Texte intégral
Françoise Laborde. - Bonjour, avec François Chérèque ce matin, nous allons parler des rendez-vous sociaux de la semaine, une semaine qui s'annonce rude pour le gouvernement et peut-être aussi certains usagers parce qu'il y aura beaucoup de grèves dans les transports et dans l'Éducation nationale. Une semaine aussi où l'on va tenter de négocier entre gouvernement et syndicats. Alors je voudrais d'abord revenir avec vous sur le dossier des retraites, vous avez signé un protocole avec le gouvernement, vous avez été très largement critiqué par une partie des manifestants, et puis peut-être, divine surprise, un certain nombre de responsables à gauche finalement ont pris la plume pour vous soutenir. Michel Rocard la semaine dernière a dit au fond que le gouvernement Jospin n'a pas trouvé autre chose. Et puis la semaine dernière encore certains économiste de renom de gauche, comme Elie Cohen ou Jean-Baptiste de Foucault ont dit " c'est une réforme qu'il fallait accepter ". Cela vous a-t-il mis du baume au coeur ?
François Chérèque. - "Cela rassure bien évidemment, mais à partir du moment où on compare les différents systèmes de retraite en Europe ou dans le monde occidental, on constate qu'il y a deux systèmes de retraite. Le système par répartition qui est le nôtre qui consiste à financer les retraites par les entreprises et ceux qui travaillent et il y a les systèmes par les fonds de pension, qu'on trouve surtout aux États-Unis et en Angleterre qui consistent à placer l'argent des cotisations à la bourse, pour financer ensuite les retraites. À partir du moment où l'on a écarté totalement le système de fonds de pension et que l'on est revenu ou que l'on a garanti pour longtemps le système par répartition, il n'y a pas d'autres solutions que ce que l'on a fait. On peut toujours discuter de certains paramètres, mais le système par répartition c'est ça, et c'est ça qu'on a garanti. Alors peut-être que le Parti socialiste n'accepte pas l'harmonisation entre le public et le privé, c'est peut-être ça la difficulté".
- Alors pourquoi, parce qu'il a changé le Parti socialiste de ce point de vue de position, de stratégie parce que quand il était aux affaires, si je puis dire, il y a eu un certain nombre de rapports, il y a eu des livres blancs, il y a eu des textes qui ont été soumis à Lionel Jospin et qui préconisaient tous le rapprochement privé public.
"On est là à pratiquement 100 % des propositions que faisaient le Parti socialiste en 2002, alors à moins de refuser l'harmonisation entre le public et le privé, on n'avait pas d'autres solutions et d'ailleurs le Parti socialiste n'a toujours pas fait ses propositions aujourd'hui sur les retraites, il faut qu'il se dépêche parce que le débat parlementaire c'est la semaine prochaine. Donc je vois bien que de plus en plus de personnes à gauche comme à droite, disent " à partir du moment où l'on sauvegarde le système par répartition la seule solution, c'est d'aller dans ce sens là et c'est ce qu'a voulu faire la CFDT ".
- Juste une petite question sur le PS, avez-vous pris votre téléphone pour appeler François Hollande et vous étonner peut être de l'accueil qui avait été fait à la CGT qui n'est pas forcément leur partenaire privilégié.
"Non, mais moi je n'ai pas de commentaires à faire sur ce que dit et fait le Parti socialiste, on s'explique très régulièrement, je suis allé devant le groupe parlementaire du Parti socialiste pour expliquer ce que veut faire la CFDT, je suis allé aussi devant le groupe UMP ça se fait normalement dans un pays démocratique, le dialogue entre les syndicats et les partis, en toute autonomie c'est tout à fait normal".
- Alors pour en venir quand même sur cet accord sur les retraites, parmi les questions qui se posent, il y a celles de l'équilibre global du projet qui repose notamment sur la reprise de l'emploi pour qu'il y ait effectivement suffisamment de cotisations pour financer ces retraites. Est-ce que ce pari n'est pas un peu risqué, parce qu'on reste à des niveaux de chômages qui sont effectivement assez importants dans le pays ?
"C'est un pari fort que l'on fait, mais qui est contrôlé tous les cinq ans, c'est à dire qu'on a un moment de rencontre dans cinq ans pour revoir les différents éléments pour financer les retraites, dont la durée de cotisations. Je rappelle que le passage à 41 ans, n'est pas décidé, donc dans cinq ans il va falloir qu'on rediscute en fonction justement du niveau du chômage : est ce qu'on fait 41 ans ou est ce qu'on augmente les cotisations ou la CSG qui fait aussi participer les revenus du patrimoine et du capital, donc là..."
- Il y a une marge d'adaptation.
"Il y a une marge d'adaptation c'est un élément important, c'est à dire que la réforme qui va être faite va être rediscutée tous les cinq ans, et tous les trois ans sur le niveau des pensions, il est important de le comprendre. Maintenant il est évident que les entreprises et le Medef doivent sortir d'une espèce de contradiction qui est de dire qu'il faut augmenter la durée de cotisations et puis licencier les salariés à 55 ans".
- Alors justement, le Medef sur cette réforme c'est un partenaire principal parce qu'effectivement on voit que la moyenne de départ à la retraite en France est bien inférieure à 60 ans à l'heure actuelle parce qu'il y a effectivement des plans de licenciements, où est-ce que vous en êtes de vos négociations avec le Medef sur la formation professionnelle continue où effectivement les accords sur les restructurations pour faire en sorte que tout au long de sa vie on puisse continuer et à se former et à rester dans l'entreprise.
"Effectivement il faut que le Medef sorte de ses contradictions. L'année dernière, le nombre de licenciements de salariés agés de plus de 58 ans a doublé, c'est totalement contradictoire avec ce qu'on veut dire. La négociation sur la formation permanente, la formation continue qui est fondamentale, vous allez dire " quel est le bagage de formation qu'on amène aux salariés pendant toute leur carrière pour pouvoir changer de travail ou pouvoir réagir en cas de chômage ? "
- Avoir une évolution de carrière satisfaisante.
"Aujourd'hui, le Medef accepte d'augmenter la formation, mais voudrait en quelque sorte demander aux salariés de se la payer et ça ce n'est pas acceptable. Il faut faire un effort très ferme et c'est aux entreprises de le faire. Maintenant, un autre chantier de négociations est ouvert, c'est celui sur l'anticipation sur les licenciements dans lequel nous sommes aussi très fermes, en particulier pour les salariés des petites entreprises dans lesquelles ont lieu 85 % des licenciements. Donc là on voit bien qu'on a un ensemble de conditions pour réussir la réforme des retraites. Puis on a ouvert un autre champ de négociations par ce texte, c'est celui de la pénibilité au travail qui va être inscrit dans la loi, pour le public, comme pour le privé. L'ouverture de discussions sur la pénibilité au travail pou faire en sorte que les salariés aient envie de travailler plus longtemps. Parce que quand même vouloir faire travailler les gens jusqu'à 40 ans oui, mais à condition qu'ils aient un travail attractif et qu'ils n'aient pas envie de le quitter pour des raisons de pénibilité. Donc ça c'est un élément important pour la réussite aussi de la réforme des retraites".
- Une question un peu plus personnelle, vous vous êtes retrouvé là personnellement mis en cause avec des panneaux, des calicots, des banderoles qui parfois n'étaient pas très agréables pour vous. Est-ce que ça a été un moment difficile à vivre sur le plan personnel ou est-ce que vous vous êtes dit " là j'ai un rendez-vous, il faut montrer que je suis charpenté, si je puis dire ".
"Inévitablement, il n'est pas facile de se sentir remis en cause comme ça et je ne suis pas insensible à ces critiques, mais en même temps cette décision n'est pas une décision personnelle, le bureau national de la CFDT à 37 pour et un contre a voté le soutien à cette réforme. Et les explications que nous avons actuellement, je serai demain à Caen avec les salariés des services, avec les militants font que maintenant elle est soutenue par une grande partie des militants de la CFDT qui savent que la solution c'est sauver notre système par répartition".
- François Chérèque une dernière question sur l'Éducation, ce n'est pas forcément votre secteur de prédilection, mais est-ce qu'aujourd'hui vous condamnez, vous comprenez le boycott des examens ou vous êtes beaucoup plus ferme que ça là-dessus.
"Non seulement nous ne sommes pas d'accord, mais nous condamnons totalement cette volonté de certains de boycotter les examens, les jeunes ont besoin de passer ces examens, justement pour réussir dans la vie et avoir un emploi demain. Mais là il faut aussi que le gouvernement comprenne qu'il fait une erreur de méthode, il faut qu'il revienne à une discussion sur l'avenir de l'école, un projet pour l'école, un projet pour les métiers d'éducation et puis peut-être geler son projet de décentralisation, revenir à une discussion pourquoi pas dans quelques mois sur ce sujet là, quand on saura quel est le projet du gouvernement pour l'école, ça c'est l'élément important. Rassurons les enseignants sur le fait qu'il y aura une école et une éducation pour tout le monde et après on discutera éventuellement de la décentralisation".
(Source http://www.cfdt.fr, le 3 juin 2003)
François Chérèque. - "Cela rassure bien évidemment, mais à partir du moment où on compare les différents systèmes de retraite en Europe ou dans le monde occidental, on constate qu'il y a deux systèmes de retraite. Le système par répartition qui est le nôtre qui consiste à financer les retraites par les entreprises et ceux qui travaillent et il y a les systèmes par les fonds de pension, qu'on trouve surtout aux États-Unis et en Angleterre qui consistent à placer l'argent des cotisations à la bourse, pour financer ensuite les retraites. À partir du moment où l'on a écarté totalement le système de fonds de pension et que l'on est revenu ou que l'on a garanti pour longtemps le système par répartition, il n'y a pas d'autres solutions que ce que l'on a fait. On peut toujours discuter de certains paramètres, mais le système par répartition c'est ça, et c'est ça qu'on a garanti. Alors peut-être que le Parti socialiste n'accepte pas l'harmonisation entre le public et le privé, c'est peut-être ça la difficulté".
- Alors pourquoi, parce qu'il a changé le Parti socialiste de ce point de vue de position, de stratégie parce que quand il était aux affaires, si je puis dire, il y a eu un certain nombre de rapports, il y a eu des livres blancs, il y a eu des textes qui ont été soumis à Lionel Jospin et qui préconisaient tous le rapprochement privé public.
"On est là à pratiquement 100 % des propositions que faisaient le Parti socialiste en 2002, alors à moins de refuser l'harmonisation entre le public et le privé, on n'avait pas d'autres solutions et d'ailleurs le Parti socialiste n'a toujours pas fait ses propositions aujourd'hui sur les retraites, il faut qu'il se dépêche parce que le débat parlementaire c'est la semaine prochaine. Donc je vois bien que de plus en plus de personnes à gauche comme à droite, disent " à partir du moment où l'on sauvegarde le système par répartition la seule solution, c'est d'aller dans ce sens là et c'est ce qu'a voulu faire la CFDT ".
- Juste une petite question sur le PS, avez-vous pris votre téléphone pour appeler François Hollande et vous étonner peut être de l'accueil qui avait été fait à la CGT qui n'est pas forcément leur partenaire privilégié.
"Non, mais moi je n'ai pas de commentaires à faire sur ce que dit et fait le Parti socialiste, on s'explique très régulièrement, je suis allé devant le groupe parlementaire du Parti socialiste pour expliquer ce que veut faire la CFDT, je suis allé aussi devant le groupe UMP ça se fait normalement dans un pays démocratique, le dialogue entre les syndicats et les partis, en toute autonomie c'est tout à fait normal".
- Alors pour en venir quand même sur cet accord sur les retraites, parmi les questions qui se posent, il y a celles de l'équilibre global du projet qui repose notamment sur la reprise de l'emploi pour qu'il y ait effectivement suffisamment de cotisations pour financer ces retraites. Est-ce que ce pari n'est pas un peu risqué, parce qu'on reste à des niveaux de chômages qui sont effectivement assez importants dans le pays ?
"C'est un pari fort que l'on fait, mais qui est contrôlé tous les cinq ans, c'est à dire qu'on a un moment de rencontre dans cinq ans pour revoir les différents éléments pour financer les retraites, dont la durée de cotisations. Je rappelle que le passage à 41 ans, n'est pas décidé, donc dans cinq ans il va falloir qu'on rediscute en fonction justement du niveau du chômage : est ce qu'on fait 41 ans ou est ce qu'on augmente les cotisations ou la CSG qui fait aussi participer les revenus du patrimoine et du capital, donc là..."
- Il y a une marge d'adaptation.
"Il y a une marge d'adaptation c'est un élément important, c'est à dire que la réforme qui va être faite va être rediscutée tous les cinq ans, et tous les trois ans sur le niveau des pensions, il est important de le comprendre. Maintenant il est évident que les entreprises et le Medef doivent sortir d'une espèce de contradiction qui est de dire qu'il faut augmenter la durée de cotisations et puis licencier les salariés à 55 ans".
- Alors justement, le Medef sur cette réforme c'est un partenaire principal parce qu'effectivement on voit que la moyenne de départ à la retraite en France est bien inférieure à 60 ans à l'heure actuelle parce qu'il y a effectivement des plans de licenciements, où est-ce que vous en êtes de vos négociations avec le Medef sur la formation professionnelle continue où effectivement les accords sur les restructurations pour faire en sorte que tout au long de sa vie on puisse continuer et à se former et à rester dans l'entreprise.
"Effectivement il faut que le Medef sorte de ses contradictions. L'année dernière, le nombre de licenciements de salariés agés de plus de 58 ans a doublé, c'est totalement contradictoire avec ce qu'on veut dire. La négociation sur la formation permanente, la formation continue qui est fondamentale, vous allez dire " quel est le bagage de formation qu'on amène aux salariés pendant toute leur carrière pour pouvoir changer de travail ou pouvoir réagir en cas de chômage ? "
- Avoir une évolution de carrière satisfaisante.
"Aujourd'hui, le Medef accepte d'augmenter la formation, mais voudrait en quelque sorte demander aux salariés de se la payer et ça ce n'est pas acceptable. Il faut faire un effort très ferme et c'est aux entreprises de le faire. Maintenant, un autre chantier de négociations est ouvert, c'est celui sur l'anticipation sur les licenciements dans lequel nous sommes aussi très fermes, en particulier pour les salariés des petites entreprises dans lesquelles ont lieu 85 % des licenciements. Donc là on voit bien qu'on a un ensemble de conditions pour réussir la réforme des retraites. Puis on a ouvert un autre champ de négociations par ce texte, c'est celui de la pénibilité au travail qui va être inscrit dans la loi, pour le public, comme pour le privé. L'ouverture de discussions sur la pénibilité au travail pou faire en sorte que les salariés aient envie de travailler plus longtemps. Parce que quand même vouloir faire travailler les gens jusqu'à 40 ans oui, mais à condition qu'ils aient un travail attractif et qu'ils n'aient pas envie de le quitter pour des raisons de pénibilité. Donc ça c'est un élément important pour la réussite aussi de la réforme des retraites".
- Une question un peu plus personnelle, vous vous êtes retrouvé là personnellement mis en cause avec des panneaux, des calicots, des banderoles qui parfois n'étaient pas très agréables pour vous. Est-ce que ça a été un moment difficile à vivre sur le plan personnel ou est-ce que vous vous êtes dit " là j'ai un rendez-vous, il faut montrer que je suis charpenté, si je puis dire ".
"Inévitablement, il n'est pas facile de se sentir remis en cause comme ça et je ne suis pas insensible à ces critiques, mais en même temps cette décision n'est pas une décision personnelle, le bureau national de la CFDT à 37 pour et un contre a voté le soutien à cette réforme. Et les explications que nous avons actuellement, je serai demain à Caen avec les salariés des services, avec les militants font que maintenant elle est soutenue par une grande partie des militants de la CFDT qui savent que la solution c'est sauver notre système par répartition".
- François Chérèque une dernière question sur l'Éducation, ce n'est pas forcément votre secteur de prédilection, mais est-ce qu'aujourd'hui vous condamnez, vous comprenez le boycott des examens ou vous êtes beaucoup plus ferme que ça là-dessus.
"Non seulement nous ne sommes pas d'accord, mais nous condamnons totalement cette volonté de certains de boycotter les examens, les jeunes ont besoin de passer ces examens, justement pour réussir dans la vie et avoir un emploi demain. Mais là il faut aussi que le gouvernement comprenne qu'il fait une erreur de méthode, il faut qu'il revienne à une discussion sur l'avenir de l'école, un projet pour l'école, un projet pour les métiers d'éducation et puis peut-être geler son projet de décentralisation, revenir à une discussion pourquoi pas dans quelques mois sur ce sujet là, quand on saura quel est le projet du gouvernement pour l'école, ça c'est l'élément important. Rassurons les enseignants sur le fait qu'il y aura une école et une éducation pour tout le monde et après on discutera éventuellement de la décentralisation".
(Source http://www.cfdt.fr, le 3 juin 2003)