Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur l'inauguration de l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie, et la filière de la photographie argentique, Arles le 1er juillet 2019.

Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur l'inauguration de l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie, et la filière de la photographie argentique, Arles le 1er juillet 2019. Franck Riester 01/07/2019 photographie Inauguration de l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie en Arles le 1er juillet 2019

 


Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le président de Région, cher Renaud MUSELIER,
Monsieur le maire, cher Hervé SCHIAVETTI,
Mesdames et messieurs les élus,
Madame la présidente, chère Delphine, 
Monsieur le directeur, cher Rémy FENZY,
Cher Marc BARANI,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,


Il n'y a pas meilleur cadre pour enseigner la Beauté qu'un édifice qui l'incarne. Les murs qui nous entourent semblent avoir été façonnés avec cette conviction. C'est un plaisir d'inaugurer, à vos côtés, ce temple de verre, de pierre et de lumière. Ce bâtiment qui ne ressemble à aucun autre (ii) fait honneur à l'école qu'il accueille. Une école qui, elle non plus, ne ressemble à aucune autre. Oui : l'école nationale supérieure de la photographie est unique au monde.

Unique parce qu'elle est le seul établissement national français entièrement voué à l'étude de la photographie. Unique par la renommée internationale qu'elle a su acquérir, depuis sa création, en 1982.

Unique parce qu'elle peut s'enorgueillir d'être l'un des derniers établissements – si ce n'est le dernier – à poursuivre la pratique des procédés anciens et à renforcer sa filière argentique. Unique parce que l'insertion professionnelle de ses diplômés frôle les 95% – et vous pouvez en être fiers ! Unique par son offre de formation continue, particulièrement innovante. Unique par la place de choix qu'elle occupe dans l'écosystème culturel arlésien.

Alors, il lui fallait un écrin à sa hauteur. Un écrin qui ne ressemble à aucun autre.

Les espaces que l'Ecole occupait étaient inadaptés à ses besoins, à l'évolution de ses activités.

Il fallait lui donner la place et les moyens qu'elle mérite, pour lui permettre : d'offrir à ses étudiants un enseignement d'excellence, et de faire coexister les technologies numérique et argentique.

Il y a 6 ans, le Président de la République François HOLLANDE annonçait sa relocalisation. Et aujourd'hui, nous voici. Avec, face à nous, un projet inédit et singulier.

Ici, ce sera plus qu'une école. Ce sera aussi un centre de recherche. Ce sera aussi un lieu de création. Ce sera aussi un lieu de diffusion, d'exposition. Ce sera un lieu de partage, de rencontre, de savoirs, de réflexion.

Un lieu ouvert : Ouvert sur le monde, en s'appuyant sur un réseau d'institutions aux mêmes ambitions. Je pense : à l'International Center for Photography de New York, ou au Center for Creative Photography de Tucson. Ouvert au public, avec son fablab, son auditorium, sa galerie d'exposition tout en verre.

Surtout, ce sera un lieu pour la photographie. Un lieu pour les photographes.

Ils auront à leur disposition des laboratoires uniques, couleur comme noir et blanc, argentique comme numérique ; des ateliers techniques ; des studios photo ; des espaces de résidences permettant de loger chercheurs et intervenants ; des salles de monstration.

Ici, les artistes seront accompagnés, depuis la formation jusqu'à l'exposition, tout au long de leur parcours de création. Cette ambition, c'est aussi la mienne.

J'ai eu l'occasion de le réaffirmer, en installant le Conseil national des professions des arts visuels, il y a quelques jours. C'est l'une de mes priorités.

Parce qu'il n'est pas de culture sans artistes. Je suis déterminé à conforter leur place dans notre société ; à les remettre au coeur de nos politiques culturelles.

Pour faire de la France une place forte de l'art. Pour accompagner les créateurs à chaque stade de leur carrière. Pour renforcer leur présence sur l'ensemble du territoire.

Cette Ecole y contribue. Cet écrin de verre, de pierre et de lumière, ces vitres et ces lignes ouvertes sur la ville, nous les devons à un homme.

Un créateur visionnaire. Un architecte de génie. C'est grâce à vous, cher Marc BARANI, que cette splendeur a pu voir le jour.

Votre projet est très vite apparu comme une évidence : par sa simplicité, son élégance, son architecture intemporelle et le dialogue qu'il proposait de nouer avec la fondation Luma.

« A la verticalité vibrante du projet de Frank GEHRY, répond l'horizontalité tendue de l'E.N.S.P. », comme vous le dites vous-même.

Vous l'avez pensé à la fois comme un lieu pour le public, et comme un lieu pour les photographes. Pour le public, vous en avez fait un espace ouvert, qui incite les curieux à franchir ses portes, tout en transparence. Les vitres donnent à voir ce qu'il s'y pense ; ce qu'il s'y crée. L'école n'est pas seulement un lieu de travail ; c'est aussi un lieu de vie. Pour les photographes, vous en avez fait un espace propice à l'échange, où l'enseignement et la recherche se regroupent autour d'un patio.

L'architecture de l'édifice mime, d'une certaine manière, le processus de révélation de la photographie. Elle accentue les contrastes entre ombre et lumière – cette opposition qui est au coeur de la pratique photographique des origines : celle de l'argentique, qui continue à être enseignée ici.

L'Ecole offre toutes les gradations, toutes les intensités de lumière, de l'obscurité au plein soleil : du noir des laboratoires où l'image latente est révélée, aux murs éclairés où sont observés les premiers essais ; de la pénombre des espaces de stockage où sont conservés les objets précieux, à la lumière contrôlée des cimaises où sont exposées les photographies.

 

Jusque dans son architecture, cette Ecole dialogue avec les valeurs de la photographie.  Elle dialogue aussi avec la ville qui l'entoure.

On reconnaît bien votre style, dans cette transversalité des approches architecturale, urbaine et paysagère, qui vous est si chère. Ce style, votre style, nous avons le plaisir de pouvoir l'admirer à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine.

Elle expose actuellement vos travaux, jusqu'au 16 septembre. Cette exposition, que vous partagez avec Frédéric BOREL, Jean-Marc IBOS et Myrto VITART, s'inscrit dans une ambition plus large.

Une ambition du ministère de la Culture, que je porte et que je défends. L'ambition de valoriser l'oeuvre des Grands Prix nationaux d'architecture. Pour mettre en lumière leur travail exemplaire.

Pour sensibiliser la société à l'architecture contemporaine. Pour nous inviter à lever les yeux, et contempler la Beauté qui nous entoure, à chaque endroit, à chaque instant.

Grâce à l'architecture. Grâce aux architectes.

Cher Marc BARANI :  Merci pour cette Ecole. Merci pour ce chef d'oeuvre. Merci pour votre engagement à faire vivre la culture dans notre pays. Pour la Beauté que vous insufflez : à Arles, comme à Paris, et dans tous nos territoires. Cette Ecole en est une nouvelle preuve. L'auditorium de l'Institut de France, récemment inauguré, en est une autre.

Merci également pour votre engagement à améliorer les conditions d'exercice de la profession d'architecte, au côté du ministère de la Culture : Hier, dans le cadre la « Stratégie Nationale pour l'Architecture ». Aujourd'hui, dans celui de la mission « valeurs de l'architecture ».

Cette mission a pour objectif de promouvoir l'architecture, de mettre en évidence ses apports pour la société, de révéler le rôle des architectes, des élus, des acteurs des territoires et de la société civile ; de souligner les valeurs économiques, sociales, culturelles et environnementales de l'architecture.

Parce que, oui, l'architecture est un levier de développement économique pour les territoires ! Un levier de cohésion sociale, de rayonnement culturel international ! Oui, nous avons besoin des architectes pour conduire la transition écologique !

Vous prenez une part active dans les travaux de cette mission, cher Marc, et je vous en suis reconnaissant.

Enfin, je tiens à profiter de ce moment pour remercier chaleureusement tous ceux qui ont oeuvré à rendre ce projet possible.

En premier lieu, l'Ecole et son personnel, qui se mobilisent depuis presque 9 ans sur ce projet. Merci, monsieur le directeur, cher Rémy FENZY, pour votre engagement de chaque instant. Et bienvenue à Marta GILI, qui aura la belle tâche de faire vivre ce nouveau bâtiment et d'en exploiter toutes les potentialités, au bénéfice des étudiants, des photographes et du public.

Merci à l'ensemble des bureaux d'études et des entreprises qui s'activent, encore aujourd'hui et jusqu'au mois d'octobre, pour permettre une rentrée sereine des étudiants dans ce bâtiment.

Merci à l'Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture, qui a brillamment assuré la maîtrise d'ouvrage : merci, chère Clarisse MAZOYER.

Merci aux collectivités locales impliquées : la Région Provence Alpes-Côte-d'Azur – monsieur le président, cher Renaud MUSELIER, la communauté d'agglomération – monsieur le président, cher Claude VULPIAN et enfin, comment pourrais-je oublier celui qui s'est tant impliqué pour que cette Ecole voie le jour ?

Monsieur le maire, cher Hervé SCHIAVETTI : merci pour votre rôle moteur dans ce projet.

Et merci à la Ville d'Arles, dont l'implication a été décisive pour faire de cette Ecole une réalité. Pour en faire ce sanctuaire de Beauté.


Mesdames et messieurs, Très chers amis,

C'est toujours un moment empreint d'émotion que d'inaugurer une école : un lieu où vivra le savoir, la transmission et l'amour de l'art. Un lieu où les créateurs forgeront leur regard.

Un lieu qui verra passer les photographes de demain : ceux qui, bientôt, investiront les Rencontres. C'est toujours un moment empreint d'émotion, et ça l'est davantage encore lorsque ce lieu est d'une beauté pareille à nulle autre.

Comme c'est le cas, ici.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 11 juillet 2019 
 

Art Art Photographie Creation artistique 193001450

Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur la photographie, les arts visuels et le rayonnement culturel, Arles le 1er juillet 2019.

Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur la photographie, les arts visuels et le rayonnement culturel, Arles le 1er juillet 2019. Franck Riester 01/07/2019 photographie Ouverture des 50èmes Rencontres d'Arles le 1er juillet 2019

Avant toute chose, je veux vous dire combien je suis heureux d'être ici, pour célébrer, avec vous, l'anniversaire des Rencontres d'Arles. Avec vous : artistes, public, élus, équipes des Rencontres. C'est grâce à vous si les Rencontres sont ce qu'elles sont. Elles ne seraient rien sans leur public.  Elles ne seraient rien sans les photographes. Elles ne seraient rien, non plus, sans celles et ceux qui s'affairent, pendant des mois, pour faire de chaque édition un succès : cher Hubert VÉDRINE, cher Sam STOURDZÉ, chère Aurélie DE LANLAY, et tous ceux qui vous accompagnent. Elles ne seraient rien, enfin, sans l'inlassable engagement des collectivités – vous le premier, cher Hervé SCHIAVETTI –, sans l'engagement des pouvoirs publics, de leurs partenaires. La longévité des Rencontres, c'est à vous que nous la devons.

En cinquante éditions, vous en avez fait un rendez-vous immanquable.  Oui : l'horizon des Rencontres, c'est à la fois un ancrage profond dans cette ville, dans cette terre, dans cette région à laquelle elles ont tant donné ; mais c'est aussi l'aspiration à une forme d'universel.

Parce que la Beauté des photographies que vous exposez, et la Beauté du cadre dans lequel vous les présentez, cette Beauté, nous ne pouvons pas la garder pour nous. Elle mérite d'être partagée avec le monde entier.

Ça n'était pas l'ambition initiale des Rencontres – loin de là. Mais la vie prend parfois des tournures inattendues.

Ce n'était à l'origine qu'un « moment entre copains » ; vous en avez fait un rendez-vous incontournable de la photographie.

Je pense à eux aujourd'hui : à Lucien CLERGUE, à Michel TOURNIER, et tout particulièrement à Jean-Maurice ROUQUETTE.

Si quelqu'un leur avait dit, à la création des Rencontres, qu'elles seraient toujours là, cinquante ans plus tard, ils ne l'auraient probablement pas cru. Pourtant, nous voilà.

Depuis un demi-siècle, l'histoire de la photographie s'est écrite avec et par les Rencontres.

Et nous ferons tout pour que cette histoire continue à s'écrire. Avec, et par les Rencontres. Avec, et toujours, le soutien du ministère de la Culture.

Pour que l'histoire de la photographie continue à s'écrire à Arles et en France, nous devons remettre les artistes au coeur de nos politiques culturelles.

Cette politique de soutien à la photographie a de nombreux atouts.

Nous disposons en France d'un réseau d'acteurs exceptionnel.

C'est le résultat de soixante ans d'actions de la part du ministère de la Culture et des collectivités territoriales.

Soixante ans d'actions pour structurer une large présence d'artistes et leur diffusion sur le territoire ; pour permettre le soutien à la création ; et pour accompagner la structuration de la filière.

Il n'existe pas un seul pays au monde qui dispose d'un tel réseau, d'une telle richesse, d'une telle chance.

Ce réseau exceptionnel de structures de diffusion, nous l'avons fortement accompagné, cette année, avec le soutien de 23 centres d'art pour présenter des oeuvres issues du Fonds national d'art contemporain.

Sur le thème de « l'Engagement », grâce au travail du Réseau Diagonal, ces expositions se feront les témoins, dans toute la France, de la diversité et de la richesse de la photographie à travers les collections nationale. Car nous disposons de collections nationales de qualité, mais surtout d'une scène française d'une extraordinaire vitalité.

Une scène ouverte, identifiée, reconnue dans le monde entier. Les Rencontres le montrent chaque année.

Cette vitalité, nous la devons aux dizaines de milliers de professionnels des arts visuels que compte notre pays, et qui contribuent à la richesse économique de celui-ci.

Malgré ce rayonnement, notre politique doit mieux s'adresser aux créateurs.

Je mesure les fragilités qui affectent le champ de la création, et en particulier les arts visuels.

Je mesure la paupérisation des photographes ; la précarisation de leur statut ; la baisse de leurs revenus.

Si la révolution numérique a permis le développement de nouveaux modes de diffusion, elle s'est aussi accompagnée d'une concentration de la valeur dans les mains de quelques acteurs.

Ce ne sont pas des conditions dignes pour créer. Je veux que nous y remédions.

Et je veux que nous le fassions dans la concertation, l'échange, et le dialogue, avec les premiers concernés. Avec les photographes, et tous les professionnels de la photographie. Par le passé, ils ont pu être les oubliés de nos politiques. On s'est intéressé à encourager la création, sans toujours associer les créateurs. On s'est intéressé à développer un réseau de diffusion, sans toujours impliquer ceux qui le nourrissent. On s'est intéressé à structurer une filière, sans toujours inclure ceux qui la constituent.

Je souhaite que nous puissions changer notre approche. C'est tout l'objet du Conseil national des professions des arts visuels, que j'ai installé il y a quelques jours. Il a vocation à être une instance de dialogue, entre le ministère de la Culture et les professionnels. Il doit nous permettre de renouveler notre soutien aux arts visuels, de le rendre plus efficace, de l'adapter à la réalité des professions. Il doit être force de proposition : pour faire évoluer des réglementations, pour favoriser la diffusion d'expériences novatrices, pour échanger sur les bonnes pratiques.

Mieux nous concerter avec les acteurs du monde de la photographie : c'est également l'objet du Parlement de la photographie, cette instance de concertation mise en place par le ministère de la Culture, lieu d'échange et de dialogue entre les acteurs du monde de la photographie.

Des réunions régulières se sont déroulées dans le cadre de plusieurs groupes de travail thématiques : sur les structures de diffusion ; sur les galeries ; sur l'édition de livres de photographie. Des premiers temps de restitution et d'échanges seront organisés mi-septembre 2019, pour comprendre et accompagner ce secteur.

Sa séance plénière se tiendra en novembre. Je souhaite que puissent y assister tous les conseillers en charge des arts visuels des directions régionales des affaires culturelles afin que les préoccupations des photographes, des agences, des galeries ou encore des éditeurs soient largement partagées au sein de mon ministère. Naturellement, je serai très attentif aux recommandations formulées.

Au-delà de ces nécessaires instances de concertation, je veux que nous fassions émerger de meilleures conditions d'exercice de la profession de photographe. Cela passe, d'abord, par une meilleure rémunération. Le droit de présentation publique est une première étape. Les habitudes doivent changer.

Le ministère de la Culture doit prendre sa part pour les faire évoluer.  Parce qu'un photographe ne peut continuer à exposer gratuitement ses oeuvres.

Les centres d'arts et les fonds régionaux d'art contemporains se sont déjà engagés, en rémunérant les artistes exposés au titre du droit de présentation publique.

Les Rencontres le font également. Je veux vous en remercier, cher Hubert Védrine, cher Sam Stourdzé. C'est maintenant à l'Etat et à ses opérateurs de donner l'exemple.

La juste rémunération des créateurs est également au coeur de la directive européenne sur le droit d'auteur.

Nous la transposerons dans la loi sur la régulation audiovisuelle, qui sera examinée par le Parlement en tout début d'année prochaine.

Et dans la PPL droits voisins des éditeurs et agences de presse qui repasse mercredi au Sénat, nous avons fait en sorte de préciser que les photos étaient bien couvertes par ce droit.

Une photographie vivante ne peut exister sans un partage équilibré de la valeur entre d'une part les géants numériques et d'autre part les créateurs, artistes et auteurs.

Améliorer les conditions d'exercice de la profession passe aussi par une meilleure reconnaissance.

J'entends le manque de reconnaissance dont souffrent les photographes, et plus généralement l'ensemble des artistes-auteurs.

Il nous faut aujourd'hui reconnaître leur apport à notre société ; recenser les difficultés qu'ils rencontrent, mais aussi les opportunités dont ils disposent.

Pour cela, j'ai souhaité engager une réflexion sur l'auteur et l'acte de création.

J'ai confié une mission prospective sur le sujet à Bruno RACINE.

Elle doit nous permettre de trouver le cadre le plus favorable à l'épanouissement de la création et de la diversité culturelle, pour les prochaines années.

J'ai souhaité que cette réflexion soit ambitieuse et réaliste, concertée et ouverte, multidisciplinaire et prospective, au service de tous les créateurs.

A ce titre, Bruno RACINE a constitué un collège d'experts permettant d'apporter des regards croisés sur une économie de la création dont la diversité implique la mise en commun d'analyses issues de différentes disciplines.

Il me rendra ses propositions d'ici la fin de l'année. Pour permettre aux photographes de vivre de leur métier, la commande publique a un rôle à jouer.

Je veux mettre en oeuvre une politique volontariste en la matière. Redynamisons ce mode d'intervention ! Allons au-devant de collectivités qui n'oseraient pas se lancer dans le projet !

En ce sens, nous publierons prochainement un guide pratique de la commande artistique destiné aux commanditaires et aux artistes.

L'année dernière, le ministère a opéré, via le Centre National des Arts Plastiques (CNAP), une grande commande photographique nationale : « Flux, une société en mouvement ». Les projets des 15 artistes seront présentés cette année, au Centre régional de la photographie de Douchy les Mines et au festival les Photaumnales de Beauvais.

Je vous annonce aujourd'hui que la prochaine commande photographique nationale sera portée par le Jeu de Paume, dont je tiens à saluer le nouveau directeur Quentin BAJAC.

Je veux également évoquer la commande photographique des Regards du Grand Paris, portée par les Ateliers Médicis et le Centre National des Arts Plastiques (CNAP). Elle est l'exemple d'une parfaite coopération entre l'Etat et les collectivités territoriales. Je forme le voeu qu'elle en inspire d'autres.De même que la commande publique, les résidences artistiques – dont l'importance a été rappelée par le Président de la République – sont un outil fondamental dans le parcours des artistes. Je ferai des annonces dans la deuxième quinzaine du mois de juillet. Mais dès à présent, je peux vous dire que je souhaite mettre en place un programme inédit de résidence : « Capsule ».

Il permettra de renforcer les missions des centres d'art, de mettre à disposition des artistes, et s'appuiera sur une charte pour un meilleur accueil des artistes dans les lieux de production.

Accompagner la photographie, c'est l'accompagner dans tous les territoires.

Soucieux de garantir l'équité territoriale, le ministère de la Culture a décidé de soutenir des structures implantées dans les régions où la contribution de l'Etat en faveur de la photographie apparaissait la plus faible.

Ainsi, 200 000€ de crédits supplémentaires ont pu être mobilisés en 2019 en faveur de nombreux lieux ou festivals : je pense à la Quinzaine photographique Nantaise. Je pense à Image Singulière à Sète. Je pense encore aux Rencontres photographiques de Guyane.

Nous devons améliorer les conditions d'exercice du métier de photographe pour toutes et tous.

Et surtout, pour toutes. Vous le savez, l'égalité entre les femmes et les hommes a été déclarée grande cause du quinquennat par le Président de la République.

Nous sommes engagés, avec l'ensemble du gouvernement, avec le ministère de la Culture, pour faire de la parité une réalité.

En photographie comme dans tous les autres arts, le travail des femmes doit bénéficier de la même visibilité que celui des hommes. Nous en sommes loin. Mais nous sommes sur la bonne voie. Dans ce combat, je sais pouvoir compter sur les Rencontres d'Arles.

Elles inaugurent cette année deux prix dédiés aux femmes photographes et un programme de recherche sur la place des femmes dans l'histoire mondiale de la photographie. Je tiens à le saluer.

Accompagner la photographie, ce n'est pas seulement accompagner les photographes. Et les Rencontres savent toute l'importance du livre de photographie.

La structuration des acteurs de cette partie de la filière est essentielle. Je me félicite donc de la naissance : de l'association « France Photo Book », qui regroupe des éditeurs de livres de photographie ; et du Comité de liaison et d'action pour la photographie (CLAP), qui rassemble des agences photographiques indépendantes.

Ils deviendront, j'en suis certain, des interlocuteurs importants pour les pouvoirs publics.

Accompagner les photographes, ce n'est pas seulement les accompagner pendant leur carrière. C'est aussi les accompagner avant, et après.

Avant, c'est-à-dire au moment de les former. Si nous voulons que l'histoire de la photographie continue à s'écrire pour les décennies à venir…

Si nous voulons que, dans un demi-siècle, d'autres puissent célébrer le centenaire des Rencontres… Alors il faut transmettre le goût de la photographie.

Il nous faut donner envie de devenir photographe ; éveiller les passions, susciter des vocations.

Il nous faut éduquer à l'image. J'ai donc décidé de reconduire en 2020 le dispositif d'éducation artistique et culturelle « Entre les images », porté par le réseau Diagonal. Près de 1000 actions d'éducation à l'image « par » et « avec » la photographie qui ont touché près de 15 000 personnes en milieu scolaire mais pas seulement car l'éducation artistique c'est pour chacun et chacune et tout au long de la vie : en centres sociaux, en milieu hospitalier, en milieu carcéral...

Le nouvel Institut national supérieur de l'éducation artistique et culturelle, annoncé en juin, que je porte avec mes collègues de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, prendra d'ailleurs appui sur ce type d'initiative et de dispositif pour aider à la formation de tous les acteurs de l'éducation artistique et culturelle à l'image, et en particulier la photographie. 

Par ailleurs, je suis heureux que l'ouverture des Rencontres coïncide avec l'inauguration des nouveaux bâtiments de l'École nationale supérieure de la Photographie, conçus par Marc BARANI.

J'aurai le plaisir de les inaugurer cet après-midi.

C'est là-bas que se formeront les futurs exposants des Rencontres. Qu'ils aiguiseront leur regard, qu'ils éveilleront leur sensibilité. Qu'ils apprendront, qu'ils grandiront, qu'ils créeront. Enfin, accompagner les photographes après leur carrière, c'est protéger notre patrimoine photographique.

Parce qu'elle est le pays de naissance de cet art, la France se doit de mener une politique exemplaire en la matière. Le ministère de la Culture est pleinement mobilisé.

Je suis heureux de vous annoncer que nous allons soutenir : la Société française de photographie pour le lancement d'une revue, Photographica, et le développement d'une nouvelle version du site Arago, qui deviendra un répertoire de fonds photographiques.

J'ai décidé, pour valoriser ces fonds, de lancer une publication annuelle afin de témoigner du dynamisme des politiques d'acquisition des institutions publiques.

Son premier volume paraîtra en novembre. Par ailleurs, la délégation à la photographie du ministère a instauré : un Comité National pour le Patrimoine Photographique, et un groupe de travail portant sur les dons et legs.

Ils doivent garantir une parfaite coordination nationale sur ce sujet, et notamment faciliter les démarches des photographes et de leurs ayants-droit dans leurs projets de donations.

Ce travail porte déjà ses fruits : Denis BRIHAT, dans une belle collaboration entre la Bibliothèque nationale de France (BnF) et la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine (MAP), nous fait l'honneur de nous faire une donation. Je veux l'en remercier chaleureusement. Enfin, mesdames et messieurs, chers amis, j'ai le privilège de vous annoncer que l'ensemble de l'oeuvre de Gilles CARON va rentrer à la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine et rejoindre les collections publiques, grâce à une donation.

Au nom de la Nation, je veux remercier Marianne CARON-MONTELY pour cette donation. C'est un legs immense. C'est un geste d'une infinie générosité.

Un geste qui en dit long sur vos valeurs, chère madame ; sur votre sens du partage. Un geste qui vient prolonger tous vos mérites, tous vos combats, tous vos engagements ; des engagements qui vous valent, aujourd'hui, la reconnaissance de notre pays.

Voilà, mesdames et messieurs, chers amis, les convictions qui guident mon action et que je souhaitais partager avec vous.

Dans quelques instants, les Rencontres vont commencer ; le public va affluer ; et la ville va s'animer.

Pendant tout l'été, comme chaque année, Arles va vibrer. Les visiteurs arpenteront les expositions.

Et, à la fin, ils repartiront, sans être tout à fait les mêmes qu'en arrivant. Ils auront un peu changé. Par ce qu'ils auront vu, par ce qu'ils auront regardé.

Les Rencontres continueront à changer les regards.

Elles le font depuis déjà un demi-siècle.

Vous pouvez compter sur ma détermination pour continuer à les soutenir.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 11 juillet 2019 
 

Art Art Creation artistique Photographie Rayonnement culturel 193001449

Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur l'inauguration de l'école nationale supérieure de la photographie, Arles le 1er juillet 2019.

Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur l'inauguration de l'école nationale supérieure de la photographie, Arles le 1er juillet 2019. Franck Riester 01/07/2019 Photographie Inauguration de l'école nationale supérieure de la photographie

Il n'y a pas meilleur cadre pour enseigner la Beauté qu'un édifice qui l'incarne. Les murs qui nous entourent semblent avoir été façonnés avec cette conviction. C'est un plaisir d'inaugurer, à vos côtés, ce temple de verre, de pierre et de lumière. Ce bâtiment qui ne ressemble à aucun autre (ii) fait honneur à l'école qu'il accueille. Une école qui, elle non plus, ne ressemble à aucune autre. Oui : l'école nationale supérieure de la photographie est unique au monde.

Unique parce qu'elle est le seul établissement national français entièrement voué à l'étude de la photographie. Unique par la renommée internationale qu'elle a su acquérir, depuis sa création, en 1982.

Unique parce qu'elle peut s'enorgueillir d'être l'un des derniers établissements – si ce n'est le dernier – à poursuivre la pratique des procédés anciens et à renforcer sa filière argentique. Unique parce que l'insertion professionnelle de ses diplômés frôle les 95% – et vous pouvez en être fiers ! Unique par son offre de formation continue, particulièrement innovante. Unique par la place de choix qu'elle occupe dans l'écosystème culturel arlésien.

Alors, il lui fallait un écrin à sa hauteur. Un écrin qui ne ressemble à aucun autre.

Les espaces que l'Ecole occupait étaient inadaptés à ses besoins, à l'évolution de ses activités.

Il fallait lui donner la place et les moyens qu'elle mérite, pour lui permettre : d'offrir à ses étudiants un enseignement d'excellence, et de faire coexister les technologies numérique et argentique.

Il y a 6 ans, le Président de la République François HOLLANDE annonçait sa relocalisation. Et aujourd'hui, nous voici. Avec, face à nous, un projet inédit et singulier.

Ici, ce sera plus qu'une école. Ce sera aussi un centre de recherche. Ce sera aussi un lieu de création. Ce sera aussi un lieu de diffusion, d'exposition. Ce sera un lieu de partage, de rencontre, de savoirs, de réflexion.

Un lieu ouvert : Ouvert sur le monde, en s'appuyant sur un réseau d'institutions aux mêmes ambitions. Je pense : à l'International Center for Photography de New York, ou au Center for Creative Photography de Tucson. Ouvert au public, avec son fablab, son auditorium, sa galerie d'exposition tout en verre.

Surtout, ce sera un lieu pour la photographie. Un lieu pour les photographes.

Ils auront à leur disposition des laboratoires uniques, couleur comme noir et blanc, argentique comme numérique ; des ateliers techniques ; des studios photo ; des espaces de résidences permettant de loger chercheurs et intervenants ; des salles de monstration.

Ici, les artistes seront accompagnés, depuis la formation jusqu'à l'exposition, tout au long de leur parcours de création. Cette ambition, c'est aussi la mienne.

J'ai eu l'occasion de le réaffirmer, en installant le Conseil national des professions des arts visuels, il y a quelques jours. C'est l'une de mes priorités.

Parce qu'il n'est pas de culture sans artistes. Je suis déterminé à conforter leur place dans notre société ; à les remettre au coeur de nos politiques culturelles.

Pour faire de la France une place forte de l'art. Pour accompagner les créateurs à chaque stade de leur carrière. Pour renforcer leur présence sur l'ensemble du territoire.

Cette Ecole y contribue. Cet écrin de verre, de pierre et de lumière, ces vitres et ces lignes ouvertes sur la ville, nous les devons à un homme.

Un créateur visionnaire. Un architecte de génie. C'est grâce à vous, cher Marc BARANI, que cette splendeur a pu voir le jour.

Votre projet est très vite apparu comme une évidence : par sa simplicité, son élégance, son architecture intemporelle et le dialogue qu'il proposait de nouer avec la fondation Luma.

« A la verticalité vibrante du projet de Frank GEHRY, répond l'horizontalité tendue de l'E.N.S.P. », comme vous le dites vous-même.

Vous l'avez pensé à la fois comme un lieu pour le public, et comme un lieu pour les photographes. Pour le public, vous en avez fait un espace ouvert, qui incite les curieux à franchir ses portes, tout en transparence. Les vitres donnent à voir ce qu'il s'y pense ; ce qu'il s'y crée. L'école n'est pas seulement un lieu de travail ; c'est aussi un lieu de vie. Pour les photographes, vous en avez fait un espace propice à l'échange, où l'enseignement et la recherche se regroupent autour d'un patio.

L'architecture de l'édifice mime, d'une certaine manière, le processus de révélation de la photographie. Elle accentue les contrastes entre ombre et lumière – cette opposition qui est au coeur de la pratique photographique des origines : celle de l'argentique, qui continue à être enseignée ici.

L'Ecole offre toutes les gradations, toutes les intensités de lumière, de l'obscurité au plein soleil : du noir des laboratoires où l'image latente est révélée, aux murs éclairés où sont observés les premiers essais ; de la pénombre des espaces de stockage où sont conservés les objets précieux, à la lumière contrôlée des cimaises où sont exposées les photographies.



Jusque dans son architecture, cette Ecole dialogue avec les valeurs de la photographie. Elle dialogue aussi avec la ville qui l'entoure.

On reconnaît bien votre style, dans cette transversalité des approches architecturale, urbaine et paysagère, qui vous est si chère. Ce style, votre style, nous avons le plaisir de pouvoir l'admirer à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine.

Elle expose actuellement vos travaux, jusqu'au 16 septembre. Cette exposition, que vous partagez avec Frédéric BOREL, Jean-Marc IBOS et Myrto VITART, s'inscrit dans une ambition plus large.

Une ambition du ministère de la Culture, que je porte et que je défends. L'ambition de valoriser l'oeuvre des Grands Prix nationaux d'architecture. Pour mettre en lumière leur travail exemplaire.

Pour sensibiliser la société à l'architecture contemporaine. Pour nous inviter à lever les yeux, et contempler la Beauté qui nous entoure, à chaque endroit, à chaque instant.

Grâce à l'architecture. Grâce aux architectes.

Cher Marc BARANI : Merci pour cette Ecole. Merci pour ce chef d'oeuvre. Merci pour votre engagement à faire vivre la culture dans notre pays. Pour la Beauté que vous insufflez : à Arles, comme à Paris, et dans tous nos territoires. Cette Ecole en est une nouvelle preuve. L'auditorium de l'Institut de France, récemment inauguré, en est une autre.

Merci également pour votre engagement à améliorer les conditions d'exercice de la profession d'architecte, au côté du ministère de la Culture : Hier, dans le cadre la « Stratégie Nationale pour l'Architecture ». Aujourd'hui, dans celui de la mission « valeurs de l'architecture ».

Cette mission a pour objectif de promouvoir l'architecture, de mettre en évidence ses apports pour la société, de révéler le rôle des architectes, des élus, des acteurs des territoires et de la société civile ; de souligner les valeurs économiques, sociales, culturelles et environnementales de l'architecture.

Parce que, oui, l'architecture est un levier de développement économique pour les territoires ! Un levier de cohésion sociale, de rayonnement culturel international ! Oui, nous avons besoin des architectes pour conduire la transition écologique !

Vous prenez une part active dans les travaux de cette mission, cher Marc, et je vous en suis reconnaissant.

Enfin, je tiens à profiter de ce moment pour remercier chaleureusement tous ceux qui ont oeuvré à rendre ce projet possible.

En premier lieu, l'Ecole et son personnel, qui se mobilisent depuis presque 9 ans sur ce projet. Merci, monsieur le directeur, cher Rémy FENZY, pour votre engagement de chaque instant. Et bienvenue à Marta GILI, qui aura la belle tâche de faire vivre ce nouveau bâtiment et d'en exploiter toutes les potentialités, au bénéfice des étudiants, des photographes et du public.

Merci à l'ensemble des bureaux d'études et des entreprises qui s'activent, encore aujourd'hui et jusqu'au mois d'octobre, pour permettre une rentrée sereine des étudiants dans ce bâtiment.

Merci à l'Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture, qui a brillamment assuré la maîtrise d'ouvrage : merci, chère Clarisse MAZOYER.

Merci aux collectivités locales impliquées : la Région Provence Alpes-Côte-d'Azur – monsieur le président, cher Renaud MUSELIER, la communauté d'agglomération – monsieur le président, cher Claude VULPIAN et enfin, comment pourrais-je oublier celui qui s'est tant impliqué pour que cette Ecole voie le jour ?

Monsieur le maire, cher Hervé SCHIAVETTI : merci pour votre rôle moteur dans ce projet.

Et merci à la Ville d'Arles, dont l'implication a été décisive pour faire de cette Ecole une réalité. Pour en faire ce sanctuaire de Beauté.


Mesdames et messieurs, Très chers amis,

C'est toujours un moment empreint d'émotion que d'inaugurer une école : un lieu où vivra le savoir, la transmission et l'amour de l'art. Un lieu où les créateurs forgeront leur regard.

Un lieu qui verra passer les photographes de demain : ceux qui, bientôt, investiront les Rencontres. C'est toujours un moment empreint d'émotion, et ça l'est davantage encore lorsque ce lieu est d'une beauté pareille à nulle autre.

Comme c'est le cas, ici.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 11 juillet 2019

Art Photographie Ecole Creation artistique 193001450

Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur la photographie et le rayonnement culturel, Arles le 1er juillet 2019.

Déclaration de M. Franck Riester, ministre de la culture, sur la photographie et le rayonnement culturel, Arles le 1er juillet 2019. Franck Riester 01/07/2019 Photographie Ouverture des 50èmes Rencontres d'Arles

Avant toute chose, je veux vous dire combien je suis heureux d'être ici, pour célébrer, avec vous, l'anniversaire des Rencontres d'Arles. Avec vous : artistes, public, élus, équipes des Rencontres. C'est grâce à vous si les Rencontres sont ce qu'elles sont. Elles ne seraient rien sans leur public. Elles ne seraient rien sans les photographes. Elles ne seraient rien, non plus, sans celles et ceux qui s'affairent, pendant des mois, pour faire de chaque édition un succès : cher Hubert VÉDRINE, cher Sam STOURDZÉ, chère Aurélie DE LANLAY, et tous ceux qui vous accompagnent. Elles ne seraient rien, enfin, sans l'inlassable engagement des collectivités – vous le premier, cher Hervé SCHIAVETTI –, sans l'engagement des pouvoirs publics, de leurs partenaires. La longévité des Rencontres, c'est à vous que nous la devons.

En cinquante éditions, vous en avez fait un rendez-vous immanquable. Oui : l'horizon des Rencontres, c'est à la fois un ancrage profond dans cette ville, dans cette terre, dans cette région à laquelle elles ont tant donné ; mais c'est aussi l'aspiration à une forme d'universel.

Parce que la Beauté des photographies que vous exposez, et la Beauté du cadre dans lequel vous les présentez, cette Beauté, nous ne pouvons pas la garder pour nous. Elle mérite d'être partagée avec le monde entier.

Ça n'était pas l'ambition initiale des Rencontres – loin de là. Mais la vie prend parfois des tournures inattendues.

Ce n'était à l'origine qu'un « moment entre copains » ; vous en avez fait un rendez-vous incontournable de la photographie.

Je pense à eux aujourd'hui : à Lucien CLERGUE, à Michel TOURNIER, et tout particulièrement à Jean-Maurice ROUQUETTE.

Si quelqu'un leur avait dit, à la création des Rencontres, qu'elles seraient toujours là, cinquante ans plus tard, ils ne l'auraient probablement pas cru. Pourtant, nous voilà.

Depuis un demi-siècle, l'histoire de la photographie s'est écrite avec et par les Rencontres.

Et nous ferons tout pour que cette histoire continue à s'écrire. Avec, et par les Rencontres. Avec, et toujours, le soutien du ministère de la Culture.

Pour que l'histoire de la photographie continue à s'écrire à Arles et en France, nous devons remettre les artistes au coeur de nos politiques culturelles.

Cette politique de soutien à la photographie a de nombreux atouts.

Nous disposons en France d'un réseau d'acteurs exceptionnel.

C'est le résultat de soixante ans d'actions de la part du ministère de la Culture et des collectivités territoriales.

Soixante ans d'actions pour structurer une large présence d'artistes et leur diffusion sur le territoire ; pour permettre le soutien à la création ; et pour accompagner la structuration de la filière.

Il n'existe pas un seul pays au monde qui dispose d'un tel réseau, d'une telle richesse, d'une telle chance.

Ce réseau exceptionnel de structures de diffusion, nous l'avons fortement accompagné, cette année, avec le soutien de 23 centres d'art pour présenter des oeuvres issues du Fonds national d'art contemporain.

Sur le thème de « l'Engagement », grâce au travail du Réseau Diagonal, ces expositions se feront les témoins, dans toute la France, de la diversité et de la richesse de la photographie à travers les collections nationale. Car nous disposons de collections nationales de qualité, mais surtout d'une scène française d'une extraordinaire vitalité.

Une scène ouverte, identifiée, reconnue dans le monde entier. Les Rencontres le montrent chaque année.

Cette vitalité, nous la devons aux dizaines de milliers de professionnels des arts visuels que compte notre pays, et qui contribuent à la richesse économique de celui-ci.

Malgré ce rayonnement, notre politique doit mieux s'adresser aux créateurs.

Je mesure les fragilités qui affectent le champ de la création, et en particulier les arts visuels.

Je mesure la paupérisation des photographes ; la précarisation de leur statut ; la baisse de leurs revenus.

Si la révolution numérique a permis le développement de nouveaux modes de diffusion, elle s'est aussi accompagnée d'une concentration de la valeur dans les mains de quelques acteurs.

Ce ne sont pas des conditions dignes pour créer. Je veux que nous y remédions.

Et je veux que nous le fassions dans la concertation, l'échange, et le dialogue, avec les premiers concernés. Avec les photographes, et tous les professionnels de la photographie. Par le passé, ils ont pu être les oubliés de nos politiques. On s'est intéressé à encourager la création, sans toujours associer les créateurs. On s'est intéressé à développer un réseau de diffusion, sans toujours impliquer ceux qui le nourrissent. On s'est intéressé à structurer une filière, sans toujours inclure ceux qui la constituent.

Je souhaite que nous puissions changer notre approche. C'est tout l'objet du Conseil national des professions des arts visuels, que j'ai installé il y a quelques jours. Il a vocation à être une instance de dialogue, entre le ministère de la Culture et les professionnels. Il doit nous permettre de renouveler notre soutien aux arts visuels, de le rendre plus efficace, de l'adapter à la réalité des professions. Il doit être force de proposition : pour faire évoluer des réglementations, pour favoriser la diffusion d'expériences novatrices, pour échanger sur les bonnes pratiques.

Mieux nous concerter avec les acteurs du monde de la photographie : c'est également l'objet du Parlement de la photographie, cette instance de concertation mise en place par le ministère de la Culture, lieu d'échange et de dialogue entre les acteurs du monde de la photographie.

Des réunions régulières se sont déroulées dans le cadre de plusieurs groupes de travail thématiques : sur les structures de diffusion ; sur les galeries ; sur l'édition de livres de photographie. Des premiers temps de restitution et d'échanges seront organisés mi-septembre 2019, pour comprendre et accompagner ce secteur.

Sa séance plénière se tiendra en novembre. Je souhaite que puissent y assister tous les conseillers en charge des arts visuels des directions régionales des affaires culturelles afin que les préoccupations des photographes, des agences, des galeries ou encore des éditeurs soient largement partagées au sein de mon ministère. Naturellement, je serai très attentif aux recommandations formulées.

Au-delà de ces nécessaires instances de concertation, je veux que nous fassions émerger de meilleures conditions d'exercice de la profession de photographe. Cela passe, d'abord, par une meilleure rémunération. Le droit de présentation publique est une première étape. Les habitudes doivent changer.

Le ministère de la Culture doit prendre sa part pour les faire évoluer. Parce qu'un photographe ne peut continuer à exposer gratuitement ses oeuvres.

Les centres d'arts et les fonds régionaux d'art contemporains se sont déjà engagés, en rémunérant les artistes exposés au titre du droit de présentation publique.

Les Rencontres le font également. Je veux vous en remercier, cher Hubert Védrine, cher Sam Stourdzé. C'est maintenant à l'Etat et à ses opérateurs de donner l'exemple.

La juste rémunération des créateurs est également au coeur de la directive européenne sur le droit d'auteur.

Nous la transposerons dans la loi sur la régulation audiovisuelle, qui sera examinée par le Parlement en tout début d'année prochaine.

Et dans la PPL droits voisins des éditeurs et agences de presse qui repasse mercredi au Sénat, nous avons fait en sorte de préciser que les photos étaient bien couvertes par ce droit.

Une photographie vivante ne peut exister sans un partage équilibré de la valeur entre d'une part les géants numériques et d'autre part les créateurs, artistes et auteurs.

Améliorer les conditions d'exercice de la profession passe aussi par une meilleure reconnaissance.

J'entends le manque de reconnaissance dont souffrent les photographes, et plus généralement l'ensemble des artistes-auteurs.

Il nous faut aujourd'hui reconnaître leur apport à notre société ; recenser les difficultés qu'ils rencontrent, mais aussi les opportunités dont ils disposent.

Pour cela, j'ai souhaité engager une réflexion sur l'auteur et l'acte de création.

J'ai confié une mission prospective sur le sujet à Bruno RACINE.

Elle doit nous permettre de trouver le cadre le plus favorable à l'épanouissement de la création et de la diversité culturelle, pour les prochaines années.

J'ai souhaité que cette réflexion soit ambitieuse et réaliste, concertée et ouverte, multidisciplinaire et prospective, au service de tous les créateurs.

A ce titre, Bruno RACINE a constitué un collège d'experts permettant d'apporter des regards croisés sur une économie de la création dont la diversité implique la mise en commun d'analyses issues de différentes disciplines.

Il me rendra ses propositions d'ici la fin de l'année. Pour permettre aux photographes de vivre de leur métier, la commande publique a un rôle à jouer.

Je veux mettre en oeuvre une politique volontariste en la matière. Redynamisons ce mode d'intervention ! Allons au-devant de collectivités qui n'oseraient pas se lancer dans le projet !

En ce sens, nous publierons prochainement un guide pratique de la commande artistique destiné aux commanditaires et aux artistes.

L'année dernière, le ministère a opéré, via le Centre National des Arts Plastiques (CNAP), une grande commande photographique nationale : « Flux, une société en mouvement ». Les projets des 15 artistes seront présentés cette année, au Centre régional de la photographie de Douchy les Mines et au festival les Photaumnales de Beauvais.

Je vous annonce aujourd'hui que la prochaine commande photographique nationale sera portée par le Jeu de Paume, dont je tiens à saluer le nouveau directeur Quentin BAJAC.

Je veux également évoquer la commande photographique des Regards du Grand Paris, portée par les Ateliers Médicis et le Centre National des Arts Plastiques (CNAP). Elle est l'exemple d'une parfaite coopération entre l'Etat et les collectivités territoriales. Je forme le voeu qu'elle en inspire d'autres.De même que la commande publique, les résidences artistiques – dont l'importance a été rappelée par le Président de la République – sont un outil fondamental dans le parcours des artistes. Je ferai des annonces dans la deuxième quinzaine du mois de juillet. Mais dès à présent, je peux vous dire que je souhaite mettre en place un programme inédit de résidence : « Capsule ».

Il permettra de renforcer les missions des centres d'art, de mettre à disposition des artistes, et s'appuiera sur une charte pour un meilleur accueil des artistes dans les lieux de production.

Accompagner la photographie, c'est l'accompagner dans tous les territoires.

Soucieux de garantir l'équité territoriale, le ministère de la Culture a décidé de soutenir des structures implantées dans les régions où la contribution de l'Etat en faveur de la photographie apparaissait la plus faible.

Ainsi, 200 000€ de crédits supplémentaires ont pu être mobilisés en 2019 en faveur de nombreux lieux ou festivals : je pense à la Quinzaine photographique Nantaise. Je pense à Image Singulière à Sète. Je pense encore aux Rencontres photographiques de Guyane.

Nous devons améliorer les conditions d'exercice du métier de photographe pour toutes et tous.

Et surtout, pour toutes. Vous le savez, l'égalité entre les femmes et les hommes a été déclarée grande cause du quinquennat par le Président de la République.

Nous sommes engagés, avec l'ensemble du gouvernement, avec le ministère de la Culture, pour faire de la parité une réalité.

En photographie comme dans tous les autres arts, le travail des femmes doit bénéficier de la même visibilité que celui des hommes. Nous en sommes loin. Mais nous sommes sur la bonne voie. Dans ce combat, je sais pouvoir compter sur les Rencontres d'Arles.

Elles inaugurent cette année deux prix dédiés aux femmes photographes et un programme de recherche sur la place des femmes dans l'histoire mondiale de la photographie. Je tiens à le saluer.

Accompagner la photographie, ce n'est pas seulement accompagner les photographes. Et les Rencontres savent toute l'importance du livre de photographie.

La structuration des acteurs de cette partie de la filière est essentielle. Je me félicite donc de la naissance : de l'association « France Photo Book », qui regroupe des éditeurs de livres de photographie ; et du Comité de liaison et d'action pour la photographie (CLAP), qui rassemble des agences photographiques indépendantes.

Ils deviendront, j'en suis certain, des interlocuteurs importants pour les pouvoirs publics.

Accompagner les photographes, ce n'est pas seulement les accompagner pendant leur carrière. C'est aussi les accompagner avant, et après.

Avant, c'est-à-dire au moment de les former. Si nous voulons que l'histoire de la photographie continue à s'écrire pour les décennies à venir…

Si nous voulons que, dans un demi-siècle, d'autres puissent célébrer le centenaire des Rencontres… Alors il faut transmettre le goût de la photographie.

Il nous faut donner envie de devenir photographe ; éveiller les passions, susciter des vocations.

Il nous faut éduquer à l'image. J'ai donc décidé de reconduire en 2020 le dispositif d'éducation artistique et culturelle « Entre les images », porté par le réseau Diagonal. Près de 1000 actions d'éducation à l'image « par » et « avec » la photographie qui ont touché près de 15 000 personnes en milieu scolaire mais pas seulement car l'éducation artistique c'est pour chacun et chacune et tout au long de la vie : en centres sociaux, en milieu hospitalier, en milieu carcéral...

Le nouvel Institut national supérieur de l'éducation artistique et culturelle, annoncé en juin, que je porte avec mes collègues de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, prendra d'ailleurs appui sur ce type d'initiative et de dispositif pour aider à la formation de tous les acteurs de l'éducation artistique et culturelle à l'image, et en particulier la photographie.

Par ailleurs, je suis heureux que l'ouverture des Rencontres coïncide avec l'inauguration des nouveaux bâtiments de l'École nationale supérieure de la Photographie, conçus par Marc BARANI.

J'aurai le plaisir de les inaugurer cet après-midi.

C'est là-bas que se formeront les futurs exposants des Rencontres. Qu'ils aiguiseront leur regard, qu'ils éveilleront leur sensibilité. Qu'ils apprendront, qu'ils grandiront, qu'ils créeront. Enfin, accompagner les photographes après leur carrière, c'est protéger notre patrimoine photographique.

Parce qu'elle est le pays de naissance de cet art, la France se doit de mener une politique exemplaire en la matière. Le ministère de la Culture est pleinement mobilisé.

Je suis heureux de vous annoncer que nous allons soutenir : la Société française de photographie pour le lancement d'une revue, Photographica, et le développement d'une nouvelle version du site Arago, qui deviendra un répertoire de fonds photographiques.

J'ai décidé, pour valoriser ces fonds, de lancer une publication annuelle afin de témoigner du dynamisme des politiques d'acquisition des institutions publiques.

Son premier volume paraîtra en novembre. Par ailleurs, la délégation à la photographie du ministère a instauré : un Comité National pour le Patrimoine Photographique, et un groupe de travail portant sur les dons et legs.

Ils doivent garantir une parfaite coordination nationale sur ce sujet, et notamment faciliter les démarches des photographes et de leurs ayants-droit dans leurs projets de donations.

Ce travail porte déjà ses fruits : Denis BRIHAT, dans une belle collaboration entre la Bibliothèque nationale de France (BnF) et la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine (MAP), nous fait l'honneur de nous faire une donation. Je veux l'en remercier chaleureusement. Enfin, mesdames et messieurs, chers amis, j'ai le privilège de vous annoncer que l'ensemble de l'oeuvre de Gilles CARON va rentrer à la Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine et rejoindre les collections publiques, grâce à une donation.

Au nom de la Nation, je veux remercier Marianne CARON-MONTELY pour cette donation. C'est un legs immense. C'est un geste d'une infinie générosité.

Un geste qui en dit long sur vos valeurs, chère madame ; sur votre sens du partage. Un geste qui vient prolonger tous vos mérites, tous vos combats, tous vos engagements ; des engagements qui vous valent, aujourd'hui, la reconnaissance de notre pays.

Voilà, mesdames et messieurs, chers amis, les convictions qui guident mon action et que je souhaitais partager avec vous.

Dans quelques instants, les Rencontres vont commencer ; le public va affluer ; et la ville va s'animer.

Pendant tout l'été, comme chaque année, Arles va vibrer. Les visiteurs arpenteront les expositions.

Et, à la fin, ils repartiront, sans être tout à fait les mêmes qu'en arrivant. Ils auront un peu changé. Par ce qu'ils auront vu, par ce qu'ils auront regardé.

Les Rencontres continueront à changer les regards.

Elles le font depuis déjà un demi-siècle.

Vous pouvez compter sur ma détermination pour continuer à les soutenir.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 11 juillet 2019

Art Photographie Creation artistique Politique culturelle 193001449

Déclaration de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture, sur la photographie et les Rencontres d'Arles, Arles le 2 juillet 2018.

Déclaration de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture, sur la photographie et les Rencontres d'Arles, Arles le 2 juillet 2018. Déclaration de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture, sur la phot
Qu'il est bon d'être ici.
Qu'il est bon, chaque fois, de retrouver cette ville qui n'est pas seulement pour moi un ancrage, un morceau de vie, mais qui reste un modèle :
- un modèle de ce que peut la culture : ce qu'elle peut pour un territoire, pour ses habitants, pour la société ;
- un modèle d'engagements conjoints, que vous représentez toutes et tous ici : élus, artistes, acteurs culturels ; un engagement auquel j'ai pris ma part ; un modèle pour lequel je me suis battue, à mon échelle ;
- un modèle qui continue de m'aiguiller au quotidien, depuis un an, dans les fonctions que j'ai l'honneur d'occuper.
Un modèle qui doit évidemment beaucoup aux Rencontres, et aux pères fondateurs qui ont eu l'audace de les imaginer il y a près d'un demi-siècle.
Je veux rendre hommage à ces pionniers : Lucien Clergue, Michel Tournier, Jean-Maurice Rouquette.
Je veux remercier toutes celles et ceux qui, parmi vous, prolongent cet héritage : merci à toutes les équipes et tous les partenaires qui permettent aux Rencontres de voir le jour, année après année.
Merci de prolonger ces Rencontres.
Ces Rencontres avec le monde, avec l'Histoire, avec l'avenir.
Rencontre avec le monde et ses turbulences cette année, dans le parcours America Great Again, que je suis impatiente de découvrir.
Rencontre avec des combats de société, aussi, et je veux remercier les programmateurs qui font de Arles, une nouvelle fois, un festival engagé :
Je pense à la place donnée aux femmes photographes : Laura Henno, Jane Evelyn Atwood notamment.
Elles seront aussi à l'honneur cet automne à « Paris Photo » : un parcours sur les femmes photographes sera réalisé par Fanny ESCOULEN, que j'ai nommé commissaire d'exposition ; une journée de débats autour de la place des femmes-artistes sera également organisée.
Le combat pour l'égalité femmes-hommes reste devant nous et les acteurs culturels se doivent d'être aux avant-postes.
Vous avez pris ici vos responsabilités et je veux vous en remercier.
Arles, c'est aussi cette année la rencontre avec l'Histoire, et notamment l'année 68.
C'est la rencontre avec l'avenir, avec l'humanité augmentée…
C'est la rencontre avec des convictions, des indignations, des passions.
La rencontre avec un art plus que jamais nécessaire, et que je suis là pour défendre, promouvoir, protéger, avec la plus grande volonté.
Le ministère de la culture porte à mes yeux une triple responsabilité :
Aider la photographie à vivre ;
A durer ;
Et à éclairer la société.
Permettre à la photographie de vivre, d'abord, c'est faire vivre ses artistes-auteurs.
Je connais les inquiétudes. Elles sont légitimes.
Depuis des années, ils ont le sentiment de ne pas être entendus. Le sentiment que les réformes sont faites sans eux. Que leur situation se dégrade sans que les gouvernements successifs ne réagissent.
Je veux dire aujourd'hui aux photographes, comme aux 270.000 artistes-auteurs que comptent notre pays – écrivains, compositeurs, chorégraphes, illustrateurs, plasticiens, designers… Je veux leur dire que la donne a changé.
Que cette fois, ils seront écoutés.
Ils m'auront toujours à leur côté : pour défendre leur valeur, leur reconnaissance, leurs conditions de travail, de création et d'existence.
Ce sont des engagements que j'ai portés pendant quarante ans comme éditrice.
Je les porte avec la même force depuis un an comme ministre. Je n'ai pas baissé la garde une seule fois : je me suis élevée, en France comme au niveau européen, dès que la liberté de création a été attaquée ; dès que le droit d'auteur a été en danger. Je n'ai pas laissé un seul combat, une seule discipline artistique de côté.
J'ai lancé la semaine dernière une concertation avec les représentants des différentes professions des artistes-auteurs pour répondre point par point aux questions qui sont soulevées. Ma ligne est claire. Elle repose sur deux piliers :
La défense de leur protection sociale ;
La défense de leur pouvoir d'achat.
Faire le choix d'être artiste ne doit pas, dans ce pays, signifier systématiquement faire des sacrifices.
* S'agissant du régime social spécifique des artistes-auteurs :
Nous nous sommes exprimé de façon très claire avec Agnès Buzyn : il n'est pas question d'y revenir, il sera maintenu dans le cadre des réformes sociales engagées par le Gouvernement.
Nous veillerons à garantir la qualité des prestations, et nous allons par ailleurs travailler à l'amélioration du service et à la simplification des démarches.
Un certain nombre de solutions techniques doivent être définies pour accompagner le maintien de ce régime à travers la réforme du système général : la concertation engagée avec les professionnels la semaine dernière permettra de les trouver.
J'ai proposé un calendrier et une méthode de travail qui ont été acceptés.
* Je suis là par ailleurs pour protéger leur pouvoir d'achat :
C'est le sens de la bataille que je mène dans le cadre de la réforme de la CSG, pour qu'une solution de compensation pérenne soit trouvée pour les artistes-auteurs. J'ai lancé avec Agnès Buzyn une mission qui apportera ses réponses cette semaine.
Pour soutenir la création et permettre aux photographes de vivre de leur métier, je crois par ailleurs à la commande publique. Nous avons lancé une nouvelle grande commande nationale début juin, en partenariat avec le Centre national des arts plastiques, le Centre régional de photographie de Douchy-les-Mines, et Diaphane, pôle photographique en Hauts-de-France, que je remercie pour leur engagement. La commande et l'exposition seront soutenus à hauteur de 300.000€.
La bataille du pouvoir d'achat passe aussi par la bataille que je mène pour le droit d'auteur et la juste rémunération de tous les artistes et créateurs.
Je connais les inquiétudes des professionnels et des agences photographiques. Nous avons reçu la semaine dernière plusieurs représentants au ministère, qui nous ont fait part de leurs alertes sur la fragilité du secteur.
Là encore, nous allons apporter aux photographes toutes les réponses qui s'imposent. Mon ministère va coordonner la concertation dans le cadre du Parlement de la photographie. Nous avons d'ores et déjà défini avec les professionnels cinq chantiers :
Premièrement : le droit d'exposition des photographes. C'est pour moi une priorité : il n'est plus acceptable que les artistes ne soient plus rémunérés par les institutions et manifestations culturelles qui présentent leurs oeuvres. Ce fut la pratique pendant des années. J'estime qu'elle n'a plus sa place.
Les Rencontres d'Arles ont décidé de montrer la voie, en versant cette année une rémunération à tous les photographes exposées : je salue cette démarche modèle et je souhaite qu'elle devienne la norme.
Nous allons définir un nouveau système. J'ai décidé de confier à Béatrice Salmon, directrice adjointe de la direction de la création artistique en charge des arts plastiques, le pilotage de ce chantier. L'objectif est d'avoir abouti à une solution d'ici le mois d'octobre pour l'entériner à la séance plénière du Parlement de la photographie prévue à la fin de l'année.
Deuxième chantier : la liberté de syndication des photographes, c'est-à-dire la possibilité pour un photographe de choisir ou non de revendre ses images à des groupes de presse sans passer par l'agence photographique qui l'accompagne. Cette méthode est de plus en plus imposée aux photographes dans un marché mondial qui prend peu en compte les revenus des artistes-auteurs. Elle ne doit pas devenir la règle.
Troisième chantier : le respect des délais de paiement des photojournalistes par les groupes de presse. Au 1er avril, cette année, on comptait près d'un demi-million d'euros de factures impayées, avec un délai de paiement allant jusqu'à 174 jours. Nous allons conditionner les aides à la presse au respect du délai de paiement. Nous travaillons à des conventions cadres en faveur des photojournalistes et de leurs agences.
Quatrième chantier : la rémunération des photographes selon les supports de diffusion, et notamment dans les cas où une photo est utilisée à la fois pour un support papier et pour un support numérique. Il est nécessaire qu'une discussion s'ouvre entre les agences de photographes et les éditeurs de presse.
Enfin un dernier chantier relatif aux conditions de travail des agences de presse pour que les conditions soient réunies pour qu'elles puissent exercer leur activité dans des règles de concurrence loyale et au bénéfice d'une meilleure visibilité pour les photographes.
J'attends que des propositions me soient faites sur ces cinq chantiers d'ici la fin de l'année.
La deuxième responsabilité du ministère, c'est d'aider la photographie à durer.
C'est tout l'enjeu de la mission que j'ai confiée à Sam STOURDZÉ ici même il y a un an, sur le développement d'une politique de repérage, de conservation et de diffusion des fonds photographiques.
Cette mission partait du constat que le ministère n'avait pas mis en place pour la photographie ce qu'il a fait pour d'autres disciplines, à savoir un recensement et une collecte systématique des tirages et pellicules laissés par les artistes à leur disparition.
Nous laissons tomber dans l'oubli ou la désuétude des oeuvres majeures, alors que nous avons la chance d'avoir en France une multiplicité de structures en capacité de les accueillir, sur tout le territoire – musées, bibliothèques, archives. Trop souvent, les familles n'entreprennent pas de démarche ou ne savent pas à qui s'adresser.
Je souhaite accompagner au mieux les photographes ou leurs ayants droits, et faciliter les dons à des institutions publiques.
La création de la Délégation à la photographie a permis de répondre partiellement à cet enjeu, en faisant émerger un interlocuteur unique et visible.
Mais je souhaitais pouvoir approfondir la réflexion, et sa traduction opérationnelle.
Sam m'a remis son rapport mi-juin, avec une série de propositions essentielles : je veux encore le remercier pour ce travail.
Il propose notamment de bâtir une structure « faitière » qui coordonnerait un réseau d'acteurs sur le territoire, pour identifier les fonds et dresser parallèlement la liste des lieux susceptibles de les accueillir.
Nous allons avancer sur les propositions émises.
Plusieurs collectivités territoriales sont investies sur ce sujet : elles pourront compter sur le ministère pour répondre enfin à ce défi, assurer la conservation et la valorisation des oeuvres laissées par des artistes majeurs dans notre pays.
La troisième responsabilité que je voulais évoquer, enfin, c'est d'aider la photographie à éclairer.
Il ne suffit pas de soutenir les créateurs pour soutenir le pouvoir de leurs images.
Il faut aussi aider la société à les appréhender.
C'est un défi prégnant, urgent à l'heure des « fake news », des photomontages plus vrais que nature et réalisés à des fins de manipulations.
Personne ne doit se croire épargné.
Nous sommes tous susceptibles de nous laisser piéger.
Le nerf de la guerre, c'est l'éducation.
Il faut former les nouvelles générations : les sensibiliser au danger, les aider à reconnaître le faux du vrai ; et au-delà des fausses images, plus largement, leur permettre d'appréhender et d'apprécier la valeur esthétique, intellectuelle, documentaire des oeuvres.
Il n'y a pas d'économie à faire sur ce sujet.
J'ai doublé cette année le budget de mon ministère pour l'éducation à l'image et aux médias.
Je suis heureuse de pouvoir vous annoncer aujourd'hui que nous allons dans ce cadre apporter 200.000 € au Réseau Diagonal, qui rassemble dix-huit centre d'arts engagés dans l'éducation à la photographie sur tout le territoire.
Le réseau déploie déjà près de 1.000 ateliers de formation dans toute la France : en milieu scolaire mais aussi dans des centres sociaux, des centres de réinsertion, ou encore en milieu hospitalier. Ils bénéficient déjà à 15.000 citoyens.
Le soutien exceptionnel du ministère va permettre à Diagonal de porter un nouveau dispositif national d'éducation à la photographie, pour toucher davantage de monde encore. Très concrètement, ce soutien va permettre à 200 ateliers supplémentaires de voir le jour dans toute la France, représentant plus de 1000 heures supplémentaires de formation et touchant près de 2.000 personnes supplémentaires.
Pour ouvrir les portes de la photographie en grand, aux nouvelles générations notamment, je compte par ailleurs sur le Pass Culture.
Nous lançons l'expérimentation en septembre.
Nous comptons sur la mobilisation de tous les lieux et manifestations qui mettent la photographie en valeur : musées, galeries, festivals.
Vous avez vocation à occuper une place privilégiée sur le Pass, qui mettra en avant l'offre culturelle publique et l'offre culturelle de proximité.
Je me réjouis que Les Rencontres se soient décidé très vite à rejoindre l'aventure et fassent partie des premiers festivals signataires : nous allons signer aujourd'hui un protocole d'engagement pour que l'offre culturelle des Rencontres soit disponible sur le Pass Culture.
Je veux vraiment remercier les équipes pour cette mobilisation, et je veux inviter tous les festivals de France à suivre ce chemin.
Le Pass Culture est une chance pour la jeunesse de notre pays.
Mais c'est aussi une chance pour les acteurs culturels et pour les photographes : la chance de gagner encore en visibilité, et de rencontrer de nouveaux publics.
Voilà, mesdames et messieurs, les messages que je voulais porter à Arles aujourd'hui.
Ces Rencontres font de la France une terre mondiale de la photographie.
C'est une chance.
C'est une fierté que l'on vous doit.
Et c'est une responsabilité, pour moi, pour mon ministère :
- la responsabilité de garantir la liberté des photographes qui prennent chaque jour leurs risques pour documenter ou capturer la beauté du monde ;
- une liberté qui passe par des droits, des protections, une juste rémunération ;
- une liberté qui n'a pas de prix, et pour laquelle je me battrai par tous les moyens.
Source http://www.culture.gouv.fr, le 12 juillet 2018
Art Photographie 183001439