Texte intégral
Mesdames et messieurs,
Bonjour à tous,
La désinformation en santé est un lent poison mortel.
C'est l'une des principales menaces pour notre santé publique.
Mésinformation, désinformation, infodémie : tout ce qui brouille durablement la capacité à réaliser des choix libres et éclairés devient un risque sanitaire.
Les remèdes miracles, le charlatanisme, les campagnes contre la vaccination ou autres théories du complot sont aussi anciens que la santé publique.
Mais internet et les réseaux sociaux ont provoqué l'industrialisation de la fabrique du mensonge. Aujourd'hui, désinformer ne coûte rien financièrement. On peut s'appuyer sur des algorithmes qui favorisent l'émotion et l'engagement. On peut facilement créer l'illusion d'une proximité ou d'une authenticité. Et on peut encore l'accélérer par le développement de l'intelligence artificielle, notamment de traduction.
De fait, nous l'avons vu, l'exposition des Français à la désinformation en santé est massive.
- Pratiquement tous les Français y ont été exposé ;
- La moitié ne se sentent pas capable de s'y prémunir et reconnaît avoir déjà cru une fausse information
- Et près d'1/3 l'ont suivi.
Dans le même temps, la santé est devenue le premier domaine de signalement traités par la MIVILUDES, devant les cultures ou la spiritualité.
Il est donc temps que la science irrigue à nouveau le monde de nos croyances.
Une urgence sanitaire mais aussi démocratique.
Car la désinformation mine la possibilité même de réaliser un choix libre et éclairé. Elle mine la confiance, le débat, la cohésion sociale et l'action publique.
Elle est aussi sanitaire, car la désinformation détourne des soins.
Elle fragilise la prévention.
Elle mine la confiance entre les citoyens, les soignants et les institutions.
Très concrètement, nous parlons autant de refus vaccinal, d'achat de produits dangereux, d'abandon des traitements, de défiance à l'égard des professionnels, de menaces visant les scientifiques et les professionnels.
Un exemple : aux États-Unis, pendant la Covid, il a été démontré un taux de mortalité 14,1 fois plus élevé chez les non-vaccinés que ceux l'ayant été.
Plus récemment, nous avons vu plusieurs centaines de milliers d'engagements autour d'Octobre Rose potentiellement liés à de la désinformation. Nous avons vu les désinformateurs habituels agir. Mais nous avons vu que les dégâts pouvaient s'étendre jusqu'à la parole des responsables politiques.
Forts des travaux réalisés en 2025 et menés par le professeur Mathieu MOLIMARD, nous avons posé le diagnostic :
- Identifié nos forces et nos faiblesses
- Et structuré une stratégie cohérente, à la fois préventive et pleinement opérationnelle.
Ainsi, la lutte contre la désinformation en santé est structurée comme une politique publique à part entière depuis janvier dernier.
Et je me cantonnerai aux actions réalisées strictement par le ministère de la Santé, sans revenir ici aux actions engagées par la ministre du Numérique et le travail réalisé avec les plateformes.
Donc, nous agissons sur 2 étages.
Le premier étage, le socle, c'est la connaissance.
En complément de la consultation citoyenne menée depuis le début d'année, nous lançons l'observatoire de la désinformation en santé.
Sa vocation est triple : identifier les phénomènes, analyser les mécanismes de diffusion et accompagner la diffusion d'une information fiable et accessible.
Il coordonnera la publication d'études, de travaux d'analyse et de recherche et de revues de littérature scientifique.
Il pourra également être précurseur, en animant de travaux sur des sujets prioritaires comme ceux du rôle de l'IA ou de l'éducation critique à l'information.
Pour réaliser ses missions, il s'appuiera sur une expertise scientifique indépendante.
Le deuxième étage, c'est la veille et la riposte
Le dispositif d'infovigilance doit agir en 3 temps :
Premier temps : la veille. Une communauté d'acteurs publics : équipes de la direction de la communication, des agences régionales de santé, institut de recherche assurent une veille sur les canaux de communication dont principalement les réseaux sociaux pour identifier les signaux faibles de fausses informations
Deuxième temps : l'analyse. Ces signaux sont analysés et si la viralité est confirmée, des experts scientifiques indépendants produisent des éléments de réponse si les ressources n'existent pas.
Troisième temps : la riposte.
- Des contenus seront diffusés sur la page Décryptage de Santé.fr. Le site comptabilise aujourd'hui 34 millions de visites, en hausse d'année en année. Nous travaillons par ailleurs à la pleine intégration de ces contenus dans les IA génératives pour amplifier leur visibilité.
- Mais je tenais à ce que la riposte se fasse là où la désinformation circule. Cela, à 2 niveaux :
Un compte "LeCheckUp" est lancée aujourd'hui sur le réseau social TikTok. Des formats courts, clairs, pédagogiques y seront diffusés, et en premier lieu sur le cancer du sein et la mammographie. Ils seront rediffusés sur l'ensemble des plateformes où le ministère chargé de la santé est présent.
Et nous répondrons en quasi-direct aux posts viraux véhiculant de la désinformation sur les réseaux sociaux.
L'ambition est donc de produire une connaissance aujourd'hui dispersée et mettre en place un système de détection – analyse – riposte fiable et accessible, avec l'aide d'experts indépendants.
Le rôle de l'État dans la lutte contre la désinformation n'est pas d'être l'arbitre du vrai.
Il est de donner des repères, décrypter et donner à chacun la possibilité de se former une opinion éclairée. Avec une seule boussole : la science.
Mesdames et messieurs,
La lutte contre la désinformation, dans tous les domaines, est l'un des défis du siècle.
Quand il s'agit de santé, c'est le défi renvoie à ce qui constitue profondément notre culture : remettre la science, la raison et la confiance au cœur du débat public et du système de santé.
C'est une responsabilité sanitaire.
Mais aussi démocratique.
Je vous remercie.
source https://www.sante.gouv.fr, le 23 octobre 2026