Déclaration de Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés, sur la lutte contre le tabagisme, notamment la prévention, le sevrage et les actions spécifiques contre le tabagisme féminin, Paris le 11 mai 2000.

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Circonstance : Campagne de lutte contre le tabagisme à Paris le 11 mai 2000

Texte intégral

Mesdames,
Messieurs,
Au moment où l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) lance une initiative sans précédent pour un monde sans tabac, je veux rappeler aujourd'hui devant vous, que la France apporte un appui explicite, durable et énergique à la lutte contre le tabagisme.
Le tabagisme est un problème de santé publique majeur : 4 millions de morts sont imputables au tabac dans le monde.
Si nous ne faisons rien, dans une génération, 10 millions de personnes décèderons chaque année dans le monde d'une maladie liée au tabac.
Cette hécatombe peut être évitée, au moins partiellement, par nos décisions d'aujourd'hui. La lutte contre le tabagisme doit devenir une priorité internationale.
La France a engagé depuis longtemps cette lutte, que ce soit par des actions nationales ou par un soutien actif aux initiatives de la Communauté européenne.
Elle a elle-même pris en matière de prévention, des initiatives notamment marquées par la directive interdisant la publicité et le parrainage en faveur des produits du tabac ou encore par le programme " Europe contre le Cancer ".
L'intention de notre pays est d'intensifier cette lutte.
A ce titre la France soutient les initiatives prises dans ce domaine par l'union européenne ou par l'OMS.
Il est en effet indispensable que les pays conjuguent leurs efforts pour prévenir les conséquences dramatiques de la consommation de tabac dans les prochaines décennies tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement qui semblent devenir la cible privilégiée des stratégies commerciales de l'industrie du tabac.
Pour une plus grande efficacité, il est indispensable que les états développent une culture commune et mettent en place des programmes de prévention ou de prise en charge du tabagisme cohérents entre eux comme il est indispensable que les dispositifs normatifs des états se rapprochent.
Pour ce faire, il est également indispensable que la communauté scientifique internationale se mobilise afin d'améliorer notre niveau de connaissance et de permettre de lever un certain nombre de contradictions qui alimentent les querelles d'experts mais desservent la Santé publique.
Nous soutenons activement le projet de convention-cadre de l'OMS. Cette convention sera le premier instrument juridique international permettant de lutter au niveau mondial contre le fléau du tabagisme.
La notion de publics cibles, les jeunes et les femmes, l'encadrement de la publicité et de l'étiquetage, la lutte contre la contrebande sont les priorités dégagées après les premières réunions du groupe de travail sur cette convention.
Certains de ces thèmes font par ailleurs l'objet du projet de directive tabac sur la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac.
En France ces dispositions permettront de renforcer des dispositions de notre droit positif qui repose en grande partie sur la loi du 10 janvier 1991 relative à la lutte contre l'alcoolisme et le tabagisme.
En France la lutte contre le tabagisme est une priorité de santé publique sans cesse rappelée dans le cadre :
du plan triennal de lutte contre le tabagisme annoncé en mai 1999,
du plan gouvernemental de lutte contre la drogue et de prévention des dépendances de juin 1999,
plus récemment dans le cadre du programme national de lutte contre le cancer.
Il s'agit, de l'ennemi n°1 de la santé publique, la première cause de mortalité évitable.
Je sais que nous partageons ce triste privilège avec de nombreux pays que vous représentez.
Ce fléau frappe tout particulièrement les jeunes et les femmes. En France les adolescentes consomment de plus en plus, désormais davantage que les garçons. Une femme enceinte sur 4 fume !
Ainsi même si la consommation de tabac a diminué depuis 1991, la mortalité et la morbidité liées à l'usage de ce produit demeurent très importantes et justifient la mise en place de mesures exceptionnelles principalement en direction des jeunes, des femmes et des personnes en situation précaire.
Outre des campagnes de communication et d'information des usagers, des actions spécifiques de prévention sont conduites en direction de ces publics.
Elles reposent en grande partie sur l'implication des professionnels de santé (à ce titre, le Pr HIRSCH a été missionné il y a quelques semaines pour élaborer un plan pluriannuel de formation des professionnels de santé) et des personnels de l'éducation nationale de même que celle de tout professionnel au contact des enfants ou des jeunes.
Plus de 200 jeunes sont en cours de recrutement pour bénéficier de formation et accompagner ces actions de prévention.
Depuis la fin de l'année 1999, l'ensemble des substituts nicotiniques est en vente libre en pharmacie,
Des expériences d'accès gratuit à ces produits ont été mises en place à destination des personnes en situation précaire qui seront évaluées pour analyser la nature des freins à l'engagement d'une cure de sevrage.
Une réflexion est actuellement en cours sur l'opportunité d'un remboursement des substituts nicotiniques pour améliorer l'accès au sevrage tabagique.
Enfin, nous renforçons les moyens consacrés aux possibilités de sevrage : tous les établissements de santé de plus de 200 lits seront dotés dans les années qui viennent de consultations de sevrage tabagique.
Je voudrai revenir sur le tabagisme féminin. Le tabagisme féminin a considérablement progressé ces dernières années et je suis malheureusement convaincue que nous allons observer cette tendance dans de nombreux pays qui ne sont pas encore touchés par ce phénomène.
C'est pour cela que j'ai demandé que des actions spécifiques soient mises en place en particulier :
dans les écoles des sages-femmes,
dans le cadre de la préparation à la naissance, car la grossesse et la naissance constituent des moments privilégiés pour l'arrêt du tabagisme,
avec le planning familial,
enfin en milieu scolaire pour mieux informer les adolescentes sur les dangers de l'association contraception et tabagisme.
Je sais que vous avez également mis en place des expériences similaires.
Il vous appartient d'évaluer l'impact et l'intérêt de chaque mesure pour que dans ce domaine aussi nous aboutissions à une culture commune qui tient compte des besoins et des possibilités de chaque pays.
Je tiens encore une fois à vous remercier pour votre engagement.


(source http://www.sante.gouv.fr, le 22 mai 2000)