Conférence de presse de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, et interviews avec les radios françaises et avec "Voice of America", à Nairobi le 19 octobre 1999, sur les relations de la France avec le Kenya et avec les pays d'Afrique centrale, le projet de conférence des Grands lacs et l'application de l'accord de Lusaka sur le cessez-le-feu en RDC (République démocratique du Congo).

Intervenant(s) :

Circonstance : Voyage de M. Charles Josselin en Afrique centrale et orientale du 18 au 21 octobre 1999, au Kenya les 18 et 19, au Burundi le 20 et en Tanzanie le 21

Prononcé le

Texte intégral

CONFERENCE DE PRESSE, à Nairobi 19 octobre 1999
Voici sept ans qu'aucun ministre n'était venu au Kenya. J'ai voulu en commençant ce voyage africain par le Kenya, témoigner de l'importance que nous attachons à ce pays, parce qu'il est dans une situation charnière : parce qu'il est une porte ouverte sur l'Océan indien et le continent indien, et parce que nous savons les efforts qui y sont conduits pour améliorer le fonctionnement de la démocratie et pour rechercher des solutions négociées aux conflits qui l'environnent.
La France a choisi d'inscrire le Kenya dans sa zone de solidarité prioritaire (ZSP). C'est à dire que nous nous proposons de mobiliser, au Kenya, les instruments de la coopération française. Déjà pour l'année 1998, le montant des engagements financiers de la France en faveur du Kenya a dépassé les 350 MF. La coopération française s'exerce dans des domaines très divers qui vont de l'énergie électrique au développement rural, à l'aménagement urbain, à la gestion de l'eau. Mais je n'oublie pas que dans ces domaines les entreprises françaises sont présentes. J'espère qu'elles le seront lorsqu'il s'agira de participer aux privatisations qu'il reste à conduire, qu'il s'agisse de télécommunications, de banques, d'assurances. Dans tous ces secteurs, la France s'honore d'avoir de grandes entreprises, très performantes, et j'espère qu'elles voudront mettre leur savoir-faire au service du Kenya.
Il y a aussi le domaine de la coopération culturelle : dans quelques instants je visiterai le Centre culturel français. Je sais qu'un nombre croissant de jeunes Kenyans fait le choix d'apprendre le français.
La coopération technique est également soutenue dans les domaines de la télédétection, de la recherche d'eau. Il y a également une coopération avec l'Institut français de recherche africaine (IFRA).
J'espère que nous allons pouvoir développer cette forme de coopération.
J'ai, ce matin, rencontré le président Moi, puis le ministre des Affaires étrangères, le ministre des Finances et j'aurai l'occasion ce soir de continuer mes contacts avec les responsables kenyans. Nos analyses sont très concordantes sur plusieurs dossiers. Non seulement en ce qui concerne la recherche de solutions aux conflits qui déchirent la Corne de l'Afrique, qu'il s'agisse du conflit entre l'Ethiopie et l'Erythrée, qu'il s'agisse de la Somalie, mais aussi qu'il s'agisse de la question des Grands lacs .
Nous avons également parlé de la situation préoccupante du Soudan. Nous avons également évoqué un dossier important qui est celui du renouvellement de la Convention de Lomé qui depuis bientôt 20 ans organise de manière privilégiée les relations commerciales entre l'Europe et les pays Afrique-Caraïbes et Pacifique (ACP). Nous avons enfin évoqué la négociation très importante qui va s'ouvrir le mois prochain à Seattle pour définir de nouvelles règles au commerce internationale.
J'ai dit à nos interlocuteurs l'espoir de la France que cette conférence de Seattle prenne totalement en compte les problèmes spécifiques des pays en voie de développement.
Voilà, Messieurs et Mesdames, ce que je voulais vous dire.
Q - En ce qui concerne le renouvellement de la Convention de Lomé , la France va-t-elle soutenir les ACP, et favoriser l'accès au marché européens des produits africains ?
R - L'ambition de la France est de préparer ces pays à leur intégration dans l'économie mondiale. La seule facilitation du commerce n'y suffira pas. Il va falloir des étapes intermédiaires et nous encourageons ces pays à s'organiser sur une base régionale afin d'assurer leur propre développement et de se préparer ainsi à affronter la brutalité d'un commerce de libre-échange. S'agissant de l'entrée en Europe des productions des Pays en développement, elles ont connu une augmentation très sensible. Nous avons progressivement abaissé nos protections, à la fois, en ce qui concerne le taux des taxations à l'importation, et à la fois, en réduisant ou en augmentant les contingents autorisés.
La renégociation des accords de Lomé est l'occasion de remettre à plat toutes ces questions et l'objectif est d'aller plus loin dans la libéralisation du commerce entre l'Europe et les pays ACP. La France est acteur de cette ambition. Il y a quelques points plus sensibles qui ont fait l'objet d'accords spéciaux et qui feront, je l'espère, là aussi, l'objet de nouveaux progrès : je pense au textile notamment.
En ce qui concerne les produits agricoles, j'observe que les importations que nous faisons à partir du Kenya ne concurrencent pas les productions européennes , car ce sont des productions, comme nous disons à "contre-saison". Il ne devrait donc pas y avoir de difficultés pour se mettre d'accord.
Q - Quels ont été vos sujets de discussion avec le ministre des Finances; quels sont les domaines d'intérêt des entreprises françaises dans le cadre du processus de privatisation au Kenya ?
R - Le ministre des Finances nous a rappelé les privatisations qu'il était en train de préparer. Parmi celles-ci, comme je vous le disais à l'instant, les télécommunications, le secteur bancaire et le secteur des assurances. Nous n'avons pas fait la liste des entreprises françaises susceptibles d'y participer.
Mais le ministre des Finances, sait qu'en France, il y a un certain nombre de grandes entreprises françaises, de réputation et de standard internationaux dans ces domaines. Il souhaite que les entreprises françaises participent aux appels d'offre qui vont être organisés à l'occasion de ces privatisations. Je lui ai dit que j'inviterai moi-même ces entreprises françaises à participer à ces privatisations.
Q - Comment la France entend-elle revenir dans les processus de négociation en cours concernant les conflits de la Région des Grands lacs ?
R - La France n'a jamais quitté cette région, même au Rwanda avec lequel les relations sont délicates. Avec ce pays, nous avons continué une coopération civile dont bénéficient les secteurs de la santé et de l'éducation. Mais il est vrai que nos relations politiques ont été nécessairement marquées par l'histoire récente. J'espère que nous pourrons, dans un avenir proche reprendre ces relations.
S'agissant de l'Ouganda, j'ai rencontré le président Museveni l'année dernière. Il est venu à Paris au moment du Sommet Afrique-France, comme le président Bizimungu, et comme le président Kabila. Ils étaient tous réunis.
J'espère rencontrer demain le Major Buyoya. Le Burundi est un pays avec lequel la France a continué à entretenir des relations assez étroites. Nous soutenons le Major Buyoya dans les efforts qu'il entreprend pour respecter les Accords d'Arusha. J'aurai l'occasion de rencontrer le président Museveni après-demain à Dar-es-Salam et de lui dire la volonté de la France d'appuyer la mise en oeuvre de l'accord de Lusaka. C'est ainsi que la France a décidé de participer financièrement à l'installation du "Comité militaire conjoint" et qui est un des éléments prévu par l'accord de Lusaka pour réaliser l'observation militaire des zones en conflit. J'espère que le président Museveni me dira sa propre volonté de respecter aussi l'accord de Lusaka.
Je consulterai tous mes interlocuteurs, y compris le président Kabila, sur l'opportunité de cette Conférence des Grands lacs, dont le principe avait été envisagé au Sommet Afrique-France et qui devrait pouvoir examiner l'ensemble des questions dont dépend la paix, la sécurité des frontières, la démocratie, le développement.
La France pense que Nairobi pourrait être un lieu possible pour l'accueil d'une telle conférence.
Q - Etes-vous optimiste quant à la tenue de cette conférence ?
R - Je suis convaincu qu'elle aura lieu. J'espère qu'elle se tiendra dans des délais raisonnables. Mais le besoin d'une telle conférence est confirmé par tous ceux qui étudient ce dossier. La décision, bien sûr, appartient aux Africains.
Q - Avez-vous déjà reçu confirmation de la part de représentants des pays africains concernés de leur volonté de participer à une telle conférence?
R - Je rappelle simplement qu'à la fin du Sommet Afrique-France, au mois de décembre 1998, il y avait un large consensus entre les pays africains concernés pour reconnaître la nécessité d'une telle conférence. Et même si c'est parfois sous un intitulé différent, nos partenaires européens sont sur la même position. Pour en avoir parlé avec les responsables américains il n'y a pas si longtemps à Washington, je sais, qu'eux aussi, considèrent qu'il faudra bien une rencontre de ce type.
Q - Quelles mesures doivent être prises pour inciter les investisseurs français à investir au Kenya et accroître les fonds français pour le développement ?
R- Je pense qu'il en va au Kenya comme dans les autres pays en développement : pour attirer les investissements, il faut un cadre juridique et fiscal qui garantisse la sécurité des investissements et qui permette d'espérer un profit raisonnable de ceux-ci.
Je suis heureux que le Kenya ait décidé de s'engager résolument dans la lutte contre la corruption, c'est une des conditions pour la venue des investisseurs étrangers. J'ajoute que là est le rôle de l'Agence française de développement et de la Proparco, sa filiale. Il est important d'avoir au Kenya des outils capables de monter des programmes de financement, de rechercher des crédits et d'apporter des garanties. C'est tout l'intérêt d'avoir implanté au Kenya les outils dont je viens de parler.
Q - En ce qui concerne le soutien de la France au Comité militaire conjoint, de quelle nature est-il ?
R - C'est un soutien financier pour que ce Comité puisse se mettre en place.
Q - De quel montant est-il ?
R - Je ne crois pas que ce chiffre ait été encore annoncé. Je le connais cependant : on peut dire qu'il est de 4 MF. Ce qui fait de la France un des principaux, sinon le principal contributeur à ce Comité militaire conjoint. Si je m'en tiens aux annonces qui ont été faites par différents pays, c'est la France qui, pour l'instant, a annoncé la contribution la plus importante.
Q - Est-ce que vous pensez que l'accord de Lusaka va vers un succès ?
R - C'est pour l'instant le seul accord signé par tous. Donc s'il y a une chance d'aboutir à la paix, c'est par sa mise en oeuvre. La France, pour cette simple raison, a l'intention d'appuyer cet accord de Lusaka.
Merci beaucoup.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 octobre 1999)
ENTRETIEN AVEC LES RADIOS FRANCAISES à Nairobi le 19 octobre 1999
Q - Monsieur le Ministre, c'est votre première visite au Kenya. Est-ce que c'est le symbole du redéploiement de la coopération française en Afrique de l'Est ?
R - Oui, on peut le dire ainsi. C'est vrai que lorsque nous avons réformé la coopération, c'était avec l'intention d'ouvrir la France aux pays d'Afrique du Sud et de l'Est. Le Kenya est un grand pays d'Afrique de l'Est, dans une situation charnière, malheureusement entouré de conflits, ce qui attire évidemment l'attention des diplomates. Le Kenya fait, comme vous le savez, partie de la zone de solidarité prioritaire que nous avons définie et à l'intérieur de laquelle nous allons mobiliser les outils de coopération qui sont d'ailleurs au Kenya.
L'Agence française de Développement est là depuis 1997, Proparco était là auparavant. Tout cela produit, je crois, d'heureux effets : la coopération entre la France et le Kenya se porte bien. Dans des domaines très divers : de l'électricité au développement rural, en passant par la gestion urbaine, et les fleurs coupées. Je prends des exemples très différents. Nos analyses politiques sont souvent proches, nous soutenons les initiatives que le Kenya peut prendre, au sein de l'IGAD notamment, pour essayer de rechercher une solution négociée en Somalie. Nous savons l'attention que le Kenya porte au conflit entre l'Ethiopie et l'Erythrée. Le Soudan est aussi un pays que nous observons l'un et l'autre avec beaucoup d'attention. Je vous signale que nous avons ici une position en commun, un peu différente. Et puis vous savez que le but de ma visite c'est aussi la question des Grands lacs...
Demain, je rencontrerai à Dar-es-Salam, et non à Kampala comme prévu initialement, M. Museveni, puisque je représenterai la France aux obsèques de M. Nyerere. Et puis à Kinshasa, j'espère avoir un entretien avec le président Kabila. J'espère en tirer quelques raisons d'espérer que la paix va enfin revenir.
Q - Procédons dans l'ordre, si vous le voulez bien, Monsieur le Ministre. Vous avez rencontré les acteurs de la politique kenyane ce matin, notamment le président Arap Moi, que lui avez-vous dit et qu'avez-vous entendu ?
R - On a fait un large tour d'horizon. Je lui ai dit l'importance que la France attachait au Kenya, pays important de l'Afrique de l'Est, le rôle que lui-même y jouait depuis longtemps. Je lui ai dit le soutien que la France apportait aux initiatives qu'il a lancées pour essayer de trouver des solutions négociées aux conflits qui environnent, en quelque sorte, le Kenya.
Q - Quelle forme de soutien ?
R - Au sein de l'IGAD par exemple, en essayant, chaque fois que faire se peut, de faire pression sur les différents protagonistes, pour que la raison triomphe et que la paix enfin s'installe. En mettant aussi la pression, disons-le, même dans le cadre de nos relations bilatérales, dans les relations que l'Europe entretient avec ces pays, en faisant en sorte que la bonne gouvernance, la démocratie et les Droits de l'Homme soient aussi en progression dans ces pays. Sans vouloir jouer les donneurs de leçons, nous savons bien que la démocratie est très difficile à installer.
Q - Est-ce que vous avez parlé de politique locale ? De corruption, des réformes en cours...
R - Nous avons commencé d'en parler. Je vais continuer à en parler lors des contacts que je vais avoir avec d'autres responsables, je vais voir M. Leakey par exemple ce soir. Je pourrai lui rappeler, mais il le sait déjà, que la France a fait le choix d'aider au financement de l'autorité anti-corruption. Cela me parait tout à fait essentiel, convaincus que nous sommes que la lutte contre la corruption est à la fois la condition du développement et de la démocratie. Il est vrai que dans ce pays comme dans tant d'autres, beaucoup de progrès restent à faire à cet égard, mais il faut que la communauté internationale préfère la présence critique à l'absence moralisatrice. C'est souvent ce que nous disons et la France s'y tient.
Q - Est-ce que vous pensez que la nomination de M. Leakey va dans le bon sens et quel est le montant l'aide dont vous avez parlée ?
R - Nous ne l'avons pas encore chiffré. Il s'agit simplement d'aider la cellule anti-corruption à fonctionner. M. Leakey a surtout besoin de moyens plus importants qui peuvent venir de la communauté internationale, pour conduire le programme de réduction de la fonction publique qu'il a engagé. Ce qui signifie des moyens de réinsérer ces fonctionnaires dans la vie active, dans l'économie de ce pays, et ça c'est un très grand débat. Nous sommes très conscients du défi à relever. Nous avons peu parlé du dialogue intérieur kenyan parce que c'est l'affaire des Kenyans. Mais j'observe, et je m'en réjouis, que la presse d'aujourd'hui fait état d'une reprise du processus de réforme constitutionnelle. Je ne peux que m'en réjouir sachant l'importance que la société civile kenyane y attache.
Q - Qu'est-ce que vous allez faire au Burundi ? Qu'allez-vous dire à M. Buyoya ?
R - Continuer à respecter les engagements pris lors des Accords d'Arusha, c'est difficile ! Je sais la situation très compliquée dans laquelle se trouve M. Buyoga, avec une partie des Tutsis qui ne sont pas d'accord avec lui, avec les rebelles Hutus, dont nous savons qu'ils sont organisés, armés, capables de violence ; on en a eu la preuve encore il y a quelques temps. Je vais dire à l'entourage de M. Buyoya qu'il faut continuer le dialogue, c'est la condition du soutien de la France et s'il le fait, alors la France sera à ses côtés.
Q - Et au président Kabila, qu'est-ce que vous lui direz ?
R - J'ai eu l'occasion de le rencontrer déjà à Alger en octobre. J'attends qu'il me dise, lui, où en est, en ce qui le concerne, l'application des accords de Lusaka bien sûr, mais aussi le dialogue politique interne. C'est un point très important et on comprendra que ce soit à lui que je pose d'abord la question parce qu'il est le premier acteur de ce dialogue politique.
Q - Vous allez rencontrer le président Museveni à Dar-es-Salam, qu'allez-vous lui dire demain ?
R - Je vais aussi l'interroger pour lui demander comment il voit l'application des accords de Lusaka. Il a accepté, comme d'autres, un processus qui doit conduire à la paix. Où en sommes-nous dans l'application de ces premières mesures? Quelles sont ses intentions en ce qui concerne la présence des observateurs, le retrait simultané des forces étrangères ? Comment voit-il sa relation avec ses autres voisins que sont le Soudan, le Rwanda ? Bref, ce ne sont pas les sujets de conversation qui vont nous manquer, j'espère que nous aurons le temps de les traiter tous.
Q - A la fin du sommet France Afrique, il a été question de cette grande conférence sur les Grands lacs qui aurait lieu ultérieurement. Est-ce un projet que la France soutient et dont vous pensez reparler à vos interlocuteurs ?
R - Ce n'est pas un projet français, mais la France est arrivée à cette conclusion - après en avoir parlé d'ailleurs avec les responsables africains -, que si on veut une solution durable à ce conflit et non pas seulement un cessez-le-feu qui est remis en cause tous les trois mois, il faut que l'ensemble des dossiers : sécurité des frontières, démocratie, développement, peut-être aussi coexistence ethnique en démocratie - ce qui n'est pas le plus simple dans certains pays - fasse l'objet d'un débat associant tous les acteurs, tous les pays riverains des Grands lacs. Le Congo bien sûr, et tout autour...
R - Le Rwanda ?
R - Le Rwanda, bien sûr. Vous savez la France ne cible pas particulièrement le Rwanda. On a eu une histoire un peu douloureuse. J'espère que le temps fera son oeuvre aussi, et nous n'avons pas cessé en réalité de coopérer. Nous le faisons avec la société civile. Mais pour l'instant, c'est de paix dont il s'agit. D'abord, il faut que le cessez-le-feu soit respecté, ce qui est à peine le cas, et qu'ensuite on organise la sécurité des frontières, des uns et des autres. La République démocratique du Congo a besoin de sécurité, mais je comprends que l'Ouganda et le Rwanda ont aussi besoin de la leur. C'est tout cela qu'il faut examiner. Alors, comment faire ? En organisant une rencontre où tous pourraient se mettre autour de la table. Et je le répète les Africains, lors du sommet Afrique-France, avaient exprimé très largement leur adhésion à une telle idée. Il est clair qu'il appartient aux Africains de la mettre en oeuvre.
Q - Et où pourrait-elle se tenir cette conférence ?
R - Nous pensons, pourquoi pas, à Nairobi. C'est un des lieux, parce que pas trop éloigné et parce que les Kenyans ont su garder des relations avec toutes les parties.
Q - Mais quand ...
R - Ne me demandez pas quand.
Q - Mais quand vous dites "tous", est-ce que cela comprend les rebellions non officielles et non parties prenantes aux Accords de Lusaka ?
R - Pardonnez-moi, les rebelles n'étaient pas au Sommet Afrique-France. Je dis simplement qu'il y avait un large consensus. On n'a pas pointé chacun des acteurs en lui demandant oui ou non, nous avons lancé l'idée. Les Africains semblent la considérer comme bonne, à eux de la mettre en pratique.
Q - Est-ce que la France soutient la Commission militaire jointe ?
R - Oui. Et non seulement elle la soutient, mais elle le prouve en acceptant de participer à son financement. La participation que la France a décidé d'accorder au fonctionnement de ce comité militaire, c'est 4,2 millions. Et c'est pour l'instant la plus grosse participation annoncée !.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 octobre 1999)
ENTRETIEN AVEC "VOICE OF AMERICA" à Nairobi 19 octobre 1999
Q - (Sur le Burundi)
R - Pour l'instant et en l'absence de preuve contraire, il semble bien que le gouvernement soit victime de l'attentat, puisque ce sont les rebelles Hutus qui sont apparemment à l'origine de cette malheureuse affaire. Mais je le dis avec beaucoup de prudence, sachant qu'il faudra qu'une enquête plus complète soit diligentée pour en savoir davantage. A la question de ce que je vais dire demain au président Buyoya, je vais tenter de m'assurer que c'est toujours conformément à la ligne des Accords d'Arusha que travaille le gouvernement. La France soutient et aide le gouvernement du Burundi à la condition qu'il inscrive son action dans le respect des accords d'Arusha. Je sais que la tâche est très difficile pour lui , qu'il doit faire face à une situation très troublée , avec une rébellion très organisée, armée, et que tous les Tutsis ne sont pas forcément non plus sur la même ligne que le Major Buyoya. Mais, je le répète, mon intention est de lui apporter notre soutien, dès lors qu'il s'engage dans la voie des Accords d'Arusha.
Q - (Sur le successeur de M. Nyerere)
R - Non, vraiment, à l'heure où je vous parle, je ne sais pas encore qui sera désigné pour succéder au président Nyerere.
Je considère que c'est une perte incontestable pour le Burundi, que d'avoir vu ainsi disparaître le médiateur qui avait été très exigeant vis-à-vis du Burundi, notamment en demandant que nous maintenions les sanctions économiques qui avaient incontestablement permis de faire avancer ce dossier.
Q - (Sur le conflit des Grands lacs)
R - Je crois que le France doit en quelque sorte jouer sa partition, il faut que tous jouent la leur. Je crois qu'il faut que chacun s'efforce d'exercer son influence, parfois par des pressions amicales sur les pays avec lesquels nous sommes les plus proches, ou en tout cas avec lesquels la relation est plus facile. Je pense que la France a des responsabilités à assumer dans ce domaine vis-à-vis de certains, je pense que les Etats-Unis en ont à assumer vis-à-vis d'autres pays qui sont acteurs de ce conflit. Car s'il n'y a pas volonté commune de respecter l'Accord de Lusaka, alors il sera très difficile de le mettre en oeuvre.
Q - (Sur la position de la France sur ce conflit)
R - La position de la France c'est que le Congo a droit à la sécurité de ses frontières, ainsi que l'Ouganda et le Rwanda. C'est aussi que l'Accord de Lusaka, qui a été signé difficilement par l'ensemble des parties, est la seule voie possible actuellement pour rechercher la paix ; à la fois en organisant le cessez-le-feu, en organisant progressivement le retrait des troupes étrangères, mais aussi, dans le même temps, en organisant le dialogue "intercongolais" de façon à faire progresser la démocratie. Le président Kabila s'est dit y être prêt. J'espère, lorsque je le rencontrerai après-demain, avoir confirmation de cette bonne disposition.
Q - (Sur la rencontre de M. Josselin avec le président Museveni)
R- C'est prévu. J'espère qu'il n'y aura aucun empêchement. Nous devions nous voir à Kampala. J'avais prévu une étape en Ouganda. Les obsèques de M. Nyerere nous obligent à modifier notre programme. Mais normalement il est prévu que je rencontre le président Museveni pour avoir son point de vue. Est-il besoin de dire que mon voyage serait incomplet si je n'avais pas aussi le point de vue du président Museveni ?
Q - (Sur une visite éventuelle de M. Josselin au Rwanda)
R - Parce que mon agenda ne me permettait pas de faire chacune des étapes que j'aurais souhaité, je le regrette. J'espère, lors d'un prochain voyage, aller à Kigali et à Kampala, puisque aussi bien vous avez observé que je n'aurai pas eu le temps non plus d'aller en Ouganda.
Nos relations, vous l'avez dit, ont été marquées par l'histoire récente. Nous continuons une coopération civile avec ce pays. J'espère que les conditions nous permettrons rapidement d'avoir une coopération politique d'Etat à Etat, plus normale. C'est en tout cas notre souhait, et, je crois le savoir, le souhait de nombreux Rwandais./.
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 octobre 1999)