Texte intégral
MADJID KHIAT
Bonjour Sabrina Roubache.
SABRINA ROUBACHE
Bonjour.
MADJID KHIAT
On va parler des manifestations, on va aussi parler du projet de loi "casseurs-payeurs", qui a été durci du côté du Sénat cette nuit. Mais d'abord, je veux vous entendre sur les annonces en ce qui concerne les lycéens. Il y a un vote… Non, il y a un débat sans vote du côté de l'Assemblée nationale aujourd'hui, notamment sur le sujet de Parcoursup. Manuel Bompard dit que c'est un nouvel exercice d'enfumage. Vous attendez quoi de ce débat ?
SABRINA ROUBACHE
Bah écoutez, moi, plusieurs choses. Déjà, on ne peut pas raconter et laisser raconter n'importe quoi. Quand il s'agit de notre jeunesse, faire de la démagogie, il n'y a rien de plus facile. Vous savez, être du côté des jeunes en disant : "Oui, ils ont absolument… tout le monde a absolument raison sur tout, il faut supprimer Parcoursup." Je rappelle à Manuel Bompard quand même que j'ai connu, moi, une période, en tout cas sur les inscriptions dans le supérieur, où c'était le tirage au sort, c'était premier arrivé, premier servi. Celui qui avait un chèque de ses parents pour s'inscrire à la faculté, le premier qui arrivait, celui qui avait du réseau, arrivait à s'inscrire avant les autres. Qu'est-ce qu'on propose ? Un débat sans vote permet une chose, au moins d'avoir des positionnements clairs et des solutions. Parce que, pour l'instant, on demande la suppression de Parcoursup, pour proposer quoi en face ? Une école ou un enseignement supérieur qui ne sélectionne rien ? Ça veut dire que, je vous le dis, celui qui ferait médecine pourrait devenir pilote de ligne. Non, mais il faut revenir à la raison.
MADJID KHIAT
Sur Parcoursup, ça va être remplacé. On nous dit : d'ici 2028, il va y avoir des discussions. Sauf qu'entre-temps, il y a l'élection présidentielle. Comment vous pouvez garantir aux Français aujourd'hui que la version finale de Parcoursup restera en vigueur, alors même qu'il y aura peut-être un nouveau président ?
SABRINA ROUBACHE
Le président de la République l'a dit lors de son allocution : les Français vont devoir choisir dans six mois un nouveau président. Il faut que cette élection se tienne sur cette présidentielle, qui est le moment de la démocratie française peut-être le plus important, et que ce que nous faisons maintenant… Moi, vous savez, je suis une grande pragmatique devant l'Eternel. Je suis une cheffe d'entreprise, à la base, je suis ministre de l'Enseignement pro, donc vraiment, je suis la ministre des lycéens pro. Et j'aimerais qu'on parle un peu d'eux, parce que ce que je n'entends pas beaucoup, par contre, c'est cette fameuse voie professionnelle, qui représente quand même un tiers de tous nos lycéens. Je vous donne le chiffre : 667 200 lycéens pro, qui représentent un tiers de tous nos lycéens, 2 700 lycéens pro. Cette année, sur la plateforme Parcoursup, nous avons 60 000 lycéens pro qui sont arrivés en plus. Nous avons annoncé, et cela fait partie des mesures importantes parce que cela va… Je vais vous répondre sur le débat. On crée 15 000 places dans l'enseignement supérieur, dont 10 000 en BTS, ce n'est pas rien. Est-ce que vous savez que le BTS, le brevet de technicien supérieur, est le diplôme, on va dire, préféré de nos jeunes en lycée pro ? Encore autre chose : je travaille, et je vais l'annoncer. Cela fait partie du deuxième paquet de mesures qui va concerner notamment la voie pro, sur le certificat de spécialisation, qui va changer la vie des jeunes, parce que je le fais rentrer dans le supérieur. C'est-à-dire : comment est-ce que vous accompagnez cette jeunesse, notamment dans la voie pro, vers le supérieur ? Mais par rapport à Parcoursup, quoi que nous fassions maintenant, cela ne vous a pas échappé, cela n'a échappé à personne : il va y avoir une élection. On décide de bouger maintenant puisque c'est une demande aussi de la jeunesse : plus de transparence. Et je rappelle quand même que, sur la plateforme, vous savez que là où les jeunes ont pu être consultés, Parcoursup n'arrive pas en numéro un. Pas du tout. Ce sont les emplois du temps qui arrivent devant. C'est plutôt…
MADJID KHIAT
Oui mais les revendications des lycéens, on les connaissait, je veux dire, non, mais avant même la plateforme que vous avez créée, il y a eu 100 000 contributions, il faut le dire. Il suffisait juste de regarder nos antennes pour connaître les revendications. Pourquoi avoir mis autant de temps pour faire des annonces ?
SABRINA ROUBACHE
Parce que, vous savez, quand la politique parfois… Enfin, je vais vous dire une chose : on nous demande tout le temps "action-réaction". Non ! Il faut penser les choses, il faut arrêter maintenant. Moi, je vais vous dire, je ne suis pas quelqu'un à qui on met la pression. Je dis : puisqu'on a besoin de consulter, on a besoin d'entendre et on a besoin de comprendre. Ce n'est pas parce qu'à la télé, vous en avez quelques-uns qui disent des choses que c'est une vérité absolue. Et encore une fois, on ne peut pas nous reprocher de dire les choses maintenant. Il a fallu quelques semaines pour mettre les choses en place. Vous pensez que vous créez 10 000 places en BTS, 4 000 en IUT, et 1 000 à l'université, en claquant des doigts ? Et tous ceux qui viennent à chaque fois nous attaquer, est-ce qu'ils ont une baguette magique ? Je rappelle quand même que Jean-Luc Mélenchon a été ministre de la Formation professionnelle et de l'Enseignement pro. Enfin, il ne me semble pas… Enfin, il ne me semble pas, puisque maintenant, ils disent beaucoup de choses. Il fallait le faire quand il était ministre, ce n'est pas facile.
MADJID KHIAT
Parmi les annonces du Gouvernement, il y a ces 28 élèves par classe de seconde, notamment dans les établissements pour la prochaine rentrée.
SABRINA ROUBACHE
Pour la prochaine rentrée, qui va concerner 50 % des établissements les moins favorisés.
MADJID KHIAT
Mais on parle de la rentrée 2027. Là, vous êtes en capacité de dire aux parents de futurs lycéens de seconde : "Il y aura 28 élèves par classe, en ce qui concerne ces classes-là, même si on n'est plus au pouvoir"
SABRINA ROUBACHE
Non, mais ce n'est pas ça, en fait, dans votre réponse, il y a deux contradictions. On fait des choses et on répond, et c'est vrai, il faut le dire, on répond à quelque chose qui était un vrai sujet : les classes trop surchargées. Si je prends l'exemple de ma fille, qui est en terminale, en première, ils étaient 34. Bon, voilà. Donc la réalité est que le pouvoir qui arrivera, le président ou la présidente qui arrivera, le nouvel exécutif qui arrivera, le nouveau Parlement, la nouvelle Assemblée nationale devront se prononcer sur ce qu'on maintient, c'est une très bonne mesure de dire : dans les classes de seconde, on ne sera plus jamais plus de 28, ou pas ? Nous, on l'a fait, à eux de le continuer.
MADJID KHIAT
L'autre actualité qui résonne aussi avec celle des lycéens, ce sont ces mobilisations. Il y avait des lycéens, notamment le 17 octobre. J'ai pu le constater sur le terrain. Il y a une nouvelle journée de mobilisation, de manifestation ce samedi. En ce moment, du côté du Sénat, le projet de loi "casseurs-payeurs", porté par le Gouvernement, a été durci, ce texte. L'État pourrait donc se retourner, y compris contre les auteurs indirects des dégradations, dans une limite de 10 000 euros par personne. Donc les allocations familiales, les aides personnelles au logement, le RSA pourront également être saisis sur le fondement de ce texte. Sauf que les sénateurs ont durci le texte cette nuit et ils ont intégré des prestations sociales comme le complément familial, l'allocation de rentrée scolaire, mais aussi la prime d'activité. Vous soutenez cela ?
SABRINA ROUBACHE
Déjà, c'est un texte qui a été durci, vous l'avez dit, au Sénat. Moi, ce que je pense surtout, c'est que les gens ne supportent plus. Et je vous le dis encore une fois, mes sœurs sont commerçantes, donc je peux… A un moment donné, on ne peut plus accepter que ceux qui cassent et qui pillent s'en sortent facilement. Ce n'est plus… Comment dire ? Aux contribuables français de payer pour eux. En revanche, ce que je crois aussi, et je pense que mon collègue, de ce que j'ai lu, mon collègue Laurent Nuñez, le ministre de l'Intérieur, qui porte ce texte, très important que le Premier ministre avait annoncé très tôt… Et je me rappelle, cela ne faisait pas une ligne dans les journaux.
MADJID KHIAT
Est-ce qu'il faut aller chercher l'allocation de rentrée scolaire ?
SABRINA ROUBACHE
Moi, ce que je crois, ce que je crois, c'est qu'il faut de l'autorité et de la responsabilisation. Dès que vous parlez de la responsabilité des parents, je rappelle quand même que les parents, dans le cadre des mineurs, sont responsables de leurs enfants. On le sait déjà avec… Il y a quand même des assurances, on l'a tous sur le civil. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut plus accepter. Ce n'est plus acceptable. Vous savez, maintenant, vous allez vous retrouver avec tous les week-ends… Parce que les mobilisations, vous savez, au fur et à mesure, on avance dans un… dans une… dans des discussions, dans un consensus. Et regardez, on est capables d'avancer ensemble, d'avoir entendu…
MADJID KHIAT
Mais dans la rue, il y avait autant de monde, quasiment autant de monde ce week-end que le week-end du 17 octobre. Les revendications, elles sont là.
SABRINA ROUBACHE
Absolument. Mais il arrive un moment où, quand l'exécutif dit : "OK, sur telle chose, on va avancer ensemble, on va créer des places", parce que là, je parle vraiment des revendications lycéennes, et qu'on continue… Que le week-end, il y ait des manifestations, c'est normal, c'est un droit constitutionnel. En revanche, que nos commerçants aient peur d'ouvrir, que nos commerçants ne puissent plus travailler et voient leur chiffre d'affaires complètement exploser… Je vais vous dire une chose : on va se retrouver avec une France des mobilisations face à la France des commerçants qui ne peuvent plus travailler. C'est ce qu'il faut éviter, et c'est pour cela que le président de la République…
MADJID KHIAT
Du côté de Marseille, cette semaine ?
SABRINA ROUBACHE
Absolument. Nous étions à Marseille avec le président de la République, avec le ministre de l'Intérieur et le ministre Serge Papin, où l'on a dit : "A un moment donné, qu'il faut absolument éviter, dans les cortèges, les centres-villes, pour laisser nos commerçants passer leurs périodes". Et c'est normal, c'est la période la plus importante pour les commerçants, c'est la période qui arrive à Noël. Il ne faut pas opposer de force.
MADJID KHIAT
Vous craignez une grève générale à partir du 5 novembre ? Parce qu'on voit quand même sur notre antenne, on voit les témoignages de certaines professions. Certains veulent une convergence des luttes. La CGT appelle à une grève générale à partir du 5 novembre. Est-ce que vous craignez une grève générale ?
SABRINA ROUBACHE
Vous savez, moi, je n'ai pas fait de la politique pour craindre. J'ai fait de la politique pour m'engager et essayer de faire tout ce que je peux pour apporter à l'intérêt général. Beaucoup de professions… Je parle des professions, par exemple les métiers du bâtiment, les travaux publics. J'ai rencontré la semaine dernière encore le président de la Fédération du bâtiment. La réalité, c'est que beaucoup de sujets sont sur la table. Il ne faut jamais craindre ni les mobilisations. Vous savez, j'ai été syndiquée, donc c'est très important de pouvoir exprimer des divergences, et c'est normal de vouloir des améliorations et de vouloir manifester. Je vous rappelle encore : manifester, c'est quand même la grandeur de la France, de pouvoir permettre, dans ce moment… Vous savez, tous ceux qui ont attaqué le président de la République sur l'état d'urgence, la réalité, c'est que s'il y avait eu l'état d'urgence, on ne pourrait plus manifester et on ne pourrait plus donner justement la parole à ceux qui ne sont pas d'accord avec l'exécutif. Et c'est comme cela que vous faites du progrès social.
source : Service d'information du Gouvernement, le 29 octobre 2026