Interview de M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, à TF1 le 21 octobre 2026, sur les réponses du gouvernement après les pillages et les violences lors de la manifestation du 17 octobre 2026.

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Média : TF1

Texte intégral

VINCENT JEANBRUN
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup d'être avec nous. A la suite du 17 octobre, vous avez décidé, avec le ministre de la Justice, Gérald DARMANIN, de déduire les aides sociales de ceux qui ont vendu les objets volés pendant les pillages, ceux qui se sont rendus coupables de recel, en quelque sorte. Alors ça demande beaucoup d'explications, quand même, sur la faisabilité de cette mesure. D'abord, c'est une circulaire ? C'est signé ?

VINCENT JEANBRUN
C'est une circulaire et, évidemment, il faut la mettre en pratique le plus rapidement possible pour que tous ceux qui font recel de leur vol, de leur pillage de ce week-end, puissent avoir une sanction directe. Parce que les Français qui nous regardent ne peuvent pas comprendre qu'une fois de plus, c'est la solidarité nationale qui aurait vocation à payer pour des voyous, des casseurs, des délinquants. Et le message, et ce qu'on porte avec cette circulaire, avec Gérald DARMANIN, mais aussi avec le ministre du Budget, avec le ministre du Travail, c'est de dire une chose simple : tous les revenus occultes, tous les revenus illicites, et au-delà même du recel et des pillages, y compris les revenus du narcotrafic, vont être pris dans la base de calcul pour le calcul de vos aides. A partir du moment où vous gagnez des milliers d'euros illicites, c'est pris dans le calcul, ça fait baisser d'autant vos allocations et, surtout, ça veut dire que toutes celles précédentes ont été touchées de façon indue et qu'il faudra les rembourser.

ALBA VENTURA
Alors quelles prestations ? Ça peut être quoi ?

VINCENT JEANBRUN
Les prestations sociales.

ALBA VENTURA
Le RSA ?

VINCENT JEANBRUN
Que ce soit le RSA, que ce soit les indemnités chômage, que ce soit les APL, pour ce qui me concerne. Bref, la solidarité nationale, elle ne paye pas pour les voyous, elle ne paye pas pour les casseurs.

ALBA VENTURA
On prend un exemple, Vincent JEANBRUN : quelqu'un a volé une cinquantaine de maillots de foot à 100 euros, donc 5 000 euros. Donc on va prendre 5 000 euros de son RSA, par exemple ?

VINCENT JEANBRUN
Une fois que le juge a confirmé et condamné la personne, eh bien, effectivement, on va dire que ces 5 000 euros rentrent dans son revenu. Donc la personne n'a absolument pas à être aux minima sociaux. Donc non seulement on arrête de lui verser les minima sociaux, mais en plus, il faut rembourser les minima sociaux qui ont été trop perçus. Donc on arrête de payer, parce que sinon, il faut imaginer, et je pense notamment aux maillots de foot, mais imaginez le trafic de drogue, où c'est un revenu très régulier. Vous avez des personnes qui touchent tous les mois les minima sociaux, que ce soit le RSA, l'indemnité chômage, les APL pour le logement, etc., tout en gagnant des milliers et des milliers d'euros de façon illicite. C'est inacceptable. Avec Gérald DARMANIN, nous avons dit stop et nous poussons cette... enfin nous avons signé cette circulaire pour faire en sorte que tous les services de l'Etat se parlent, pour faire les choses simplement.

ALBA VENTURA
Voilà, parce qu'une circulaire, ce n'est pas une sanction. Une circulaire, ce n'est pas une loi.

VINCENT JEANBRUN
Tout à fait.

ALBA VENTURA
Une circulaire, c'est pour donner des instructions. A qui on donne des instructions ?

VINCENT JEANBRUN
Exactement. Et on donne des instructions à toutes les entités, toutes les institutions. Que ce soit donc la justice, qui va pouvoir, une fois la personne condamnée, bien transmettre tous les éléments du dossier à toutes les organisations chargées de faire les prestations sociales, la CAF, par exemple, la Caisse d'allocations familiales, ou les organismes qui gèrent les APL, vous savez, ces aides au logement. Et de fait, on refait les calculs sur cette base-là, et vous allez voir que ça va faire une sacrée différence.

ALBA VENTURA
Mais je me permets : ce n'est pas un peu un coup de pub, dans la mesure où il n'y a pas de sanction ? Il faut que ce soit adossé à un texte de loi, quand même.

VINCENT JEANBRUN
Alors aujourd'hui, la loi le permet, à partir du moment où tous ces organismes se parlent. Ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a pas besoin d'une nouvelle loi pour aller plus loin dans les sanctions. C'est le texte " casseur-payeur " qui sera présenté dès la semaine prochaine au Sénat, où là, on va pouvoir être dans des nouvelles sanctions et notamment sanctionner quelqu'un qui aura participé à des saccages et à des pillages à rembourser, pour le coup, tous les dommages qui auront été créés. Donc on va aller plus loin grâce à ce texte. Mais déjà, on arrête quelque chose qui, pour moi, est inacceptable pour les Français : c'est de dire qu'on continue à verser des prestations sociales à des gens qui gagnent des milliers d'euros de revenus illicites.

ALBA VENTURA
Si je vous provoque un peu en vous disant : ce n'est pas un peu un coup de pub, c'est parce qu'on sait que ce genre de mesure, mais on en a entendu cent fois. Je pense à VILLEPIN, à CIOTTI. Il y a eu des lois comme ça où on disait à chaque fois : on va ponctionner ou déduire les allocations. Et c'étaient un peu des promesses qui restaient...

VINCENT JEANBRUN
Non. Il y a eu des avancées. La loi sur la lutte contre la fraude, par exemple, a permis justement d'aller plus facilement prélever sur les prestations sociales. Et c'est justement parce qu'il y a eu ces lois au fil du temps qu'on peut, à travers cette nouvelle organisation qu'on propose, à travers cette circulaire, comme vous l'avez dit, qui va donner des ordres à toutes les entités de l'Etat, de pouvoir sanctionner en respectant les règles de droit. Et encore une fois, là, l'idée, c'est de dire : on arrête de verser des aides à des gens qui ont des revenus illicites et frauduleux, et a fortiori les casseurs et les pilleurs qui ont saccagé notre beau pays ce week-end.

ALBA VENTURA
Hier, à votre place, il y avait Fabien Roussel qui dit que les allocations familiales sont insaisissables. Et puis il dit : " Mais les enfants ne peuvent pas payer pour un père ou un grand frère qui a commis un délit. " Ce serait aggraver leur cas. Qu'est-ce que vous lui répondez, d'ailleurs ?

VINCENT JEANBRUN
D'abord, non, elles ne sont pas insaisissables, ces aides. La preuve. Et deuxièmement, à un moment donné, on se demande légitimement, quand on regarde la télé ce week-end, et surtout le dimanche soir, quand vous avez à nouveau des pillages avec des mineurs, vraiment des petits, et on se dit : où sont les parents ? Comment est-il possible qu'il n'y ait pas une responsabilité aussi parentale ? Donc bien sûr qu'en France, la famille est une entité qui est reconnue et qui a une solidarité. Cela ne veut pas dire sanctionner les petits innocents. Ce n'est pas ça le sujet. En revanche, que tout le monde soit concerné et que les parents soient responsables de leurs enfants, c'est une loi en France. C'est une règle et il faut l'appliquer également.

ALBA VENTURA
Est-ce que vous avez déjà établi un bilan des dégradations pour les violences commises ces derniers jours ?

VINCENT JEANBRUN
C'est évidemment en cours, mais quand on regarde l'ampleur, on s'attend à une facture extrêmement salée. Quand on pense aux émeutes de 2023, on a dépassé le milliard d'euros de dégâts. Là...

ALBA VENTURA
Ça sera plus ?

VINCENT JEANBRUN
Ça va être probablement beaucoup plus, puisque les dégâts ont touché beaucoup plus de villes en France. Et effectivement, si on cumule tous les dégâts des biens publics et, a fortiori, derrière, tous les commerçants, ça va être une addition extrêmement salée. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on le dit avec le gouvernement : il ne faut pas que ce soient les Français qui payent. Il faut que ce soient les casseurs qui soient mis en responsabilité, et c'est à eux de payer. Et s'il faut qu'ils payent sur les dizaines et dizaines d'années qu'ils ont devant eux, eh bien, il faudra qu'ils assument les conséquences de leurs actes.

ALBA VENTURA
Vincent JEANBRUN, vous étiez à l'Assemblée hier, séance houleuse où le Premier ministre Sébastien LECORNU et le ministre de l'Intérieur ont pointé la responsabilité de l'extrême gauche, de la gauche radicale. La cheffe de file de LFI, Mathilde PANOT, n'a pas voulu condamner l'incendie de l'Hôtel de ville de Limoges. Un fiché S appartenant à l'ultragauche a été interpellé. Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Qu'est-ce que ça signifie pour vous ?

VINCENT JEANBRUN
Ce n'est pas étonnant, mais c'est profondément écoeurant. Il faut imaginer, pour tous les Français qui ont vu cette mairie, ce patrimoine culturel français brûler, pour tous ces commerçants qui ont vu leurs magasins saccagés, voir que LFI non seulement ne condamne pas les violences, mais qu'en plus, elle condamne nos policiers qui ont mis leur vie en péril pour nous protéger, que Monsieur MELENCHON reprenne cette expression scélérate d'ACAB, que je ne vais pas traduire ici, mais vous savez très bien à quel point ça insulte l'honneur des policiers.

ALBA VENTURA
Mais pour les téléspectateurs.

VINCENT JEANBRUN
C'est-à-dire que tous les policiers sont des bâtards. Pardon à cette heure matinale, mais c'est quand même ça que Monsieur MELENCHON a dit, qu'il reprenait à son compte en fonction des heures de la journée.

ALBA VENTURA
Il faut interdire LFI, comme le dit Bruno RETAILLEAU ?

VINCENT JEANBRUN
Ce mouvement souffle sur les braises. Et objectivement, si ce ne sont pas eux qui allument le feu, ils distribuent les briquets. Donc effectivement il faut qu'on les combatte. Il faut qu'on les combatte dans les urnes.

ALBA VENTURA
Donc pas les interdire.

VINCENT JEANBRUN
Interdire, si c'est pour dissoudre quelque chose qui se reconstitue le lendemain matin, ça a moins d'impact. Par contre, pied à pied, la démocratie, c'est un combat d'idées et on ira jusqu'au bout. Et moi, ce qui m'inquiète beaucoup, c'est qu'on voit que MELENCHON, au fond, il sait qu'il va perdre. Et comme il ne peut pas avoir la victoire dans les urnes, il veut l'avoir dans la rue. Et on le combattra, parce que la suite de ça, c'est la guerre civile.

ALBA VENTURA
Vincent JEANBRUN, vous avez été victime des émeutes, vous et votre famille. Votre domicile avait pris feu. C'était en 2023, les émeutes de Nahel. Vous revivez un cauchemar là ?

VINCENT JEANBRUN
Il y a un air de déjà-vu qui est extrêmement douloureux. Et évidemment, au-delà de mon cas personnel, c'est pour beaucoup, beaucoup, beaucoup d'élus qui avaient déjà vécu les émeutes de 2023, qui ont l'impression que c'est encore pire aujourd'hui. Et d'ailleurs, on nous dit : ils sont un peu plus âgés qu'en 2023. Forcément, ça fait trois ans. Donc il va falloir que la réponse soit extrêmement ferme, parce que ça ne peut pas recommencer.

BRUCE TOUSSAINT
Dernière séquence de cette interview : " J'y crois, j'y crois pas ". Vous nous dites évidemment si vous y croyez ou pas. Rallier Edouard PHILIPPE pour la présidentielle ?

VINCENT JEANBRUN
J'ai toujours cru qu'il valait mieux rallier un projet qu'un homme. Et je défends depuis des mois maintenant l'idée d'un rassemblement qui, à mon avis, doit passer par une primaire. Donc je crois à la primaire et je crois au rassemblement des forces intelligentes et raisonnables.

ALBA VENTURA
Un meilleur score à la présidentielle pour David LISNARD plutôt que pour Bruno RETAILLEAU ? J'y crois, j'y crois pas.

VINCENT JEANBRUN
Tout semble possible, donc je peux y croire, oui.

BRUCE TOUSSAINT
Et puis, des Gilets jaunes qui seraient encore dans la rue à Noël ? Je précise d'ailleurs que la Coordination des Gilets jaunes vient d'annoncer avoir déposé une déclaration pour manifester à Paris ce week-end. Vous pensez que ce mouvement va durer ?

VINCENT JEANBRUN
Le mouvement de revendication, il est effectivement parti pour durer. Mais on va tout faire pour apporter des réponses le plus tôt possible et faire en sorte qu'il y ait un apaisement attendu dans ce pays.


source : Service d'information du Gouvernement, le 22 octobre 2026