour les élèves, en l'occurrence une absence durable et non remplacée, surtout pour les classes à examen – première et terminale. La priorité est que les élèves aillent en cours, puissent passer le baccalauréat et aient une chance de le réussir. Or la situation des derniers jours s'est traduite par la perte de centaines de milliers d'heures d'enseignement. Nous connaîtrons dès ce soir l'intégralité des points rouges. Consigne a été donnée aux recteurs de traiter toutes ces situations sous huit jours et de revenir vers les établissements et les élèves avec un plan d'action, des outils de suivi et des moyens.

J'en viens à Parcoursup, qui cristallise les inquiétudes et les angoisses. La plateforme est perçue comme le couperet qui tombe à la fin d'un parcours scolaire.

J'entends beaucoup dire, d'abord, qu'il faudrait abroger Parcoursup. Tout se discute, en démocratie, mais s'il est abrogé sans être remplacé par un système de rencontre entre les vœux des lycéens et les formations existantes, les risques d'assignation sociale et territoriale redeviendront élevés. Depuis que Parcoursup existe, pour prendre l'exemple de l'Île-de-France, les élèves des académies de Versailles et de Créteil, en particulier ceux de la Seine-Saint-Denis, n'ont jamais été aussi nombreux à faire leurs études à Paris, et il n'y a jamais eu autant d'élèves de Paris faisant leurs études dans les universités de banlieue. Or ne pas assigner les personnes à leur département ou à leur académie d'origine, en métropole comme outre-mer, est essentiel pour la mixité sociale. Cette assignation était quasiment systématique auparavant.

Par ailleurs, Parcoursup permet à n'importe quel jeune de connaître toutes les formations qui existent en France. C'est inédit. Il ne faut pas oublier qu'auparavant, les élèves s'inscrivaient dans les formations que leurs parents connaissaient : il n'y a pas pire, en matière de reproduction sociale.

Le premier ministre a donné mission au ministre de l'enseignement supérieur de retravailler le sujet sous l'angle de l'orientation, mais aussi de la transparence. À cet égard, je rappelle que ce n'est pas la plateforme qui sélectionne, mais les formations. Parcoursup est une plateforme de mise en relation. Affirmer qu'elle trie est donc un raccourci à la fois technique et moral.

Quoi qu'il en soit, il existe un enjeu de transparence autour des formations, de leurs critères de choix et de leur fonctionnement, ainsi qu'un enjeu autour des places disponibles dans le supérieur. Le chantier est ouvert au ministère de l'enseignement supérieur, qui doit remettre ses propositions pour le 20 octobre.

Vous m'avez enfin interrogé sur les horaires et sur la simplification de l'organisation du lycée. Nous savons tous que les journées des lycéens peuvent être longues, mais ne soyons pas dans l'hyperbole : une analyse fine est indispensable pour résoudre les problèmes. Je précise donc que les élèves n'ont pas cours tous les jours de 8 heures à 18 heures, mais que pour la plupart d'entre eux, c'est le cas au moins une fois par semaine. En outre, au moins une fois par semaine, voire deux, les lycéens ont un temps de déjeuner objectivement insuffisant.

La première façon de s'attaquer au problème consiste à poser la question des rythmes scolaires annuels et du volume d'heures hebdomadaire. La France a trois semaines de vacances de plus que la moyenne des pays de l'OCDE : mécaniquement, les semaines scolaires sont par conséquent plus denses. Si l'on veut réduire le volume d'heures par semaine, comme le revendiquent assez légitimement les lycéens, il faut donc réinterroger l'ensemble du calendrier scolaire, avec toutes ses incidences sur le transport scolaire – soit des milliers de lignes –, les vacances, les familles – éventuellement recomposées –, le tourisme et l'économie.

Nous n'allons évidemment pas changer les rythmes scolaires en cours d'année. C'est un enjeu majeur pour la grande échéance démocratique de mai 2027. Pour autant, je n'ai pas l'intention de rester immobile : nous allons lancer des travaux et avancer assez loin, afin que ceux qui me succèderont puissent prendre des décisions rapides. Ce sujet est trop structurant pour notre société tout entière pour qu'on annonce en novembre ou décembre une décision qui pourrait être remise en cause en mai. Nous avons besoin de perspectives, plutôt que de stop and go. J'ouvre donc le sujet pour l'instruire au maximum afin que celle ou celui qui prendra ma suite en mai puisse décider sans risque d'être contredit, en offrant une perspective dont je lui souhaite qu'elle soit quinquennale.

M. le président Alexandre Portier. Nous en venons aux interventions des orateurs de groupe.

M. Thierry Tesson (RN). La France a connu de grandes mobilisations lycéennes, notamment contre le contrat première embauche ou le projet de loi Devaquet, mais jamais la violence n'avait atteint une telle ampleur. Le bilan est accablant, avec des établissements saccagés et des personnels éducatifs agressés, dont des dizaines de chefs d'établissement – ce qui constitue un précédent absolu –, des centaines de policiers et de gendarmes blessés et des élèves atteints parfois gravement. Cette explosion de violence et certaines revendications découlent directement des réformes Blanquer que vous avez mises en place quand vous étiez directeur général de l'enseignement scolaire, des nouvelles filières du lycée à Parcoursup en passant par l'échec total du remplacement des absences de courte durée. Vous ne pouvez donc pas vous extraire de vos responsabilités dans cette crise sans exemple connu et qu'il va bien falloir régler.

Certaines revendications peuvent paraître légitimes, mais réclamer des professeurs ne justifie jamais qu'on agresse physiquement un personnel, quel qu'il soit. Réclamer de meilleures conditions matérielles d'enseignement ne donnera jamais le droit d'incendier un établissement. Par ailleurs, à côté de ces demandes légitimes, d'autres ne peuvent cacher leur proximité avec le programme de l'extrême gauche, notamment celui de La France insoumise – sans parler de l'obstruction de ses élus au travail des forces de l'ordre.

Si je n'appelle pas encore à votre démission, je réclame davantage de fermeté. Vous allez lancer une séquence de concertation dans les lycées, réponse aussi banale qu'incertaine. Celle-ci doit s'accompagner de rigueur, pour que les auteurs de violences et de dégradations subissent rapidement les conséquences de leurs actes. Les conseils de discipline doivent être réunis sans délai et, lorsque la gravité des faits le justifie, ils doivent conduire à des exclusions définitives. Laisser ces débordements impunis, c'est préparer les prochaines violences.

Mme Anne Genetet (EPR). Ainsi que vous l'avez rappelé, 88 personnels de l'éducation nationale – dont près de 40 proviseurs –, 215 lycéens et plus de 700 policiers et gendarmes ont été blessés. Je leur apporte mon soutien et celui de mon groupe. Mais on compte aussi plus d'une centaine de lycées gravement dégradés, 24 établissements scolaires incendiés ou saccagés et 30 000 lycéens privés de cours pour plusieurs semaines.

Ces violences sont inacceptables. Je le dis clairement et sans ambiguïté.

Mais il faut aussi entendre ce qui se passe. L'anxiété des lycéens est réelle. Elle n'est pas le caprice d'une génération et mérite d'être prise au sérieux. J'entends, dans ces revendications, une détresse que nous nous devons d'écouter. Parmi elles, la question des remplacements revient systématiquement. Certains chefs d'établissement démarrent l'année avec des postes non pourvus, dans l'administration comme devant les classes, alors même qu'ils avaient connaissance de ces besoins dès le mois de juin. En nous contraignant à explorer des viviers successifs, la procédure actuelle fait perdre des semaines précieuses alors que des profils disponibles sont parfois identifiés dès l'été. Le résultat est une tension immédiate sur les équipes pédagogiques et sur les élèves, dès les premières semaines de la rentrée. Ce n'est pas acceptable.

Ce ministère a besoin d'un choc d'agilité, de proximité et d'efficacité. Ce n'est pas tant une question de moyens, si ce n'est pour la rémunération de certains enseignants – je présenterai un rapport sur ce sujet essentiel à notre commission le 21 octobre. C'est surtout une question d'organisation.

Que pensez-vous de l'idée d'assouplir les procédures d'affectation, avec des dérogations permettant aux chefs d'établissement et aux directeurs académiques de gagner en rapidité de décision et donc de recruter beaucoup plus vite quand un besoin est identifié et qu'un profil est disponible ?

Le jeune doit être au cœur de nos décisions. C'est ce que nous défendons chez Renaissance. Chaque réforme doit être pensée en ce sens, car, à cet âge où l'estime de soi est en construction, certaines désillusions laissent des traces durables.

Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Un lycéen éborgné, une mâchoire fracturée, une main arrachée, une tentative de noyade, une lycéenne étranglée ! Êtes-vous intervenu un seul instant, alors que vous entendiez le ministre de l'intérieur dire qu'il n'y aurait "aucune consigne de retenue" des forces de l'ordre face aux lycéens, aux professeurs et aux parents d'élèves, dont vous êtes le garant ? Leur présentez-vous vos excuses alors que, ce matin, le ministre de l'intérieur semble reculer et voir la responsabilité gravissime qui est la vôtre ?

Après dix jours passés sur le terrain, je peux vous dire que cette jeunesse a ce qui manque à votre gouvernement : de la lucidité, du courage, de la dignité. Voilà dix jours que ce mouvement grandit dans tout le pays et agrège les soutiens. Vous êtes responsable de cette colère.

Cette génération est épuisée par les journées de 8 heures à 18 heures mais remplies de trous. Elle a passé son bac dans des salles à 40 degrés. Parcoursup l'écrase, la trie, l'empêche de rêver son avenir. Lorsqu'elle est racisée, elle a douze fois plus de risques de subir un contrôle de police poussé. Des jeunes meurent en stage. Un lycéen sur cinq a déjà fait une tentative de suicide. Malgré cette détresse, les jeunes ont réussi à porter des revendications claires, avec intelligence, pour des conditions d'études dignes, des locaux rénovés et des professeurs remplacés.

Vous êtes devant le choix de votre vie. Ou vous gardez un peu de dignité et vous démissionnez devant votre échec manifeste à mettre en sécurité les élèves placés sous votre responsabilité, ou vous faites de l'enfumage pour ne rien faire et persévérer dans cette folie.

Vous convoquez, dix jours trop tard, un dialogue avec les lycéens. Où est le dialogue dans une plateforme à sens unique qui recueille des doléances qu'on ne peut même pas envoyer et auxquelles, de toute façon, vous ne répondrez pas – comme cela a été le cas avec les gilets jaunes ou la convention citoyenne pour le climat ? Où est le dialogue lorsque, sous votre gouvernement, 4 400 mineurs sont placés en garde à vue – plus que pendant mai 68 ?

La seule voie vers l'apaisement consiste à apporter des réponses. Comment pouvez-vous présenter un budget qui supprime 1 600 postes d'enseignants, dont 836 dans le second degré, et enlève 650 millions d'euros à l'éducation nationale ? Nous avons fait le calcul : pour répondre aux demandes légitimes des lycéens et des étudiants, il faut 10 milliards. Cela tombe bien, nous sommes en période de préparation du budget pour 2027. Faites-le !

Vous voulez l'apaisement ? Abrogez Parcoursup, ouvrez 150 000 places, lancez un plan de rénovation des locaux, recrutez des enseignants. C'est simple. En dix minutes et avec 10 milliards, le calme reviendra. Mais n'utilisez plus jamais d'armes de guerre contre les enfants de France !

Mme Fatiha Keloua Hachi (SOC). Lors des manifestations lycéennes de ces derniers jours, un adolescent a perdu un œil, un autre a eu la main arrachée. Les personnels de l'éducation sont perdus et choqués par ce déferlement de violence. Vous n'êtes pas ministre de l'intérieur, mais ce bilan est aussi le vôtre. Il témoigne de l'incapacité du gouvernement à entendre les revendications des lycéens et à leur permettre de s'exprimer.

Dépassé par les événements, le premier ministre a annoncé une suspension des cours pour un temps de démocratie interne, avant de rétropédaler dans la soirée. La démocratie ne peut se résumer à des réunions de gestion de crise ni à la mise en place d'une plateforme. La démocratie est un dialogue. Elle s'apprend à l'école et doit s'exercer en continu.

Vous n'avez pas compris l'ampleur du mouvement, de la colère et de la frustration des jeunes. Alors que les élèves et les professeurs souffrent de classes surchargées, 1 588 postes d'enseignants titulaires devraient être supprimés dans votre budget pour 2027.

Les jeunes se mobilisent parce qu'ils sont inquiets pour leur avenir. La cause en est l'insuffisance de places à l'université. Parcoursup inflige aux lycéens et à leurs parents un immense stress dès la classe de seconde. Or l'école doit émanciper. Les jeunes méritent bien mieux qu'un parcours anxiogène et empêché.

La jeunesse ne se satisfera pas de mesurettes : c'est de cap politique qu'il faut changer. Commençons par deux mesures concrètes : d'une part l'abrogation de Parcoursup et l'ouverture d'autant de places en fac que nécessaire, d'autre part le renoncement à la suppression de postes d'enseignants annoncée dans le projet de loi de finances.

Comptez-vous enfin écouter la jeunesse et lui garantir les conditions d'études égales et dignes auxquelles elle aspire légitimement ?

Mme Frédérique Meunier (DR). Depuis deux semaines, soutenues par les étudiants et les professeurs, les organisations lycéennes laissent éclater leur colère. La raison : des emplois du temps incompréhensibles, des conditions matérielles parfois indignes, des absences de professeurs et des postes non pourvus, des accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) mal considérés et une véritable anxiété face à leur orientation et leur avenir, notamment depuis l'instauration de Parcoursup.

Les lycéens ont le droit d'exprimer leurs inquiétudes et de faire entendre leurs revendications légitimes, mais notre groupe condamne fermement les violences qui ont entachées les manifestations. Ces justes revendications soulèvent la question de l'organisation du système éducatif. Vous qui connaissez la maison, vous ne pouvez pas prétendre ne pas avoir vu venir cette crise : cela fait des années que nous alertons les rectorats de ce qui se passe sur le terrain. Ce qui se passe est le bilan de dix années d'une politique éducative désastreuse.

Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, le code de l'éducation a subi 3 988 modifications, entraînant une instabilité chronique pour les enseignants et les élèves. Nous avons connu six ministres de l'éducation nationale en quatre ans. Les problèmes de remplacement des professeurs absents que le chef de l'État promettait de résoudre en 2022 subsistent. Il faut aussi mentionner la réforme Blanquer et son slogan sur "l'école de la confiance", sans parler de Parcoursup.

L'école n'est plus un simple sujet de rentrée scolaire. Elle mérite une réforme profonde, car les réformettes, les ajustements à la marge d'un système obsolète, n'auront que des effets marginaux sans résultat pour les élèves. Ce n'est pas à quelques mois de l'élection présidentielle qu'un gouvernement à bout de souffle est à même de réformer un système délaissé pendant dix ans, dont le classement Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) confirme le déclin. Mais, puisque vous considérez que les absences sont préjudiciables, comment feront les directeurs d'établissement pour y parer ?

M. Jean-Claude Raux (EcoS). Les lycéens que j'ai rencontrés pensent que la voix d'un député compte plus que la leur. Je n'en suis pas sûr. Depuis quatre ans, dans cette commission, nous mettons en garde contre la machine à broyer qu'est Parcoursup, contre les conséquences de la réforme du lycée et de la voie professionnelle, contre la précarité étudiante et contre le fait que la réforme des bourses attendue n'est jamais venue. Nous n'avons pas été entendus.

En quatre ans, j'ai vu défiler sept ministres de l'éducation. Vous évoquez une vision à long terme, liée à la baisse démographique. Redresserez-vous l'école publique et recruterez-vous des enseignants, ou ferez-vous des économies et laisserez s'amplifier la crise des vocations et des démissions ?

Fin août, vous annonciez des absences de professeurs "marginales". Une semaine plus tard, il manquait au moins un enseignant dans 53 % des collèges et lycées publics. Ce que dénoncent les lycéens – des classes surchargées, des salles trop chaudes ou trop froides, des professeurs absents – est connu depuis longtemps, trop longtemps, mais c'est seulement cette semaine que vous demandez à connaître la situation de chaque établissement. Vous promettez de traiter tous les points rouges en huit jours. Avec quels moyens ?

Hier, vous avez affirmé que les professeurs n'avaient pas été traumatisés par les violences. Ils l'ont été. Jamais une mobilisation lycéenne n'a été réprimée avec une telle violence ! Santé mentale, éco-anxiété, précarité : les jeunes sont inquiets pour leur avenir. Vous ne pouvez pas les rassurer, car les gouvernements successifs d'Emmanuel Macron ont aggravé la crise climatique, malmené les services publics et creusé les inégalités sociales. Vous pouvez leur dire qu'ils ont raison d'être inquiets et en colère, pas leur envoyer l'ascenseur social qui est en panne depuis longtemps.

Le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé qu'il déposerait un projet de loi "casseurs-payeurs". Si nous appliquions cette doctrine, qui selon vous, parmi les huit ministres de l'éducation nationale qui ont défilé sous les quinquennats Macron, devrions-nous faire payer pour la casse de l'école publique ?

M. Frantz Gumbs (Dem). J'adresse au nom de mon groupe nos pensées aux professeurs, aux personnels éducatifs, aux lycéens et aux membres des forces de l'ordre blessés ces derniers jours.

Avec Pierrick Courbon, nous avons conduit une mission flash sur Parcoursup dont nous avons présenté les conclusions en février. Notre constat est plutôt équilibré : Parcoursup n'est ni la machine à broyer la jeunesse décrite par certains, ni le levier d'égalité des chances espéré. Les difficultés tiennent d'abord à ce qui se passe en amont : par exemple, les cinquante-quatre heures annuelles d'orientation prévues par la loi ne sont que partiellement réalisées, car les psychologues de l'éducation nationale manquent et que les professeurs principaux sont insuffisamment formés pour accompagner les élèves. Cela crée un accès inégalitaire à l'orientation. Le second facteur est l'illisibilité du classement des candidats : les établissements d'accueil utilisent souvent des algorithmes locaux de présélection dont les critères sont peu connus des familles.

Quelles suites comptez-vous donner aux recommandations de cette mission flash ?

Par ailleurs, les lycéens d'outre-mer expriment aussi leurs inquiétudes. Vous connaissez l'attachement du groupe Les Démocrates à ces territoires et notre exigence constante pour que chaque élève ultramarin bénéficie des mêmes chances de réussite qu'un élève de l'Hexagone. En Guyane et à Mayotte, le taux de réussite au bac en voie générale se situe autour de 85 %, contre 95 % au niveau national. Cet écart est l'aboutissement de tout un parcours, car les difficultés se forment tôt, dès l'apprentissage de la langue et de la lecture. Les évaluations nationales d'entrée en sixième en témoignent : en 2024, dans l'académie de Guadeloupe, seuls 37 % des élèves avaient une maîtrise satisfaisante en français, contre 52 % au niveau national. Les écarts en mathématiques sont tout aussi importants. Ainsi, l'école de la République est sous-performante dans les outre-mer, comparativement à la moyenne nationale.

Quelles actions envisagez-vous pour renforcer les apprentissages fondamentaux dans les territoires ultramarins, dès la maternelle et le primaire ?

M. Jérémie Patrier-Leitus (HOR). Hier dans l'hémicycle, Laurent Marcangeli, président du groupe Horizons & Indépendants, a rappelé l'essentiel : jamais rien ne justifiera un tel déferlement de violence – les 215 élèves, 88 personnels de l'éducation nationale, plus de 700 policiers et gendarmes blessés. Ce qui s'est passé dans certains lycées est inacceptable, indigne. Des proviseurs ont été pris à partie devant leur établissement, des poubelles incendiées devant des salles de classe, des projectiles lancés.

Certains jeunes ont fait le choix de la violence, beaucoup sans mesurer ce qu'ils faisaient, trop souvent instrumentalisés – c'est peut-être le plus inquiétant. Ces jeunes ont perdu, pour certains, le sens de l'autorité – celle du professeur, celle du proviseur, celle de leurs parents. Ils ont perdu leurs repères. Où étaient les adultes ? L'école ne peut pas tout : les familles ont leur part de responsabilité. Le fait qu'un adolescent veuille brûler son lycée concerne aussi ses parents.

Une distinction claire doit être opérée. D'un côté, les revendications, le dialogue et la démocratie lycéenne ont toute leur place dans la République, qui les organise à travers les CVL et les délégués. De l'autre, il y a la violence. On ne débat pas en brûlant un lycée. On ne revendique pas en frappant un proviseur. Ces deux logiques ne se mélangent pas et nous ne laissons personne les confondre.

Dans leur immense majorité, les lycéens n'ont rien cassé. Ils parlent, à raison, de professeurs absents et jamais remplacés, de classes surchargées et de bâtiments dégradés.

Comment rétablirez-vous l'autorité dans les établissements touchés ? Quelles sanctions prononcerez-vous ? Comment associerez-vous les familles ?

Quels seront le calendrier et les moyens accordés aux cinq chantiers annoncés hier par le premier ministre ?

Une partie de notre jeunesse s'inquiète, se cherche, s'angoisse face aux défis des temps. Que disent ces mobilisations de la fracture de la jeunesse de France ?

Mme Nicole Sanquer (LIOT). Bien avant que la mobilisation ne gagne le pays, le lycée du Nord à Mayotte sonnait l'alerte en évoquant les classes surchargées, les bâtiments vétustes et parfois dangereux, la filière professionnelle privée de son plateau technique et les professeurs absents non remplacés. Là-bas plus qu'ailleurs, la promesse de l'école n'est pas tenue. Le constat est le même en Polynésie française, en particulier concernant le remplacement des professeurs et les conditions d'accueil. Partout en France, pour de trop nombreux lycéens, les conditions d'apprentissage sont tout sauf une invitation à la curiosité et à l'épanouissement par la découverte. Comment donner le goût d'apprendre, dans de telles conditions ?

Le budget de l'éducation nationale est le premier budget de l'État. Comment expliquez-vous qu'un tel effort aboutisse à la fois à des résultats en recul dans les classements internationaux et à des conditions d'accueil préoccupantes pour les élèves ?

En matière d'organisation, la réforme de Jean-Michel Blanquer a profondément compliqué les emplois du temps du lycée. C'est un véritable casse-tête, pour les chefs d'établissement comme pour les professeurs. Êtes-vous prêt à la revoir ?

Par ailleurs, nous faisons confiance aux élus locaux, à qui il faut donner les moyens de développer des politiques éducatives adaptées à la réalité de leur territoire. Puisque les lycées relèvent de la compétence des régions, quelles marges de manœuvre êtes-vous prêt à accorder à ces dernières et comment comptez-vous les accompagner ?

Enfin, quelles leçons tirez-vous de la mobilisation lycéenne et étudiante ?

M. Frédéric Maillot (GDR). L'actualité vous convoque et vous dicte l'urgence que vous avez si longtemps refusée de voir. Les grands discours du gouvernement ne peuvent nier la réalité que la première force vive, c'est-à-dire la jeunesse, vous oblige à regarder en face. Combien de fois, dans cette salle, la gauche a-t-elle tiré la sonnette d'alarme, notamment au sujet de Parcoursup ? Combien de fois, en tant que député des pays d'outre-mer, vous ai-je alerté sur la non-prise en compte de nos réalités ? Car c'est dans les outre-mer que les taux de décrochage scolaire sont les plus élevés. C'est encore dans les pays dits d'outre-mer que les Neet, les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation, sont les plus nombreux. À La Réunion, ils sont plus de 43 000. Je ne pense pas que ce soit le fruit du hasard.

Est-ce une utopie de croire que l'école est censée faire de nos enfants des libres-penseurs ? Mais à quoi bon faire d'eux des esprits éveillés quand, au moment d'exprimer librement leur mécontentement face à leurs conditions d'enseignement, l'État donne l'ordre de les matraquer, de les gazer, voire pire !

Dans ma circonscription, à quelques semaines d'intervalle, deux écoles élémentaires ont été le lieu d'agressions sexuelles de professeurs sur des élèves. J'ai une pensée émue pour les victimes et pour leurs parents. J'ai aussi une pensée pour cette maman qui m'a expliqué que les enfants de son école mangent avec une heure de retard par manque de personnel, à cause de la fin du financement des parcours emploi compétences par l'État. Et comment ne pas évoquer ce que m'a rapporté une AESH sur ses conditions de travail dégradées et sur les violences psychologiques que peuvent subir ces personnels dans l'exercice de leur mission ? Tout cela conduit parfois au désespoir.

J'aurais pu conclure en citant Daniel Balavoine – "Ce que je peux vous dire, c'est que le désespoir est mobilisateur et que lorsqu'il devient mobilisateur, il est dangereux" – mais j'ai plutôt opté pour ce titre de Renaud : "C'est quand qu'on va où ?" Nous, on sait. On va vers 2027, avec une grande victoire pour accorder de vrais moyens à l'éducation et, surtout, abroger Parcoursup.

M. Maxime Michelet (UDR). Je me réjouis de votre audition par notre commission car hier, dans l'hémicycle, feignant de ne pas me comprendre ou ayant mésinterprété ma question, vous n'y avez pas répondu.

Si l'entretien du bâti, la fin du chaos des emplois du temps et le remplacement des absences sont des revendications légitimes, le rétablissement de l'autorité l'est tout autant face aux scènes de violences dans les rues et à l'indiscipline qui caractérise de trop nombreux établissements, abîme les vocations des professeurs et nuit au niveau des élèves. Mais ni vous ni le premier ministre ne parlez d'autorité. Comme avec les gilets jaunes, vous répondez aux lycéens par un grand débat et ne jurez plus que par la démocratie lycéenne.

Je vous sais attentif au sens des mots, monsieur le ministre. En l'occurrence, ceux-là n'en ont pas. En effet, la démocratie n'est pas la consultation, mais le gouvernement des choses ; or les lycéens ne sont pas appelés à cogérer leurs établissements. Sous-entendre le contraire, c'est leur mentir et préparer de futures frustrations. C'est aussi affaiblir l'autorité des adultes, des professeurs et des personnels.

La crise que nous vivons est assurément celle de l'autorité de l'école, qui s'inscrit dans celle plus générale de l'autorité dans notre société, car l'idéologie d'extrême gauche a malheureusement fini par convaincre certains que toute autorité serait une oppression. Le malaise exprimé est aussi celui d'une jeunesse dont les repères d'autorité se sont effondrés. Oui, la jeunesse a besoin d'être écoutée mais elle a besoin de l'être par une autorité identifiée et respectée comme telle.

Faut-il encore qu'il y ait une autorité quelque part. Si ce que vous appelez démocratie lycéenne peut éventuellement répondre au besoin d'écoute, ce dont je doute, elle ne répondra pas au besoin d'autorité. Contrairement à ce que vous sous-entendiez hier dans votre réponse dans l'hémicycle, nous ne rejetons pas le premier de ces besoins, mais nous le jugeons indissociable du second.

Quelle place accordez-vous à la restauration de l'autorité dans la réponse à apporter à la jeunesse ? Par quels moyens entendez-vous la restaurer dans tous les établissements ?

Par ailleurs, comment garantissez-vous que tous ceux qui répondent à la consultation en ligne sont des lycéens ? Il n'y a aucun dispositif de vérification et j'ai pu moi-même y répondre.

M. Édouard Geffray, ministre. S'agissant d'abord des suites données aux actes violents qui ont eu lieu, j'ai d'emblée condamné les violences commises contre les personnels et contre l'institution – ce que tout le monde n'a pas fait sur son compte X, au passage : manifestement, les condamnations sont assez variables.

Les personnels concernés ont systématiquement été accompagnés dans leur dépôt de plainte et la protection fonctionnelle leur a automatiquement été accordée. Des poursuites judiciaires seront systématiquement engagées. Les élèves qui se sont directement rendus coupables des faits, ce qui est très minoritaire, passeront en conseil de discipline et la sanction sera proportionnée à leur comportement. La question ne se pose même pas. Dans un État de droit, on respecte les libertés fondamentales – celle de manifester, celle de s'exprimer – et on fait aussi respecter les biens et les personnes.

Ma boussole, c'est l'État de droit. Elle n'a pas varié et elle n'est pas propre aux événements. Partout où il y a eu violence, il y a eu plainte et il y aura poursuites. Partout où les violences ont été commises par des élèves, il y aura conseil de discipline et sanctions adaptées.

Cela ne signifie pas qu'il ne faut pas écouter, dans le même temps, tous ceux qui expriment des revendications. Plusieurs de vos questions, notamment celle de M. Michelet, portent sur l'autorité. Or l'autorité, c'est aussi ce qui permet de mettre un homme debout, en l'espèce de l'éduquer pour lui permettre de gagner en autonomie et d'être capable de déterminer ses propres règles – ce qui passe d'abord par le respect des règles des adultes : il n'existe pas d'autonomie sans hétéronomie au départ. Mais, précisément, l'autonomie fabriquée par l'autorité a pour objet de permettre à l'individu de prendre une place croissante dans les affaires de la cité et, progressivement, de s'exprimer.

Il n'est pas malsain de rappeler aux élèves – en tout cas, il ne faut pas leur dire l'inverse – qu'on ne dialogue pas au milieu des mortiers, mais à l'abri de l'institution scolaire, dans ses murs. On sait le faire. Cela s'est toujours fait, même si cela ne s'est probablement pas toujours bien fait.

Construire un esprit civique, ce n'est ni attendre le couperet de la majorité, ni codécider – il n'y a pas de codécision avec les élèves dans la gestion et le pilotage de l'éducation nationale. Construire un citoyen, c'est l'éveiller progressivement à la faculté de s'exprimer, d'être entendu et de compter. Éveiller les jeunes à la conscience civique – je le dis pour ceux qui ont incité les jeunes à s'inscrire dans un cadre à la légalité douteuse – c'est aussi leur apprendre à s'inscrire dans un cadre légal. De ce point de vue, l'expérience des manifestations d'hier est précieuse : nous étions dans un cadre de démocratie sociale classique et respectueux, et les choses se sont bien passées.

S'agissant des postes non pourvus et des remplacements, il ne faut pas faire croire qu'on part de nulle part. Nous avons, en deux ans, triplé le taux de remplacement des absences de courte durée. Ce n'est pas négligeable. Ce sont ainsi 2,5 millions d'heures qui ont été remplacées, notamment dans le cadre du pacte enseignant. Nous avons également amélioré le taux de remplacement des absences de longue durée. Par ailleurs, le jour de la rentrée, nous avions réussi à diminuer de 57 % par rapport à la rentrée précédente le nombre de postes vacants, c'est-à-dire des postes qui n'étaient occupés par aucune personne physique. Il en restait quelques dizaines.

Cela n'empêche pas qu'un peu partout, dans pas mal d'établissements, il y ait des groupes d'heures – parfois deux, trois, quatre – dans lesquelles aucun enseignant n'est devant les élèves, par exemple parce que des professeurs sont passés à 80 % ou à 90 % ou sont en mi-temps thérapeutique – lesquels ont très sensiblement augmenté ces dernières années dans l'éducation nationale, c'est le moins que l'on puisse dire. C'est toujours la même chose : des blocs de moyens provisoires, c'est-à-dire des groupes d'heures qui ne sont pas pourvues, apparaissent toujours en début d'année. Nous avons réussi à les réduire un peu à la rentrée, mais clairement pas autant que nous l'aurions voulu. Nous avons aussi été confrontés à l'effet rétroactif d'une mesure, que je crois par ailleurs bonne, le congé de naissance.

La réalité, c'est qu'il faut à la fois travailler sur le vivier – certaines disciplines, notamment dans la voie professionnelle, sont rares et il est difficile de trouver des professeurs sur le marché du travail – et sur l'efficacité de la réponse. Le délai entre le signalement d'une absence par le chef d'établissement et l'affectation d'un professeur doit être le plus court possible. C'est un enjeu qui n'est pas neuf, mais c'est l'une de mes priorités. Cela doit nous amener à poser la question de la déconcentration de la fonction de gestion, notamment pour des remplacements ponctuels. Nous y travaillons avec les rectorats, afin de gagner globalement en agilité.

J'appelle votre attention sur un élément que tout le monde ici peut comprendre : l'agilité et la réactivité d'un système qui abrite un Français sur cinq ne sont pas exactement celles d'une PME. Nous ne sommes pas une équipe de dix autour d'un ordinateur ! En menant ce travail, nous devons donc aussi veiller à ne pas déstabiliser l'ensemble du système, ce qui pourrait créer d'autres préjudices. Reste que nous devons simplifier et accélérer les procédures d'affectation pour les remplacements de courte durée.

S'agissant des questions de sécurité que vous avez évoquées, madame Mesmeur, je ne suis pas ministre de l'intérieur mais je vais quand même dire un petit mot. Vous dites depuis quelques jours qu'il n'y aurait eu aucune consigne de retenue. Sauf erreur, et pour avoir discuté avec lui tous les jours de la semaine, je pense pouvoir affirmer que le ministre de l'intérieur a dit qu'il n'y aurait pas de retenue dans l'intervention en cas de violences, au sens où on ne s'interdirait pas d'intervenir si des violences étaient commises contre des personnes et des biens. (Exclamations.)

M. Arthur Delaporte (SOC). C'est quoi, les biens ? Une poubelle qui brûle ?

M. Édouard Geffray, ministre. Je ne parlais pas de cela, mais l'incendie d'une poubelle peut quand même déclencher l'incendie de tout un bâtiment, c'est assez banal. Ensuite, prenons l'exemple du lycée Nelson-Mandela de Nantes, qui a été incendié alors que 160 élèves étaient dans l'internat. Vous me dites que j'ai échoué à mettre les élèves en sécurité : en l'occurrence, les élèves qui étaient dans l'établissement ont précisément été en sécurité alors que ceux qui se trouvaient sur la voie publique ont été infiltrés par des casseurs. Nous parlons de gens violents, qui arrivaient en voiture à 7 heures du matin, intégralement habillés de noir, masqués, cagoulés, gantés et le coffre rempli de mortiers – dont je rappelle qu'ils ne sont pas vendus en France –, et qui ont distribué ces mortiers à nos élèves. Certains lycéens ont été blessés en les utilisant parce que de jeunes adultes leur en avaient confié. Je vous confirme que dans de telles conditions, il est plus difficile d'assurer leur sécurité ! Mais tous ceux qui étaient dans l'établissement ont été mis en sécurité. Je rends une fois encore hommage au proviseur et aux équipes de vie scolaire qui ont mis en sécurité leurs élèves.

C'est pour cela que j'ai toujours été très réservé vis-à-vis des blocages totaux. Les blocages filtrants, c'est toujours arrivé, c'est quelque chose qui se respecte. Un blocage total, cela veut dire des jeunes qui sont sur la voie publique, qui ne peuvent pas entrer dans l'établissement et qui ne peuvent donc pas être mis en sécurité. Organiser un blocage total, c'est prendre sciemment le risque que des centaines de lycéens se retrouvent sur un trottoir et soient blessés si des individus extérieurs violents s'introduisent dans le rassemblement.

Il faut donc trouver le bon équilibre – pardon d'être équilibré – entre l'expression des lycéens et la capacité à les mettre en sécurité. Je n'ai jamais cessé de le dire, notre priorité, c'est la sécurité des élèves comme des personnels.

Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Et les lycéens ? Vous n'avez pas eu un mot pour les lycéens éborgnés et mutilés !

M. Édouard Geffray, ministre. Les lycéens sont des élèves !

Vous avez aussi évoqué le budget. D'abord, je rappelle que nous en sommes au projet de loi de finances : un projet, c'est fait pour être discuté. Dans ce projet, le gouvernement a prévu une augmentation de 1,2 milliard d'euros – je ne sais pas d'où vient cette baisse de 650 millions que j'entends certains députés dénoncer depuis tout à l'heure. Je rappelle aussi que le schéma global d'emplois du ministère augmente de 3 257 – chiffre que je n'ai en revanche pas entendu. Postes et moyens augmentent, donc.

À l'intérieur de ce budget, les augmentations de postes sont liées d'une part à la réforme de la formation initiale – qui fonctionne, je le souligne au passage : c'est la première fois depuis quinze ans que nous avons réussi à pourvoir toutes les places aux concours – et d'autre part à l'accompagnement des élèves. Nous proposons ainsi de créer 200 postes de conseiller principal d'éducation – cela tombe bien, puisque nous parlons de climat scolaire –, 300 postes d'infirmiers et d'infirmières, d'assistants sociaux et de psychologues de l'éducation nationale – ce qui fera 600 en deux ans – et enfin 1 300 postes d'AESH.

Mme Fatiha Keloua Hachi (SOC). Parlons des professeurs !

M. Édouard Geffray, ministre. J'y viens, mais j'essaye d'être complet : nous sommes au Parlement !

S'agissant des personnels enseignants, nous allons perdre 180 000 élèves à la rentrée prochaine. (Exclamations.) Pardonnez-moi, c'est compliqué de parler sans être interrompu toutes les trois secondes. J'expose des choses !

M. Alexis Corbière (EcoS). Mais vous parlez beaucoup !

M. le président Alexandre Portier. Mes chers collègues, tout le monde pourra poser sa question. Vous aurez votre réponse, monsieur Corbière, je n'en doute pas. Mais arrêtons de nous interrompre. Le but est que chacun puisse interroger M. le ministre. Je n'ai pas de souci avec la diversité des positions, mais je voudrais que chacun écoute les autres sereinement.

M. Édouard Geffray, ministre. Si nous suivions la démographie, c'est-à-dire si nous retirions des postes de professeurs à due proportion de la baisse du nombre d'élèves, alors ce seraient plus de 9 000 postes qui seraient supprimés. Nous proposons d'en supprimer 1 588, dont aucun au lycée. Ce dernier est le seul endroit où la baisse démographique ne se fait pas encore sentir. En revanche, nous allons perdre 110 000 à 120 000 élèves dans le premier degré, et 40 000 à 50 000 au collège – je n'ai pas les chiffres exacts en tête.

Nous proposons donc de supprimer quelque 1 500 postes au lieu de 9 000, là où des classes entières disparaissent. Autrement dit, le nombre moyen d'élèves par classe va diminuer, aussi bien à l'école maternelle et élémentaire qu'au collège et au lycée – si les choses restent en l'état, puisque je rappelle qu'un débat parlementaire est précisément prévu pour y travailler.

Nous n'avons pas parlé du premier degré parce que ce n'est pas l'objet de notre réunion, mais je souligne que, si le projet du gouvernement est retenu, le nombre moyen d'élèves par classe y sera pour la première fois de notre histoire inférieur à celui de l'OCDE. Il restera un peu supérieur à celui de l'Union européenne, mais j'ai toujours dit, vous le savez, que nous pouvions rejoindre cette moyenne de l'Union européenne en trois ou quatre ans. Il me semble bon de rétablir quelques vérités, et celle-ci est aisément vérifiable.

S'agissant de Parcoursup, je l'ai dit, cette plateforme cristallise beaucoup de mécontentements, et est vécue comme le couperet de la fin de scolarité. Nous devons y être attentifs. Il ne faut pas mentir : Parcoursup n'est pas un algorithme qui trie. La question, c'est la transparence des choix faits par les formations. Ce sont elles qui recrutent : elles ont leurs critères, éventuellement leurs algorithmes propres.

Je le redis, le ministre de l'enseignement supérieur a jusqu'au 20 octobre pour formuler des propositions solides – nous n'allons pas gribouiller un projet en cinq minutes et aboutir à quelque chose d'infaisable qui mettrait nos élèves dans une situation invraisemblable. Il est en train de travailler, y compris avec les syndicats étudiants, sur ce qui peut être sensiblement amélioré.

Monsieur Raux, je respecte vos propos, mais vous avez dit une chose profondément inexacte. Non seulement je n'ai pas dit que les professeurs "n'avaient pas été traumatisés", mais j'ai dit exactement l'inverse et je vous remercierais donc, si vous étiez amené à diffuser vos propos, de les corriger sur ce point. Les équipes éducatives sont profondément traumatisées parce qu'elles ont été visées. C'est la première fois dans l'histoire du système éducatif. Il faut quand même que nous nous rendions compte de ce qui se passe : 88 personnels ont été visés délibérément ! C'est inouï. Vous parlez de casse de l'éducation, mais 88 personnels atteints dans leur chair, 24 lycées incendiés ou saccagés et des centaines de lycées dégradés, c'est plutôt là que je vois la casse !

Je suis tout à fait ouvert à la discussion, je peux entendre qu'il faudrait faire davantage ou différemment : ce sont des débats démocratiques. Mais repartons du fait que le budget de l'éducation nationale a augmenté de 31 % depuis 2017, hors compte d'affectation spéciale Pensions. L'effort de la nation n'est donc pas négligeable. Tout ce qui a été fait a-t-il été bien fait ? Pouvait-on faire autrement ? Doit-on faire plus ? Ces questions sont légitimes, et c'est l'objet même de la démocratie que de débattre et d'évoluer. Mais ne laissons pas dire qu'il y a eu des réductions ou que l'investissement dans l'école a diminué : c'est faux, et quand on ment, on prend toujours des risques.

Monsieur Gumbs, merci pour votre rapport sur Parcoursup. Le ministre de l'enseignement supérieur va prolonger vos travaux en se penchant notamment sur les questions d'égalité des chances et de transparence des algorithmes.

Vous avez évoqué les questions ultramarines, auxquelles je suis particulièrement sensible – et pas seulement à celle des langues régionales sur laquelle nous avons déjà beaucoup progressé. Il y a deux problèmes.

Le premier concerne la lutte contre le décrochage, surtout depuis la crise sanitaire. Nous investissons beaucoup ce champ ; c'est une priorité que j'ai assignée aux recteurs et rectrices d'outre-mer. En Guadeloupe et en Martinique, nous voyons refluer la vague de décrochages post-covid, mais nous devons continuer d'y travailler inlassablement.

Le second concerne la réussite aux examens, où les disparités sont moins fortes. En Guadeloupe, le taux de réussite au baccalauréat général était cette année de 94 %, et il est encore supérieur en Martinique. En Guyane, en revanche, il est de 84 % : il faut donc y travailler, ainsi qu'à Mayotte. L'effort doit porter sur l'ensemble de la chaîne scolaire. Un gros travail est en cours, vous le savez, sur la lecture, l'écriture et les mathématiques dans le premier degré, avec un taux d'encadrement plus élevé que sur le reste du territoire national, afin de résorber ces différences qui ne doivent pas demeurer.

M. Patrier-Leitus a évoqué plusieurs questions outre celle de l'autorité, dont celle des bâtiments dégradés. Le bâti scolaire est un sujet qui ressort très nettement des revendications. D'abord, les lycéens le touchent du doigt dans leurs établissements, ensuite ils voient des vidéos qui tournent sur les réseaux sociaux.

Il faut distinguer l'entretien des bâtiments et leur rénovation. Dès avant les canicules de cet été, les régions ont mené un travail considérable pour rénover les lycées – 1 milliard d'euros par an pour la seule Île-de-France, 368 établissements rénovés ou réhabilités en dix ans sur les 500 lycées publics qu'elle compte. Mais le parc est vaste, et surtout les travaux de réhabilitation doivent se faire en site plein, au moment où nous atteignons le pic démographique au lycée. La tâche s'en trouve singulièrement compliquée. J'ai vu hier, avec Françoise Gatel et Naïma Moutchou, les présidents des régions. Ils rencontreront cet après-midi le premier ministre afin de cibler des aides supplémentaires de l'État pour accompagner les régions dans leur rénovation des établissements qui en ont le plus besoin.

Mais il n'y a pas que le bâti : à propos de canicules, j'ai aussi, vous le savez, réorganisé l'intégralité des examens afin que la prochaine session se déroule exclusivement le matin.

Nous pourrions faire la promesse que tous les lycées seront réhabilités en deux mois. Nous savons tous que c'est impossible. On parle de dizaines de millions de mètres carrés, et donc de milliers d'entreprises à trouver. Mais il faut que les bâtiments les moins protecteurs soient traités en priorité.

Le premier ministre communiquera cet après-midi sur le travail engagé, je n'y reviens donc pas plus longuement.

S'agissant de l'implication des familles, si des sanctions sont prises contre des lycéens, les familles seront évidemment associées, y compris dans la dimension éducative de la sanction. Au-delà, je pense profondément, et depuis longtemps, qu'il est essentiel de resserrer les liens entre les différentes composantes de la communauté éducative. J'ai d'ailleurs reçu les associations de parents la semaine dernière, comme les organisations syndicales des personnels, les associations et les élus lycéens.

Au cours des quelque vingt dernières années, le lien avec les parents s'est clairement distendu. Dans un même mouvement, nous avons sécurisé les établissements, pour éviter tout attentat, et renforcé largement les échanges à distance, avec des plateformes numériques comme Pronote. Je ne cesse de dire qu'il faut resserrer ces liens. Nous sommes une communauté éducative : nous ne pouvons pas demander à des élèves de savoir où ils habitent, de se sentir ancrés dans leur établissement et dans une destinée collective, de construire leur avenir et de se projeter, s'ils sentent que la communauté éducative qui les entoure – et qui n'est finalement que le reflet de la société – n'est pas unie.

M. le président Alexandre Portier. Nous en venons aux questions des autres députés.

M. Roger Chudeau (RN). Vous parlez d'un air grave, monsieur le ministre, des 88 blessés qui ont été explicitement visés. Mais c'est votre bilan, le bilan de dix années de pseudo-priorité donnée à la jeunesse par Emmanuel Macron. Ce qu'on voit, c'est votre échec !

Je n'en citerai que deux aspects. Le premier est administratif : c'est l'échec des remplacements, avec un pacte enseignant qui ne fonctionne pas et qui, le Rassemblement national vous l'a dit à plusieurs reprises, ne permet pas le respect de l'obligation de moyens – les tribunaux administratifs nous ont d'ailleurs donné raison. Vous ne pourrez rien y faire dans les mois qui vous restent, de toute façon cela ne changera pas. L'autre aspect est éducatif, c'est l'échec de la démocratie lycéenne : à quoi ont servi les différents conseils de la vie lycéenne, les CVL, les CAVL (conseils académiques de la vie lycéenne) et le CNVL ? Ils n'ont rien vu venir, ils n'ont pas été réunis, ils n'ont pas anticipé la crise, on ne les a ni entendus ni écoutés.

Mme Graziella Melchior (EPR). Dans le contexte de mobilisation que nous connaissons, je voudrais revenir sur une inquiétude très concrète exprimée par de nombreux lycéens, mais aussi par leurs parents : Parcoursup, et l'orientation post-bac.

Il faut rappeler d'où nous venons : avant Parcoursup, certaines licences en tension pouvaient aller jusqu'au tirage au sort. Parcoursup a permis de sortir de cette logique et centralise aujourd'hui les inscriptions à près de 25 000 formations. Il faut aussi combattre les idées reçues : ce n'est pas un algorithme national qui choisit les élèves, mais bien les formations elles-mêmes, avec des commissions composées principalement d'enseignants qui examinent les candidatures suivant des critères qu'elles doivent rendre publics.

Mais il faut entendre l'inquiétude. Pour beaucoup de familles, la procédure reste complexe, stressante et parfois difficile à comprendre. Des progrès ont été faits : critères d'admission plus lisibles, rapports d'examen des candidatures, information sur les profils admis, données sur la réussite et l'insertion professionnelle.

Quelles nouvelles mesures entendez-vous prendre pour rendre Parcoursup plus transparent, plus lisible et surtout plus rassurant pour les lycéens et leurs familles ? Serait-il possible d'informer de façon beaucoup plus systématique sur les débouchés réels de chaque formation ?

Mme Farida Amrani (LFI-NFP). Vingt millions d'heures perdues pour nos collégiens et nos lycéens, près d'une sur dix : c'est pire que l'an dernier ! Quand un professeur est absent, il n'est remplacé qu'une fois sur dix. Votre pacte enseignant devait d'abord régler ce problème : il a coûté près de 750 millions d'euros la première année, et pourtant les heures perdues ont encore augmenté.

Dans ma circonscription, ces inégalités se voient dans le taux d'obtention du bac : au lycée Auguste-Perret à Évry-Courcouronnes, seuls 58 % des candidats l'ont obtenu, contre 92 % au niveau national. Le résultat de votre politique, c'est l'échec scolaire programmé et organisé pour notre jeunesse. Les lycéens sont venus réclamer des professeurs ; votre gouvernement leur a répondu par la répression.

On ne remplace pas des millions d'heures de cours par des coups de matraque, monsieur le ministre. Je n'aurai aucune question à vous poser. La seule réponse que nous attendons pour changer la vie et l'avenir de nos jeunes, c'est un vrai programme de rupture : oui, vivement 2027 !

Mme Ayda Hadizadeh (SOC). Dans ce mouvement, il y a quand même quelques motifs d'espoir. Les lycéens, je l'ai vu, veulent se montrer solidaires. Ceux qui étudient dans des lycées privilégiés – ces lycées sont connus, on pourrait en dresser la liste et tout le monde ici saurait les placer sur une carte de France – nous disent, de façon frappante, que quand un de leurs professeurs est absent, il est remplacé dans la journée ; mais ils veulent soutenir leurs camarades des lycées moins privilégiés. Et les élèves se disent aussi solidaires avec leurs enseignants : ils sont conscients de leurs conditions de travail, ils savent que leurs professeurs ne sont pas assez payés, pas assez respectés.

Quand je vous entends, monsieur le ministre, je suis en revanche un peu inquiète : vous ouvrez une nouvelle boîte, que vous appelez "démocratie lycéenne", pour y mettre un grand exercice d'écoute et de recueil de toutes les doléances. Mais tout est sur la table !

M. Xavier Breton (DR). Quel bilan dressez-vous de la réforme du lycée et du baccalauréat de 2018 ? Elle a compliqué les emplois du temps ; c'est un vrai casse-tête dans les établissements. Les pauses déjeuner sont réduites, les cours placés à des heures plus tardives, les journées allongées, avec souvent de longues plages sans cours. On a voulu "universitariser" les lycées. Êtes-vous prêt à revenir sur cette véritable erreur ?

Mme Sandrine Lalanne (EPR). Monsieur le ministre, les lycéens nous disent qu'ils n'ont plus de temps pour vivre en dehors du lycée et des devoirs, et pour se consacrer à leur orientation. Un jeune qui n'a plus le temps de faire du sport, de pratiquer une activité culturelle ou simplement de souffler est-il vraiment dans les meilleures conditions pour apprendre et construire son orientation ? La réforme Blanquer a ajouté de la complexité en mettant fin aux séries et en multipliant les combinaisons de spécialités possibles. Le ministère recense plus de 400 combinaisons de trois spécialités en classe de première. Elle a aussi des conséquences très concrètes : des emplois du temps très complexes, parfois avec de nombreuses heures de permanence et des amplitudes importantes. D'un point de vue qualitatif, à part une spécialité de maths très scientifique, il n'y a globalement plus de maths au lycée ; mais en tronc commun de terminale, on surcharge les élèves de SVT (sciences de la vie et de la Terre), de physique et de chimie. Allez comprendre !

Ne serait-il pas temps de procéder à une véritable évaluation des conséquences de la réforme Blanquer ? Le temps scolaire doit être plus efficace plutôt que seulement plus long.

M. Aymeric Caron (LFI-NFP). Les lycéennes et les lycéens qui manifestent sont réprimés comme jamais des jeunes ne l'ont été dans notre pays, et rarement sans doute dans une démocratie officielle. Les forces de l'ordre gazent systématiquement les enfants et les adolescents qui manifestent, même quand ils sont tout à fait pacifiques. Quelle démocratie envoie des gaz lacrymogènes et organise des charges violentes contre des jeunes de 14 et 15 ans qui ne présentent aucun danger ? Quelle démocratie utilise des LBD (lanceurs de balles de défense) et des grenades de désencerclement contre des enfants ? Plus de 200 lycéens ont été blessés depuis le début du mouvement, parfois très grièvement : un jeune de 15 ans a eu une main arrachée ; un jeune de 16 ans a été éborgné ; un jeune de 14 ans a eu la mâchoire brisée et les dents arrachées. Plus de 4 000 mineurs ont été placés en garde à vue.

Vous nous dites que vous croyez au dialogue. C'est une blague ? Vous appartenez à un gouvernement qui veut effrayer et punir nos enfants, et qui fait honte à l'idée même de démocratie. En tant que ministre de l'éducation, vous avez la responsabilité de protéger les élèves. Vous avez complètement échoué. Vous désolidarisez-vous au moins de la politique de maintien de l'ordre du ministre de l'intérieur ? Dénoncez-vous les violences commises par le gouvernement auquel vous appartenez contre les enfants de ce pays ?

Mme Sophie Taillé-Polian (EcoS). Ce mouvement lycéen si large, si légitime, c'est votre bilan, à vous et à vos nombreux prédécesseurs : le résultat de la réforme Blanquer, de Parcoursup, des classes surchargées – 35 élèves par classe au lycée Darius-Milhaud, dans ma circonscription. Vous avez d'abord cherché à tuer ce mouvement dans l'œuf par la répression policière ; c'était un choix honteux, et c'est un échec total, car la colère est trop profonde et les injustices trop criantes.

Je ne citerai qu'une de ces injustices, trop peu abordée jusqu'ici : le sort réservé aux élèves en situation de handicap. Au lycée de Cachan, qui compte 2 500 élèves – c'est l'un des plus grands de France –, il y a deux AESH. Une lycéenne malentendante des deux oreilles devait passer un contrôle avec une bande-son à écouter. Mais comme son AESH devait aussi s'occuper d'un autre élève, tant pis pour le contrôle… Voilà la réalité ! Que faites-vous ? Cela fait dix ans que vous dites vouloir recruter des AESH et que l'on ne voit rien venir.

Mme Géraldine Bannier (Dem). La crise d'attractivité du métier de professeur et le manque de personnel dans certaines matières, particulièrement pour les remplacements de longue durée, est un sujet sur lequel nous alertons de longue date. Quelle réponse concrète apportez-vous ? Recrutement de contractuels, de titulaires remplaçants sur liste complémentaire des concours, quelle est la voie retenue ? Nous signalons au passage que ce n'est certainement pas en multipliant les formations tous azimuts pour les professeurs ou en réduisant leurs vacances – qui servent à corriger, à lire et à préparer des cours – que le métier risque de regagner en attractivité. Les professeurs ont besoin de soutien dans une mission qui n'a cessé de devenir plus complexe.

Ayant moi-même enseigné en lycée, j'adresse un message aux jeunes qui agissent avec responsabilité et calme, aux jeunes qui dialoguent, comme à Mayenne : c'est la meilleure voie pour signaler aux régions leurs besoins matériels concrets et à l'État les manquements qui affectent la qualité de leurs apprentissages.

M. Bertrand Sorre (EPR). En réponse à leur invitation, j'étais hier matin au lycée Émile-Littré d'Avranches, dans mon département de la Manche, avec des lycéens qui tenaient un blocus devant leur établissement – un blocus responsable, sans tension ni violence, motivé par la volonté d'être solidaires des autres lycéens, ailleurs en France, qui ne bénéficient pas des conditions d'enseignement auxquelles ils pourraient légitimement prétendre.

Les demandes de ces élèves s'articulaient autour d'un fil rouge, celui de l'égalité des chances. J'ai pu échanger avec eux durant une heure trente, en présence de leur proviseur, dans l'écoute, le respect et la volonté de construire ensemble les réponses aux besoins identifiés, qui sont connus. Je me suis engagé à vous remettre en main propre une synthèse de ces échanges.

Ma question porte sur la démocratie scolaire. Le temps que j'ai vécu avec ces lycéens était un temps de construction. Au-delà des travaux des conseils de la vie lycéenne, je pense que les jeunes ont besoin plus fréquemment de tels temps, rendus nécessaires par la société dans laquelle ils vivent.

M. Édouard Geffray, ministre. En ce qui concerne la démocratie scolaire, je suis surpris, madame Hadizadeh, de vous entendre dire que les débats organisés ne serviront à rien alors qu'il y a quelques jours, les têtes de votre parti appelaient à en organiser partout. Des espaces de discussion ont été ouverts dans tous les établissements – M. Sorre les a évoqués – ainsi que dans l'espace numérique – car c'est bien aussi que tout le monde puisse s'exprimer, pas uniquement les élèves les plus mobilisés. Quand on parle de l'aspiration démocratique des lycéens, on ne peut pas dire que ces espaces ne servent à rien !

Ils sont utiles car en démocratie, le seul moyen de régler les problèmes et les conflits, c'est le dialogue et la discussion contradictoire, dans un cadre où chacun respecte la parole de l'autre, fût-il en profond désaccord. C'est ce que vous faites tous les jours ici – ou alors vous n'y croyez plus, mais dans ce cas, nous avons collectivement un problème.

Ce n'est pas parce que les élèves sont mineurs qu'ils n'ont pas le droit de bénéficier d'espaces de cette nature. Après avoir rencontré des lycéens presque chaque semaine depuis un an et avoir parcouru trente-cinq départements, moi, je crois en la démocratie lycéenne, et je ne pense pas qu'elle soit en échec. En revanche, nous devons aussi comprendre l'environnement et les attentes de cette jeunesse bien au-delà de ses revendications ponctuelles, auxquelles il faut néanmoins répondre.

J'en viens à la question des remplacements. Aujourd'hui, environ 10 % des heures ne sont pas remplacées – c'est un problème ancien, même si la situation s'améliore. Parmi elles, 25 % correspondent à des périodes d'examen, car les heures pendant lesquelles les élèves passent le brevet ou le baccalauréat sont comptabilisées comme des heures non suivies. Il n'y a donc en réalité que 7,5 % des heures de cours qui correspondent à des absences non remplacées. Monsieur Chudeau, vous avez qualifié le pacte enseignant d'échec. Il a pourtant permis d'assurer le remplacement de 2,5 millions d'heures, soit tout de même plus de 10 % des 20 millions d'heures non remplacées dont le Rassemblement national s'est récemment fait l'écho. Nous avons triplé le taux de remplacement des absences de courte durée : dire que rien n'a été fait, c'est faux !

Reste un sujet important : le remplacement des absences de longue durée, qui portent particulièrement préjudice aux élèves. La réalité, c'est que nous avons un problème de vivier, tant pour certaines qualifications que pour certains territoires – les deux pouvant se cumuler. Il faut donc aller chercher des gens. Pour les recruter, madame Bannier, nous avons effectivement deux possibilités : celle des contractuels, pour pallier les besoins en cours d'année, ou celle des concours. Sur ce dernier point, je tiens à répéter – car, comme pour tout ce qui marche bien, c'est vite oublié : il ne faut pas en parler, surtout aux jeunes ! – que nous avons réussi cette année à pourvoir la quasi-intégralité des places ouvertes à nos concours. C'est la première fois depuis une quinzaine d'années, bien avant ce que vous appelez la Macronie.

Dans l'académie de Versailles, par exemple, non seulement tous les postes au concours de professeurs des écoles ont été pourvus, pour la première fois depuis 2013, mais en plus les candidats étaient meilleurs, puisque la moyenne du dernier admis était plus élevée de trois points. La réforme de la formation initiale des enseignants porte donc ses fruits. Elle permet aux étudiants se destinant au professorat de bénéficier du statut d'élève fonctionnaire et d'être rémunérés pendant leur master, à hauteur de 1 400 euros net en première année et de 1 800 euros net en deuxième.

J'en reviens à mes deux possibilités : recourir à des contractuels ou faire appel aux listes complémentaires. La difficulté de cette deuxième option, c'est que la personne sera affectée en tant que fonctionnaire stagiaire, ce qui nécessite un tuteur et un emploi du temps adapté. Cela ne convient pas pour toutes les situations. On ne peut pas s'en tenir aux chiffres : l'éducation nationale, ce n'est pas un tableur Excel, ce sont des gens – en l'espèce, des personnes qui entrent dans le métier et ne peuvent pas nécessairement remplacer un professeur poste pour poste. Nous faisons appel aux listes complémentaires, nous allons continuer à le faire, mais ce n'est pas la solution miracle.

S'agissant de Parcoursup, je ne reviens pas sur tout ce que j'ai déjà dit. D'ici dix jours, le ministre de l'enseignement supérieur formulera des propositions, notamment pour améliorer la transparence sur les formations – critères de sélection, perspectives offertes, profil des étudiants et taux de réussite selon ces profils. Nous devons pour notre part poursuivre le travail fait sur l'orientation. Vous savez qu'il y a deux professeurs principaux en classe de terminale pour accompagner les jeunes dans leur orientation, mais il faut encore renforcer cet accompagnement.

J'en viens à la réforme du lycée. Tout le monde sait d'où l'on vient : il y avait trois filières en voie générale, S (scientifique), ES (économique et sociale) et L (littéraire). Ce système était très marqué par les inégalités sociales. Environ 52 % des élèves intégraient la filière S, parmi lesquels 80 % étaient des enfants de cadres. Les enfants d'ouvriers ou d'employés allaient plutôt en filière ES. Différentes représentations étaient attachées à ces filières et le système était sociologiquement très différenciant.

Cette réforme a eu deux effets dont il faut conserver le bénéfice.

Tout d'abord, en permettant aux élèves de choisir trois spécialités en première – deux en terminale –, on leur offre un parcours correspondant à ce qu'ils veulent faire. Les élèves ne supportent plus d'être enfermés dans des tunnels, comme c'était le cas auparavant ; ils ont besoin de respirer, et que leur formation s'adapte un minimum à ce qu'ils sont. Ensuite, mécaniquement, les choix de spécialité sont devenus moins marqués d'un point de vue sociologique : on constate un brassage et une mixité beaucoup plus importants que dans les trois filières S, ES et L.

Personnellement, je suis attaché à l'égalité des chances. Il faut dire que j'ai fait toute ma scolarité en banlieue parisienne – et non, contrairement à ce qu'a déclaré Manon Aubry, au lycée Fénelon à Paris. Je n'y ai été qu'en prépa : auparavant, j'étais dans le Val-d'Oise, où j'ai passé mon baccalauréat. À Fénelon, comme beaucoup d'étudiants, je faisais des allers-retours tous les jours, en passant par la gare du Nord. Alors qu'on ne vienne pas m'expliquer ce qu'est la banlieue parisienne !

M. Alexis Corbière (EcoS). Et vous étiez dans le public ?

M. Édouard Geffray, ministre. Oui, à Ermont, dans un lycée dont l'IPS (indice de position sociale des élèves) est aujourd'hui aux alentours de 110. Je tenais simplement à rétablir la vérité, car il est toujours gênant d'entendre dire n'importe quoi sur les personnes.

En matière d'égalité des chances, donc, il faut faire très attention à ce que ce qu'on croit être des réglages techniques ne contrevienne pas aux objectifs politiques que nous pouvons collectivement partager. La mixité sociale passe aussi par l'ouverture des choix de spécialité.

Mais la réforme a aussi considérablement complexifié les emplois du temps : dès lors qu'on offre aux élèves un bouquet de spécialités, on multiplie les combinaisons, ce qui implique mécaniquement une dilatation du temps dans la semaine. C'est un point de vigilance important.

Il se trouve que nos outils de conception des emplois du temps n'ont pas évolué en même temps que la réforme. Dans l'immédiat, l'objectif est donc d'optimiser très sensiblement ces outils afin d'aider les chefs d'établissement, qui, chaque année, accomplissent un énorme travail pour essayer de tout faire entrer dans la semaine en tenant compte des contraintes – y compris, parfois, celles des professeurs. Cela ne résoudra pas tous les problèmes, mais nous disposons aujourd'hui d'outils nouveaux, notamment d'IA, qui permettent d'optimiser très facilement des combinaisons d'emplois du temps sur la base de critères objectifs et rationnels.

À l'intérieur de ces emplois du temps, il faudra particulièrement veiller à deux choses : la durée des journées, et celle de la pause déjeuner. Par ailleurs, il faudra garder en tête les contraintes liées au transport scolaire – une question que les élus des départements ruraux connaissent bien – pour que les journées de nos élèves soient vivables,

Madame Taillé-Polian, le nombre d'AESH a augmenté de 75 % depuis 2017. On peut toujours se dire qu'il faut faire mieux, ou différemment, mais nous créons des postes chaque année. Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, je proposerai de créer 1 300 ETP (équivalents temps plein) supplémentaires. Je n'ai aucun doute sur le fait que ce soit une nécessité.

Nous devons également travailler sur les enjeux de l'accessibilité – des sujets d'examen par exemple, ou des cours. En effet, la compensation ne fait pas tout. L'exemple de l'élève malentendante que vous avez relaté est très révélateur. Pour améliorer cette accessibilité, j'ai par exemple engagé un travail nourri avec les associations représentatives sur l'emploi du français parlé complété. Il faut trouver un juste équilibre car, faute de s'interroger suffisamment sur l'accessibilité, on croit parfois répondre à une situation par la compensation alors que ce n'est pas forcément ce que l'élève ou sa famille attendent. C'est singulièrement le cas pour les personnes malentendantes.

En ce qui concerne les AESH, il y a également une question de rémunération : malgré une revalorisation de 13 % ces dernières années, nous ne sommes pas encore à la maille. Il y a aussi la question des quotités horaires, sujet extrêmement complexe sur lequel j'ai lancé des travaux avec les organisations syndicales depuis le mois de juin, comme je m'y étais engagé devant le Sénat. Il y a déjà eu plusieurs réunions de travail et nous essayons de trouver un point d'atterrissage pour les semaines et les mois à venir, mais ce n'est pas simple.

Je pense avoir répondu à toutes les questions.

M. Aymeric Caron (LFI-NFP). Pas du tout, monsieur le ministre ! Vous n'avez pas répondu sur les violences policières contre nos enfants !

M. Édouard Geffray, ministre. S'agissant des "violences policières" – ce sont vos mots : il y a débat sur les notions et je ne suis pas un spécialiste du maintien de l'ordre –, ou s'agissant du moins des personnes victimes de blessures à la suite de certaines interventions policières, soyons clairs. Tout d'abord, il existe un cadre légal d'intervention…

Mme Florence Herouin-Léautey (SOC). Il a évolué ce matin !

M. Édouard Geffray, ministre. Pardon, mais comme on est au Parlement et que vous faites la loi, ce n'est pas mal d'en revenir à l'État de droit.

J'ai dit tout à l'heure qu'aux termes du code pénal, une violence est caractérisée par un acte et une intention. Or il est clair que le gouvernement, par la voix de Laurent Nuñez, non seulement n'a pas donné de consignes de violence, évidemment,…

M. Aymeric Caron (LFI-NFP). Il a donné des consignes de non-retenue !

M. Édouard Geffray, ministre. Vous n'avez pas écouté mon propos liminaire, monsieur le député. C'est dommage, parce que j'ai clarifié les choses. Vous retenez trois mots de M. Nuñez pour lui faire dire ce qu'il n'a pas dit. J'en suis témoin : il a dit, écrit et répété, encore hier soir lors d'une visioconférence avec le préfet et le recteur, qu'il fallait faire preuve de la plus grande proportionnalité et que les rassemblements en cause, s'ils étaient infiltrés par des individus et des groupes violents, étaient composés pour l'essentiel de mineurs et d'élèves auxquels il fallait faire particulièrement attention.

Ensuite, comme je l'ai dit à plusieurs reprises dans les médias, si des policiers ont recours à la force en dehors du cadre légal, la question ne se pose même pas : évidemment, la justice doit faire son travail. À ma connaissance, dix enquêtes de l'IGPN étaient ouvertes hier – peut-être les chiffres ont-ils changé. Les procédures judiciaires qui pourront s'ensuivre doivent aboutir à une sanction si des comportements ont été contraires au cadre légal.

Quoi qu'il en soit, quand un jeune est blessé, a fortiori gravement, c'est avant tout un drame humain.

M. Aymeric Caron (LFI-NFP). Un échec de votre gouvernement, surtout !

M. Édouard Geffray, ministre. C'est d'abord un drame humain. Et je le répète : toute violence illégale doit être sanctionnée. C'est le principe de l'État de droit.

M. Aymeric Caron (LFI-NFP). Deux cents jeunes ont été blessés ! Vous ne répondez pas à la question !

M. Édouard Geffray, ministre. Mais si : toute violence illégale doit être sanctionnée.

M. le président Alexandre Portier. Sur les questions d'ordre sécuritaire, qui peuvent être légitimes, je rappelle que la commission des lois entendra le ministre de l'intérieur. Vous pouvez participer à cette audition, chers collègues, et l'interroger.

Mme Sarah Legrain (LFI-NFP). Je salue votre présence parmi nous aujourd'hui, monsieur le ministre ; nous la devons aux centaines de milliers de lycéens qui se sont mobilisés dans la rue ces derniers jours et qui, pour l'instant, n'ont reçu en réponse que des tirs de LBD.

J'entends qu'il y a maintenant une autre réponse : la démocratie interne. Dans le cadre de cet exercice, les élèves pourront-ils demander des budgets plus importants pour l'éducation nationale ? Je doute que les proviseurs et les régions puissent leur répondre sur ce point. C'est de vous, et non des chefs d'établissement, que la réponse est attendue.

Et puisque vous continuez à dire que nous avons des problèmes de chiffres, je vous renvoie à l'analyse d'Éric Coquerel, le président de la commission des finances. Je vous remettrai le petit graphique qu'il a préparé, et je ne doute pas que nous aurons l'occasion d'en débattre au cours de l'examen budgétaire.

Enfin, me confirmez-vous que les médecins scolaires sont rémunérés 1 821 euros net en première année ?

M. Arthur Delaporte (SOC). Monsieur le ministre, est-ce si difficile de dire : "J'ai failli. Je suis choqué par ce que je vois depuis une semaine. Je pense d'abord à ces jeunes de 14 ans qui ne dorment plus, terrorisés par une répression disproportionnée" ? Est-ce si difficile de dire : "Je pleure de voir ces jeunes défigurés, ces corps et ces vies brisés, cela me hante" – de montrer un peu d'empathie, en somme ? Est-ce si difficile de dire, dès les prémices du mouvement : "Je recevrai les lycéens au ministère pour entendre leurs revendications et y répondre immédiatement", au lieu d'attendre dix jours que le mouvement s'embrase, puis cinq jours encore avant de lancer une plateforme ? Pourquoi ne pas avoir tout simplement engagé plus tôt les réformes de la démocratie lycéenne ou de Parcoursup, qui sont sur la table depuis dix ans ? Était-ce si difficile d'engager dès 2017 un grand plan de rénovation des bâtiments, au lieu de laisser les élèves se geler l'hiver et brûler l'été ? Monsieur le ministre, est-ce si difficile de dire qu'il faut changer de ton et de politique ?

Mme Delphine Lingemann (Dem). Tout d'abord, je veux adresser mon soutien au personnel de l'éducation nationale, aux forces de l'ordre et aux lycéens blessés ainsi qu'aux élèves privés de cours après l'incendie ou le saccage de leur lycée.

Les lycéens ne demandent pas moins d'écoles, ils demandent une école qui tienne sa promesse. Depuis 2017, le budget de l'éducation nationale a augmenté de plus de 30 % et pourtant les difficultés persistent : absences non remplacées, classes surchargées, inquiétudes face à Parcoursup, conditions d'apprentissage dégradées. Dans vos arbitrages budgétaires, quelles conséquences tirerez-vous des préoccupations exprimées par le mouvement lycéen ?

Par ailleurs, vous avez annoncé l'organisation, cette semaine, de temps de démocratie interne dans les lycées. Les enseignants et chefs d'établissement s'interrogent sur leurs modalités : comment ces échanges seront-ils concrètement organisés ?

Enfin, comment la parole des lycéens sera-t-elle prise en compte dans vos décisions ?

M. Philippe Fait (HOR). Permettez-moi d'avoir une pensée pour tous ceux qui ont été blessés et d'apporter tout mon soutien à l'ensemble de la communauté éducative. Nous ne pouvons que regretter cette banalisation de la violence que connaissent aussi les élus, les forces de l'ordre, les sapeurs-pompiers et les soignants.

Je vous ai déjà interpellé, monsieur le ministre, sur l'intérêt de geler les suppressions de postes pour améliorer le taux d'encadrement par classe, assurer les remplacements, permettre aux enseignants de se former, et plus largement garantir l'ensemble des cours tout au long de l'année. Cela rejoint les revendications de notre jeunesse.

Je souhaite surtout m'attarder sur les invisibles, ceux que l'on entend le moins : les jeunes en situation de handicap ou présentant des besoins éducatifs particuliers. Le gel des suppressions de postes permettrait de soutenir ce choix de société que doit être l'école inclusive. J'aimerais vous entendre sur ce sujet.

Mme Florence Herouin-Léautey (SOC). Ce matin, un lycéen m'a demandé de vous poser cette question : quand allez-vous enfin les prendre au sérieux ?

Pourquoi ? Parce que l'ouverture d'une plateforme les interroge : que pensez-vous y découvrir qui n'ait déjà été exprimé ?

Parce que l'annonce du remplacement des absences sous huit jours ne leur semble pas crédible. J'ajoute que cette question cache une grande hypocrisie : dans le premier et le second degré, les absences de longue durée non remplacées, notamment dans les matières fondamentales, touchent d'abord les établissements aux IPS les plus fragiles.

Parce que leur demande de réformer les rythmes scolaires ne relève pas de la fainéantise, comme on l'entend sur certains plateaux. C'est documenté depuis très longtemps : leurs journées surchargées pèsent sur leurs capacités d'apprentissage et réduisent leur pause déjeuner jusqu'à parfois leur faire sauter un repas. Nous parlons d'enfants ! Les réformes menées les dix dernières années n'ont fait qu'aggraver la situation.

M. Alexis Corbière (EcoS). Dans la convocation à cette réunion exceptionnelle, le président Portier a écrit que nous pourrions vous interroger sur les solutions envisagées par le gouvernement. Comme je ne suis pas le plus malin de la troupe, je vous ai bien écouté parler, depuis une heure et quart – sur les deux heures que doit durer l'audition – et je me demande : au final, qu'avez-vous dit ? J'aimerais que vous me le précisiez.

À ce stade, vous maintenez les 1 588 suppressions de postes. Vous ne touchez pas à l'emploi du temps – la seule piste que vous évoquez, c'est de réduire les vacances scolaires : voilà qui va être apprécié des jeunes, je vous le dis ! Vous ouvrez une plateforme – c'est l'événement – et vous vous en satisfaites, même si seuls 30 000 lycéens, soit 1 % des élèves, y participent. Un député vient même de se targuer d'y avoir participé, mais pour vous, c'est la solution ! Pour les remplacements, vous annoncez des solutions sous huit jours et pour ce qui concerne Parcoursup, de nouvelles propositions sous dix jours – c'est-à-dire au moment où commenceront les vacances scolaires.

On aura compris les ficelles : vous n'annoncez rien. Il y a une manifestation jeudi et je pense qu'il est important que nous y soyons nombreux.

M. Édouard Bénard (GDR). Voilà une heure et demie que l'on parle de casse, de dégâts, d'aménagements par les rectorats. Je rejoins mon collègue Corbière : quand va-t-on jouer franc-jeu sur la casse de nos classes ? Vous dites et répétez qu'il y a des revendications légitimes, mais les seules réponses que vous apportez, ce sont des thérapies de groupe d'ores et déjà dénoncées par les chefs d'établissement, davantage de transparence sur l'usine à gaz qu'est Parcoursup d'ici à la fin du mois, et une plateforme de doléances. Vous êtes à deux doigts de nous sortir un numéro vert du chapeau !

Nul besoin de plateforme pour connaître les revendications, elles sont sur les banderoles devant les lycées : la fin des classes surchargées, un prof devant chaque classe, des places en fac et des établissements salubres.

Le mouvement qu'ouvre la jeunesse de ce pays, c'est une mise en minorité idéologique et politique de l'école du tri social et de l'employabilité. Vous lui devez une réponse politique – et à la représentation nationale aussi. Commencez donc par inscrire à l'ordre du jour de la séance publique un débat politique sur le bilan et l'abrogation de Parcoursup, puisqu'il cristallise tant de colères légitimes et que vous admettez enfin ce matin que c'est entre vos mains !

Mme Claudia Rouaux (SOC). Depuis 2017, la région Bretagne a investi 1,13 milliard d'euros dans ses lycées. Il faudrait 1 milliard de plus tant leur état, lors du transfert depuis l'État, était déplorable. Or le projet de loi de finances pour 2027 entraînera pour la collectivité une baisse de 58 millions d'euros, soit la moitié d'une année d'investissements dans les lycées.

À cette heure, le montant des dégradations dans les établissements – dont certains venaient d'être totalement restaurés – est estimé à 730 000 euros. Les régions ne sont en rien responsables de cette révolte lycéenne. N'est-il pas de la responsabilité de l'État de prendre en charge la totalité des travaux de restauration liés à ces destructions ?

M. Laurent Croizier (Dem). Le non-remplacement des professeurs absents, dénoncé à juste titre par les lycéens et leurs parents, résulte aussi des difficultés de l'éducation nationale à recruter des professeurs. Si je me réjouis des premiers résultats de la récente réforme, il n'en reste pas moins que les inscriptions aux concours d'enseignant se sont effondrées de près des trois quarts en vingt-cinq ans. Cela traduit une perte d'attractivité, mais aussi, et de façon plus profonde, le manque de reconnaissance du métier de professeur dans notre société.

La baisse de la démographie scolaire est une occasion de répondre à ce défi. Je soutiendrai le maintien de l'ensemble des postes d'enseignant lors de l'examen du projet de loi de finances, car il permettrait d'accélérer la baisse des effectifs des classes, de mieux assurer les remplacements et d'améliorer les conditions d'exercice du métier – car c'est aussi cela, redonner au métier d'enseignant la reconnaissance qu'il mérite.

Mme Murielle Lepvraud (LFI-NFP). Je prends la parole pour ma collègue Marie Mesmeur, qui ne peut pas vous répondre.

Vous pouvez reformuler, mettre des virgules, paraphraser autant que vous le voulez, le ministre de l'intérieur, Laurent Nuñez, a bien dit en direct au "20 heures" de TF1 : "Il n'y a aucune consigne de retenue, et par ailleurs aucune consigne de ne pas utiliser tout l'armement intermédiaire à disposition des forces de sécurité intérieure". Et ce sont des armes que le Conseil d'État, le Défenseur des droits et certaines ONG classent comme armes de guerre, ne lui en déplaise. Je repose donc la question de ma collègue : même sans être un expert en armes, êtes-vous intervenu un seul instant lorsque vous entendiez le ministre de l'intérieur tenir ces propos incendiaires ?

Nous vous le rappelons avec gravité : que vous le vouliez ou non, un mineur reste un mineur, qu'il soit à l'intérieur d'un établissement scolaire ou sous les tirs de LBD, les grenades de désencerclement ou les gaz lacrymogènes. Ce sont des enfants face à des armes de guerre. Assumez, prenez vos responsabilités.

M. Belkhir Belhaddad (SOC). Aucune des revendications des lycéens n'est méconnue, et aux grands maux, vous répondez par un grand débat. Cela semble bien insuffisant. En 1986, François Mitterrand avait dit "Une société qui tourne le dos à sa jeunesse est fatalement condamnée au déclin". Quarante ans après, cette phrase garde toute sa force.

Une des revendications exprimées concerne les rythmes scolaires. On peut l'aborder par le petit bout de la lorgnette ou proposer, avec ambition et courage politique, une refonte globale qui soit un vrai projet de société, où le temps de l'enfant devienne l'élément central autour duquel se construit tout le reste. Monsieur le ministre, avec vos collègues du gouvernement, aurez-vous le courage d'engager cette réforme ?

M. Édouard Geffray, ministre. Madame Legrain, vous avez dit que vous deviez ma présence à la mobilisation lycéenne. Je rappelle que je me tiens toujours à la disposition du Parlement et que je viens chaque fois que vous le souhaitez – il ne tient qu'à vous de m'inviter. Je suis prêt à réduire mon temps de sommeil au strict minimum vital pour vous répondre. N'hésitez pas, je serai heureux de venir vous répondre, comme je l'ai toujours fait.

Sur les questions budgétaires, plusieurs m'ont reproché d'avoir supprimé ceci ou cela. Il faut que nous ayons ce débat, c'est l'objet même du Parlement, je n'ai pas de problème avec ça. Voici donc ce que je dis depuis le début et dont je suis convaincu, mais que je vous soumets : nous connaissons une baisse démographique qui touche essentiellement les écoles et de plus en plus le collège, mais pas le lycée – c'est pourquoi, quoi qu'il arrive, je n'y supprimerai pas de postes ; et cette baisse constitue une double occasion, à la fois de diminuer le nombre d'élèves par classe et d'augmenter les marges d'autonomie des établissements, notamment des collèges, en particulier pour accompagner les élèves en difficulté. Dans mes objectifs politiques, il y a l'égalité des chances et la lutte contre la grande difficulté scolaire. Je vous rappelle que j'ai fait identifier les 800 collèges les plus exposés à la difficulté scolaire pour y lancer un plan d'action et leur offrir des marges d'autonomie – marges que nous proposerons d'augmenter dans le cadre du projet de loi de finances.

Je répète que lorsqu'on enregistre une baisse de 25 % des naissances en moins de quinze ans, il n'est pas possible de ne pas en tenir compte dans l'évolution du nombre de postes d'enseignants, notamment dans le premier degré. Mais il faut le faire en suivant deux principes. D'abord, la réduction ne doit pas être proportionnelle : c'est pourquoi nous ne proposons que 1 500 suppressions de postes, au lieu des 9 000 qu'il faudrait si nous suivions la baisse démographique. Ensuite, il faut que ces suppressions soient décidées de manière intelligente et concertée, avec une vision politique de l'avenir du pays et des territoires.

C'est pour cette raison que j'ai lancé dans dix-huit départements une expérimentation visant à concevoir une carte de l'offre scolaire à cinq ans – et je parle bien d'offre scolaire, pas d'une simple carte des ouvertures ou fermetures de classes. Cette carte sera coconstruite avec les élus afin d'intégrer tous les paramètres, notamment les contraintes de transport et de distance. On parle beaucoup d'égalité des chances, mais il y a aussi la question de l'égalité des territoires : un enfant de la Lozère ou de la Creuse n'a pas la même probabilité d'accéder à une classe à horaires aménagés qu'un enfant de Paris.

M. Frédéric Maillot (GDR). Alors imaginez à La Réunion !

M. Édouard Geffray, ministre. C'est précisément parce que ces questions se posent également dans les collectivités d'outre-mer que la Martinique est l'un des territoires pilotes.

Je le dis depuis le début : notre vision de nos politiques publiques doit reposer sur un principe d'accessibilité territoriale de l'école et de l'offre scolaire dans sa diversité, y compris des dispositifs d'excellence, pour que tous les élèves aient les mêmes chances d'y accéder, où qu'ils soient. Nous devons également parvenir à combattre la grande difficulté scolaire, qui est très localisée – c'est une des caractéristiques du système français. Cela nécessite des moyens et une politique pédagogique. Vous aurez remarqué que je n'ai jamais changé de discours. C'est ce qui m'amène à dire qu'il faut utiliser la baisse démographique dans ces deux directions, tout en reconnaissant qu'avec 25 % de naissances en moins en quinze ans, il arrive inévitablement un moment où des classes ferment, tout simplement.

J'observe que tout le monde ne parle que de mai 2027. Je me réjouis que l'horizon commun soit à six mois, mais les enfants qui sont entrés en maternelle cette année passeront leur bac dans quinze ans. Or le propre de la politique, c'est d'articuler le court terme – les réponses d'urgence, indispensables – et le long terme – une politique d'aménagement du territoire, de réduction des inégalités et de renforcement de la mixité sociale. Si le Parlement et les gouvernements successifs, au cours des cinq à sept prochaines années, ne tirent aucune conséquence de la chute démographique, les effectifs d'élèves par enseignant et par classe deviendront tels que ceux qui seront en responsabilité dans sept ou huit ans – que ce soit l'extrême gauche, l'extrême droite, le centre, la gauche, la droite – n'auront d'autre choix que de réduire drastiquement les recrutements de professeurs, autrement dit de détruire la pyramide des âges de l'éducation nationale. Il faut donc préserver l'équilibre à quinze ans, tout en répondant aux urgences.

En ce qui concerne les urgences, justement, vous m'avez reproché de n'avoir rien annoncé, monsieur Corbière. Nous nous sommes visiblement mal compris. D'abord, il y a une refonte globale de la démocratie scolaire. Je suis frappé d'entendre tous ceux qui réclamaient des espaces de débat pour les élèves la semaine dernière considérer désormais que le débat et la démocratie ne servent à rien.

M. Arthur Delaporte (SOC). C'est caricatural !

M. Édouard Geffray, ministre. Pardon, c'est ce que j'ai entendu réclamer toute la semaine dernière, et ce matin on me dit que tout est écrit sur les panneaux, je n'ai qu'à les lire ! Il faudrait savoir : soit la démocratie sert à quelque chose, soit elle ne sert à rien. Moi, je crois qu'elle sert à quelque chose.

Mme Ayda Hadizadeh (SOC). La démocratie, c'est aussi que les jeunes décident, à un moment !

M. Édouard Geffray, ministre. Premier élément : il faut travailler sur la prise en compte de la parole des jeunes et sur leur représentativité. Cela passe par une refonte des instances de démocratie scolaire, notamment des modalités de représentation des lycéens au Conseil supérieur de l'éducation – qui est un peu le parlement de l'éducation nationale. Ils n'y sont que quatre sur une centaine de membres, ce qui me semble nettement insuffisant. Il faut aussi faire en sorte que les lycéens aient un peu plus la main dans les établissements, par exemple avec des enveloppes budgétaires allouées à des projets dont ils auraient la maîtrise, ou du moins l'initiative.

C'est dans ce cadre-là que nous proposons une demi-journée banalisée au cours des prochains jours, dont l'organisation est à la main des chefs d'établissement. La situation étant très variable d'un établissement à l'autre, je ne vais pas leur imposer des modalités par circulaire. Les chefs d'établissement savent faire.

Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Ils ont refusé !

M. Édouard Geffray, ministre. L'objectif, c'est qu'ils aient un temps de discussion avec leurs élèves au cours des prochains jours pour objectiver la situation au niveau local.

Deuxième sujet : l'amélioration du remplacement et, dans l'immédiat, le traitement des situations les plus critiques. J'entends des élèves de spécialité dire qu'ils n'ont pas eu cours dans cette spécialité depuis la rentrée : c'est inadmissible. La priorité absolue est donc de traiter sous huit jours les absences non remplacées les plus critiques, qui portent préjudice aux élèves – surtout ceux qui passent le baccalauréat, donc les premières et les terminales. Il faut que ces points rouges, ces situations vraiment anormales, soient traités.

M. Alexis Corbière (EcoS). On n'est pas là pour entendre des titres de chapitre, un peu de sérieux ! Ce que nous vous demandons, c'est comment vous allez faire, concrètement.

M. Édouard Geffray, ministre. Entrons dans le détail, alors. Nous avons aujourd'hui, en raison d'une efficacité administrative variable, des titulaires sur zone de remplacement (TZR) qui ne sont pas devant des élèves. J'ai demandé leur recensement pour ce soir – je publierai le chiffre –, afin qu'ils puissent être réaffectés d'ici à la fin de la semaine dans tous les établissements où il y a des trous.

M. Alexis Corbière (EcoS). Allez-vous créer des postes ?

M. Édouard Geffray, ministre. Je pensais que je venais répondre à cette question.

Il y a 20 000 TZR dans le second degré. Le fait que nous ayons réussi à pourvoir les postes vacants à la rentrée devrait en avoir libéré. Il nous faut aujourd'hui identifier ceux qui sont disponibles pour les réaffecter à un établissement. Pour avoir donné quelques coups de sonde, je sais qu'il y a des TZR qui ne sont pas devant des élèves : nous allons faire en sorte de les y mettre.

Ensuite, nous avons la possibilité, dans certaines conditions que j'ai évoquées, de faire appel aux listes complémentaires. Enfin, comme nous le faisons inéluctablement lorsque nous ne parvenons pas à remplacer autrement des professeurs absents, nous pouvons recruter des contractuels. Ce sont les trois leviers à ma disposition.

M. Alexis Corbière (EcoS). J'ai été TZR, je connais la situation : il n'y en a quasiment plus !

M. Édouard Geffray, ministre. J'ai demandé que l'on me donne d'ici ce soir des informations sur le nombre de TZR concernés afin de voir dans quelles conditions nous activons les deux autres options. Je le redis très clairement, l'objectif, c'est qu'on ne laisse pas de situations aberrantes s'installer et porter préjudice aux élèves.

J'en viens à la troisième mesure. C'est un travail à mener, pas une annonce. Je sais bien que tout le monde carbure à coups d'annonces sur les chaînes d'information en continu, et qu'aujourd'hui la vie politique tourne grosso modo autour de ça et des capsules Twitter de deux minutes où l'on pose des questions dont on n'entend jamais la réponse ; mais, vous le savez, je ne suis pas un grand fan des annonces qui ne veulent rien dire.

Le premier ministre a confié au ministre de l'enseignement supérieur le soin de revenir vers nous et vers la collectivité d'ici au 20 octobre. Je rappelle que Parcoursup ouvre au mois de décembre pour ce qui est de l'information, et que les vœux peuvent y être exprimés à partir de janvier ; nous avons donc le temps de préparer cette prochaine session. Des propositions seront faites sur la transparence et sur les débouchés. C'est le ministre de l'enseignement supérieur qui pourra vous rendre compte de ces aspects. Je sais qu'il travaille sur ces sujets et qu'il consulte énormément – comme nous tous, d'ailleurs, car c'est aussi cela la démocratie.

En ce qui concerne les journées, je l'ai dit, j'ai lancé un travail sur l'optimisation des outils qui permettent de construire les emplois du temps hebdomadaires. C'est le cœur de la vie quotidienne de l'élève, et c'est bien cela que nous cherchons à changer.

En ce qui concerne l'organisation globale de la société autour des rythmes scolaires, je n'ai pas dit qu'il fallait raccourcir les vacances ; j'ai dit que si vous, parlementaires, voulez le même volume global d'enseignements mais avec moins d'heures par semaine, alors il faudra inévitablement poser la question de la durée des vacances. Nos journées sont plus longues que la moyenne de l'OCDE, mais nous avons trois semaines de vacances de plus que la moyenne de l'OCDE : c'est mécanique ! Dès lors que l'on veut modifier les rythmes scolaires – et l'on voit bien que la conviction des lycéens est qu'il faut le faire – alors il faut poser cette question.

Vous me parliez de la réaction des élèves à l'idée de réduire les vacances, et il est vrai que j'avais la même impression que vous. Mais lors d'une des consultations que j'ai faites dans les territoires ces derniers jours, j'ai exposé le problème à une quinzaine d'élèves : ils m'ont répondu qu'ils préféraient nettement avoir moins de vacances s'ils pouvaient finir à 16 heures tous les jours ! Je ne vous dis pas qu'ils sont représentatifs, il faut toujours faire attention ; mais consulter les gens permet d'éviter les biais de représentativité.

Enfin, il y a une action d'urgence à mener sur le bâti scolaire. Je vous l'ai dit, le premier ministre voit les présidents de région cet après-midi et sera amené à faire connaître ses décisions. (Exclamations.) Je sais que vous êtes impatients, mais le premier ministre ne pourra pas se prononcer avant.

S'agissant de la plateforme de consultation des élèves, 30 000 d'entre eux se sont connectés en vingt-quatre heures. On peut considérer que c'est l'épaisseur du trait, mais enfin c'est la première fois que nous recevons autant de contributions. L'intérêt de cette consultation, c'est que les élèves peuvent déclarer leur établissement d'origine : cela nous donnera une photographie de la situation établissement par établissement.

Ce qui mérite d'être remarqué dans ce mouvement, c'est que les considérations sont à la fois très transversales et très incarnées territorialement. Vous l'avez dit vous-même, et je l'ai vu ces derniers jours : dans un certain nombre d'établissements, les élèves disent qu'ils ne rencontrent pas eux-mêmes ces problèmes mais qu'ils sont solidaires de leurs camarades. Il faut donc traiter les problèmes au niveau territorial. Le meilleur moyen pour cela, c'est de combiner ce que les élèves nous disent lors des consultations et ce qu'ils écrivent sur la plateforme.

Cette dernière sera donc utile. Il y a quelques jours, on me disait que personne ne s'y rendrait, et ils sont déjà 30 000 ; alors maintenant, on me dit que les contributions ne serviront à rien ! On verra. En tout cas, je suis tout à fait certain que, si elle se révèle utile, ceux qui disent aujourd'hui le contraire reconnaîtront s'être trompés.

M. Alexis Corbière (EcoS). Est-il vrai qu'un parlementaire peut participer ?

M. Édouard Geffray, ministre. Ce qui est vrai, c'est que la plateforme ne demande pas l'identité des lycéens, pour éviter tout problème de données personnelles. Elle ne peut donc pas filtrer les participants.

S'il y avait des raids numériques sur la plateforme – technique dont certains mouvements sont adeptes –, nous en changerions les règles. C'est possible : ces derniers jours, des tracts ont été générés par IA en grand nombre, avec seulement le nom du collège ou du lycée qui changeait, comme si une seule personne voulait faire croire que des milliers de lycées se mobilisaient. Il y a des experts pour examiner ces problèmes.

Monsieur Delaporte, s'agissant de l'empathie, soit vous ne m'avez pas écouté, soit votre propos était en réalité destiné à des gens qui sont à l'extérieur de cette salle – c'est possible : c'est quelque chose que je respecte, c'est le principe de la démocratie. Mais je dis la même chose partout et depuis le premier jour. Nous parlons ici de nos élèves. J'ai beaucoup de défauts, que j'assume, mais j'ai consacré une grande partie de ma vie professionnelle à notre jeunesse. Je ne peux pas aller voir des gamins tous les jours dans les établissements, échanger avec eux, partager leur avis, me battre pour essayer de trouver des solutions pour eux, et ne pas être intimement touché quand ils sont blessés. Ce sont les mêmes ! Évidemment, je suis intimement touché. Je l'ai dit dès le premier jour, je condamne toute forme de violence illégale.

C'est aussi pour cela que j'appelle à la plus grande prudence vis-à-vis de rassemblements qui ont, sinon dès le départ, du moins très vite, été noyautés par des individus violents. À un moment où personne ne s'y intéressait encore, je ne cessais déjà de dire qu'il fallait offrir aux lycéens des espaces de démocratie interne. J'ai dit très tôt – contrairement à ce que j'ai entendu tout à l'heure – aux chefs d'établissement : réunissez les CVL, parlez avec les élèves, mais ne laissons pas des enfants dans la rue où ils rencontreront des individus violents, parce qu'à la fin il y aura des blessés. C'est ma bête noire.

Nous reviendrons sur les suppressions de postes dans le cadre du projet de loi de finances, mais il n'y en aura pas au lycée, c'est clair. Quant à ce qui concerne les régions, j'ai déjà dit que le premier ministre rencontrera leurs représentants cet après-midi.

Mes échanges avec le ministre de l'intérieur ne regardent que moi, mais je peux vous garantir qu'ils sont quotidiens et qu'ils vont toujours dans le sens du rappel de la proportionnalité ; c'est du reste ce que nous avons dit hier soir aux recteurs et aux préfets. Je crois à ce principe de proportionnalité. L'objectif est évidemment que les mineurs ne soient pas victimes de violences, d'où qu'elles viennent.

S'agissant enfin des médecins scolaires, je ne connais pas le montant exact de la rémunération d'un médecin de première année. Mais par définition, s'agissant d'une première année, j'imagine qu'il s'agit de la rémunération d'un médecin stagiaire ; or les fonctionnaires stagiaires sont toujours beaucoup moins bien payés que les titulaires. Il faut donc plutôt regarder la rémunération de première année d'un médecin titulaire. Je vérifierai les deux. Pour information, la rémunération annuelle des médecins de l'éducation nationale a été revalorisée de 4 000 euros en moyenne il y a deux ans.

Par ailleurs, puisque je vous sais extrêmement attentive à l'attractivité de nos concours, pour la première fois depuis au moins une quinzaine d'années le taux de couverture du concours a considérablement augmenté. Nous avons réussi à pourvoir 89 % des postes de médecins scolaires ouverts, alors que nous tournions traditionnellement à 50 % ou 55 %. Il y a donc aussi de bons signes.

C'est d'ailleurs peut-être ce qu'il faut dire à la jeunesse. Certes, celle-ci exprime des revendications, mais elle nous parle aussi d'espoir, de solidarité, d'unité ; nous voyons l'éveil d'une conscience politique, au sens noble de ce terme, pas au sens d'un conflit interpersonnel. Elle exprime ainsi quelque chose de très puissant et notre devoir est de lui donner de l'espoir, de lui montrer que nous avons une vision – pour notre territoire, pour notre jeunesse et pour notre avenir. J'y crois.


source https://www.assemblee-nationale.fr, le 14 octobre 2026