Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à Radio Classique le 11 mars 2020, sur l'adaptation des niveaux d'alerte face au Covid-19, les élections municipales et la remise des Césars à Roman Polanski.

Interview de Mme Sibeth Ndiaye, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à Radio Classique le 11 mars 2020, sur l'adaptation des niveaux d'alerte face au Covid-19, les élections municipales et la remise des Césars à Roman Polanski. Sibeth Ndiaye 11032020 Covid-19 élections municipales Roman Polanski
  • Sibeth Ndiaye - Secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement

GUILLAUME DURAND
Nous sommes avec Sibeth NDIAYE, elle est porte-parole du gouvernement, nous sommes en direct, et c'est Radio Classique. Rebonjour et bienvenue. Le président de la République s'est exprimé il y a quelques instants concernant la fermeture de la frontière entre la Slovénie et l'Italie, considérant que ce n'était pas la bonne méthode en Europe, pourquoi ?

SIBETH NDIAYE
Parce que l'Europe est un espace où il y a une libre circulation des individus, vous savez, le virus fait fi des frontières, le coronavirus, et donc on a toujours considéré que ce n'était pas une bonne idée que de fermer les frontières avec nos voisins européens, parce que, de toute façon, on voit bien que des pays qui ont pris…

GUILLAUME DURAND
C'est ce qui a été réclamé par le Front national au début.

SIBETH NDIAYE
On voit bien, mais regardez l'Italie par exemple, ça a été le premier pays à fermer ses frontières, en interdisant les vols en direction et en provenance de la Chine au moment de la crise chinoise, du climax de la crise épidémique chinoise, le résultat c'est qu'aujourd'hui l'épidémie est plus avancée en Italie qu'en France, donc on voit bien qu'un virus ça fait fi des frontières.

GUILLAUME DURAND
Deuxième question, elle est importante puisque beaucoup de gens se la posent, alors elle est rémanente depuis plusieurs jours, Sibeth NDIAYE, c'est la généralisation du confinement. Alors, est-ce que la France, à un moment ou un autre, si on arrive au stade 3, envisage, je parle là évidemment du président de la République, des autorités, et donc vous, envisage, si la situation pouvait dégénérer, ou ne dégénère, eh bien qu'il y ait une sorte de confinement général du pays ?

SIBETH NDIAYE
Alors je voudrais dire deux choses. La première c'est que toutes les mesures qu'on prend elles sont étayées scientifiquement et sanitairement, ça veut dire, aussi, qu'au fur et à mesure que les scientifiques et les médecins en apprennent plus sur le coronavirus, on prend des mesures qui peuvent évoluer parce qu'elles s'adaptent à la situation qu'on connaît.

GUILLAUME DURAND
Mais ça pourrait aller jusqu'au confinement ?

SIBETH NDIAYE
Ça pourrait aller jusqu'à confinement, parce qu'on a déjà utilisé des mesures de confinement, quand vous faites en sorte que les enfants n'aillent pas à l'école, parce que vous voulez mettre un coup de frein, brutal si j'ose dire, à la diffusion du virus, c'est que, en quelque sorte, vous avez une mesure de confinement. Quand on utilise du confinement pour ceux qui sont revenus de Wuhan, au début de la crise, et qu'on les met dans des centres de vacances, à Carry-le-Rouet par exemple, ce sont des mesures de confinement. Donc, la mesure de confinement elle n'est pas exclue par principe, ce que nous essayons de faire c'est d'avoir des mesures qui sont proportionnelles, proportionnelles à la situation, proportionnelles compte tenu de nos connaissances scientifiques et médicales, et aussi qui sont adaptées au moment de la crise où on est. Donc aujourd'hui par exemple, en France, il y a des endroits où on dit aux gens de rester chez eux, de ne pas sortir, parce qu'ils sont des foyers intenses du virus…

GUILLAUME DURAND
Voilà, du côté de Mulhouse, dans l'Oise, en Haute-Savoie…

SIBETH NDIAYE
Dans le Haut-Rhin, dans l'Oise, on leur dit on préfère qu'ils restent chez eux pour éviter la diffusion du virus, et puis il y a des endroits où la circulation ne le nécessite pas encore, donc il y a une différenciation territoriale des mesures.

GUILLAUME DURAND
Question. Il est important pour un pays d'avoir une équipe dirigeante, est-ce que vous avez l'impression, alors je ne sais pas si vous toussez, mais est-ce que vous avez l'impression que ce qui se passe autour du Premier ministre, du président de la République, des mesures qui sont prises, pas de discussion plus proche qu'1 mètre quand ils circulent, avec un périmètre de sécurisation qui soit de 2 mètres, est-ce que tout ça a été fait pour qu'il n'y ait pas de défaillance générale ?

SIBETH NDIAYE
En fait, on prend évidemment des mesures particulières, de la même manière que tous les Français ne sont pas suivis par le GSPR en termes de sécurité, ce qui est normal, c'est le président de la République, ou le Premier ministre, qui ont des positions particulières, et donc ils ont des dispositions particulières. Pour autant, ils ne bénéficient pas de mesures sanitaires qui sont différentes, ils ne se font pas tester au coronavirus préventivement, alors que ce n'est pas cas des Français, donc ils suivent les mesures sanitaires, comme n'importe quel Français, avec évidemment quelques spécificités.

GUILLAUME DURAND
Pardon, il semble que les laboratoires vont pouvoir bénéficier, sur instruction des médecins avec ordonnance, maintenant, les laboratoires français, de tests, c'est-à-dire que ça ne sera plus simplement via le cas, mais ça va se généraliser dans le pays, donc on va y voir quand même un peu plus clair.

SIBETH NDIAYE
L'idée c'est de faire en sorte que…

GUILLAUME DURAND
Vous confirmez ?

SIBETH NDIAYE
L'idée c'est de regarder toutes les mesures qui sont utiles pour faire en sorte qu'on puisse petit-à-petit décharger le 15, au fur et à mesure que, on a une montée en puissance de l'épidémie. D'ores et déjà, il y a certains endroits de France, là où on a une circulation intense du virus, où on demande à ce que les médecins généralistes puissent aider à la prise en charge des patients qui sont malades et que tout le monde n'aboutisse pas à l'hôpital, pour que l'hôpital puisse se concentrer sur les cas graves. Donc il faut regarder sereinement toutes les mesures qui permettent de faire en sorte que, notamment dans les laboratoires de ville, on puisse organiser les tests, dans de bonnes conditions de sécurité pour les personnels soignants.

GUILLAUME DURAND
Si ce dépistage a lieu, est-ce que vous avez l'impression, le sentiment, que peut être l'épidémie en France est sous-évaluée ?

SIBETH NDIAYE
Non, pas du tout, je pense que la situation…

GUILLAUME DURAND
Parce qu'il y a beaucoup de gens qui n'ont pas été testés, vous vous promenez dans la rue…

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr.

GUILLAUME DURAND
Vous n'avez pas qu'une activité de ministre, dès que quelqu'un tousse on dit il a le coronavirus, dès que quelqu'un se met à…

SIBETH NDIAYE
Non, mais bien sûr, mais c'est normal qu'il y ait un peu de psychose autour du coronavirus. Moi, quand j'ai un chat dans la gorge, et que je tousse, tout le monde me regarde d'un air soupçonneux, d'autant plus parce que j'ai fréquentés Franck RIESTER, donc… Evidemment ce soupçon-là il est normal dans un moment où on a tous un peu peur. Mais attention, on essaie de faire en sorte que l'utilisation des tests elle soit là aussi proportionnée, donc on est testé si on présente des symptômes, on n'est pas testé juste pour se rassurer. De la même manière, vous savez la grippe, quand on a la grippe saisonnière, au début on teste les patients pour surveiller la progression de l'épidémie, et puis à un moment donné on arrête de pratiquer des tests de manière générale.

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'il y aura des consignes gouvernementales ou simplement des accords locaux, par exemple, dans des villes comme Paris, concernant les municipales ? les municipales seront donc à la date prévue, c'est-à-dire à la fin de la semaine, mais est-ce qu'il est question, par exemple, que Madame DATI, ou Madame BUZYN, ou plutôt leurs représentants dans chacun des arrondissements, et là je parle de toutes les villes de France, je parle de Paris, il puisse y avoir des désistements assez inattendus, et est-ce que vous les souhaitez, vous, par exemple ?

SIBETH NDIAYE
Des désistements, c'est-à-dire ?

GUILLAUME DURAND
C'est-à-dire des gens qui, au fond, passent des accords, dans des endroits, dans des arrondissements, à Paris contre HIDALGO, puisqu'on parle beaucoup de, j'ai la presse devant moi, on parle beaucoup d'accord secrets, en tout cas de personnes, qui voudraient se débarrasser de Madame HIDALGO, ce qui n'est pas un souhait de ma part, mais qui est simplement une constatation des papiers dans les journaux, avec des accords entre DATI et BUZYN, est-ce que vous en avez entendu parler, est-ce que ça existe, est-ce que vous le souhaitez ?

SIBETH NDIAYE
Alors, il n'y a pas d'accord préalable au premier tour de l'élection, parce qu'on considère que, c'est bien d'avoir de bons candidats au premier tour et de présenter, de défendre en quelque sorte, nos couleurs et notre projet ville par ville. Après, évidemment, au second tour, se posera la question de la manière dont on pense faire triompher nos idées et du meilleur moyen de les faire triompher. il y aura des endroits où, pour cela, on restera seul, c'est-à-dire qu'on ne choisira pas d'aller s'allier avec untel ou untel, ce qui compte pour nous c'est de faire en sorte que notre projet, que nos valeurs, soient défendues, y compris dans un second tour, peut-être que ça signifie de les défendre seul, peut-être que ça signifie de les défendre avec d'autres, en tout cas je crois qu'Agnès BUZYN, pour ce qui est de la situation parisienne, a été très claire, elle n'envisage pas d'alliance avec Rachida DATI.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que ce matin vous appelleriez Cédric VILLANI à revenir un peu dans la famille, parce que vous savez qu'il est tiraillé, ou plutôt qu'il est appelé de tous les côtés, à la fois par Madame BUZYN et aussi par Anne HIDALGO, donc est-ce qu'il y a un appel particulier ? Vous le connaissez bien.

SIBETH NDIAYE
On a toujours considéré que Cédric VILLANI, même s'il s'était mis, de lui-même en quelque sorte, aux marges de notre mouvement, avait évidemment plus de proximité avec nous qu'avec d'autres. C'est quelqu'un qui vient de la famille politique de La République en marche, qui a été élu sous nos couleurs, il a choisi une aventure plus personnelle à Paris, ce que nous avons toujours regretté. Est-ce que pour autant tous les liens sont rompus ? ce n'est pas le cas, et ça n'a jamais été le cas, maintenant je crois que dans un premier tour les électeurs ont le droit d'avoir des programmes différents, qui leur proposent des alternatives à Anne HIDALGO, c'est tout-à-fait normal, et puis on verra pour le second.

GUILLAUME DURAND
Vous êtes féministe, deux féministes se sont exprimées, on a beaucoup parlé, à propos des César, il s'agit d'un côté de Virginie DESPENTES, qui a dit "on se lève et on se casse", en parlant d'Adèle HAENEL, puis la réalisatrice Claire DENIS, qui est aussi féministe, et qui a dit "au fond, le César qui a été remis à Roman POLANSKI, c'est tout simplement parce qu'il était le meilleur réalisateur et ça n'a jamais été une insulte aux victimes." Vous en pensez quoi à titre personnel ?

SIBETH NDIAYE
Je pense que c'est d'abord des sujets qui sont difficiles et qu'on a tendance, dans l'espace public aujourd'hui, à simplifier énormément des sujets qui sont complexes…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais qui simplifie quoi ?

SIBETH NDIAYE
En fait, quand on simplifie les choses en disant "y a qu'à, il faut qu'on." Il faut punir Roman POLANSKI de crimes dont il n'a pas été aujourd'hui jugé, il y a des crimes pour lesquels il a été reconnu, il y a un crime en l'occurrence, pour lequel il a été reconnu coupable, et pour lequel il s'est refusé à effectuer la peine correspondante, ça…

GUILLAUME DURAND
Il l'a fait la peine, Hervé TEMIME me l'a dit hier, il a fait la peine, après il est parti parce que le procureur voulait revenir sur les accords qu'il lui avait demandés, c'est ce qu'a expliqué Hervé TEMIME, son avocat, hier soir dans l'émission de Yann BARTHES.

SIBETH NDIAYE
Oui, bien sûr, effectivement, mais, à un moment donné, là où il était reconvoqué par la justice, comme n'importe quel justiciable, il s'est défaussé vis-à-vis de cette convocation, et donc à un moment donné, quand vous êtes un justiciable, eh bien, quand la justice vous convoque, vous répondez à cette convocation, parce que la justice aux États-Unis elle se déroule dans un état de droit, donc ça c'est une faute qui est commise par Roman POLANSKI. Après il y a des soupçons qui pèsent sur lui. On ne peut pas laisser le tribunal, médiatique en quelque sorte, décider de sa condamnation ou de son innocence.

GUILLAUME DURAND
Il n'y a pas de plainte pour l'instant. Si je vous pose cette question, parce que les gens vont se dire mais pourquoi passe-t-on brutalement du coronavirus, aux élections, à Roman POLANSKI, c'est parce qu'on a eu le sentiment, pardonnez-moi, au départ, qu'au fond il y avait plusieurs positions dans le gouvernement, il y avait la position de Marlène SCHIAPPA, et puis en même temps celle d'Edouard PHILIPPE qui a dit "eh bien moi, j'irai voir le film avec mes enfants, c'est un film important sur l'affaire Dreyfus", donc c'est pour ça que je vous pose cette question, parce qu'on a l'impression qu'il y a un peu deux positions.

SIBETH NDIAYE
Non, non… d'abord c'est des sujets, je vous le dis, qui sont assez complexes. On peut considérer d'un côté, et c'est tout à fait naturel, que dès lors que Roman POLANSKI fait un film, que ce film est bon, il mérite des récompenses ce film, après on peut s'interroger aussi, de la même manière, sur le fait que quelqu'un sur qui pèse d'aussi nombreux soupçons, qu'on ne réussisse pas, à un moment donné, à le traduire en justice. et moi j'ai eu l'occasion de le dire, quand je vois Adèle HAENEL, compte tenu de ce qu'a été son histoire, compte tenu de ce qu'elle a eu à subir, et qu'elle raconte très bien aujourd'hui, je comprends parfaitement que la situation dans laquelle elle se trouve, au moment des César, soit une situation où elle sort, et j'aurais été dans la même histoire et dans le même parcours qu'elle, sans doute je serais sortie. Et puis je dis aussi, ça c'est mon sentiment de femme, que, au fond – et puis mon sentiment de militante féministe – c'est que, on peut récompenser une oeuvre en lui accordant le César de meilleur film, meilleur réalisateur, en quelque sorte vous récompensez aussi un individu dont on perçoit confusément qu'il n'est pas tout à fait dans les rails du droit, je le regrette, après il est…

GUILLAUME DURAND
Mais vous le dites vous-même, on le perçoit confusément, les mots sont importants.

SIBETH NDIAYE
Oui, mais c'est pour ça que je vous dis on le perçoit confusément, et c'est bien là où c'est toute la difficulté et la complexité des choses, et qu'on aurait besoin d'avoir des discussions qui sont un peu plus à plat, que parfois ce qu'on a aujourd'hui, ou, si vous allez regarder le film de Roman POLANSKI vous n'êtes pas un violeur en puissance, ce n'est pas vrai non plus, voilà, tout simplement.

GUILLAUME DURAND
Merci Sibeth NDIAYE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 mars 2020 
 

Santé publique Sante publique Maladie contagieuse Virus Epidemie Prophylaxie Libre circulation des personnes Election municipale Strategie electorale Cinema Recompense Polemique 203000597
Date et heure de mise à jour

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, sur le Concours National de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 22 janvier 2019.

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées, sur le Concours National de la Résistance et de la Déportation, à Paris le 22 janvier 2019. Geneviève Darrieussecq 22/01/2019 Concours CNRD Remise des prix du Concours National de la Résistance et de la Déportation (CNRD) 2017-2018

Monsieur le ministre, cher Gabriel,
Monsieur le Directeur de l'Enseignement Scolaire,
Monsieur l'Inspecteur Général de l'Education Nationale,
Monsieur le Recteur,
Monsieur le Directeur des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives,
Mesdames et messieurs les membres du jury du CNRD,
Mesdames et messieurs les représentants des fondations de mémoire et du monde combattant,
Mesdames et messieurs les vétérans de la Résistance et de la déportation,
Mesdames et messieurs les chefs d'établissement et enseignants,
Mesdames et messieurs,
Chers lauréats, chers élèves, c'est à vous que je souhaite m'adresser en premier lieu.


Pour vous remercier de votre participation au Concours National de la Résistance et de la Déportation. C'est un bel engagement, c'est aussi un geste citoyen. Bravo !

Je tiens également à vous féliciter pour votre succès.

Vous recevez aujourd'hui le prix national d'un concours important. D'un concours qui tient particulièrement au ministère des Armées ; par son ancienneté, par son histoire et bien sûr parce qu'il véhicule les valeurs de notre République.

Vous venez des quatre coins de la France. Vous êtes des lycéens de Paris, de Mortagne-au-Perche ou de Douai. Vous êtes des collégiens de Manosque, de Marly-le-Roi ou de Château-Thierry.

Vous avez été distingués par vos académies et par le jury national parmi plus de 47 000 élèves qui ont participé à ce concours en 2017-2018. Je sais que vous êtes une source de fierté pour votre établissement scolaire. C'est l'occasion pour moi de saluer et de remercier vos enseignants, vos encadrants et vos chefs d'établissement. Le résultat que vous avez obtenu est aussi la réussite d'une équipe pédagogique.

Chers lauréats, vous venez de vivre deux jours chargés d'émotion autour d'un riche programme culturel. Vous avez visité quelques lieux des plus symboliques pour notre mémoire combattante. Je pense au Mont Valérien où repose une partie de notre mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Je pense au Musée de l'Ordre de la Libération, véritable hommage aux héros de la France Libre et de notre liberté. Hier soir, vous avez eu l'honneur de raviver la flamme du Souvenir sous l'Arc de Triomphe.

Ainsi, vous êtes des héritiers de la mémoire. Désormais, vous devez en être les relais partout sur le territoire national. Chers amis, poursuivez !


C'est la deuxième fois que le lycée Louis le Grand accueille cette cérémonie nationale. Il y a là un véritable sens.

Ici même, entre 1940 et 1944, des jeunes qui avaient vos âges - 16, 17, 18 ans - se sont mobilisés pour résister à l'occupant. Il en est ainsi de Jean-Marie DELABRE. Dès 1940, luttant contre la propagande de l'occupant, il invitait les Français à réagir. Comme nombre de ses camarades, il connut la répression, l'arrestation et la déportation. De retour en France en 1945, il ne cessa jamais le combat de la mémoire. Pour que jamais nous n'oublions ceux qui ont fait le choix de l'engagement et du refus dans l'un des pires moments de notre histoire.


Notre devoir est de poursuivre ce combat. C'est cette œuvre de partage et de transmission que notre pays doit accomplir sans faiblir. Transmettre aux jeunes générations est une priorité de mon action. Monsieur le ministre, c'est là une des missions communes de nos deux ministères.

Pour l'accomplir, nous savons que l'école est un lieu privilégié pour l'apprentissage des valeurs républicaines, l'enseignement de l'histoire et la transmission de la mémoire.

Nous savons aussi, que dans cette mission citoyenne, l'ONAC-VG, les fondations mémorielles et les associations du monde combattant contribuent activement au succès.

C'est tout l'état d'esprit du Concours National de la Résistance et de la Déportation.

Je souhaite, Monsieur le Directeur de l'Enseignement Scolaire, réaffirmer l'attachement du ministère des Armées à ce concours. Le CNRD est attractif, reconnu et fédérateur. Nous l'avons constaté, il y a quelques minutes, il permet la créativité et le travail pluridisciplinaire. Ce concours a bénéficié d'une rénovation qui lui permet une diversification des établissements et une ouverture plus large. Personne ne doit être exclu de la mémoire !

Je remercie vivement vos partenaires. Je tiens à distinguer le travail de la Direction des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives qui soutient très activement le CNRD et œuvre à sa valorisation.


« S'engager pour libérer la France », tel était le thème de la session 2017-2018. Il a permis le focus sur la notion d'engagement. C'est une notion qui est chère au Gouvernement.

Ce thème a mis à l'honneur ceux qui ont lutté. Ceux qui ont mis toute leur volonté dans l'accomplissement de leur devoir.  Les femmes et les hommes qui, au risque de leur vie, dans la Résistance intérieure et extérieure, ont forgé la libération de notre territoire. Il a permis de s'intéresser aux formes très variées de l'engagement, d'identifier les points communs et les originalités de ces parcours.

Ce thème fait écho aux priorités commémoratives de cette année. En effet, en 2019, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale occupera le premier plan.

La France se souviendra de l'année 1944 et commémorera le 75ème anniversaire de sa Libération. C'est à toute une génération engagée dans ce combat que nous rendrons hommage. Nous nous souviendrons des débarquements en Normandie et en Provence, de la libération de Paris, des maquis, des drames d'Oradour-sur-Glane et de Maillé.

Les commémorations de cet anniversaire ont déjà débuté en Corse, il y a quelques semaines. Puisque c'est dans l'Ile de Beauté qu'a débuté, en octobre 1943, la libération de la France métropolitaine.

En 2020, c'est la terrible année 1940 qui marquera nos mémoires. Celle de la défaite et de l'effondrement de la République, mais également celle du refus fondateur, celle du combat qui se poursuit.

Celle de la naissance d'un optimisme infatigable, dont Raymond AUBRAC disait qu'il était le fondement de la Résistance.

Aujourd'hui, chers lauréats, cet optimisme, en vous voyant, en vous écoutant, je l'ai chevillé au corps.

Cet optimisme auquel je crois, il s'appelle aussi « Europe » et amitié franco-allemande. En ce 22 janvier 2019, 56 ans après la signature du traité de l'Elysée par le président DE GAULLE et le chancelier ADENAUER, le président MACRON et la chancelière MERKEL marquent aujourd'hui une nouvelle étape de nos relations en renforçant ce traité, en consolidant nos liens étroits et en créant la première assemblée parlementaire franco-allemande. 

Ce message de paix est aussi le message du CNRD.


Je vous remercie.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 23 janvier 2019 
 

Concours Concours Resistance Deportation Recompense 193000144

Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur l'architecture, à Paris le 24 mai 2019.

Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur l'architecture, à Paris le 24 mai 2019. Emmanuel Macron 24/05/2019 Architecture Réception en l'honneur des lauréats du Prix Pritzker

Monsieur le ministre,
Monsieur le président de la Pritzker Organisation, Cher Thomas Pritzker,
Monsieur le Président du Jury, Cher Stephen Breyer,
Monsieur le Lauréat 2019 du Pritzker, Cher Arata Isozaki,
Mesdames et Messieurs les architectes,
Mesdames et Messieurs,


J'ai conscience du risque qu'on prend en invitant une assemblée comme la vôtre à l'Élysée parce que le lieu est immédiatement considéré dans sa dimension architecturale et symbolique ; qui plus est pour celle et ceux qui ont l'habitude de fréquenter les remises du prix Pritzker, les lieux doivent toujours être exceptionnels et l'oeil de l'expert, de l'artiste le reconsidère, le torture et donc le risque pris de vous montrer cette salle des fêtes restaurée est importante.

Mais plus largement, je voulais ici vous recevoir, tous et toutes, et avec vous l'architecture française et internationale pour pouvoir partager avec vous quelques convictions en ce jour qui est d'ailleurs un peu particulier aussi pour la démocratie française. Et je suis très heureux que les organisateurs du prix Pritzker aient choisi la France pour la remise du prix cette année.

Merci à vous cher Thomas Pritzker qui poursuit avec talent l'oeuvre de vos parents, merci pour votre engagement sans faille en faveur de l'architecture, c'est-à-dire en faveur de nos logements, nos quartiers, nos monuments, nos villes, en somme, du monde dans lequel nous vivons. Et je crois que vous ne pouviez pas choisir en effet de meilleur lieu que Versailles cette année pour accueillir votre événement et c'est aussi pour cela que je souhaitais pouvoir vous accueillir pour cette parenthèse à l'Élysée pour à la fois féliciter le lauréat de cette année et vous dire aussi quelques mots de l'architecture.

Des architectes du monde entier parmi les meilleurs sont ici et tant d'anciens lauréats du Pritzker et je veux adresser un salut tout particulier aux deux récipiendaires français ici présents Christian de Portzamparc et Jean Nouvel et je veux aussi saluer la mémoire de Yao Ming Pei qui nous a quittés il y a quelques jours lui aussi avait reçu le prix Pritzker, c'était en 1983 et lui aussi a marqué de son empreinte bien évidemment beaucoup de villes, mais tout particulièrement la ville de Paris avec un lieu qui m'est tout particulièrement cher et ayant su à l'époque aussi parfois au-delà de beaucoup de critiques prendre l'audace de la modernité et de l'innovation dans un lieu qui paraissait ne devoir être touché en rien.

Toutes et tous ici, vous êtes de ceux qui conçoivent et façonnent notre monde, qui lui donnent son visage contemporain, qui inventent les modes de vie d'aujourd'hui, de demain, nos façons d'occuper l'espace, d'habiter les lieux, d'y vivre ensemble. En un mot, d'être au monde, car vous créez des oeuvres qui ont ceci de particulier que ce ne sont pas seulement des créations que l'on contemple, mais ce sont bien des oeuvres vécues, parfois d'ailleurs qui se transforment avec les usages, que l'on traverse, que l'on habite, dans lesquels on s'instruit, on travaille, on se rencontre, qui peuvent conduire à redécouvrir des lieux auxquels on s'était habitué, où l'on se meut et s'émeut. Et donc, concevoir des espaces de vie au croisement des contraintes géographiques, économiques et techniques, tout à la fois en ingénieur, en artistes et en citoyens ; créer des lieux qui nous inspirent, qui nous aident à travailler, à penser, à nous rassembler. Je crois qu'il n'y a pas beaucoup d'art qui soient plus politique que le vôtre au sens le plus strict du terme. Être architecte c'est être celui ou celle qui décide d'organiser la vie dans la cité, celui qui fait de la politique au sens le plus trivial du terme, celui qui essaie d'en définir les règles. Quand les règles ne correspondent pas aux lieux, les difficultés sont là. Quand les lieux ne correspondent plus aux règles ou aux usages, le malheur peut s'installer. Et c'est pourquoi votre art est sans doute le plus fondamental et le plus politique de tous. Il répond certes à une nécessité ou à une utilité, il remplit une fonction, mais il doit en même temps à chaque fois aussi apporter sa vision d'une organisation de la société, de ce vivre en commun, de cet autre monde que j'évoquais. Et c'est la manifestation la plus visible, la plus matérielle et la plus accessible de notre art et de notre culture. C'est un art dans lequel on vit et qu'on ne déplace pas. Parce que l'architecture, c'est l'histoire humaine telle qu'elle s'écrit en pierre et en bois, en marbre et en fer, en acier et en verre, peut-être en terre et en paille demain, c'est ce dialogue des temps qui s'écrit dans l'espace et c'est, je dirais, aussi une manière pour nous non seulement d'être dans l'espace, mais dans notre rapport au temps. L'architecture d'un pays, c'est le palimpseste de son histoire. Et pour les nations que nous sommes, c'est faire avec un espace qui est déjà occupé par une architecture existante sauf rares occasions, par des usages déjà existants, par des lieux déjà existants qu'ils soient heureux ou brisés. Et donc, c'est malgré tout toujours quelque chose à voir avec le contemporain le plus extrême et la sédimentation des siècles. Et on y lit à livre ouvert notre passé, notre identité et c'est ce qui nous impose aussi une certaine humilité, nous rappelle que nous appartenons à une grande chaîne humaine qui tente de génération en génération de faire du monde un lieu qu'il est bon d'habiter.

Alors cher Arata Isozaki, vous avez été distingué par vos pairs cette année pour avoir illustré cet art avec un talent rare. Vous rejoignez ainsi la lignée illustre des lauréats du prix Pritzker tout en vous inscrivant dans celle d'une nation qui a enfanté certains des meilleurs architectes du monde puisque vous êtes le 8e japonais à recevoir ce prix, ce qui fait de votre pays le plus primé avec les États-Unis. Et au fond, votre vocation commence dans une forme de paradoxe. Beaucoup et parfois certains dans cette salle assument d'être venus à l'architecture par la découverte d'un monument, d'une expérience, d'un lieu, d'une émotion et je crois pouvoir dire sous votre contrôle que votre rapport fondateur à l'architecture fut d'abord le constat d'une désolation. Car vous étiez un tout jeune adolescent lorsque la guerre a dévasté votre pays, lorsque Hiroshima et Nagasaki furent bombardées, lorsque votre ville natale fut incendiée et tout autour de vous n'étaient plus que ruines. Il n'y avait plus rien, que des décombres et des vestiges, et vous l'avez dit votre première expérience de l'architecture, c'est paradoxalement celle d'une absence d'architecture, d'une béance, d'un besoin. Et c'est précisément ainsi confronté à une tabula rasa que vous vous êtes demandé comment votre pays pouvait se reconstruire, rebâtir ses maisons et ses cités et voilà sans doute la source brûlante je dirais, vitale de votre vocation. Vous avez commencé votre carrière sous les meilleurs auspices de Kenz? Tange, premier lauréat japonais du Pritzker qui vous a transmis son goût de l'épure, son sens de l'ampleur et de l'harmonie. Et c'est en 1963 que vous fondez votre agence. Le Japon avait recouvré sa souveraineté et cherchait à se relever. Le travail ne manquait pas. Et vous avez d'abord construit des bâtiments dans votre ville natale, puis dans plusieurs autres villes du Japon.

Et très vite, vous êtes devenu l'un des premiers architectes japonais à construire par-delà les frontières de votre pays aux États-Unis, en Espagne, en Australie, en Chine, en Italie, au Vietnam ; en 60 ans de carrière, vous avez conçu plus de 100 bâtiments aux fonctions très variées des bibliothèques, des musées, des tours de bureaux, des centres d'évènements ou de congrès, des hôtels et jamais, jamais vous ne vous êtes répété. Vous avez toujours su imaginer des formes et des styles différents, décliner les matériaux, les lignes et les couleurs. En quelque sorte architecte caméléon, vous vous adaptez aux sites, aux teintes, aux tons, à l'énergie des lieux. Vous passez ainsi de la brique rouge du Musée d'art contemporain de Los Angeles qui répond au soleil de la ville au titane rutilant de la superbe hard Tower de Mito, Tour de métal torsadée, élancée et étincelante. On vous doit la gaieté ludique et bigarrée du siège de Walt Disney World Resort à Orlando. Mais de l'autre côté, le sérieux de la Tour alliance de Milan. L'épure géométrique du Palais des sports de Turin, l'imposant National Convention Center de Doha au Qatar avec sa spectaculaire entrée qui représente des jujubiers, ces arbres du désert qatari qui soutiennent ici un toit Canopée, tant et tant d'autres lieux. Vous n'êtes pas l'homme d'une manière, mais un architecte qui pour chaque nouveau projet s'invente un nouveau regard avec le fil directeur d'un style, le vôtre. Votre travail a ainsi constamment évolué au cours de votre carrière, au gré des lieux, des projets, des divers courants qui vous ont inspiré et vous avez constamment cherché dès les premières années à nouer un dialogue architectural inédit et fécond entre l'Occident et l'Orient, en construisant tant au Japon qu'à l'étranger et en vous appuyant de manière complémentaire sur les philosophies profondes des géographies et en étant sans doute l'un des premiers architectes réellement internationaux, vos oeuvres ont aussi cherché à être des ponts entre les cultures et les peuples. Votre sacre cher à Arata Isozaki est aussi, je le disais, celui d'une nation, le Japon qui a su engendrer une lignée d'architectes exceptionnelle et qui est aujourd'hui l'une des plus créatives dans ce domaine.

Notre pays le sait bien, et s'il n'a jamais eu la chance d'être votre terrain d'expression, il s'est singulièrement ouvert aux talents de vos contemporains et de vos compatriotes pour repenser ces villes et ces édifices. Le Centre Pompidou-Metz et la scène musicale de Boulogne-Billancourt : Shigeru Ban prix Pritzker 2014 avec Jean de Gastines. Le Louvre-Lens et la nouvelle Samaritaine : Kazuyo Sejima et Ry?e Nishizawa prix Pritzker 2010. L'ancienne Bourse du commerce de Paris qui abritera bientôt des collections d'art contemporain : Tadao Ando, Prix Pritzker 95. Le jardin japonais de l'UNESCO : Isamu Noguchi ; le projet « Mille arbres », ce projet d'un immeuble forêt qui réconcilie architecture urbaine et nature : Sou Fujimoto avec le français Manal Rachdi, tant et tant d'exemples de notre ouverture à votre architecture.

Et cette longue liste qui est loin d'être exhaustive témoigne de ce que la France s'est toujours ouvert aux talents venus d'ailleurs pour concevoir ses espaces, façonner ses villes, bâtir ses monuments. C'est vrai aujourd'hui et c'était vrai hier. À la Renaissance, lorsque Boccador fut invité à dessiner l'Hôtel de ville de Paris et Léonard de Vinci a participé à la construction du château de Chambord, qu'il ne verra jamais, mais que les plans inspirèrent ; encore à l'époque néoclassique, lorsque nous sommes allés rechercher dans l'Antiquité grecque ou romaine de nouvelles sources d'inspiration. L'église de la Madeleine tout près d'ici, comme le Palais Bourbon où siège notre Assemblée nationale doivent beaucoup à cet art grec et en particulier au Parthénon. Il y a tant de lieux qui ont été inspirés par les architectes du monde entier. Tant de lieux qui ont accueilli pour leurs réalisations les architectes du monde entier, car la France est bien une terre d'architectes. Pas seulement parce que nous sommes une patrie qui a formé des générations de bâtisseurs, pas seulement parce que nous avons en héritage l'un des plus riches patrimoines architecturaux au monde et que nous en sommes en tant que peuple profondément fiers et amoureux, mais aussi précisément parce que nous avons toujours accueilli les influences, les talents, parce qu'en nous appuyant sur notre génie propre, notre histoire, nos traditions, nous avons su nous ouvrir au monde et aux génies venus d'ailleurs. C'est le double fil de l'histoire de l'architecture française, un peu de cet art d'être français que j'évoquais naguère et que notre architecture porte sans doute d'ailleurs plus qu'aucun autre art dans notre pays.

C'est aussi pourquoi je veux profiter de ce moment, de cet accueil solennel, de ce fil audacieux que je viens de tisser pour dire quelques mots de notre architecture aujourd'hui et d'un grand projet qui en France sera au coeur des débats et de l'attention au cours des cinq ans à venir. Ce projet, c'est évidemment celui de Notre-Dame de Paris.

Je trouve que ce qui s'est passé en France ces dernières semaines dit énormément, ��motionnellement, profondément, beaucoup de ce que je viens à l'instant de vous dire.

L'émotion suscitée dans notre pays, chez nos compatriotes, mais bien au-delà, suscitée dans le monde entier lorsque l'incendie a pris. Dès qu'un bâtiment est vivant, qu'un monument fait partie de la vie de chacun, à la fois d'une histoire, d'une représentation, de son émotion et n'est pas simplement une série de pierres mortes, il remplit une fonction extrêmement importante sur le plan culturel.

Cela devient aussi un lieu de civilisation, d'émotion, de rapport à l'autre, à une ville, à un continent et l'émotion que beaucoup d'ailleurs nous ont témoignée, montre ce que l'architecture peut porter et signifier. Beaucoup m'ont dit avoir ressenti une émotion inédite et s'être sentis profondément européens en voyant Notre-Dame ainsi brûler et en pensant qu'ils ne pourraient plus la voir. Avoir l'émotion et l'expérience devant telle partie, tel reflet, tel angle de cette cathédrale. Et l'humanité tout entière a eu ce jour-là un sentiment terrible de perdre une part d'elle-même. Les Français, les Européens je crois aussi au premier chef. Fort heureusement, grâce au courage admirable des sapeurs-pompiers de Paris, grâce dans le même temps à la mobilisation des architectes des Monuments historiques et de tous les métiers de la conservation du patrimoine que nous avons vus intervenir avec le ministre, dès les premières minutes, intervenant et prenant tous les risques pour sortir les trésors, protéger les lieux, laisser sa part au feu pour que le reste puisse être sauvé, ce joyau a pu être sauvé, sa structure préservée.

Alors très vite, nous avons pu envisager l'avenir. Et j'avoue, j'ai voulu le faire le soir même parce que lorsqu'on prend des décisions difficiles comme nos pompiers en ont prises, de laisser sa part au feu, c'est là qu'on arrive à sauver cette part du bâtiment en prenant tous les risques, je crois qu'on n'a pas le droit de laisser place à l'affliction. Et très vite, la communauté internationale, les architectes nous ont fait part de leurs réflexions, leurs propositions et la stupeur et la désolation ont bientôt fait place à l'espérance, à l'effervescence des idées, à la ferveur des projets, aux débats passionnés sur ce qui doit être fait. Alors je sais que beaucoup se sont inquiétés de ma décision d'abord de réaliser ces travaux dans un calendrier serré, volontariste. Et je l'assume pleinement. Et cette décision n'a reposé sur aucune analyse détaillée ni aucune forme d'expertise, et je l'assume totalement. C'était d'abord une volonté, parce que je crois très profondément qu'à la base de toute décision de faire et pour pouvoir faire, il faut une volonté. Il faut qu'elle soit raisonnable, atteignable. Mais si la volonté devient une expertise, nous le voyons chaque jour, rapidement, on explique qu'on ne peut plus rien. Et cette volonté de faire n'était pas la négation de l'expertise, elle était la décision profonde de ne laisser aucune place à la tristesse, au désespoir, consistait à se dire qu'à un horizon perceptible, atteignable, compte tenu de ce que le lieu était, nous pouvions rebâtir. Ce délai de cinq années est possible. Il est possible sans jamais transiger sur la qualité des matériaux et la qualité des procédés, car cette ambition ne saurait justement se passer de l'excellence, des savoir-faire et de tout ce que les métiers auront à contribuer à cette entreprise.

Et ma conviction au fond, c'est pourquoi ce combat est emblématique à la fois de ce que nous avons à conduire dans notre pays et pour l'architecture contemporaine, c'est que nous devons faire confiance aux bâtisseurs d'aujourd'hui et nous devons nous faire confiance. Bien souvent, on se réfugie derrière les textes et les règlements parce que c'est le cache-sexe de la défiance. Mais si les bonnes personnes qui savent sont là pour le faire, les meilleurs seront mobilisés. C'est un pouvoir de faire que nous activons et pas un arbre d'impossibles. Et je crois que nos citoyens aujourd'hui ont besoin de voir cela et que nous avons besoin de nous prouver à nous-mêmes que nous savons faire cela. Et donc oui, sous cinq ans, Notre-Dame sera restaurée, sa charpente et son toit reconstitués parce que nous avons les connaissances, les techniques, les savoir-faire qui le permettent.

Et je l'ai dit le soir de l'incendie nous construirons Notre-Dame plus belle encore en repensant ses abords : le parvis, le square Jean XXIII, la promenade du flanc sud de l'Ile-de-la-Cité, dans un dialogue constant, notamment avec le clergé et la Ville de Paris et en nous appuyant sur les travaux qui ont été réalisés il y a maintenant plus de deux ans par plusieurs ici présents, et en lui redonnant une flèche. Mon représentant spécial sur ce dossier, le général Georgelin, et le ministre de la Culture, que je remercie de son investissement sans faille sur ce dossier depuis le 15 avril, y veilleront. C'est dans cet esprit et en élargissant le projet que nous conduirons cette entreprise. Pour accomplir cette grande oeuvre de restauration et de reconstruction, nous devons procéder étape par étape avec toute la méthode dont votre profession est capable en permettant d'abord aux experts, architectes des Monuments historiques, bureaux d'études, ingénieurs, historiens de l'art, chercheurs, conservateurs, restaurateurs, d'établir un diagnostic solide sur l'état de la cathédrale. Cela a déjà commencé avec un entrain inédit. Il faut ensuite par-delà les frontières mobiliser tous les créateurs, prolonger et amplifier le formidable élan d'idées de projets que j'évoquais.

Cette cathédrale de tous ne doit pas devenir l'édifice d'un seul. Aussi je souhaite que dans le cadre du concours international se constituent des groupes de talents, rassemblant tout à la fois architectes contemporains et architectes des Monuments historiques, artistes et chercheurs, historiens et sociologues, des personnalités pleines d'expériences et des plus jeunes pleins de promesses aussi, car dans cette capacité à nous faire confiance et à faire confiance, nous ne devons pas oublier que les monuments que nous admirons aujourd'hui ont souvent été faits par de très jeunes architectes. Renzo Piano avait 27 ans lorsqu'il conçut le Centre Pompidou. Louis Le Vau à peine 30 quand il imagina ses premiers grands hôtels particuliers. Et nous devons aussi retrouver cette confiance en l'avenir, en l'imagination, en l'innovation. Et je crois d'ailleurs que c'est ce qu'avait fait Viollet-le-Duc en son temps. Tout à la fois pour restaurer la cathédrale, lui rendre le lustre et la beauté qu'elle pouvait avoir au Moyen-âge et parachever l'édifice en y insufflant les nouveautés permises par les techniques et la culture du temps. Pour Viollet-le-Duc, pas de querelle des Anciens et des Modernes. Non. Une alliance de la tradition et de la modernité. Une audace respectueuse. Une restauration et une reconstruction inventive.

Et je crois très profondément que cette alliance de la tradition et de la modernité qui correspond tout simplement à la façon dont l'histoire s'écrit, à la façon dont le génie de l'humanité s'inscrit dans le temps et dans l'espace, c'est ce que nous nous devons à nous même.

Mesdames et Messieurs, il y a beaucoup de chantiers que je voudrais encore évoquer, mais je sais que vous êtes ensuite attendus à Versailles et le temps me manquerait, mais au-delà de ce projet je suis profondément convaincu que nombre de problèmes que nous avons dans nos démocraties, que nous avons souvent voulu régler de manière organisationnelle ou institutionnelle, trouvent leurs solutions dans l'organisation de l'espace et donc dans et par le travail de l'architecte, de l'urbaniste, du créateur. Je ne parlerai pas ce soir par manque de temps et j'y reviendrai dans quelques semaines de ce qu'on a longtemps appelé le « Grand Paris », projet essentiel auquel je crois profondément. Ce projet s'est pendant longtemps enlisé dans les querelles administrativo-politiques et les volontés de chacun de préserver sa part d'espace ou de pouvoir. L'un d'entre vous, Roland Castro, il y a quelques mois maintenant m'a remis un rapport pour aider à le repenser. Et ce que je souhaite proposer à la Nation, fort de ce que cette expérience de Notre-Dame nous a insufflé, c'est que nous puissions repenser nos grands chantiers d'organisation de l'espace de vie, pas seulement le Paris en grand, mais le grand Marseille, le Grand Lyon. Les projets qui dans beaucoup de nos villes ou d'espaces de la République permettent de retisser l'organisation urbaine par de grands projets architecturaux contemporains, là où les fractures se sont installées et où les choses n'ont pas été repensées. Et sortir des débats institutionnels sans issue pour repenser très profondément la manière de suturer des espaces qui se sont déconstruits. De réinventer des perspectives qui jusqu'alors n'existaient pas, des manières d'être de la cité, comme je le disais tout à l'heure. Convaincu très profondément et je conclurai là-dessus que l'architecture aujourd'hui doit nous permettre, et c'est ce qu'avec le ministre nous souhaitons faire, de répondre au coeur de quelques défis contemporains qui sont les nôtres. Quand je regarde ce qui a traversé la France ces derniers mois et ce qui continuera de nous traverser pendant des années et des décennies et ce qui traverse beaucoup de démocraties, c'est au fond le caractère inhabitable du monde qui est le nôtre. Bien souvent, nous avons construit notre espace sans penser notre espace. Et il s'est construit comme à tâtons par des choix directs ou indirects. Et les vingt dernières années ont conduit à ce que de plus en plus de gens aillent dans les métropoles, que l'insécurité s'installe dans des espaces qui se dépeuplaient. Et puis on a construit, parce que c'était les choix du moment des espaces urbains un peu denses, moins que dans d'autres pays, et puis des lotissements. On a créé ces extensions de part et d'autre. Le goût a ensuite été à la consommation du grand public, alors on a créé ces balafres que sont les structures commerciales ou logistiques à l'orée de ces villes. On a déserté nos centres-villes. Nous avons progressivement détricoté l'espace habitable et nous avons installé dans notre nation trop souvent le "laid", en tout cas la solitude et nous avons créé un quotidien dont nous n'avons ni conçu les termes ni pensé toutes les conséquences. Ce que nous avons eu à vivre, c'est les conséquences d'un monde devenu inhabitable. C'est la vie quotidienne de celui qu'on a progressivement poussé à 40km de l'endroit où il travaille sans transports en commun et qui n'a pas d'autre solution que de prendre le véhicule de plus en plus cher, de payer une essence de plus en plus chère, etc. Et donc, dans ce qu'on a appelé cette fracture sociale et territoriale, il faut repenser la manière d'habiter notre espace et de le composer.

Mais le deuxième défi contemporain que certains ont voulu parfois opposer, c'est cette angoisse que notre jeunesse a encore dite ce matin en défilant dans les rues d'Europe. L'angoisse climatique. Et si le monde est de moins en moins habitable pour elle, c'est parce qu'il lui semble que nos comportements, notre organisation ne permettent plus de faire face aux défis climatiques, conduisent à les entretenir, à les aggraver, parce qu'on ne lui apporte pas dans son quotidien les solutions pour le vivre et que la ville ainsi construite, l'habitat ainsi pensé, sont de moins en moins adaptés à ce monde qui se réchauffe, à ces usages qui changent. Et on le voit bien. Les deux principaux défis que nous avons à vivre, avec lesquels nous avons à composer, auxquels on essaie de répondre par des règles, des nouvelles normes des changements d'habitudes, c'est cette nécessité de rendre à nouveau notre monde habitable et respectueux de l'avenir. Le coeur du défi politique qui est le nôtre, il est architectural, il est de rebâtir et réorganiser la vie ensemble différemment et de repenser ces espaces pour recréer de la cohésion, de les refaire beaux pour chacun et de permettre de se déplacer, de vivre différemment dans cet espace ainsi repensé.

Et donc, le défi n'est pas simplement esthétique comme je le disais dans mon introduction, il est aujourd'hui sans doute plus que jamais éminemment politique. Parce que ces deux grandes batailles contemporaines que j'évoquais, elle supposent une pensée architecturale, une organisation architecturale, urbanistique, de recherche, de création profondément différentes de ce que parfois nous avons fait à tâtons. Elle doivent créer aussi des assemblées de cette complexité pour pouvoir penser de manière plus large les problèmes qui nous sont soumis et donc de savoir recréer ce monde habitable où nos concitoyens de plus en plus sont confrontés aux problèmes mondiaux, pensent le monde, mais veulent être enracinés, vivent à un endroit et dont l'expérience sensible, esthétique et politique et dans cette tension entre ce qui est palpable autour de moi et les préoccupations du monde que je pense et je vis.

C'est pourquoi le choix que j'ai fait non seulement la fierté de recevoir ici le prix Pritzker, mais aussi de vous célébrez, et de vous recevoir tous sous ce format était pour moi aussi une manière de vous dire que dans cette nouvelle phase du projet tout à la fois national et européen que je veux que nous puissions penser, le choix que j'ai fait est de donner à l'architecture une place toute particulière. Peut-être pas celle qu'on a toujours donnée. Peut-être pas simplement une place disciplinaire, classique, mais au niveau que je viens d'évoquer. Nous sommes à quelques jours d'un choix important sur l'Europe. Et pour bâtir une véritable Europe, il nous faudra aussi parler architecture.

Je recevais il y a quelques jours une trentaine d'intellectuels venant de tous pays. On parlait de valeurs. On parlait de sujets concrets. Mais à la fin, l'Europe s'est toujours faite par des lieux aussi. L'Agora, c'est un lieu. Le café, c'est un lieu qui est un composant unique de la sociabilité européenne. L'université est un lieu, une manière d'être ensemble qui a fait aussi l'Europe. Il nous faut également inventer les lieux de la conscience démocratique européenne de demain.

Et donc sur chacun de ces défis, la tâche qui est la vôtre n'est plus simplement la vôtre, mais elle sera donc invitée à s'exprimer pour pouvoir participer de ce mouvement que je souhaite que notre pays puisse insuffler, c'est-à-dire de rendre ce monde habitable et profondément universel. Un monde enraciné et conscient des enjeux du 21e siècle, là où de plus en plus se déplacent, bougent et donc de réinventer ce qui est la civilisation qui est la nôtre, en sachant rebâtir avec beaucoup d'humilité, mais la bonne dose d'audace. Je vous remercie et je vous félicite.
 

Politique culturelle Architecture Recompense Architecte Eglise Incendie Urbanisme 197001062

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur des projets pédagogiques sur le thème de la mémoire, à Paris le 23 mai 2019.

Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur des projets pédagogiques sur le thème de la mémoire, à Paris le 23 mai 2019. Geneviève Darrieussecq 23/05/2019 projets pédagogiques thème la mémoire Introduction cérémonie de remise des trophées « Héritiers de mémoire », à Paris le 23 mai 2019

Monsieur l'administrateur du Panthéon,
Madame la directrice de l'ONAC-VG,
Monsieur le directeur des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives,
Monsieur le directeur de l'Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense,
Monsieur le directeur du musée national de la Marine,
Monsieur l'adjoint au directeur général de l'enseignement scolaire,
Mesdames et messieurs les inspecteurs,
Mesdames et messieurs les chefs d'établissement et professeurs,
Officiers, sous-officiers,
Chers élèves, collégiens, lycéens,
Mesdames et Messieurs,


Que dire après cette belle interprétation de l'hymne européen ? Que vous dire chers lycéens de Bordeaux à part « merci » ?

« L'hymne à la joie » qui a résonné ici est un symbole profond. Il a un sens particulier en cette semaine résolument européenne.

Il a aussi un écho puissant en ce Panthéon qui a accueilli Simone VEIL il y a un an. Femme de tant de combats, elle repose désormais ici même, auprès de celles et ceux qui ont marqué l'histoire de notre pays.

Dans quelques mois, après cette Grande Femme, c'est un Grand Homme qui investira ce temple républicain. Maurice GENEVOIX au nom de « tous ceux de 14 » trouvera ici la place qui l'attend.

Aujourd'hui, le Panthéon ouvre ses portes à une jeune génération dont le travail de mémoire mérite d'être récompensé. Chers jeunes, vous incarnez la continuité mémorielle de notre pays. Vous êtes des « héritiers de mémoire ».

Monsieur l'administrateur du Panthéon, je vous remercie de nous accueillir en ces lieux si prestigieux. Ici, une part majeure de notre mémoire nationale est réunie. Cette cérémonie est un moment de transmission auquel je suis particulièrement attachée. Jean JAURES, Victor SCHoeLCHER, Jean MOULIN, Pierre BROSSOLETTE, Geneviève DE GAULLE-ANTHONIOZ, Germaine TILLION, nous trouvons ici des modèles d'engagement incarnant des valeurs chères à notre République, chères à la France.

Ce sont des exemples.

Et que dire de René CASSIN mis à l'honneur cette année. Soldat de la Grande Guerre, compagnon du général DE GAULLE dès juin 1940, juriste émérite, rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, voilà un homme d'engagement.

Bravo aux jeunes qui se sont consacrés à cette figure magistrale de notre mémoire.

Félicitations à tous les lauréats, du primaire au lycée. Je dois vous dire ma grande satisfaction de vous voir tous rassemblés ici. Votre travail témoigne de votre enthousiasme et de votre réussite pédagogique.

L'action « Héritiers de mémoire » est un « coup de projecteur » sur sept projets pédagogiques. L'ECPAD en a valorisé certains et nous découvrirons ces films avec plaisir dans quelques instants. Il ne faut pas ignorer les centaines d'autres initiatives qui naissent chaque année dans nos écoles, nos collèges et nos lycées. A ce titre, je salue l'ensemble des élèves de France qui ont participé à ce concours.

Plus de 700 établissements ont bénéficié d'un soutien financier de la part du ministère des Armées dont les établissements d'enseignement agricole. C'est une manière de donner une traduction concrète au partenariat qui existe entre les Armées, l'Education nationale et l'enseignement agricole. Ce partenariat se renforce année après année, je m'en réjouis. Il est un pan important du lien armées-jeunesse, indispensable à notre cohésion sociale.

Je salue bien évidemment tous les chefs d'établissement et tous les professeurs dont je sais et loue le dynamisme comme le sens de l'innovation.

Je veux remercier aussi tous ceux qui ont participé à ces projets : personnels de l'Education nationale, civils et militaires de la défense, anciens combattants.

Monsieur le Directeur des Patrimoines, de la Mémoire et des Archives, je tiens à saluer le travail de vos services et de vos équipes. Par l'action de la DPMA, des milliers d'élèves ont pu s'investir dans des projets pédagogiques. Ainsi, vous transformez en actes nos ambitions et je vous en remercie. La DPMA est un acteur essentiel de la transmission de notre mémoire combattante et un rouage majeur de la diffusion de l'esprit de défense auprès des jeunes générations.

« Héritiers de mémoire » permet la rencontre de différentes générations combattantes. Dans ces projets et dans ces films, des destins individuels s'entremêlent : ceux de femmes et d'hommes illustres, ceux d'anonymes, ceux de poilus, ceux de résistants.

Les élèves ont parfois découvert ou redécouvert tout un patrimoine de pierre, parfois à quelques kilomètres à peine de leur établissement.

Des projets portent leur attention sur nos soldats d'aujourd'hui. Soldats dont les reporters de guerre nous rapportent, au péril de leur vie, des images. S'intéresser aux soldats d'aujourd'hui, c'est aussi se confronter au deuil lorsqu'un de nos soldats meurt en opération extérieure. Et nous venons de vivre un épisode particulièrement douloureux.

Je pense aussi aux jeunes élèves français de l'étranger, et en particulier aux lycéens de Casablanca présents aujourd'hui.

Ils nous rappellent que la mémoire est quelque chose qui se partage, par-delà les frontières. Cette mémoire partagée a été au coeur du centenaire de la Grande Guerre. Elle est encore au coeur du 75ème anniversaire de la Libération.

Mesdames et messieurs, quel plus beau symbole d'avenir que cette jeunesse réunie dans le temple des Grands Hommes qui ont mérité de la patrie ?

Chers élèves de Casablanca, de Grenoble, de Dunkerque, de Castres, de Bretagne, de Gironde, de Provence, les femmes et les hommes que vous mettez en valeur dans vos projets sont des leçons vivantes pour chacun d'entre nous et pour notre époque.

Félicitations, vous êtes de brillants héritiers de notre mémoire commune.

Pour introduire cette cérémonie, je souhaite vous faire part de la belle phrase de Léo, lycéen lauréat de l'année dernière, qui résumait ainsi son expérience des Héritiers de Mémoire : « les meilleures choses ont une fin mais ce sont celles qui restent dans nos mémoires. »


Encore bravo à tous.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 3 juin 2019 
 

Histoire Histoire Ancien combattant Ceremonie Recompense 193001074

Déclaration de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur la journée européenne des droits des patients et la représentation des usagers de la santé, Paris le 18 avril 2019.

Déclaration de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, sur la journée européenne des droits des patients et la représentation des usagers de la santé, Paris le 18 avril 2019. Agnès Buzyn 18/04/2019 démocratie sanitaire droits des patients Cérémonie de remise des prix aux lauréats à l'occasion de la Journée européenne des droits des patients, à Paris le 18 avril 2019

Madame la Présidente du Jury, Chère Olivia Gross
Mesdames et messieurs,


Le 18 avril, nous y sommes désormais habitués, c'est la journée européenne des droits des patients.

Cette année, et dans le contexte que nous traversons, je crois que cet événement revêt une dimension singulière. Pourquoi ?

Eh bien parce que ces dernières semaines, dans le cadre du grand débat national, nous avons vu émerger des interrogations de fond sur la démocratie, sur la participation citoyenne et sur la représentation de tous et de chacun.

Dans le domaine de la santé, la question de la représentation des usagers a longtemps été marginale, pour ne pas dire inexistante.

J'ai pour ma part toujours été sensible et extrêmement attentive à ce que le patient soit entendu et pleinement considéré, en me conformant à une formule que vous me pardonnerez de citer en anglais : « NOTHING ABOUT ME WITHOUT ME »( « Toujours là quand on parle de moi » ou « Rien ne se décide sur moi sans moi »).

Cette formule, qui sonne comme une revendication du patient, elle doit aussi être une exigence pour le soignant. Et je crois que si des progrès restent à faire, beaucoup ont déjà été réalisés.

Depuis une vingtaine d'années en effet, le concept même de « démocratie sanitaire » s'est donné un contenu et il correspond de plus en plus à une réalité tangible, vous en êtes ici-même la preuve.

Je pense évidemment à cet acte fondateur qu'a été la loi Kouchner du 4 mars 2002, dont un des titres consacrait justement la notion de démocratie sanitaire et de droit des malades.

Je pense aussi à la loi de 2016 de modernisation de notre système de santé, qui s'est inscrite dans cette évolution pour répondre à des attentes fortes exprimées par les usagers et les patients.

Mais j'ai aussi à l'esprit et vous ne m'en voudrez pas, ce que nous faisons depuis bientôt deux ans au Ministère des Solidarités et de la Santé et je tiens d'ailleurs à saluer l'implication des associations de représentation des usagers dans la mise en oeuvre de la stratégie « Ma santé 2022 ».

France assos santé a été force de proposition tout au long de l'élaboration de la stratégie et jusqu'à tout récemment, en proposant un amendement au projet de loi pour garantir le maintien d'une commission des usagers dans chaque site hospitalier en cas de fusion de plusieurs établissements.

J'ai donc souhaité que la participation de France Assos santé aille au-delà de la simple concertation, pour être intégrée au pilotage du chantier sur la qualité et la pertinence des soins, ainsi qu'au pilotage de plusieurs projets.

J'ai également souhaité que les patients jouent un rôle plus actif dans la formation des professionnels de santé, que ce soit en faisant intervenir des patients dans les cursus des étudiants ou en les faisant participer à l'évaluation des stages des étudiants.

Un état des lieux des expériences d'intégration de « patients experts » dans la formation et l'évaluation des professionnels de santé est en cours de réalisation, mais je ne doute pas que cette étude préalable permettra de concevoir un modèle solide s'appuyant sur les pratiques de terrains.

Le projet porté par l'Université Paris 13 s'inscrit d'ailleurs pleinement dans cet objectif et sera, j'en suis sûre, une source importante d'inspiration.

Parce que c'est tout l'intérêt de l'événement qui nous réunit ce soir !

Ce concours et les projets lauréats s'inscrivent parfaitement dans les objectifs de la stratégie de transformation du système de santé.

Ils viennent concrétiser et illustrer dans les territoires plusieurs des mesures qui composent cette stratégie.

Au-delà du fil rouge de l'amélioration de l'accessibilité et de la qualité des soins, nous retrouvons des projets qui facilitent la participation active des patients à leurs parcours, à leurs soins et à l'organisation du système de santé.

C'est un bel exemple de mobilisation réussie de l'ensemble des composantes du système de santé, comme en témoignent la composition du jury, et la diversité des projets qui sont portés aussi bien par des équipes hospitalières, des maisons de santé, des associations de patients ou des libéraux.

Et c'est aussi tout le sens du label-concours droits des usagers de la santé, que de reconnaître et mettre en avant l'engagement des acteurs de terrain.

Depuis 9 ans, c'est en effet la mobilisation des acteurs de terrain, votre mobilisation donc, comme celle des instances de démocratie sanitaire régionales et nationale, qui ont fait de ce dispositif un véritable outil d'animation territoriale de la démocratie sanitaire.

Et je voudrais insister sur la grande qualité des projets labellisés dans les régions en 2019, qualité qui a, je le sais, justifié un choix consensuel des 5 lauréats, parmi les meilleurs projets labellisés en région.

Je me réjouis de voir que l'édition 2019 met en valeur des initiatives locales tant dans le champ sanitaire que dans le secteur médico-social et social.

Les projets de cette année sont particulièrement innovants en matière de participation, d'implication et d'engagement des usagers, des résidents, des bénéficiaires et de leurs représentants aux côtés des professionnels.

Nous ne sommes pas loin je crois de ce qui s'apparente à un partenariat, partenariat qui va dans le sens des politiques publiques que nous construisons pour faire évoluer les pratiques professionnelles.

Ce partenariat, ça n'est rien d'autre finalement que la considération, la reconnaissance et la prise en compte de la volonté des usagers de la santé d'être associés aux décisions qui se matérialise.

L'atteinte de ces objectifs passera par une meilleure prise en compte de la satisfaction du patient.

Dès cette année nous allons étendre le dispositif e-satis, qui vient d'être étendu à la chirurgie ambulatoire, et qui le sera demain aux soins de suite et de rééducation et à l'hospitalisation à domicile puis par la suite aux EHPAD.

Nous avons également engagé des travaux pour que de nouveaux indicateurs soient développés afin de mieux prendre en compte l'expérience patient.

Demain, ces indicateurs devront permettre d'évaluer la pertinence des parcours et être communiqués à tous les citoyens pour éclairer leurs choix en matière de soins.

Un système de santé moderne, c'est un système de santé qui s'adapte aux grands défis de demain, c'est un système de santé à la pointe de l'innovation technologique, mais c'est aussi un système de santé qui accorde toute sa place à l'expérience vécue par les usagers et les patients.

C'est d'ailleurs pour cette raison que le projet de loi relatif à la transformation et à l'organisation du système de santé porte une mesure qui va permettre de créer un « espace numérique santé » pour chaque usager, afin qu'il puisse accéder à ses données de santé et à un ensemble d'informations et de services utiles à ses soins et à sa santé.

Que faut-il pour que chacun devienne acteur de ses soins et de ses droits ?

Pour que chacun devienne acteur de ses soins et de ses droits, il faut que chacun puisse maîtriser des données de santé, et que chacun puisse disposer d'outils pour accéder à une information fiable sur la santé et l'offre de soins.

L'espace numérique de santé que chaque patient pourra ouvrir à l'horizon 2022 y contribuera fortement.


Mesdames et messieurs,

Je félicite chaleureusement les cinq lauréats et tous ceux qui ont participé à cette édition 2019 du concours.

Les projets qui vous valent aujourd'hui d'obtenir ce précieux label sont de ces projets qui font avancer les grandes causes et la démocratie sanitaire en est une.

Quand je regarde ces projets à l'aune de mon quotidien de Ministre des Solidarités et de la Santé, je peux vous dire qu'ils sont on ne peut plus concrets, je peux vous dire qu'ils répondent de manière très directe à des enjeux non moins directs.

Il y a l'amélioration de la communication par la réclamation, portée par le centre hospitalier de Douarnenez, qui intègre parfaitement l'idée que la dimension relationnelle de la prise en charge fait partie intégrante du soin. Avec ce projet, l' « expérience patient » passe en quelque sorte du ressenti individuel à la responsabilité collective.

Cette responsabilité collective, c'est aussi d'inclure le plus grand nombre dans les innovations en santé et c'est tout le sens du projet porté conjointement par APF France Handicap et co-construit avec la CPAM du Doubs. Aider les personnes atteintes d'un handicap psychique à ouvrir un Dossier Médical Partagé, c'est concilier l'espace numérique de santé avec notre volonté résolue de vivre dans une société inclusive.

Mieux prendre en charge les personnes les plus vulnérables, c'est notre dignité à tous et c'est un impératif catégorique ici au Ministère des Solidarités et de la Santé.

Je me réjouis donc de voir récompensé le projet de l'EPSM Etienne GOURMELEN de Quimper, sur la mise en place d'un interprétariat professionnel en psychiatrie, qui doit favoriser l'accès aux soins à des usagers particulièrement vulnérables et je pense notamment aux personnes en exil qui souffrent de troubles psychiatriques.

L'actualité récente, qui a conduit vous le savez à la nomination de Frank Bellivier délégué interministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, montre là encore que ce sujet est un enjeu majeur dont nous devons collectivement nous emparer.

Protéger les plus fragiles, c'est aussi promouvoir la bientraitance que nous devons à nos aînés et, dans la continuité des travaux menés par Denis Piveteau et Dominique Libault, le projet porté en Guadeloupe par l'Organisme régional d'appui à la qualité des soins et de la sécurité des patients a fait de ce sujet une priorité.

Enfin, et je l'ai déjà évoqué, vous avez récompensé l'Université Paris 13 pour l'intégration des patients à la formation des professionnels de santé et, je vous l'ai dit, le Ministère travaille en ce moment même à l'intégration des patients dans la formation et dans l'évaluation des professionnels de santé, ce qui place ce projet d'une certaine manière à l'avant-garde des nouvelles politiques publiques.

Il y a quelques instants je reconnaissais devant vous que la question de la représentation des usagers avait longtemps été absente voire inexistante du monde sanitaire et médico-social, mais aussi que depuis bientôt 20 ans, les choses avaient considérablement avancé.

En vous voyant tous réunis, acteurs institutionnels, professionnels de santé, représentants des usagers, je me dis que la démocratie sanitaire est désormais intégrée comme principe et que nous sommes en train de construire ensemble quelque chose qui ressemble à de la citoyenneté en santé.


Je vous remercie.


Source https://solidarites-sante.gouv.fr, le 26 avril 2019

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