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Interview de M. Gérald Darmanin, Garde des sceaux, ministre de la justice, à BFM TV le 3 novembre 2026, sur la réponse judiciaire après les violences et les pillages lors de la manifestation du 17 octobre 2026 et la vie politique avant l'élection présidentielle de 2027.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : BFM TV

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le ministre de la Justice. Il y a de très nombreuses questions à vous poser ce matin. Il n'y a jamais eu, et c'est le record, je crois, autant de prisonniers en France. On va y revenir. Vous voulez réformer l'Ecole nationale de la magistrature. On va y revenir également. Mais je voudrais d'abord qu'on prenne le temps avec vous de faire une sorte de pré-bilan. Où est-ce qu'on en est après les arrestations des journées, et notamment du 17 octobre, en matière de réponse judiciaire ? Je voudrais vous redonner les chiffres. Le samedi 17, il y avait eu 2 628 interpellations, le jour même. Le samedi 24, 1 314, le samedi 31, encore 779. Vous aviez demandé de la fermeté dans la réponse pénale. Combien, à ce jour, ont été jugés, condamnés, incarcérés ? Quelles ont été les réponses ?

GERALD DARMANIN
Alors évidemment, les chiffres que je vais vous donner, ce ne sont pas les chiffres à la suite du mouvement des lycéens. Il s'agit bien des week-ends de manifestations, de contestation et parfois de violences qu'on a connus le 17 octobre.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez raison de le dire, il y a eu quand même un enchaînement.

GERALD DARMANIN
Exactement. Et par exemple, sur les plusieurs milliers, 7 000 gardes à vue qu'il y a eu dans le mouvement des lycéens, il y a eu trois détentions provisoires et les trois ont concerné des majeurs. Donc cela montre bien que la justice, quand je lui ai donné des demandes, des circulaires, notamment aux procureurs de la République, je leur ai demandé de ne pas demander l'incarcération, évidemment, des lycéens, contrairement à ce que j'ai vu sur les réseaux sociaux. Elle a appliqué ces consignes. Il n'y a pas eu d'incarcération des lycéens. En revanche, dans les week-ends que nous avons eus depuis le 17 octobre, de violences contre les forces de l'ordre, contre les bâtiments publics, contre vos confrères et consoeurs journalistes, par exemple, depuis ce 17 octobre, il y a eu 4 914 gardes à vue, dont 70% sont des majeurs et 30% sont des mineurs. Ce qui montre bien, d'ailleurs, que c'est un mouvement, en effet, d'adultes. Et ce n'est pas le mouvement de continuité des lycéens. Il y a eu 2 290 poursuites par le procureur de la République. C'est-à-dire que nous avons une réponse pénale qui était très forte. Il n'y a pas eu d'alternative, il n'y a pas eu de rappel à la loi et simplement on rentre chez soi. Il y a eu énormément de poursuites par le procureur de la République. Il y a eu 1 820, c'est-à-dire à peu près 40%, 1 820 personnes qui ont été déférées avec des policiers ou des gendarmes, de la garde à vue jusqu'au tribunal, pour être jugées par un juge correctionnel. Il y a eu 404 mesures d'emprisonnement et 329 incarcérations. C'est une réponse pénale extrêmement forte.

APOLLINE DE MALHERBE
Comment il peut y avoir une différence entre les mesures d'incarcération et les incarcérations réelles ?

GERALD DARMANIN
Parce que, par exemple, il y a des gens qui ont fait des appels et que cet appel est suspensif, et qu'on attend que la Cour d'appel puisse...

APOLLINE DE MALHERBE
Donc au moment où l'on se parle, combien sont en prison ?

GERALD DARMANIN
Aujourd'hui, il y a 329 personnes qui sont incarcérées. Et il y a, par ailleurs, des profils extrêmement variés sur les week-ends mais grosso modo, 95% d'hommes et 5% seulement de femmes. Deux tiers ont entre 18 et 25 ans. Donc c'est un mouvement de jeunes adultes, on va dire ça comme ça. 70% sont Français, 30% sont étrangers et plus de 50% n'avaient aucun antécédent judiciaire. C'est-à-dire qu'ils n'ont jamais été condamnés par la justice.

APOLLINE DE MALHERBE
50%, ça veut dire quand même qu'un sur deux avait des antécédents.

GERALD DARMANIN
Exactement. Je pense que, notamment le premier week-end, de mes souvenirs, il y avait vraiment 60 à 70% de gens qui n'avaient aucun antécédent judiciaire. Et puis, notamment le week-end dernier, il y a eu moins de gardes à vue : 240 gardes à vue ce week-end. Donc le mouvement a baissé, en tout cas du point de vue de la réponse policière et de la réponse pénale. Et là, il y avait plus de gens qui avaient des antécédents.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire que ceux qui restent, quand il y en a moins, ce sont ceux qui sont, j'allais dire, les plus motivés ou les plus habités à ce type d'exaction.

GERALD DARMANIN
Ou les plus violents, oui.

APOLLINE DE MALHERBE
Les plus violents. Gérald DARMANIN, le week-end dernier, vous le disiez, il y a eu moins de gardes à vue. Mais il y a eu tout de même notamment des images qui ont particulièrement frappé : des émeutiers qui ont tenté de mettre le feu, littéralement, à des CRS, des policiers. Est-ce que, typiquement, sur ce cas-là, est-ce qu'il y a eu des poursuites ? Est-ce que les personnes ont été arrêtées ?

GERALD DARMANIN
Alors c'est au procureur de la République de Paris de communiquer. Mais je voudrais saluer sa réactivité et l'ouverture d'une enquête immédiatement pour tentative d'homicide, parce qu'il s'agit bien de ça, d'un potentiel assassinat d'un gendarme mobile. Mais nous avons ces images qui nous ont touchés. Malheureusement, je peux vous dire que ces images sont quotidiennes pour les policiers, pour les gendarmes, voire pour les sapeurs-pompiers, voire parfois pour vos collègues journalistes, qui n'ont jamais été autant pris à partie également dans ce genre de contestation. Ce qui est extrêmement inquiétant pour l'Etat de droit. Et des policiers et des gendarmes qui sont tirés, on tire dessus à balles réelles, on leur envoie des boules de pétanque dans la tête, on leur envoie des cocktails Molotov sur eux, des gens qui n'ont plus de dents. Moi, j'ai des témoignages, puisque je suis resté très en contact avec les forces de l'ordre depuis que je suis ministre de l'Intérieur, de gens qui sont policiers, de 25 ans, qui n'ont plus de dents ou qui, pardon de ce propos devant vous, mais qui n'ont plus de testicules, qui ne peuvent plus avoir d'enfants parce qu'ils ont protégé des commerces ou protégé des bâtiments publics. Quand on est policier, qu'on a 24 ans...

APOLLINE DE MALHERBE
Donc quand on parle de ces policiers blessés, c'est ça, la réalité derrière.

GERALD DARMANIN
Il y a eu, je crois, plus de 1 300 policiers et gendarmes blessés. Alors parfois des blessures psychologiques, des gens qui ne peuvent plus aller travailler. Et il faut les prendre en compte. Et il y a les blessures physiques extrêmement graves. Et donc je pense qu'il faut aussi voir la violence que subissent les policiers, les gendarmes.Et quand on voit qu'il y a une violence contre les policiers et les gendarmes, contre les sapeurs-pompiers, contre vos collègues journalistes, et que des représentants politiques, je pense à M. Mélenchon, qui ad hominem dit que la police tue, soutient les slogans ACAB, All Cops Are Bastards, tous les flics sont des bâtards, c'est ça que cela veut dire. Ou nommément attaque tous vos collègues journalistes, je m'inquiète beaucoup pour l'Etat de droit. Et ce qui est très inquiétant, c'est de savoir que cette personne pourrait arriver en responsabilité politique. On sait que les idées d'extrême droite et les idées d'extrême gauche enchainent la violence et parfois désinhibent des comportements de gens qui, comme dirait Gilles Kepel...

APOLLINE DE MALHERBE
Vous estimez qu'ils ont une responsabilité ?

GERALD DARMANIN
Kepel dit : un djihadisme d'atmosphère. On en a parlé pour le terrorisme islamiste et c'est tout à fait vrai. Il y a des intellectuels qui évoquent le fait que les femmes ne sont pas l'égal des hommes, que les chrétiens sont à tuer, que les juifs sont tous des salauds. Et donc du coup, ça pousse n'importe qui radicalisé de passer à l'acte. Il y a un extrême gauchisme d'atmosphère. Comme il y a l'extrême droitisme d'atmosphère. Des gens qui pensent que les Blancs sont supérieurs aux autres. C'est le cas à Trappes, manifestement. Ou des gens qui pensent que les flics sont tous des bâtards et que les journalistes sont tous à la solde du capitalisme ou du pouvoir. Et monsieur Mélenchon a une responsabilité immense dans cette violence et qu'il attaque nommément des journalistes. Mais attendez, c'est quand même une démocratie étonnante. Regardez les tweets de monsieur Mélenchon. Votre consoeur, madame COUDRAY, qui est traitée quasiment de fasciste. Il y a quand même de la marge.

APOLLINE DE MALHERBE
Et nommément attaquée par Jean-Luc Mélenchon hier sur les réseaux sociaux, pour avoir justement, à partir du moment...

GERALD DARMANIN
Mais les journalistes disent ce qu'ils veulent dans notre démocratie, ça nous plaît, ça ne nous plaît pas. Bien sûr, on peut avoir une discussion et parfois une discussion assez forte, mais de là à les montrer du doigt avec une telle violence, qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'il faut la faire taire, madame COUDRAY ? Et si madame COUDRAY est fasciste, les fascistes sont très, très nombreux. Si on ne pense pas comme monsieur Mélenchon et qu'on est fasciste, alors vraiment, effectivement, il y a beaucoup, beaucoup de fascistes en France. On voit bien que c'est une dérive autoritaire de la part de monsieur Mélenchon, qui est extrêmement grave. Et moi, je m'étonne que des voix, et notamment des voix de gauche, ne le dénoncent pas. C'est une dérive autoritaire extrêmement inquiétante.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous estimez aujourd'hui, et vous faites le lien avec ce que l'on vient de dire avant, avec le climat global de violence dans ce pays ?

GERALD DARMANIN
En tout cas, il ne fait rien pour calmer les choses. Quand on a trois tweets de suite, je suis peut-être inexacte, peut-être quatre ou cinq, où on attaque nommément des journalistes parce qu'on n'est pas d'accord avec la façon dont elle a mené une interview, pardon, excusez-moi, mais on est chez les fous. Et donc oui, il y a une responsabilité. Tout le monde sait que monsieur Mélenchon a la culture, tout le monde sait qu'il est intelligent et tout le monde sait qu'il sait ce qu'il fait. Donc c'est très inquiétant.

APOLLINE DE MALHERBE
Dans les propos, justement, qui faisaient référence à l'interview de madame COUDRAY, il s'agissait de propos d'Edouard PHILIPPE qu'elle n'aurait pas suffisamment recadrés ou qu'elle aurait faits siens, si j'en crois les mots. Pardonnez-moi, je n'ai plus en mémoire le mot exact, mais c'est à cela que faisait référence Jean-Luc Mélenchon.

GERALD DARMANIN
Et quand bien même il n'a qu'à attaquer Edouard PHILIPPE s'il n'est pas content des propos d'Edouard PHILIPPE.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est de la politique. Ça, c'est de la politique.

GERALD DARMANIN
Il n'a qu'à faire un débat. Mais qu'il fasse un débat avec Edouard PHILIPPE sur votre plateau.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est ça.

GERALD DARMANIN
C'est ça la démocratie.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est-à-dire... la politique, on s'en parle les uns et les autres, mais on n'attaque pas forcément le locuteur ou le journaliste. Mais sur les propos d'Edouard PHILIPPE. Edouard PHILIPPE, et cela revient exactement à la question que je vous posais un peu plus tôt aussi sur la question du profil. Vous m'avez dit qu'il s'agissait d'hommes à 95%, qu'ils étaient jeunes, mais pas si jeunes puisque 70% sont des majeurs. Edouard PHILIPPE, à cette question du profil de ceux qui étaient notamment dans les scènes de pillage, il dit : " Lors des violences, la surreprésentation de jeunes issus de l'immigration était patente. Selon le mot de Péguy, il faut voir ce que l'on voit. " Voilà l'expression d'Edouard PHILIPPE. L'échec de l'intégration dans notre pays depuis plusieurs décennies est incontestable, il précise également, ce qui ne minimise en aucun cas certaines superbes réussites d'intégration républicaine. Et dans ce même entretien, il parle du fait de diviser l'immigration légale, comme si, effectivement, c'était lié. Est-ce que vous partagez les propos d'Edouard PHILIPPE ?

GERALD DARMANIN
Il faut être aveugle pour ne pas le voir. Il parle d'or. Il y a évidemment un défaut d'intégration dans notre pays. Il n'est pas total. Je suis moi-même issu de l'immigration. Il y a plein de gens qui nous écoutent, qui ont des réussites, malgré le fait que ce soient des mamans seules qui les ont élevés dans des HLM et dans des quartiers populaires. J'en suis un exemple.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez souvent parlé de l'éducation que vous a donnée votre mère.

GERALD DARMANIN
Mais bien sûr ! Mais il y a aussi un défaut d'intégration, bien évidemment.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que c'est la faute de ceux qui ne sont pas intégrés ou est-ce que c'est de la faute de ceux qui n'intègrent pas bien ?

GERALD DARMANIN
Mais c'est les deux. On a tous une part de responsabilité individuelle. Et c'est plus difficile pour un enfant d'immigré élevé par une femme seule, dont le père n'est plus là, dans des conditions de logement extrêmement difficiles, où il y a un point de deal en bas de chez soi. C'est plus difficile pour lui que pour un fils de bourgeois du XVIᵉ arrondissement de s'intégrer dans la société française. C'est une évidence. Mais par ailleurs, chacun a sa liberté pour s'en sortir. Il y a plein de gamins qui ont été élevés par des femmes seules, dans des quartiers, qui ne sont pas dealers et qui n'attaquent pas, qui ne pillent pas les magasins.

APOLLINE DE MALHERBE
... excuse.

GERALD DARMANIN
Mais bien sûr, il n'y a pas d'excuse sociale. Il peut y avoir des explications, on peut comprendre que c'est plus dur pour les personnes, bien évidemment. Mais il n'y a pas d'excuse sociale. Chaque homme est libre, chaque femme est libre. On n'est pas forcé de piller.

APOLLINE DE MALHERBE
A propos de ces mots-là, Jean-Luc Mélenchon parle d'un racisme dégoûtant.

GERALD DARMANIN
Mais c'est l'opinion de monsieur Mélenchon. Evidemment, moi, je la combats cette opinion. Mais il a le droit de le dire en démocratie. Il n'a pas le droit d'attaquer la journaliste parce qu'il considérait que la journaliste doit faire taire Edouard PHILIPPE, qui, lui aussi, a le droit de dire ce qu'il veut. On est en démocratie. Nous sommes dans un pays libre où on a le droit de manifester contre la police, encadré par la police. C'est quand même un pays formidable. Et donc monsieur Mélenchon, s'il n'est pas d'accord avec Edouard PHILIPPE, il va sur BFM, il va sur n'importe quel plateau et il débat avec monsieur Philippe. Et les Français voteront à la fin. Ce qui est inquiétant dans la situation dans laquelle nous vivons, c'est qu'on a l'impression que l'élection présidentielle ne va pas être le catalyseur des crispations françaises. Nous avons une élection dans six mois.

APOLLINE DE MALHERBE
... démocratique.

GERALD DARMANIN
Elle est très intense. Il y aura des débats vifs, c'est tout à fait normal. Et nous espérons tous qu'à la fin, nous aurons choisi légitimement un ou une présidente que tout le monde va reconnaître, même si on n'est pas d'accord. C'est le jeu de la minorité et parfois de l'opposition politique. Et on passera à autre chose, à construire notre économie, à éduquer nos enfants, à mieux intégrer les étrangers, à nous battre contre les puissances étrangères qui nous veulent du mal. On a l'impression que là, les choses se font. Que monsieur Mélenchon et parfois madame Le Pen essaient de faire dérailler la présidentielle et de créer des anathèmes, des problèmes qui seraient... le prochain ne serait pas légitime, le prochain président de la République. Et donc c'est extrêmement inquiétant.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous redoutez aussi l'atmosphère autour des élections et après les élections ?Il y a évidemment cette question. Raphaël Glucksmann, qui était mon invité hier, estimait qu'il serait intelligent de réfléchir à avancer d'une semaine les élections présidentielles pour ne pas que le deuxième tour, tel qu'il est prévu aujourd'hui, tombe le lendemain du 1ᵉʳmai. Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, parce qu'effectivement, il y a la crainte d'éventuels débordements dans les différentes manifestations traditionnellement organisées le 1ᵉʳmai. Il y a aussi une autre question démocratique, comme vous le disiez, c'est que ce premier mai est une journée importante politiquement. Nous, les journalistes, nous ne pourrons pas la couvrir parce que la journée du samedi qui précède les élections est une journée où on n'a pas le droit de parler des élections, on n'a pas le droit de parler politique sur les ondes. C'est un moment de réserve de la campagne. Est-ce que ces deux raisons-là ne sont pas suffisantes pour se dire qu'il vaut mieux avancer les élections ?

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas moi qui décide. C'est le ministre de l'Intérieur qui propose des dates au président de la République, qui les a choisies. Il faut le rappeler quand même, dans un délai constitutionnel contraint, on ne prend pas n'importe quelle date. Il y a des vacances scolaires pendant cette période. Et il faut faire attention aussi à ce que les gens puissent voter. C'est aussi un sujet pour lequel on choisit un des dimanches et pas un autre. Il y a beaucoup de gens qui diraient : " Mais attendez, moi, je suis en vacances et donc je ne peux pas voter. " Après, je retourne l'argument. Vous savez que, quand le président de la République est élu, il y a une dizaine de jours avant qu'il ne prenne ses fonctions, et puis deux ou trois jours avant qu'il nomme un Premier ministre et un nouveau Gouvernement. Si jamais nous faisions ce que disait M. Glucksmann, le président de la République serait élu, il aurait la légitimité pour... Imaginons que madame Le Pen soit élue ou que monsieur Mélenchon soit élu. Et pendant dix jours, c'est encore le Gouvernement d'Emmanuel Macron, par exemple monsieur Nuñez à l'Intérieur et monsieur Darmanin à la Chancellerie.

APOLLINE DE MALHERBE
Avant la transition.

GERALD DARMANIN
Voilà, qui n'ont plus de légitimité politique ou très peu, qui expédient les affaires courantes.

APOLLINE DE MALHERBE
Et qui se retrouveraient à gérer cette fameuse journée du 1ᵉʳ mai, vous vous dites.

GERALD DARMANIN
Vous imaginez ça ? Vous imaginez la tension politique.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais en fait, ça veut dire qu'il n'y a qu'une bonne solution.

GERALD DARMANIN
Ça veut dire qu'il ne faut pas être violent, en fait.C'est-à-dire que, bien sûr que le 1ᵉʳ mai, on a le droit de manifester. Socialement, vous avez le droit de couvrir les manifestations. On n'a pas le droit parce que les journalistes n'ont pas le droit. Mais les partis politiques n'ont pas le droit de faire campagne non plus la veille d'une élection.Donc, en fait, ce qu'il faudrait, ce n'est pas changer les dates d'élections, c'est que les partis politiques ne remettent pas en cause la forme républicaine du Gouvernement et acceptent le débat démocratique. Il y a de la violence politique, c'est tout à fait normal, et elle se déroule dans les meetings, elle se déroule sur les plateaux de télévision.

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y a jamais eu autant de détenus en France, Gérald DARMANIN : 90 937 détenus au 1ᵉʳ octobre. Et c'est un nouveau record. Pour autant, il n'y a que 63 452 places officielles de prison. Il y a donc, par exemple, le nombre de matelas posés au sol qui a explosé. Il est établi à près de 9 000 détenus en France qui dorment sur des matelas au sol. Comment on fait ? Comment on fait quand ces deux chiffres ne sont pas corrélés ?

GERALD DARMANIN
D'abord, c'est une situation d'indignité pour la France. Autant des personnes qui ont fait des bêtises doivent être, si un juge le décide, condamnées à être envoyées en prison, autant ces personnes en prison ne doivent pas vivre dans des conditions indignes. Et autant il y a des prisons où les choses sont tout à fait normales, on va dire ça comme ça.

APOLLINE DE MALHERBE
Pas beaucoup, à mon avis.

GERALD DARMANIN
Non, il y en a. On pourrait dire que c'est à peu près la moitié du parc carcéral français. Autant il y a des endroits qui font honte à la France et que je vais très régulièrement visiter et dans lesquels j'engage des travaux extrêmement rapidement.

APOLLINE DE MALHERBE
Allez-vous faire plus de places ?

GERALD DARMANIN
Alors d'abord, je voudrais saluer les agents pénitentiaires, parce qu'il y a des agents derrière tout ça. Il y a des gens qui ne sont pas très bien payés. En tout cas, ce ne sont pas les mieux payés de la République, et qui subissent des conditions indignes. Et évidemment, le malheur que subissent les détenus, dont certains ont parfois des troubles psychiatriques, parce qu'on enferme les fous en France aussi. L'une de nos grandes indignités, c'est que 25% des gens qui sont en prison ont des troubles psychiatriques, qui devraient être chez les médecins et pas chez les agents pénitentiaires. Donc, d'abord, je voudrais saluer les agents pénitentiaires et dire aussi aux détenus que leurs conditions de détention sont, en effet, indignes pour une partie d'entre eux. D'abord, il faut construire des places de prison. En deux ans et demi, j'aurai construit 6 000 places de prison, c'est-à-dire que j'aurai construit 234% de plus que mes prédécesseurs. Entre, par exemple, 2018 et 2024, on a construit en France entre 3 000 et 3 500 places de prison. Depuis que je travaille à la Chancellerie, depuis deux ans, on a construit 6 000 places de prison. Pourquoi ? Parce qu'on a accéléré cette construction. D'abord, je n'ai pas de problème idéologique.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous en aurez combien à la fin du quinquennat ?

GERALD DARMANIN
De combien de places de prison ?

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, de plus.

GERALD DARMANIN
On va être grosso modo à 9 000 places de prison de plus, quand le président de la République avait dit 15 000 au début de son premier quinquennat.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc le compte n'y est pas.

GERALD DARMANIN
Le compte n'y est pas, bien sûr, mais le compte s'accélère, si j'ose dire, puisque j'en construis 6 000 en deux ans et demi. Et je voudrais quand même vous le dire : on fait maintenant une prison trois fois moins chère et deux fois plus vite. Avant, c'était, pour que les gens comprennent, 400 000 euros la place de prison. Alors, ce n'est pas simplement la place : il faut des miradors, il faut des murs, le terrain... 400 000 euros la place. On mettait sept ans à en construire une. Maintenant, on construit des prisons en 18 mois, à 190 000 euros la place.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous avez la magistrate, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Justine Propst, qui dit la semaine dernière : " Arrêtons de construire des prisons. " Vous avez face à vous aussi des magistrats, elle en est une des représentantes, qui disent : " Non, arrêtons. La solution, ce n'est pas la prison. " Comment vous faites avec cela ?

GERALD DARMANIN
Moi, je respecte tous les syndicats et ils ont leurs opinions. Mais il se trouve que c'est moi le ministre et que c'est moi qui me présente devant les électeurs. Voilà.Donc, si on veut une opinion politique qu'il n'hésite pas à se présenter devant les électeurs... Le Syndicat de la magistrature est un peu orienté puisqu'ils sont contre la prison par principe.Donc, effectivement, on n'est pas tout à fait d'accord.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'on peut être magistrat et contre la prison par principe ?

GERALD DARMANIN
On peut être magistrat, simplement, quand on est magistrat, on applique ce qu'est la règle. Et la règle aujourd'hui dans le Code pénal, c'est que si vous tuez ou si vous...

APOLLINE DE MALHERBE
Vous allez nommer un nouveau ou une nouvelle présidente de l'École nationale de la magistrature au Conseil des ministres ?

GERALD DARMANIN
Demain, au Conseil des ministres, on va changer de directrice de l'École nationale de la magistrature et je proposerai une magistrate au président de la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Qui ?

GERALD DARMANIN
C'est le Conseil des ministres qui le décidera.C'est une magistrate qui a commencé comme institutrice et qui ensuite est rentrée plus tard dans la vie professionnelle des magistrats, après une expérience de la vie.

APOLLINE DE MALHERBE
Mes confrères du Nouvel Obs croient savoir qu'il s'agit de Valérie Delnaud. Est-ce que vous confirmez ?

GERALD DARMANIN
Il appartiendra au Conseil des ministres de confirmer.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous le confirmez ?

GERALD DARMANIN
En tout cas, Valérie Delnaud était institutrice et elle a passé le concours plus tard.

APOLLINE DE MALHERBE
Voilà, donc ça colle, si je puis me permettre. C'est ça que vous voulez encourager ? Des juges qui auraient une expérience de vie ?

GERALD DARMANIN
Exactement. Et par exemple, dans la réforme de l'École nationale de la magistrature, puisque monsieur Teboul m'a rendu un rapport et je l'en remercie, la directrice va appliquer ce rapport. Nous allons changer l'École nationale de la magistrature. Par exemple, il y aura un stage obligatoire en entreprise désormais pour tous les élèves magistrats. Par exemple, il y aura une formation commune, pas totale mais commune, avec l'ex-ENA, l'INSP, l'École nationale d'administration. Parce que tout cela, c'est dans l'Etat. Il faut respecter l'indépendance des magistrats, mais ils font partie de l'intérêt général et de l'Etat. Par exemple, nous allons diversifier. Vous savez qu'aujourd'hui, 80% des élèves passent par des prépas privées et donc c'est souvent des enfants de magistrats, des enfants de profs.

APOLLINE DE MALHERBE
Cela crée une inégalité.

GERALD DARMANIN
Des enfants d'avocats. Il y a très peu d'enfants d'agriculteurs, il n'y a quasiment pas d'enfants d'ouvriers. Il n'y a quasiment pas d'ultramarins qui sont aujourd'hui à l'École nationale de la magistrature. Il faut diversifier socialement l'École nationale de la magistrature pour qu'elle ressemble le plus possible à la méritocratie française.

APOLLINE DE MALHERBE
Gérald DARMANIN, vous étiez pour la primaire il y a encore deux ans. J'ai retrouvé vos propos. Aujourd'hui, est-ce que vous estimez qu'il faudrait une primaire ?

GERALD DARMANIN
J'étais pour la primaire et tout le monde l'a refusée à l'époque, puisque je rappelle que j'ai été voir monsieur Attal, qui m'a dit non. J'ai été voir monsieur Retailleau, qui m'a dit non. J'ai été voir monsieur Bayrou, dont j'étais le ministre, qui m'a dit non, parce qu'on avait le temps de l'organiser et qu'il fallait pouvoir organiser nos débats. Et à cette époque-là, personne ne se disait qu'on devait pouvoir discuter avec monsieur Ciotti d'un côté ou avec la gauche de l'autre. Ils l'ont tous refusée.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il en est encore temps ?

GERALD DARMANIN
Mais non, il y a 200 jours avant l'élection présidentielle. On n'a plus le temps. Je l'ai organisée, la primaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Honnêtement, il n'y a pas de dynamique, ni d'un côté ni de l'autre. Il faut peut-être quand même se réveiller.

GERALD DARMANIN
D'un côté, il y a Edouard PHILIPPE, qui, bien sûr, est en danger pour être au second tour, bien sûr, mais enfin, il fait entre 15 et 17%. Et de l'autre, si je prends monsieur Attal, que je respecte, il est entre 4 et 5%. Il fait le tri.

APOLLINE DE MALHERBE
Pour vous, il n'y a pas photo.

GERALD DARMANIN
Mais c'est qu'il faut se rassembler derrière Edouard PHILIPPE. Alors soit cette personne ne veut pas d'Edouard PHILIPPE personnellement. Dans ces cas-là, ça peut se comprendre. La vie politique est faite de sentiments et il faut le dire.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais quand vous dites " personnes ", c'est quoi ? Ces camarades ? Ce sont les Français ?

GERALD DARMANIN
Je trouve ça étonnant de ne pas aider quelqu'un qui fait entre 16 et 17% dans à peu près tous les sondages depuis maintenant quasiment deux ans, et qui est le seul capable de nous empêcher.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous être en train de dire que Gabriel ATTAL fait un délit de sale gueule. Le non-camaraderie, simplement que je ne l'aime pas, mais ou c'est simplement une question de sentiment.

GERALD DARMANIN
Non, je dis simplement qu'il faut être bon joueur et que, voilà, au mois de novembre, c'est le constat que nous faisons tous, Edouard PHILIPPE n'est pas tout à fait capable de se qualifier au second tour. C'est un danger pour nous et pour lui, bien évidemment, et les autres ne sont pas du tout capables de le faire. Voilà. Et qu'il faut aider celui qui est capable de réussir à se qualifier au second tour. Après, moi, si j'étais monsieur Retailleau, si j'étais monsieur Attal, c'est ce que j'ai fait cet été. Je dirais ce à quoi je tiens. A quoi tient monsieur Attal et à quoi tient monsieur Retailleau. Si monsieur Philippe dit : " Les propositions de monsieur Attal ou de monsieur Retailleau, c'est non ". Je comprendrais qu'il se présente et défende des convictions, bien évidemment. Mais si monsieur Philippe, qui n'est pas très éloigné quand même de ce que pense, par exemple, monsieur Retailleau sur les questions de sécurité ou sur les questions économiques, dit : " Voici les cinq points ". Monsieur Retailleau, c'est un homme de conviction tout le monde le sait. Il est rempli de convictions. Il donne les cinq ou six points auxquels il tient particulièrement. Il a une discussion politique avec Edouard PHILIPPE. Et après...

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, vous, vous avez ça et vous n'avez pas été très écouté, si je me souviens bien, à la fin de l'été, lorsque vous avez annoncé votre soutien à Edouard PHILIPPE, vous aviez dit notamment que l'important, c'était le social.

GERALD DARMANIN
Bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
Moi, je n'en entends pas beaucoup dans ce monde, est-ce qu'aujourd'hui, vous avez vraiment été écouté ?

GERALD DARMANIN
D'abord, Edouard PHILIPPE… Ce n'est pas tout à fait vrai. Edouard PHILIPPE, un Français sur trois désormais qui partira à la retraite ne partira pas à 67 ans. Il a accepté ce qu'on appelle la pénibilité, ce qu'on aurait dû faire avec la CFDT, me semble-t-il, depuis longtemps. Bon, après, est-ce que le discours d'Edouard PHILIPPE représente la droite sociale telle que moi, je la vis ? La réponse est non. Je pense qu'il y a encore beaucoup de choses à faire pour écouter socialement les Français. C'est vrai, mais c'est mon rôle dans la campagne d'Edouard PHILIPPE que d'essayer d'influencer. Tout le monde sait que je suis de droite sociale. Madame MORANO, par exemple, défend une droite libérale. Mais ça, c'est au candidat de trancher. Et c'est un débat légitime. Mais pour pouvoir influencer le candidat, encore faut-il

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, vous demandez aux uns et aux autres. Bruno RETAILLEAU, qui sera notre invité, il sera notre invité ce soir avec Maxime SWITEK dans la nouvelle émission " Moi, Président ".Vous demandez à Bruno RETAILLEAU de discuter avec Edouard PHILIPPE, de nourrir la campagne et le programme d'Edouard PHILIPPE, mais de se retirer.

GERALD DARMANIN
Je dis à Bruno RETAILLEAU : « Bruno, cher Bruno, dis-nous ce à quoi tu tiens. » Et c'est normal, c'est la vie politique, et une discussion avec Edouard PHILIPPE. Deux choses : soit Edouard PHILIPPE est d'accord avec les points de Bruno RETAILLEAU et il n'y a pas de raison de se présenter contre lui. Soit Edouard PHILIPPE ne retient pas les points de Bruno RETAILLEAU. Et ça, c'est la vie normale, classique des gens qui ont des convictions. Et il est légitime que Bruno RETAILLEAU se présente. Vous voyez ce que je veux dire ? Mais qu'on ait ces discussions de fond, de propositions pour la France, plutôt que de personnes. Ce n'est pas un concours de beauté. L'élection présidentielle, c'est : est-ce que le projet que nous portons est différent de celui de Mélenchon, de madame Le Pen ?


source : Service d'information du Gouvernement, le 4 novembre 2026