Texte intégral
J.-M. Four - C'est un homme qui a son franc-parler, qui aime le débat et ne déteste pas à l'occasion un brin de provocation. Ancien journaliste, maire de Bègles, près de Bordeaux, il est aujourd'hui candidat des Verts à l'élection présidentielle, ayant hérité de la casquette d'A. Lipietz lors d'un véritable feuilleton à l'automne, où sa "décision irrévocable" de ne pas être candidat fut abandonnée en quelques heures. Dans les sondages, sa cote fait du Yo-Yo. Descendue à 5 %, elle est remontée à 8 % dans les derniers baromètres CSA et Ifop. Hier, J.-P. Chevènement était assis à votre place ; les derniers sondages le placent à peu près à égalité avec vous. Il nous disait hier : "Je suis convaincu d'être présent au second tour". Et vous ?
- "Non, parce que je tiens un langage de vérité et que je sais que la France est ainsi faite qu'un candidat des Verts ne peut accéder, en l'état actuel, au deuxième tour, mais qu'il peut être un bon candidat de premier tour. C'est tout ce qui m'intéresse. La mission qui m'a été donnée par les Verts, c'est de renforcer le poids des Verts dans la société et dans la gauche, parce que je suis un candidat dans la gauche pour faire gagner la gauche. Donc, le seuil de 5 %, qui n'a jamais été franchi par un candidat Vert depuis R. Dumont en 1974, c'est mon objectif. Vous parlez des sondages qui sont en dents de scie, qui font du Yo-Yo - on pourrait trouver plein d'expressions pour les qualifier. Je regarde ceux d'aujourd'hui qui me mettent à 8 %, avec la même distance et la même froideur que ceux qui me mettaient, hier, à 5 %. Je continue à creuser mon sillon, je continue à expliciter les idées des Verts, à essayer de faire comprendre aux Français qu'après avoir été des vigies ou des éclaireurs sur la crise écologique, la crise économique et la crise sociale que traversent notre pays et notre planète, nous pouvons aujourd'hui franchir un pas politique qui nous permettra d'améliorer la qualité de la vie des Français. Pas simplement par rapport à ce qu'ils trouvent dans leur assiette, ce qu'ils respirent - vous avez d'ailleurs aujourd'hui fait plusieurs chroniques sur ce thème, sur l'augmentation des allergies - et par rapport à leur travail. Par exemple, quand vous êtes chez Moulinex pendant vingt-cinq ans, et que du jour au lendemain, au bout de vingt-cinq ans, après avoir gagné 6.500 francs par mois, on vous jette comme un Kleenex, quand vous êtes employé dans les hôpitaux ou infirmière et que vous voyez les difficultés que vous rencontrez pour être reconnu par rapport au travail que vous faites, il y a un vrai problème."
On va parler de votre programme dans un instant, mais restons d'abord sur ces chiffres des sondages. Cela veut dire que 5 % ce serait un échec, 8 % un succès ?
- "On peut le dire comme cela."
8 %, ce serait un succès pour quoi faire ? Pour faire pression sur L. Jospin s'il est élu Président ?
- "Le problème n'est pas de savoir si je vais faire 5 % ou 8 %. Je vous ai dit que mon objectif c'était de dépasser la barre des 5 %. Donc, tout ce qui sera au-dessus sera considéré par les Verts et par moi-même comme un succès. Maintenant, le problème, ce n'est pas d'être comme des épiciers de la politique, ce n'est pas le quantitatif qui nous intéresse. C'est de savoir ce que nous pouvons obtenir de nos partenaires."
C'est donc bien 8 % pour essayer de faire pression sur le futur Président, s'il est de gauche ?
- "Plus le score des Verts sera important au premier tour, évidemment, plus nous pourrons peser sur nos partenaires. D'ailleurs, aujourd'hui, face aux hésitations de l'électorat sur L. Jospin au premier tour, où l'on s'aperçoit qu'il serait possible - ce que je ne lui souhaite pas - qu'il arrive en dessous des 20 % au premier tour, le vote utile, c'est le vote Vert."
Justement, cet éclatement de la majorité plurielle - éclatement des dirigeants, éclatement de l'électorat aussi - n'est-il pas en train d'affaiblir la gauche tout simplement ?
- "Il n'y a pas d'éclatement. Il est normal que dans une campagne présidentielle et dans une campagne de premier tour - je ne suis pas comme Jospin et Chirac dans une campagne de deuxième tour -, nous affirmions notre différence et notre singularité, nous mettions en évidence les sujets sur lesquels nous voulons voir changer les choses. Par exemple, sur la question des transports. Quand on considère que 85 % des marchandises sont transportées par des camions dans l'Union européenne, on sait que la réponse ne peut pas se réduire à un accord passé entre Gayssot et Berlusconi, par exemple, sur le tunnel du Mont-Blanc, mais qu'il faut un grand emprunt européen pour répondre au livre blanc de l'Union européenne qui nous dit que si l'on continue comme cela, dans dix ans, l'Europe sera asphyxiée. Je ne travaille pas pour ma génération, j'ai 53 ans, l'avenir est derrière moi, je le regarde dans le rétroviseur. Ce que je fais, c'est travailler pour mon fils qui a 19 ans, et pour ses enfants. Est-ce que je vais lui laisser une planète dans laquelle, par exemple, autant d'espèces ont disparu en 35 ans qu'en 5.000 ans ? Est-ce que je vais lui laisser une planète - on est en train de discuter de la biodiversité à La Haye en ce moment - dans laquelle il y a toutes les deux secondes, ce qui est énorme, l'équivalent d'un stade de football qui disparaît en forêt primaire ? Dans dix ans, si on ne fait rien, il n'y aura plus de forêt ancienne en Afrique. La biodiversité fait partie de l'équilibre entre l'homme et la nature, cela fait partie de ce que nous devons conserver et nous devons aussi protéger nos ressources. On ne peut pas continuer à être dans un pays aussi gaspilleur, aussi pollueur et aussi tueur."
On sent dans le programme des Verts, une volonté de "remuer le cocotier" sur certaines choses. C'est vrai sur le temps de travail, la semaine de quatre jours, sur le cannabis, sur l'adoption d'enfant par les homosexuels.
- "Et sur le vote et sur la citoyenneté à 16 ans. Je constate que lorsque l'on est ferme dans ses convictions, le candidat socialiste commence à venir sur nos positions. Hier, il a proposé le vote à 17 ans dans le cadre de ce que nous appelons "le contrat d'autonomie de la jeunesse". Parce que pour moi, la jeunesse ce n'est pas une jeunesse qui doit être stigmatisée et montrée en permanence du doigt, comme si elle était la faute de tous nos maux. Quand j'entends le candidat Président nous parler de la fracture nationale, il ferait mieux de s'appliquer à lui-même la fracture morale et de nous expliquer comment il a pu déjeuner pour 4.000 balles par jour à la mairie de Paris, suivant les enquêtes qui ont été faites par l'Inspection des services. Qu'il nous explique tout cela, qu'il nous parle plutôt de la fracture morale plutôt que de la fracture nationale. Ce qui m'intéresse, c'est que les jeunes, aujourd'hui, sont considérés bien souvent comme une marchandise, comme le monde est considéré comme une marchandise, comme le citoyen est considéré comme une marchandise. Est-ce que c'est au patron de Monsanto, à monsieur Desmarest de décider des choix à ma place ? Est-ce que c'est à monsieur Monsanto de décider si je dois manger des patates ou des tomates OGM demain matin ? La réponse est "non"."
Sur la sécurité, trouvez-vous qu'elle est trop présente dans la campagne ? Oui ou non ?
- "Le débat national est surdéterminé par la question de la sécurité, envisagée sous son angle le plus détestable, c'est-à-dire la répression. On a dit : "Mamère, il tient un discours décalé"."
Quelle est votre différence là-dessus ? Dites-le clairement.
- "Ma différence est simple : je suis maire depuis 13 ans, la ville de Bègles n'est pas une ville dans laquelle les banlieues et les cités sont à feu et à sang. Nous avons des problèmes ; une voiture-bélier, l'autre jour, a défoncé la Maison de quartier d'une cité. Cela n'empêche que le travail que je fais depuis 13 ans, c'est un travail qui s'appuie sur l'insertion par l'emploi, c'est un travail qui s'appuie sur les éducateurs de rue, les travailleurs sociaux. Nous sommes en train de mettre en place un contrat éducatif local, après avoir mis en place un contrat local de sécurité avec le procureur de la République, avec le commissariat de police et les services de prévention. Il faut expliquer, et expliquer encore aux Français qui sont complètement, j'allais dire "gavés", par le discours de Jospin, de Chirac, de Chevènement, sur les sauvageons, les femmes à la maison, l'ouverture des centres de rétention, que tout cela, ça ne marche pas. Ce n'est pas pour rien que monsieur Peyrefitte, ministre de la Justice de droite, en 1979, a fermé les centres de rétention pour les jeunes délinquants qui n'étaient que des foyers ..."
Tout de même, la prévention et uniquement la prévention, ce n'est pas un peu candide comme discours ?
- "Mais je ne parlais pas que de la prévention, laissez-moi terminer ! C'est : prévention, médiation et réparation des dommages. Allez voir J.-P. Rosenczveig au Tribunal pour enfants de Bobigny, et vous verrez ce qu'il fait. Au tribunal de Bobigny, on prononce des peines de substitution à la prison. Allez voir le taux de récidive des jeunes. Eh bien, le taux de récidive est extrêmement faible. Mais oui, il faut réparer ! Bien sûr qu'il faut réparer les dommages que l'on a commis, qu'il faut apprendre à ces jeunes qui sont en situation de dérive qu'il y a des références et qu'il y a des règles à respecter. Mais la première des priorités dont je n'entends jamais parler - j'en ai parler l'autre soir au cours d'une réunion avec M.-D. Pierrelaye et P. Meyrieux et quelques autres -, c'est de faire de la lutte contre l'échec scolaire une priorité nationale. Un gamin qui arrive en sixième sans savoir lire ni écrire, qui de plus, a pu être témoin de violences domestiques dans sa famille - parce qu'on n'en parle jamais, et c'est là aussi qu'il faut aller pour pénétrer ces citadelles -, un gamin qui arrive dans la vie ou dans sa cité, avec toutes ces pénalités, il finit par devenir un gamin délinquant qu'on ne peut plus rattraper."
Une dernière question, la même qu'hier à J.-P. Chevènement, qu'avant hier à F. Bayrou, avec une réponse courte, si possible : quelle est pour vous l'idée symbole de votre programme, pour que ce soit clair aussi pour les électeurs et les auditeurs ?
- "L'idée symbole, elle est résumée par le titre de mon programme : "Choisir sa vie, choisir son destin". Il n'est pas normal que dans cette vieille démocratie qui est usée, ce soit les technocrates et quelques industriels et politiques qui décident des choix qui engagent notre avenir et celui de nos enfants. Je retourne la phrase de P. Valéry, qui disait : "L'art de la politique, c'est de tout faire pour que les citoyens ne se mêlent pas de ce qui les regarde." en "la noblesse de la politique, c'est de tout faire pour que les citoyens se mêlent enfin de ce qui les regarde"."
(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 avril 2002)
- "Non, parce que je tiens un langage de vérité et que je sais que la France est ainsi faite qu'un candidat des Verts ne peut accéder, en l'état actuel, au deuxième tour, mais qu'il peut être un bon candidat de premier tour. C'est tout ce qui m'intéresse. La mission qui m'a été donnée par les Verts, c'est de renforcer le poids des Verts dans la société et dans la gauche, parce que je suis un candidat dans la gauche pour faire gagner la gauche. Donc, le seuil de 5 %, qui n'a jamais été franchi par un candidat Vert depuis R. Dumont en 1974, c'est mon objectif. Vous parlez des sondages qui sont en dents de scie, qui font du Yo-Yo - on pourrait trouver plein d'expressions pour les qualifier. Je regarde ceux d'aujourd'hui qui me mettent à 8 %, avec la même distance et la même froideur que ceux qui me mettaient, hier, à 5 %. Je continue à creuser mon sillon, je continue à expliciter les idées des Verts, à essayer de faire comprendre aux Français qu'après avoir été des vigies ou des éclaireurs sur la crise écologique, la crise économique et la crise sociale que traversent notre pays et notre planète, nous pouvons aujourd'hui franchir un pas politique qui nous permettra d'améliorer la qualité de la vie des Français. Pas simplement par rapport à ce qu'ils trouvent dans leur assiette, ce qu'ils respirent - vous avez d'ailleurs aujourd'hui fait plusieurs chroniques sur ce thème, sur l'augmentation des allergies - et par rapport à leur travail. Par exemple, quand vous êtes chez Moulinex pendant vingt-cinq ans, et que du jour au lendemain, au bout de vingt-cinq ans, après avoir gagné 6.500 francs par mois, on vous jette comme un Kleenex, quand vous êtes employé dans les hôpitaux ou infirmière et que vous voyez les difficultés que vous rencontrez pour être reconnu par rapport au travail que vous faites, il y a un vrai problème."
On va parler de votre programme dans un instant, mais restons d'abord sur ces chiffres des sondages. Cela veut dire que 5 % ce serait un échec, 8 % un succès ?
- "On peut le dire comme cela."
8 %, ce serait un succès pour quoi faire ? Pour faire pression sur L. Jospin s'il est élu Président ?
- "Le problème n'est pas de savoir si je vais faire 5 % ou 8 %. Je vous ai dit que mon objectif c'était de dépasser la barre des 5 %. Donc, tout ce qui sera au-dessus sera considéré par les Verts et par moi-même comme un succès. Maintenant, le problème, ce n'est pas d'être comme des épiciers de la politique, ce n'est pas le quantitatif qui nous intéresse. C'est de savoir ce que nous pouvons obtenir de nos partenaires."
C'est donc bien 8 % pour essayer de faire pression sur le futur Président, s'il est de gauche ?
- "Plus le score des Verts sera important au premier tour, évidemment, plus nous pourrons peser sur nos partenaires. D'ailleurs, aujourd'hui, face aux hésitations de l'électorat sur L. Jospin au premier tour, où l'on s'aperçoit qu'il serait possible - ce que je ne lui souhaite pas - qu'il arrive en dessous des 20 % au premier tour, le vote utile, c'est le vote Vert."
Justement, cet éclatement de la majorité plurielle - éclatement des dirigeants, éclatement de l'électorat aussi - n'est-il pas en train d'affaiblir la gauche tout simplement ?
- "Il n'y a pas d'éclatement. Il est normal que dans une campagne présidentielle et dans une campagne de premier tour - je ne suis pas comme Jospin et Chirac dans une campagne de deuxième tour -, nous affirmions notre différence et notre singularité, nous mettions en évidence les sujets sur lesquels nous voulons voir changer les choses. Par exemple, sur la question des transports. Quand on considère que 85 % des marchandises sont transportées par des camions dans l'Union européenne, on sait que la réponse ne peut pas se réduire à un accord passé entre Gayssot et Berlusconi, par exemple, sur le tunnel du Mont-Blanc, mais qu'il faut un grand emprunt européen pour répondre au livre blanc de l'Union européenne qui nous dit que si l'on continue comme cela, dans dix ans, l'Europe sera asphyxiée. Je ne travaille pas pour ma génération, j'ai 53 ans, l'avenir est derrière moi, je le regarde dans le rétroviseur. Ce que je fais, c'est travailler pour mon fils qui a 19 ans, et pour ses enfants. Est-ce que je vais lui laisser une planète dans laquelle, par exemple, autant d'espèces ont disparu en 35 ans qu'en 5.000 ans ? Est-ce que je vais lui laisser une planète - on est en train de discuter de la biodiversité à La Haye en ce moment - dans laquelle il y a toutes les deux secondes, ce qui est énorme, l'équivalent d'un stade de football qui disparaît en forêt primaire ? Dans dix ans, si on ne fait rien, il n'y aura plus de forêt ancienne en Afrique. La biodiversité fait partie de l'équilibre entre l'homme et la nature, cela fait partie de ce que nous devons conserver et nous devons aussi protéger nos ressources. On ne peut pas continuer à être dans un pays aussi gaspilleur, aussi pollueur et aussi tueur."
On sent dans le programme des Verts, une volonté de "remuer le cocotier" sur certaines choses. C'est vrai sur le temps de travail, la semaine de quatre jours, sur le cannabis, sur l'adoption d'enfant par les homosexuels.
- "Et sur le vote et sur la citoyenneté à 16 ans. Je constate que lorsque l'on est ferme dans ses convictions, le candidat socialiste commence à venir sur nos positions. Hier, il a proposé le vote à 17 ans dans le cadre de ce que nous appelons "le contrat d'autonomie de la jeunesse". Parce que pour moi, la jeunesse ce n'est pas une jeunesse qui doit être stigmatisée et montrée en permanence du doigt, comme si elle était la faute de tous nos maux. Quand j'entends le candidat Président nous parler de la fracture nationale, il ferait mieux de s'appliquer à lui-même la fracture morale et de nous expliquer comment il a pu déjeuner pour 4.000 balles par jour à la mairie de Paris, suivant les enquêtes qui ont été faites par l'Inspection des services. Qu'il nous explique tout cela, qu'il nous parle plutôt de la fracture morale plutôt que de la fracture nationale. Ce qui m'intéresse, c'est que les jeunes, aujourd'hui, sont considérés bien souvent comme une marchandise, comme le monde est considéré comme une marchandise, comme le citoyen est considéré comme une marchandise. Est-ce que c'est au patron de Monsanto, à monsieur Desmarest de décider des choix à ma place ? Est-ce que c'est à monsieur Monsanto de décider si je dois manger des patates ou des tomates OGM demain matin ? La réponse est "non"."
Sur la sécurité, trouvez-vous qu'elle est trop présente dans la campagne ? Oui ou non ?
- "Le débat national est surdéterminé par la question de la sécurité, envisagée sous son angle le plus détestable, c'est-à-dire la répression. On a dit : "Mamère, il tient un discours décalé"."
Quelle est votre différence là-dessus ? Dites-le clairement.
- "Ma différence est simple : je suis maire depuis 13 ans, la ville de Bègles n'est pas une ville dans laquelle les banlieues et les cités sont à feu et à sang. Nous avons des problèmes ; une voiture-bélier, l'autre jour, a défoncé la Maison de quartier d'une cité. Cela n'empêche que le travail que je fais depuis 13 ans, c'est un travail qui s'appuie sur l'insertion par l'emploi, c'est un travail qui s'appuie sur les éducateurs de rue, les travailleurs sociaux. Nous sommes en train de mettre en place un contrat éducatif local, après avoir mis en place un contrat local de sécurité avec le procureur de la République, avec le commissariat de police et les services de prévention. Il faut expliquer, et expliquer encore aux Français qui sont complètement, j'allais dire "gavés", par le discours de Jospin, de Chirac, de Chevènement, sur les sauvageons, les femmes à la maison, l'ouverture des centres de rétention, que tout cela, ça ne marche pas. Ce n'est pas pour rien que monsieur Peyrefitte, ministre de la Justice de droite, en 1979, a fermé les centres de rétention pour les jeunes délinquants qui n'étaient que des foyers ..."
Tout de même, la prévention et uniquement la prévention, ce n'est pas un peu candide comme discours ?
- "Mais je ne parlais pas que de la prévention, laissez-moi terminer ! C'est : prévention, médiation et réparation des dommages. Allez voir J.-P. Rosenczveig au Tribunal pour enfants de Bobigny, et vous verrez ce qu'il fait. Au tribunal de Bobigny, on prononce des peines de substitution à la prison. Allez voir le taux de récidive des jeunes. Eh bien, le taux de récidive est extrêmement faible. Mais oui, il faut réparer ! Bien sûr qu'il faut réparer les dommages que l'on a commis, qu'il faut apprendre à ces jeunes qui sont en situation de dérive qu'il y a des références et qu'il y a des règles à respecter. Mais la première des priorités dont je n'entends jamais parler - j'en ai parler l'autre soir au cours d'une réunion avec M.-D. Pierrelaye et P. Meyrieux et quelques autres -, c'est de faire de la lutte contre l'échec scolaire une priorité nationale. Un gamin qui arrive en sixième sans savoir lire ni écrire, qui de plus, a pu être témoin de violences domestiques dans sa famille - parce qu'on n'en parle jamais, et c'est là aussi qu'il faut aller pour pénétrer ces citadelles -, un gamin qui arrive dans la vie ou dans sa cité, avec toutes ces pénalités, il finit par devenir un gamin délinquant qu'on ne peut plus rattraper."
Une dernière question, la même qu'hier à J.-P. Chevènement, qu'avant hier à F. Bayrou, avec une réponse courte, si possible : quelle est pour vous l'idée symbole de votre programme, pour que ce soit clair aussi pour les électeurs et les auditeurs ?
- "L'idée symbole, elle est résumée par le titre de mon programme : "Choisir sa vie, choisir son destin". Il n'est pas normal que dans cette vieille démocratie qui est usée, ce soit les technocrates et quelques industriels et politiques qui décident des choix qui engagent notre avenir et celui de nos enfants. Je retourne la phrase de P. Valéry, qui disait : "L'art de la politique, c'est de tout faire pour que les citoyens ne se mêlent pas de ce qui les regarde." en "la noblesse de la politique, c'est de tout faire pour que les citoyens se mêlent enfin de ce qui les regarde"."
(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 10 avril 2002)