Texte intégral
J.-P. Elkabbach - Entre le Gouvernement et vous, les syndicats, sur les fonctionnaires, est-on aujourd'hui au milieu du gué ?
R - Oui, d'une certaine manière, on est au milieu du gué. Il n'y a pas eu de signature hier parce que 0,8 de plus que les 1 % prévus, c'est le strict minimum, mais on est au milieu du gué. Il y a une première étape de franchie, comme nous le souhaitions, à savoir que l'on décroche 2005 des autres années.
Q - Il n'y aura donc pas de manifestations ou de grèves prévues dans les jours qui viennent ?
R - Aujourd'hui, non. On va attendre de voir la suite des discussions avec les pouvoirs publics dans la fonction publique. Mais il y a aussi le problème du privé.
Q - Parce que la discussion ou la négociation continue la semaine prochaine ?
R - Tout à fait, sur : comment le Gouvernement envisage 2006 et également, sur ce qu'il appelle, parce que le mot est toujours flou, "la modernisation de la fonction publique".
Q - Est-on entré dans une phase de négociations, étape par étape, avec des hauts et des bas ?
R - Comme toujours, quand il y a des discussions. Mais là encore, cela dépend du comportement du Gouvernement. Parce que, l'on ne peut pas, par exemple, sur 2006, dire aux syndicats : on va négocier l'augmentation des salaires 2006 en fonction de la croissance. Personne ne sait aujourd'hui quelle sera la croissance en 2006. On ne va pas prendre des risques.
Q - On va expliquer, Monsieur Mailly. + 0,8 % d'augmentation, avez-vous dit, c'était le préalable exigé par les syndicats pour créer un climat de confiance. Vous les avez obtenus, le Gouvernement vous les a accordés, cette nuit, unilatéralement. Dites-vous que c'est un recul ou déjà une avancée ?
R - Non, c'est une avancée le fait qu'il y ait 0,8 de plus. Cela est dû au succès des manifestations du 10 mars. Ce sont les salariés qui ont obtenu cela dans la fonction publique.
Q - Il y avait peut-être une meilleure méthode, comme dit F. Bayrou, mais c'est cela. L'inflation en 2005, c'est 1,5 % ; le Gouvernement vous accorde donc pour 2005, 1,8 %, donc, 0,3 % de plus. C'est pas mal ou non ?
R - Attendez, moi, je veux bien, mais comme par hasard, avant la négociation, on abaisse le taux d'inflation de 1,8 à 1,5. Donc...
Q - Vous voulez dire qu'il y a manipulation ?
R - Vous savez, les chiffres, on peut les triturer parfois. C'était 1,8. Donc on considère que le chiffre d'inflation prévu, là encore - on verra à la fin de l'année - c'est 1,8, on obtient le minimum, c'est-à-dire le maintien du pouvoir d'achat...
Q - Donc, le pouvoir d'achat est garanti ?
R - Il est maintenu, et en plus, c'est à la fin de l'année. Il sera maintenu à la fin de l'année si c'est 1,8.
Q - L'accord proposé hier pouvait jouer sur 2005 et 2006. Pourquoi refuser le lien entre les deux années ? Et pourquoi FO, si vous me permettez, joue-t-elle, année après année, un peu à l'ancienne ?
R - Ce n'est pas l'ancienne. On peut discuter 2005 et 2006. Sauf que, si le sentiment que donnait le Gouvernement hier c'est : on veut bien à la limite aller jusqu'à 1,8 en 2005, mais ceci étant, donner l'impression de récupérer déjà ce qu'il avait donné en 2005 et en 2006. C'est cela qui n'est pas acceptable. 2006, c'était sur la croissance.
Q - Moi je lis, je vois les chiffres, etc. R. Dutreil vous a proposé deux scénarios, dont l'un établit une part fixe et l'autre une part, la hausse des salaires en fonction du taux de croissance. Il y a un petit risque. Mais pourquoi pas l'accepter ? Pourquoi penser que, déjà, la croissance de l'an prochain sera mauvaise ? Pourquoi y aurait-il une fatalité ?
R - Ce n'est pas cela. C'est que, un, cela a été fait quand M. Rocard était Premier ministre, cela na rien donné, une petite prime à un moment donné, premier élément. Vous pouvez aussi avoir, il y a eu cela dans l'histoire, des périodes de croissance faible avec une inflation élevée. Quand on veut préserver le niveau de la consommation, cela se discute par rapport à l'indice des prix, que tout le monde d'ailleurs commence à contester.
Q - Oui, mais cela veut-il dire que certains syndicats profitent-ils d'un Gouvernement qui est coincé par le référendum prochain pour faire avancer des intérêts propres, comme s'il s'agissait d'opérations de caractère politique ?
R - Non, ce ne sont pas des opérations de caractère politique, c'est tout simplement des revendications. S'il faut passer par des mobilisations pour avoir satisfaction, c'est ce que nous avons fait ; nous avons montré que nous avons réussi. Le Gouvernement pouvait négocier avant, il y a eu une négociation, c'est lui qui n'a pas voulu. Alors c'est année par année, bien entendu, puisque l'on veut garantir 2005 avant de discuter des autres années, et ce n'est pas à caractère politique. Ce n'est pas nous qui avons décidé d'organiser un référendum. Maintenant, ce n'est pas parce qu'il y a un référendum que l'on va se taire.
Q - Bien sûr. Mais cela veut dire que 2006 vous dites, on approche de 2007, et 2007, cela va être la présidentielle, et c'est sans fin ? Ne peut-il pas y avoir un dialogue social sur d'autres bases en France ?
R - Pourquoi voulez-vous qu'il y ait d'autres bases. On peut toujours discuter, y compris du pluriannuel, cela dépend de ce que l'on met dans le contenu. Ceci étant, ce n'est pas nous qui fixons les échéances électorales non plus, et on est en démocratie, ou alors il faudrait plus de démocratie pour qu'il y ait plus échéances électorales, donc...
Q - J'entendais quelqu'un dire : après le résultat de ce qui s'est fait cette nuit - 1,8 %, et puis on refuse le lien avec 2006 -, c'est un peu comme un film de W. Allen : "Prends l'oseille et tire-toi !".
R - Non ! C'est un beau film d'ailleurs, très drôle. C'est là que c'est moins drôle, car il a quand même fallu sept heures pour que le Gouvernement concède 0,8 %, sept heures de discussions ! Il ne les a pas lâchés facilement !
Q - Parce que vous n'avez pas voulu enchaîner avec 2006.
R - Parce que l'on ne veut pas leurrer les salariés.
Q - FO, a refusé de signer hier soir. A quelles conditions accepteriez-vous de signer un accord sur les salaires et la fonction publique ?
R - Sur les salaires, quelle est la revendication ? C'est l'augmentation du pouvoir d'achat. Et reste posé le problème dans la fonction publique de l'arriéré, ce qui suppose d'autres discussions sur la grille de la fonction publique par ailleurs. Mais vous savez, il y a, à la fois, les salariés du public mais il y a aussi les salariés du privé. Les fonctionnaires ont obtenu quelque chose hier, insuffisant, mais ils ont obtenu quelque chose que l'on acte. Maintenant, dans le privé, le Gouvernement pour le moment joue la montre, et cela n'est pas acceptable.
Q - On fait une parenthèse sur le privé. G. Larcher a dit : "Patronat et syndicats négociez, parce que ce n'est pas à l'Etat de décider. Rendez-vous en juin". Vous voulez que le Gouvernement fasse "pan pan cul cul au patronat" pour que les négociations accélèrent ?
R - Oui, bien sûr. On ne peut pas attendre le mois de juin ! Tout le monde a les chiffres, tout le monde sait dans quelles branches il y a des minima inférieurs au Smic. Donc, il faut que le Gouvernement, non pas décide des augmentations dans le privé, ce n'est pas son rôle, mais contraigne les patrons à venir à la table des négociations ; joue sur certains critères sur lesquels il peut jouer, telles que les exonérations de cotisations sociales, telles que les demandes de subventions publiques. Et là, on attend, et on continue, on n'est pas satisfaits des positions du Gouvernement dans le privé, on veut que le Gouvernement pousse les salariés du privé à attendre aussi. Du sonnant et trébuchant.
Q - Que mettrez-vous dans la négociation du 5 avril, à quelles contreparties FO est-elle disposée pour aller vers ce que l'on appelle "la réforme de l'Etat", "la modernisation", "un meilleur avenir dans la fonction publique" ?
R - Il y a déjà ce que l'on réclame, c'est une modernisation de la grille, une réforme de la grille indiciaire, c'est technique. Par exemple, il faut savoir que les premiers niveaux dans la fonction publique, comme dans le privé, sont inférieurs au Smic. Cela n'est pas normal. Il y a des déroulements de carrière hiérarchiques qui n'existent pas.
Q - Mais à quelles contreparties FO est-elle prête ?
R - Les contreparties c'est quoi ? Si c'est pour nous dire : vous pouvez avoir des augmentations de salaires à condition qu'il y ait moins d'emplois dans la fonction publique, cela, on ne marche pas. Je rappelle toujours que, quel que soit le nombre d'emplois, 1 000 emplois de moins dans la fonction publique, ce sont 1 000 jeunes qui ne trouvent pas de boulot.
Q - Des fonctionnaires, vous pensez que dans cinq à dix ans, la France devra conserver 5,2 millions fonctionnaires avec 1 millier de corps et de statuts ?
R - Il y a des corps et des statuts. Des corps en tant que tels, il y en a qui ont 40 ou 50 personnes qui sont des gens à la retraite, etc. Il y a des choses qui peuvent évoluer.
Q - On peut leur dire "bye bye" ?
R - Il y a des choses qui peuvent évoluer. Le problème de fond d'ailleurs, sans rentrer dans la technique, c'est : veut-on encore garder des statuts nationaux, c'est cela ? parce que cela c'est lié à la République.
Q - Le Gouvernement, on voit bien qu'il ne veut pas s'arrêter à la revalorisation des salaires. Il y va parce que vous le poussez, mais il répète qu'il voudrait associer les syndicats à des réformes concrètes pour l'avenir et avec un calendrier. Vous, pour FO, pensez-vous que c'est possible ?
R - On a déjà demandé, nous, une chose au Gouvernement...
Q - Mais, est-ce possible ?
R - Il y a des choses qui peuvent être possibles, cela dépend du contenu que l'on y met. Quel service public, quelle fonction publique dans la République ? Une réflexion là-dessus. Nous, on l'a demandé, le Commissariat au Plan pouvait faire ce genre de chose. Tout le monde s'interroge aujourd'hui sur savoir, dans dix ans ou quinze ans, quel schéma pour la fonction publique, quel schéma pour les services publics - à condition que l'on soit encore dans une République - et quelles conditions pour que l'on soit encore un service public dans une République ? Cela, on est prêt à discuter de ce genre de chose. Mais ceci étant, cela dépend du contenu. Si c'est pour nous privatiser la fonction publique, non.
Q - Mais, enfin il n'en est pas question, à ma connaissance.
R - Mais écoutez, dit comme cela, non. Insidieusement, oui.
Q - Mais est-ce qu'il n'y a pas deux camps qui se dessinent chez les syndicats : d'un côté, les modernes - on peut en citer quelques uns - et de l'autre, avec un chef, J.-C. Mailly, moderne, un syndicat plutôt conservateur, FO et la CGT ?
R - C'est des clichés, ça... Un syndicat, par définition, est réformiste en France aujourd'hui. Tout cela dépend de ce qu'on met sous l'angle de réformisme. Ceci étant, un syndicat, c'est aussi fait pour contester quand il n'est pas d'accord. Il n'y a pas de clivage entre les "modernes" et ... Et "modernes", qu'est-ce que cela veut dire ? Il y a des modernes et des anciens. Moi, parfois on me traite d'archéo, cela ne me gêne pas. Contestataire ou réformistes ? Non, un syndicat c'est l'ensemble.
Q - Monsieur Mailly, l'Europe et les syndicats, est-ce que la Constitution européenne crée un progrès en matière sociale ?
R - Il y a dans la partie 2 des éléments qui sont rappelés, mais ce ne sont pas des nouveautés. Il n'y a pas de nouveautés là-dedans. En ce qui nous concerne, il n'y a pas de nouveauté. Non, ce qui nous inquiète plus, c'est la partie sur les questions économiques, où là, nous, nous sommes très critiques sur ce qu'on appelle le Pacte de stabilité et de croissance. Nous sommes très critiques là-dessus depuis des années.
Q - B. Thibault est en difficulté à la CGT qui préfère le non. F. Chérèque est soutenu par la CFDT qui combat en faveur du oui, comme les syndicats européens, et J.-C. Mailly, est-ce qu'il pousse vers le non même s'il ne donne pas de consigne de vote ?
R - Il y a une vieille tradition au FO : on ne confond pas les citoyens et les travailleurs. Maintenant, on n'est pas neutres en ce sens qu'on explique les choses, et on a une vision très critique sur ce qui nous apparaît l'aspect essentiel de ce projet, le Pacte de stabilité.
Q - Et vous, vous personnellement ?
R - Mais moi, personnellement, ce ne regarde que moi.
Q - On peut rester à l'écart d'un débat de cette nature ?
R - On n'est pas à l'écart. Rester à l'écart cela voudrait dire se comporter en disant : on se tait. Non, on n'est pas à l'écart, on explique les choses. Maintenant, on fait confiance à l'intelligence des salariés.
(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 30 mars 2005)
R - Oui, d'une certaine manière, on est au milieu du gué. Il n'y a pas eu de signature hier parce que 0,8 de plus que les 1 % prévus, c'est le strict minimum, mais on est au milieu du gué. Il y a une première étape de franchie, comme nous le souhaitions, à savoir que l'on décroche 2005 des autres années.
Q - Il n'y aura donc pas de manifestations ou de grèves prévues dans les jours qui viennent ?
R - Aujourd'hui, non. On va attendre de voir la suite des discussions avec les pouvoirs publics dans la fonction publique. Mais il y a aussi le problème du privé.
Q - Parce que la discussion ou la négociation continue la semaine prochaine ?
R - Tout à fait, sur : comment le Gouvernement envisage 2006 et également, sur ce qu'il appelle, parce que le mot est toujours flou, "la modernisation de la fonction publique".
Q - Est-on entré dans une phase de négociations, étape par étape, avec des hauts et des bas ?
R - Comme toujours, quand il y a des discussions. Mais là encore, cela dépend du comportement du Gouvernement. Parce que, l'on ne peut pas, par exemple, sur 2006, dire aux syndicats : on va négocier l'augmentation des salaires 2006 en fonction de la croissance. Personne ne sait aujourd'hui quelle sera la croissance en 2006. On ne va pas prendre des risques.
Q - On va expliquer, Monsieur Mailly. + 0,8 % d'augmentation, avez-vous dit, c'était le préalable exigé par les syndicats pour créer un climat de confiance. Vous les avez obtenus, le Gouvernement vous les a accordés, cette nuit, unilatéralement. Dites-vous que c'est un recul ou déjà une avancée ?
R - Non, c'est une avancée le fait qu'il y ait 0,8 de plus. Cela est dû au succès des manifestations du 10 mars. Ce sont les salariés qui ont obtenu cela dans la fonction publique.
Q - Il y avait peut-être une meilleure méthode, comme dit F. Bayrou, mais c'est cela. L'inflation en 2005, c'est 1,5 % ; le Gouvernement vous accorde donc pour 2005, 1,8 %, donc, 0,3 % de plus. C'est pas mal ou non ?
R - Attendez, moi, je veux bien, mais comme par hasard, avant la négociation, on abaisse le taux d'inflation de 1,8 à 1,5. Donc...
Q - Vous voulez dire qu'il y a manipulation ?
R - Vous savez, les chiffres, on peut les triturer parfois. C'était 1,8. Donc on considère que le chiffre d'inflation prévu, là encore - on verra à la fin de l'année - c'est 1,8, on obtient le minimum, c'est-à-dire le maintien du pouvoir d'achat...
Q - Donc, le pouvoir d'achat est garanti ?
R - Il est maintenu, et en plus, c'est à la fin de l'année. Il sera maintenu à la fin de l'année si c'est 1,8.
Q - L'accord proposé hier pouvait jouer sur 2005 et 2006. Pourquoi refuser le lien entre les deux années ? Et pourquoi FO, si vous me permettez, joue-t-elle, année après année, un peu à l'ancienne ?
R - Ce n'est pas l'ancienne. On peut discuter 2005 et 2006. Sauf que, si le sentiment que donnait le Gouvernement hier c'est : on veut bien à la limite aller jusqu'à 1,8 en 2005, mais ceci étant, donner l'impression de récupérer déjà ce qu'il avait donné en 2005 et en 2006. C'est cela qui n'est pas acceptable. 2006, c'était sur la croissance.
Q - Moi je lis, je vois les chiffres, etc. R. Dutreil vous a proposé deux scénarios, dont l'un établit une part fixe et l'autre une part, la hausse des salaires en fonction du taux de croissance. Il y a un petit risque. Mais pourquoi pas l'accepter ? Pourquoi penser que, déjà, la croissance de l'an prochain sera mauvaise ? Pourquoi y aurait-il une fatalité ?
R - Ce n'est pas cela. C'est que, un, cela a été fait quand M. Rocard était Premier ministre, cela na rien donné, une petite prime à un moment donné, premier élément. Vous pouvez aussi avoir, il y a eu cela dans l'histoire, des périodes de croissance faible avec une inflation élevée. Quand on veut préserver le niveau de la consommation, cela se discute par rapport à l'indice des prix, que tout le monde d'ailleurs commence à contester.
Q - Oui, mais cela veut-il dire que certains syndicats profitent-ils d'un Gouvernement qui est coincé par le référendum prochain pour faire avancer des intérêts propres, comme s'il s'agissait d'opérations de caractère politique ?
R - Non, ce ne sont pas des opérations de caractère politique, c'est tout simplement des revendications. S'il faut passer par des mobilisations pour avoir satisfaction, c'est ce que nous avons fait ; nous avons montré que nous avons réussi. Le Gouvernement pouvait négocier avant, il y a eu une négociation, c'est lui qui n'a pas voulu. Alors c'est année par année, bien entendu, puisque l'on veut garantir 2005 avant de discuter des autres années, et ce n'est pas à caractère politique. Ce n'est pas nous qui avons décidé d'organiser un référendum. Maintenant, ce n'est pas parce qu'il y a un référendum que l'on va se taire.
Q - Bien sûr. Mais cela veut dire que 2006 vous dites, on approche de 2007, et 2007, cela va être la présidentielle, et c'est sans fin ? Ne peut-il pas y avoir un dialogue social sur d'autres bases en France ?
R - Pourquoi voulez-vous qu'il y ait d'autres bases. On peut toujours discuter, y compris du pluriannuel, cela dépend de ce que l'on met dans le contenu. Ceci étant, ce n'est pas nous qui fixons les échéances électorales non plus, et on est en démocratie, ou alors il faudrait plus de démocratie pour qu'il y ait plus échéances électorales, donc...
Q - J'entendais quelqu'un dire : après le résultat de ce qui s'est fait cette nuit - 1,8 %, et puis on refuse le lien avec 2006 -, c'est un peu comme un film de W. Allen : "Prends l'oseille et tire-toi !".
R - Non ! C'est un beau film d'ailleurs, très drôle. C'est là que c'est moins drôle, car il a quand même fallu sept heures pour que le Gouvernement concède 0,8 %, sept heures de discussions ! Il ne les a pas lâchés facilement !
Q - Parce que vous n'avez pas voulu enchaîner avec 2006.
R - Parce que l'on ne veut pas leurrer les salariés.
Q - FO, a refusé de signer hier soir. A quelles conditions accepteriez-vous de signer un accord sur les salaires et la fonction publique ?
R - Sur les salaires, quelle est la revendication ? C'est l'augmentation du pouvoir d'achat. Et reste posé le problème dans la fonction publique de l'arriéré, ce qui suppose d'autres discussions sur la grille de la fonction publique par ailleurs. Mais vous savez, il y a, à la fois, les salariés du public mais il y a aussi les salariés du privé. Les fonctionnaires ont obtenu quelque chose hier, insuffisant, mais ils ont obtenu quelque chose que l'on acte. Maintenant, dans le privé, le Gouvernement pour le moment joue la montre, et cela n'est pas acceptable.
Q - On fait une parenthèse sur le privé. G. Larcher a dit : "Patronat et syndicats négociez, parce que ce n'est pas à l'Etat de décider. Rendez-vous en juin". Vous voulez que le Gouvernement fasse "pan pan cul cul au patronat" pour que les négociations accélèrent ?
R - Oui, bien sûr. On ne peut pas attendre le mois de juin ! Tout le monde a les chiffres, tout le monde sait dans quelles branches il y a des minima inférieurs au Smic. Donc, il faut que le Gouvernement, non pas décide des augmentations dans le privé, ce n'est pas son rôle, mais contraigne les patrons à venir à la table des négociations ; joue sur certains critères sur lesquels il peut jouer, telles que les exonérations de cotisations sociales, telles que les demandes de subventions publiques. Et là, on attend, et on continue, on n'est pas satisfaits des positions du Gouvernement dans le privé, on veut que le Gouvernement pousse les salariés du privé à attendre aussi. Du sonnant et trébuchant.
Q - Que mettrez-vous dans la négociation du 5 avril, à quelles contreparties FO est-elle disposée pour aller vers ce que l'on appelle "la réforme de l'Etat", "la modernisation", "un meilleur avenir dans la fonction publique" ?
R - Il y a déjà ce que l'on réclame, c'est une modernisation de la grille, une réforme de la grille indiciaire, c'est technique. Par exemple, il faut savoir que les premiers niveaux dans la fonction publique, comme dans le privé, sont inférieurs au Smic. Cela n'est pas normal. Il y a des déroulements de carrière hiérarchiques qui n'existent pas.
Q - Mais à quelles contreparties FO est-elle prête ?
R - Les contreparties c'est quoi ? Si c'est pour nous dire : vous pouvez avoir des augmentations de salaires à condition qu'il y ait moins d'emplois dans la fonction publique, cela, on ne marche pas. Je rappelle toujours que, quel que soit le nombre d'emplois, 1 000 emplois de moins dans la fonction publique, ce sont 1 000 jeunes qui ne trouvent pas de boulot.
Q - Des fonctionnaires, vous pensez que dans cinq à dix ans, la France devra conserver 5,2 millions fonctionnaires avec 1 millier de corps et de statuts ?
R - Il y a des corps et des statuts. Des corps en tant que tels, il y en a qui ont 40 ou 50 personnes qui sont des gens à la retraite, etc. Il y a des choses qui peuvent évoluer.
Q - On peut leur dire "bye bye" ?
R - Il y a des choses qui peuvent évoluer. Le problème de fond d'ailleurs, sans rentrer dans la technique, c'est : veut-on encore garder des statuts nationaux, c'est cela ? parce que cela c'est lié à la République.
Q - Le Gouvernement, on voit bien qu'il ne veut pas s'arrêter à la revalorisation des salaires. Il y va parce que vous le poussez, mais il répète qu'il voudrait associer les syndicats à des réformes concrètes pour l'avenir et avec un calendrier. Vous, pour FO, pensez-vous que c'est possible ?
R - On a déjà demandé, nous, une chose au Gouvernement...
Q - Mais, est-ce possible ?
R - Il y a des choses qui peuvent être possibles, cela dépend du contenu que l'on y met. Quel service public, quelle fonction publique dans la République ? Une réflexion là-dessus. Nous, on l'a demandé, le Commissariat au Plan pouvait faire ce genre de chose. Tout le monde s'interroge aujourd'hui sur savoir, dans dix ans ou quinze ans, quel schéma pour la fonction publique, quel schéma pour les services publics - à condition que l'on soit encore dans une République - et quelles conditions pour que l'on soit encore un service public dans une République ? Cela, on est prêt à discuter de ce genre de chose. Mais ceci étant, cela dépend du contenu. Si c'est pour nous privatiser la fonction publique, non.
Q - Mais, enfin il n'en est pas question, à ma connaissance.
R - Mais écoutez, dit comme cela, non. Insidieusement, oui.
Q - Mais est-ce qu'il n'y a pas deux camps qui se dessinent chez les syndicats : d'un côté, les modernes - on peut en citer quelques uns - et de l'autre, avec un chef, J.-C. Mailly, moderne, un syndicat plutôt conservateur, FO et la CGT ?
R - C'est des clichés, ça... Un syndicat, par définition, est réformiste en France aujourd'hui. Tout cela dépend de ce qu'on met sous l'angle de réformisme. Ceci étant, un syndicat, c'est aussi fait pour contester quand il n'est pas d'accord. Il n'y a pas de clivage entre les "modernes" et ... Et "modernes", qu'est-ce que cela veut dire ? Il y a des modernes et des anciens. Moi, parfois on me traite d'archéo, cela ne me gêne pas. Contestataire ou réformistes ? Non, un syndicat c'est l'ensemble.
Q - Monsieur Mailly, l'Europe et les syndicats, est-ce que la Constitution européenne crée un progrès en matière sociale ?
R - Il y a dans la partie 2 des éléments qui sont rappelés, mais ce ne sont pas des nouveautés. Il n'y a pas de nouveautés là-dedans. En ce qui nous concerne, il n'y a pas de nouveauté. Non, ce qui nous inquiète plus, c'est la partie sur les questions économiques, où là, nous, nous sommes très critiques sur ce qu'on appelle le Pacte de stabilité et de croissance. Nous sommes très critiques là-dessus depuis des années.
Q - B. Thibault est en difficulté à la CGT qui préfère le non. F. Chérèque est soutenu par la CFDT qui combat en faveur du oui, comme les syndicats européens, et J.-C. Mailly, est-ce qu'il pousse vers le non même s'il ne donne pas de consigne de vote ?
R - Il y a une vieille tradition au FO : on ne confond pas les citoyens et les travailleurs. Maintenant, on n'est pas neutres en ce sens qu'on explique les choses, et on a une vision très critique sur ce qui nous apparaît l'aspect essentiel de ce projet, le Pacte de stabilité.
Q - Et vous, vous personnellement ?
R - Mais moi, personnellement, ce ne regarde que moi.
Q - On peut rester à l'écart d'un débat de cette nature ?
R - On n'est pas à l'écart. Rester à l'écart cela voudrait dire se comporter en disant : on se tait. Non, on n'est pas à l'écart, on explique les choses. Maintenant, on fait confiance à l'intelligence des salariés.
(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 30 mars 2005)