Interviews de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, sur Radio Notre Dame le 31 mars et dans "Le Journal du Dimanche" le 3 avril 2005, sur l'évolution des chiffres du chômage, la proposition gouvernementale sur l'augmentation du traitement des fonctionnaires et la polémique sur le lundi de Pentecôte travaillé.

Texte intégral

Interview de Bernard THIBAULT sur Radio Notre Dame le 31 mars 2005
Q - Qu'elle sera l'attitude de la Cgt face au lundi de Pentecôte
R - Bernard Thibault : Le gouvernement serait bien inspiré de revenir sur cette mesure injuste et inefficace en termes de solidarité à l'égard des besoins des personnes âgées et dépendantes. D'autant qu'elle est inaudible : le premier ministre nous explique qu'il faut travailler plus pour gagner plus et, dans le même temps, impose un jour de travail gratuit ! La démonstration vient d'être faite, avec le lundi de Pâques, de l'anarchie dans son application. Tout cela est en train de créer un magma incompréhensible.
Q - Souhaitez-vous que le gouvernement revienne sur sa décision ?
R - Nous avons déjà obtenu dans un certain nombre d'entreprises que l'employeur renonce à cette mesure en versant la contribution aux caisses de l'État décidée par le gouvernement sans faire travailler ses salariés ce jour-là. Nous incitons donc tous les salariés à faire pression sur leur employeur pour y parvenir. Le cas échéant, nous souhaitons que ce jour-là soit une nouvelle journée de mobilisation sur nos revendications sociales. Quand des décisions sont imposées sur lesquelles les salariés ne souhaitent pas se laisser faire, notre responsabilité c'est de leur permettre de l'exprimer, y compris en ayant recours à l'arrêt de travail.
Q - Etes-vous satisfait de l'augmentation de 0,8 % pour les fonctionnaires ?
R - Nous sommes déjà satisfaits d'être parvenus à rouvrir les discussions sur le sujet. Le gouvernement est passé d'une augmentation des salaires envisagée de 1 % pour 2005 à 1,8 %. Ce n'est pas tout à fait un doublement de la mise, c'est une proposition qui alignerait l'augmentation des salaires sur l'inflation. Autrement dit, une mesure qui n'accroîtrait pas le manque à gagner des fonctionnaires. Par contre, ce qui a été perdu au cours des années précédentes n'a pas été rattrapé. Par ailleurs, j'ai entendu dire au sein de la majorité que les fonctionnaires pourraient être mieux payés s'ils acceptaient d'être moins nombreux, bref une espèce de marchandage qui n'a pas lieu d'être. Les organisations syndicales à l'unanimité ont refusé la logique du donnant-donnant et je m'en félicite. Le gouvernement a dû admettre une augmentation des salaires sans obtenir pour l'instant quelque contrepartie que ce soit.

Q - La mobilisation du 10 mars va-t-elle vous permettre d'agir aussi sur les salaires du privé ?
R - Le 10 mars a contribué à déculpabiliser les salariés français sur la question de leurs salaires. Je le constate depuis la multiplication des conflits dans les entreprises. Compte tenu de la faiblesse des discussions avec Gérard Larcher, de l'intransigeance du Medef, nous avons la responsabilité de concevoir avec les autres organisations syndicales d'autres rendez vous coordonnés. Les pouvoirs publics ont la possibilité de prendre des mesures d'autorité, non pas pour décréter ce que doit être le niveau des salaires dans les entreprises mais pour imposer que plus aucun salaire minimum dans les branches ne soit en dessous du Smic.
(Source http://www.cft.fr, le 21 avril 2005)
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Interview de Bernard Thibault dans le Journal du Dimanche le 3 Avril 2005 :
Q - Comment réagissez-vous à la montée du chômage alors qu'on nous promet une diminution prochaine depuis des mois ?
R - Ça n'est absolument pas une surprise. Aucune initiative publique significative de nature à inverser la tendance n'a été prise. Tout ce qui a été fait pour assouplir le droit du travail, notamment en terme de licenciements économiques, et globalement tout ce qui participe à plus de flexibilité n'est pas une réponse au problème de l'emploi mais contribue au contraire à dégrader la situation. La politique d'exonérations de charges sociales consenties aux entreprises au nom de l'emploi multipliées par dix en dix ans pour atteindre 19 milliards d'euros a démontré son inefficacité avec un chômage qui dépasse les 10%.
Q - La responsabilité est-elle celle du gouvernement ou des entreprises ?
R - Les entreprises sont dans des gestions de court terme. Les plus grands groupes affichent des résultats financiers positifs sans que cela ne se traduise par des investissements matériels ou humains. Nous sommes toujours dans une politique d'emploi basée sur les contrats à durée déterminée pour les trois quarts des offres. Les grands groupes refusent leurs responsabilités. Parallèlement, les pouvoirs publics n'interviennent pas par des leviers économiques sur ces problèmes.
Q - Jean-Louis Borloo, le ministre de la Cohésion sociale, a présenté cette semaine son dispositif de contrats d'avenir. Qu'en pensez-vous ?
R - Ce sont des mesures qui cherchent à limiter les dégâts mais qui ne s'appliquent qu'au secteur non marchand. Il ne s'agit pas de contester l'intérêt de ces dispositifs mais il faut en relativiser la portée. On aura du mal à remonter la pente.
Q - Sur le pouvoir d'achat, êtes-vous satisfaits des avancées du gouvernement cette semaine proposant une augmentation supplémentaire de 0,8% aux fonctionnaires ?
R - L'action collective syndicale produit des effets. Le gouvernement qui ne voulait pas rediscuter a été obligé de revenir à la table des négociations pour doubler la mise sur ses propositions. Les syndicats sont unis, il y a eu du répondant chez les salariés et des résultats dans les négociations.
Q - Comment comptez-vous faire avancer les choses pour les salariés du privé, pour qui les discussions ont été reportées au mois de juin ?
R - Le gouvernement a choisi de gagner du temps en apportant quelques fausses réponses, comme les mesures annoncées sur l'intéressement ou la participation. Il a cette habitude de répondre à côté des problèmes. Nous ne sommes pas satisfaits du calendrier, il n'y a pas de négociation à l'ordre du jour mais une étude technique. Il faut donc envisager d'autres actions unitaires. Les autres organisations syndicales sont partagées mais nous allons continuer, notamment dans les branches. Nous allons profiter du rendez-vous prévu le 18 avril (une réunion technique sur le pouvoir d'achat) pour suggérer des initiatives multiformes dans les entreprises. Le 10 mars a ouvert un processus. Il y a aujourd'hui beaucoup de conflits locaux sur les salaires dans les entreprises, dans le commerce, notamment chez Carrefour, dans la chimie, la métallurgie avec des débuts de résultats. Ensuite, nous souhaitons un 1er mai unitaire sur ces revendications.
Q- Et comment vous situez-vous dans la polémique sur le lundi de Pentecôte ?
R - C'est lié aux questions du pouvoir d'achat et du temps de travail, à l'heure où l'on revient sur les 35 heures. Il y a déjà des entreprises où nous avons obtenu des employeurs qu'ils renoncent à faire travailler leurs salariés ce jour-là. Au vu de ce qui s'est passé le lundi de Pâques, nous suggérons de faire pression auprès des entreprises pour obtenir cela. Ou, à défaut, nous pourrions faire du 16 mai une journée de revendication sur les salaires et le temps de travail avec des arrêts de travail. La CFTC, FO et la FSU sont à peu près dans la même philosophie. Je n'ai pas encore entendu la CFDT sur ce sujet.
(Source http://www.cgt.fr, le 5 avril 2005)