Interview de M. Marc-Philippe Daubresse, secrétaire d'Etat au logement, à la La Chaîne parlementaire le 13 février 2005, sur la politique de l'immigration, les délais de traitement des dossiers de demande d'asile et la discrimination positive.

Texte intégral

Frédéric HAZIZA
Bienvenue dans ce nouveau numéro de " Parlons-en " consacré aujourd'hui au dossier de l'immigration. alors faut-il une nouvelle donne en la matière ? Doit-on instaurer des quotas ? Le modèle d'intégration français a t-il vécu ? Pour ou contre la discrimination positive ? Pour répondre à ces questions, quatre invités sont avec nous aujourd'hui.
Marc-Philippe DAUBRESSE, bonjour.
Marc-Philippe DAUBRESSE
Bonjour.
Frédéric HAZIZA
Vous êtes le ministre délégué au Logement et à la Ville, vous nous exposerez vos propositions.
(...)
Florence MURRACCIOLE
Marc-Philippe DAUBRESSE, on s'aperçoit qu'il n'y a aucune politique européenne commune, est-ce que ça n'est pas là le problème ?
Marc-Philippe DAUBRESSE
C'est un des problèmes, si vous voulez. Il faut faire attention aux vraies fausses solutions dans cette affaire et aux grands slogans ou aller dire, " Regardez, j'ai trouvé dans un pays proche de chez nous la solution magique ". La solution magique n'est pas aux Etats-Unis, par exemple, avec la politique qui a été menée, qui d'ailleurs est un échec...
Intervenant
C'est plutôt les quotas.
Marc-Philippe DAUBRESSE
Oui, qui est plutôt les quotas, et d'ailleurs un quota qui n'est pas n'importe quel type de quota et qui a été un échec, et qui a été transformé au fil du temps. Il faut une solution à la française, mais pour autant il est vrai que sur le plan européen, nous avons un vrai sujet qui est un sujet de la maîtrise globale de l'immigration. Depuis la loi CHEVENEMENT en France, on est passé de 22.000 personnes qui sont arrivées sur le territoire à plus de 75.000. Il est clair que sur le territoire français, on n'est pas capable de bâtir un modèle d'intégration si on ne maîtrise pas un certain nombre de choses. Pour autant, faut-il aller dans une immigration choisie uniquement sur des critères économiques ? Attention à ce qu'on va faire et donc il faut moi, je vous propose une chose, c'est plutôt la méthode BORLOO, c'est-à-dire c'est un problème complexe, il faut mettre tous les partenaires autour de la table, partir sur un diagnostic partagé et puis, ensuite, construire toute une série de choses qui permettent d'avancer sur ce sujet.
Frédéric HAZIZA
La méthode BORLOO ou la méthode RAFFARIN ?
Marc-Philippe Daubresse
La méthode BORLOO, c'est la méthode du plan de cohésion sociale, mais par définition c'est une méthode du gouvernement. Et donc il faut construire sur ce sujet. Pour autant, nous avons posé, nous, plusieurs marches importantes sur ce sujet, et sur la discrimination positive territoriale qui est la politique de la ville, et sur des outils structurants, et sur des outils de lutte contre les discriminations.
(...)
Frédéric HAZIZA
quand vous dénoncez les quotas, quelle est la définition que vous faites des quotas, Marc-Philippe DAUBRESSE ?
Marc-Philippe DAUBRESSE
Moi je n'ai pas dénoncé les quotas, je dis ne nous cachons pas derrière des mots et des slogans pour décrire des réalités complexes. C'est bien que Manuel VALLS disent ce qu'il vient de dire, il a fait son examen de conscience, la loi CHEVENEMENT nous laisse une situation qui n'est pas gérée, qui laxiste, avec une pression de l'immigration qui n'est pas gérée, avec une nécessité de traiter le problème des recours. Quand une personne arrive en France avec tout le mécanisme des retours, on en était à 36 mois pour traiter le problème, le problème des pays surs qui n'est pas traité. Quand un Mauricien vient vous dire " Je suis dans une dictature dans mon pays, ça n'est pas vrai, il est dans République, on peut considérer que l'île Maurice est un pays sur. Et donc il y a toute une série de choses, de fermeté, de politique de fermeté qui n'ont pas été mises en oeuvre, le moment venu.
Florence MURRACCIOLE
Que faire aujourd'hui ?
Marc-Philippe DAUBRESSE
Il faut résoudre ça, on va passer de 36 mois à 4 mois, par exemple, sur l'ensemble du processus, pour traiter...
Florence MURRACCIOLE
Ça, c'est peut-être des mots parce que est-ce que ça va suivre, est-ce que l'administration va suivre ?
Marc-Philippe DAUBRESSE
Oui, oui, nous sommes en train... on a déjà réglé le problème de l'OPRA, de l'Office, on est en train de régler le deuxième stade de cette affaire, nous serons passés, à la fin de cette année, de 36 mois à...
Florence MURRACCIOLE
Marc-Philippe DAUBRESSE
Evidemment, un étranger... vous pensez bien qu'un étranger...
Florence MURRACCIOLE
Au bout de quatre mois, il saura quel est son sort ?
Marc-Philippe DAUBRESSE
Un étranger qui arrive en France et qui n'a toujours pas... son recours n'a pas été traité au bout de 36 mois, il a fait venir sa famille, il a pu avoir des enfants, il est scolarisé, vous n'allez pas le reconduire à la frontière...
Frédéric HAZIZA
Est-ce que ça suffit...
Florence MURRACCIOLE
Donc là au bout de quatre mois, il saura ce qu'il en est.
Marc-Philippe DAUBRESSE
Oui c'est notre objectif dans le plan de cohésion sociale. Deuxième problème, qui est le problème de l'intégration où nous avons à la fois, Manuel VALLS le sait bien, un problème à traiter sur le plan des quartiers, qui ne s'adresse pas qu'aux populations immigrées mais en particulier aux populations immigrées. Comme dit SARKOZY, il n'y a beaucoup de Valentine aux yeux verts dans les quartiers en difficulté, on le sait mais il faut traiter ce problème de l'emploi, du logement, de la lutte contre les discriminations et faire toute une politique là dessus et troisième sujet, qui est le problème économique, que nous devons aborder de front. Je donne un exemple. Moi, j'ai besoin de 100 000 personnes dans le bâtiment en 2006. C'est sûr qu'il vaut mieux offrir ses postes dans le bâtiment à des Français et à des personnes issues de l'immigration pour essayer, parce qu'ils n'ont pas d'emploi sur le territoire français, de leur donner un emploi plutôt que de faire venir des personnes alors que ce sont des emplois peu qualifiés venant de l'Europe centrale par exemple.
(...)
Frédéric HAZIZA
Quand on vous dit " discrimination positive ", Marc-Philippe
DAUBRESSE, vous dites : c'est une bonne solution ou pas ?
Marc-Philippe DAUBRESSE
Moi, je fais de la discrimination positive tous les jours dans la politique de la ville. C'est quoi la politique de la ville ? C'est de dire qu'il y a une iniquité territoriale aujourd'hui parce que des jeunes, dont beaucoup sont issus de l'immigration, qui naissent dans les quartiers en difficulté, sont condamnés à avoir trois ans de retard scolaire de plus que les autres, deux fois de taux de chômage de plus pour les jeunes quand ils démarrent dans la vie. Par définition, si on veut faire de l'égalité des chances, il faut rattraper tout cela et mettre le paquet dans ces quartiers. Là dessus, on est sur un consensus ; après, on peut discuter sur les moyens, sur les plans, chacun dit ce qu'il veut. On est sur un consensus national, sauf les extrémistes là dessus.
Florence MURRACCIOLE
Sur la discrimination positive, le président de la République est contre, enfin en tout cas il le dit.
Marc-Philippe DAUBRESSE
Ecoutez, quand SARKOZY vous dit, ne faisons pas de langue de bois, quand SARKOZY vous dit " oui, d'accord, on fait de la discrimination positive territoriale " et quelque part, on voit bien que cela s'adresse à des populations qui majoritairement étant plus touchées par la crise sont pour une bonne part des populations immigrées, etc., c'est vrai. Mais attention à ne pas faire de la discrimination positive ethnique.
Manuel VALLS, Maire d'Evry
Oui, évidemment.
Marc-Philippe DAUBRESSE
Ca, c'est contraire aux valeurs de la République. Ca, on est d'accord là dessus.
Manuel VALLS
Non mais la grande difficulté, c'est que la ségrégation territoriale, sociale, ethnique, elle, on pourrait même parfois dire religieuse - je pense à la question de l'islam qui est confrontée évidemment à cette discrimination et à cette pauvreté - elle existe.
Marc-Philippe DAUBRESSE
Oui, elle existe, bien sûr.
(...)
Marc-Philippe DAUBRESSE
On a fait la réforme de la dotation de solidarité urbaine pour donner plus d'argent à ces communes. Deuxièmement, quand on fait les équipes éducatives, je suis d'accord avec Manuel VALLS, c'est changer la logique un peu bureaucratique des aides pour dire : faisons confiance aux acteurs de terrain pour "laseriser" l'action sur les problèmes majeurs qui se posent dans ces quartiers en difficultés, notamment aux maires de terrain. C'est ça l'idée du plan BORLOO. Donc je veux dire, on a avancé là dessus. Ce que je veux dire en troisième lieu
Frédéric HAZIZA
Très rapidement parce qu'on arrive à la fin de cette émission...
Marc-Philippe DAUBRESSE
... sur l'image, c'est très important. On sort avant-hier à la télévision Chroniques de la violence ordinaire. Quand vous montrez à la télévision des copropriétés dégradées et une image de désespérance totale, vous sortez de ce film, vous avez envie de vous flinguer. Excusez-moi de le dire comme cela. Je dis : attention ! Parce qu'il faut aussi montrer l'image des talents des cités, il faut montrer l'image des personnes issues de l'immigration qui sont dans des dynamiques positives, dans une logique que l'on puisse montrer que cela marche, que l'on fasse des internats d'excellence s'il faut en faire et que l'on montre que, quelque part, il y a un avenir pour ces populations. Sinon, si vous montrez toujours les choses comme cela, vous renforcez l'extrême droite au fil des élections.
(...)
Frédéric HAZIZA
Marc-Philippe DAUBRESSE, ce sera votre conclusion et la conclusion
de l'émission ?
MARC--PHILIPPE DAUBRESSE
Première étape, la reforme de la fiscalité, il faudra aller beaucoup plus loin sur la péréquation. Deuxième chose, attention à la troisième vague qui nous arrive. Aujourd'hui, les pays d'Europe centrale n'ont pas encore l'autorisation de venir travailler. Quand cela va venir dans cinq ans, il faut que l'on soit prêt. C'est pour cela que les frontières vont bouger, les lignes sont en train de reculer. C'est vrai que c'est long mais les lignes sont en train de reculer et je crois que l'on peut y arriver par un vrai partenariat et un consensus national. FIN
(Source http://www.logement.gouv.fr, le 18 février 2005)