Interview de M. Nicolas Forissier, ministre délégué, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité, à Ici Radio Berry le 16 octobre 2026, sur le mouvement lycéen et la création d'un data center sur la zone d'Ozans à Chateauroux.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Nicolas Forissier - Ministre délégué, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité

Texte intégral

NICOLAS FORISSIER
Bonjour.

MANON KLEIN
On va parler évidemment d'économie, mais peut-être un petit mot, parce que ça fait plusieurs jours maintenant qu'on a un mouvement lycéen qui est très actif, notamment dans l'Indre. Quel regard vous jetez sur ce mouvement-là et quelles réponses vous pouvez apporter à ces jeunes ?

NICOLAS FORISSIER
Evidemment, ce qui choque au premier chef, c'est la violence, l'utilisation par certains, et notamment par certaines forces politiques, je pense à La France insoumise, du malaise lycéen qui, par ailleurs, s'exprime. Et moi, je fais la différence entre les deux. Il y a un monde, mais c'est vrai pour chacun de ces jeunes qui est hyper angoissant, avec le défi climatique, plus que jamais. On l'a vécu avec les canicules, avec la guerre à nos portes, le détroit d'Ormuz, l'incapacité à maîtriser le monde, quelque part.

MANON KLEIN
Ils ont des revendications peut-être, pour être quand même très concret, sur l'éducation, qui sont très précises. Quand on n'a pas beaucoup de moyens au niveau de l'Etat, comment on fait pour répondre à ça ?

NICOLAS FORISSIER
Je vais vous répondre là-dessus, mais franchement, pendant deux semaines, trois semaines, les prémices de ce mouvement lycéen, ce n'était absolument pas des revendications sur les toilettes des lycées ou les dortoirs qu'il faut rénover, ou la durée des cours. Ce n'était pas du tout ça.

MANON KLEIN
Les professeurs qui manquent, ça, ça fait quand même partie.

NICOLAS FORISSIER
Oui, je suis d'accord avec vous. Mais c'était d'abord... Moi, je pense que le plus important, ce qu'il faut entendre, c'est d'abord ce sentiment d'angoisse. Il faut qu'on soit capables d'y répondre collectivement. C'est clair qu'il y a des sujets qu'il faut entendre, qui sont devenus s'imposer dans ce débat au bout de 15 jours, qui sont très concrets : le remplacement des heures de cours où il n'y a pas de profs, les détails techniques, certains lycées qui ne sont pas encore rénovés. Mais je voudrais juste attirer votre attention sur le fait que le gouvernement s'occupe de l'enseignement, de l'Education nationale. Effectivement, la question des remplacements de professeurs manquants, c'est vraiment du ressort du ministre. Il a annoncé un certain nombre de mesures d'urgence sur le sujet. Par contre, ce sont les régions ou, pour les collèges, les départements qui sont en charge des bâtiments, de la vie matérielle, de l'organisation matérielle. Et de ce point de vue, je l'ai dit l'autre jour au président BONNEAU, notre région, d'ailleurs, n'est pas mal placée. Moi, je suis dans son opposition. Mais enfin, quand les choses vont bien...

MANON KLEIN
Monsieur BONNEAU, le président de la région.

NICOLAS FORISSIER
Voilà. Je lui ai dit l'autre jour : mais, en fait, il y a eu un énorme travail d'investissement qui a été fait depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans, depuis que ce sont les collectivités locales qui sont en charge des lycées, des collèges ou des écoles. Les écoles, c'est les mairies.

MANON KLEIN
Il n'y a pas une question de moyens, quand même. Là, vous parliez des collectivités. Elles se plaignent régulièrement depuis plusieurs années de baisses de dotations. Il n'y a plus de sous aujourd'hui. Comment on fait ?

NICOLAS FORISSIER
Il faut peut-être que tout le monde se pose la question. Parce que s'il n'y a pas d'argent aujourd'hui et si on a une crise de la dette qui est à nos portes, si on a un endettement beaucoup trop élevé, si on a 160 milliards de déficit budgétaire de l'Etat pour le seul budget de l'Etat, si on a des déficits de la Sécu et d'un certain nombre de branches de l'effort social français, c'est peut-être parce qu'on dépense un peu trop. Et donc il faut se poser la question. Et c'est tout l'enjeu du débat des élections présidentielles : quelles réformes structurelles on fait, comment on répartit l'effort, avec quel esprit de justice on répartit les efforts ? Ce ne sont pas toujours les mêmes qui doivent payer. Il y a peut-être des évolutions dans notre débat qui vont permettre, je l'espère en tout cas, d'avoir des solutions. Mais ça va demander, je vous le signale quand même, beaucoup de courage et d'honnêteté intellectuelle de la part des candidats, quels qu'ils soient. Il va falloir faire des choix, il va falloir dire où on économise, comment on le fait et comment on fait en sorte que cet effort collectif qu'on doit réaliser ensemble puisse être juste. Mais moi, je vous dis ça parce que je pense qu'il n'y a pas le courage. Je le dis depuis très longtemps à titre personnel, y compris dans ma famille politique, il n'y a pas le courage nécessaire pour dire la vérité.

MANON KLEIN
Une dernière question sur un projet économique local qui est important : la création d'un data center sur la zone d'Ozans. Il y a une manifestation d'opposants qui est prévue samedi, vous le savez peut-être. Est-ce que vous comprenez les inquiétudes qu'ils peuvent avoir sur les conséquences sur l'environnement de ce projet-là ? Est-ce que les deux sont incompatibles ?

NICOLAS FORISSIER
D'abord, je pense que ce projet-là, en particulier en matière d'environnement, selon les informations que j'ai à ce stade, il est extrêmement raisonnable, notamment en matière de gestion de l'eau. Il y a encore des questions qui se posent, et c'est normal qu'elles se posent, et il faut y apporter des réponses. C'est la responsabilité de l'entreprise Google qui porte ce projet. Après, moi, par principe, je ne ferme jamais la porte. Ou alors, ça veut dire qu'on n'aurait jamais eu le train à Châteauroux à une époque, parce que c'était un peu... Non mais je schématise un peu, mais c'était un peu le même genre de craintes qui pouvaient s'exprimer quand on remonte à deux siècles en arrière, quand le chemin de fer a commencé à arriver. Donc je pense qu'il faut prendre le temps de la réflexion, de l'interrogation, des enquêtes publiques, du dialogue. Et au final, on verra si oui ou non les réponses aux questions, encore une fois légitimes, notamment en matière d'environnement, je pense au réchauffement de l'environnement sur le périmètre d'Ozans, par exemple, qui est une question qui se pose, pour laquelle personnellement je n'ai pas de réponse. Mais quand on aura des réponses, qu'elles soient positives ou qu'elles soient négatives, ça nous permettra de juger. Mais on ne peut pas, comment dire, sous la pression, là encore, de certains idéologues qui sont ceux de la décroissance, qui refusent le progrès, qui refusent de regarder le monde tel qu'il est, tel qu'il évolue, on ne peut pas fermer la porte systématiquement. Moi, je suis sidéré de voir qu'il y a des gens qui disent par principe non. Mais dans le reste du monde, ils ne nous attendent pas. Et encore une fois, je suis peut-être mieux placé que d'autres pour en parler, parce que moi, je suis le témoin et à la fois le porteur du drapeau français dans plein de pays, et notamment des pays comme la Chine, comme les Etats-Unis, mais aussi d'autres pays, y compris africains, qui se développent à toute vitesse, des pays du Moyen-Orient qui vont beaucoup plus vite que nous. Nous, on serait bloqués par, au fond, une espèce d'idéologie de la décroissance qui hurle plus fort que les autres et qui ne serait-ce que, comment dire, au démarrage d'un dossier comme ça, va empêcher le débat par principe. Non, il faut au moins qu'il y ait un débat, il faut au moins qu'on étudie le projet et après on tranchera.


source : Service d'information du Gouvernement, le 19 octobre 2026