Texte intégral
Je suis particulièrement heureux d'être des vôtres pour la clôture de cette 4ème Conférence de la Commission européenne consacrée à la recherche pour la protection, la conservation et la valorisation du patrimoine culturel européen.
Permettez-moi de m'approprier pleinement la démarche qui vous anime. Elle a donné lieu pendant deux jours à des présentations de projets innovants et à des débats fructueux entre chercheurs, industriels et décideurs. Je suis certain que de nouveaux projets communs verront le jour, ici même, grâce à la bourse d'échange qui se tiendra demain.
Professionnels impliqués dans la protection, la conservation et la valorisation du patrimoine, vous avez su confronter vos approches respectives au sein de six sessions thématiques.
Vous avez dévoilé les risques environnementaux auxquels est exposé notre patrimoine culturel. Tout comme vous avez présenté les nouvelles méthodes et procédés de conservation. De même, vous avez discuté de l'insertion du patrimoine culturel dans l'environnement urbain et de sa valorisation, tout en explorant les nouveaux modes de gestion des monuments et sites touristiques qui conditionnent en grande partie la conservation à long terme de notre patrimoine.
La tonalité et les pistes proposées par les organisateurs de cette conférence montre bien que nous assistons à de profondes mutations dans ce domaine. La conservation du patrimoine trouve son aboutissement et sa justification dans les actions permettant son accessibilité et sa valorisation.
C'est pourquoi la transmission des connaissances revêt une importance primordiale. L'action des scientifiques et des ingénieurs doit être relayée par celle des conservateurs et des restaurateurs du patrimoine. Les considérations culturelles, sociales et économiques deviennent de plus en plus importantes et doivent être harmonisées.
Cela implique de prendre toute la mesure des évolutions en cours. Ainsi, nous sommes passés progressivement de la protection de monuments exceptionnels à celle d'éléments plus quotidiens de notre environnement, de la protection de bâtiments isolés à celle d'ensembles urbains et de paysages façonnés par l'homme, de la protection du patrimoine traditionnel à celui du XXe siècle.
La requalification et la reconversion des bâtiments et des friches industrielles se multiplient. L'intégration dans le paysage urbain de vestiges archéologiques que nous pouvons qualifier d'" archives du sol " a été repensée.
De même, le tourisme culturel est devenu un phénomène de société avec un impact économique considérable.
Ces mutations révèlent à quel point le patrimoine culturel contribue à refaçonner l'identité de chaque pays. Elément essentiel des politiques de coopération et de construction européenne, il favorise la prise de conscience d'une mémoire collective spécifique à l'Europe. Sa protection, sa conservation et sa mise en valeur n'impliquent plus seulement les administrations qui en sont traditionnellement chargées, mais l'ensemble des intervenants économiques et sociaux relayant l'action des pouvoirs publics.
La notion de patrimoine européen ne doit d'ailleurs souffrir d'aucune ambiguïté. Il ne peut s'agir en effet de s'accorder sur un plus petit commun dénominateur, encore moins d'imposer un fonds patrimonial unique et homogène. Ce serait commettre un contresens profond et gâcher une opportunité : l'Europe est riche de la diversité des patrimoines nationaux qu'elle recèle. C'est en cultivant ses différences, sur ce registre comme sur tous les autres, qu'elle renforcera son unité.
Face à cet enjeu, une politique de recherche au niveau européen est primordiale. On attend qu'elle apporte des réponses aux interrogations des citoyens et des décideurs. Ainsi, trois grands enjeux peuvent être identifiés. Il s'agit des articulations " patrimoine et territoire ", " patrimoine et lien social ", " patrimoine et développement économique ".
A propos du premier thème, permettez-moi de proposer quelques pistes de réflexion.
Dans une société de plus en plus soumise à l'économie mondialisée, où l'individu risque de perdre ses repères, l'attachement au patrimoine correspond au besoin d'enracinement. Ceci va de pair avec le souci de proximité et de développement local. Ce besoin se traduit par l'évolution des habitudes et des modes de vie. Chacun aspire à une meilleure qualité de vie à laquelle un environnement harmonieux intégrant les références au passé contribue grandement.
L'intégration du patrimoine dans la ville en devenir, et au-delà dans un paysage urbain sans cesse renouvelé, est un formidable défi pour le XXIe siècle, car c'est en considérant notre héritage que nous portons notre regard sur l'avenir. Le Ministère de la culture et de la communication a engagé un certain nombre d'actions en étroite coopération avec les collectivités territoriales, qu'il s'agisse de la sauvegarde du patrimoine architectural ou des secteurs protégés, du réseau " villes et pays d'art et d'histoire " ou bien encore des " conventions de ville pour l'architecture et le patrimoine ". L'implication de nombreuses associations de citoyens a été encouragée pour favoriser l'appropriation des projets d'aménagement et de réhabilitation par les habitants eux-mêmes.
A ce titre, le forum sur l'architecture et le patrimoine qui s'est tenu en juillet dernier à Paris, dans le cadre de la Présidence française, a permis de souligner le droit du citoyen à un environnement de qualité et la nécessité d'impliquer les habitants dans les politiques de développement durable de l'environnement urbain et bâti, et donc du patrimoine.
Les recherches doivent s'articuler avec les politiques environnementales et les directives européennes sur la qualité de l'air, la diminution des nuisances sonores, la réhabilitation des bâtiments anciens et des friches industrielles.
Elles doivent également prendre en compte l'intégration du patrimoine culturel y compris celle des vestiges archéologiques dans un environnement urbain et para-urbain en constant renouvellement.
Quant à la question " patrimoine et lien social ", je voudrais insister sur le renforcement de la cohésion sociale à travers le partage de la prise en charge du patrimoine culturel par les autorités publiques, les organisations privées et les citoyens.
La protection et la mise en valeur du patrimoine favorise l'insertion sociale et aide à prendre conscience de la nécessité de développer le sens de la citoyenneté.
De même, la concertation entre le secteur public et le secteur privé doit être repensée et développée en impliquant les citoyens. En France, la mise en uvre de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain donnera lieu à un plan d'actions commun entre le Ministère de la culture et de la communication et le Ministère de l'équipement. Cette réforme doit voir le jour à la fin de l'année. Des contrats de villes et d'agglomérations seront signés. D'autres projets se concrétiseront grâce aux fonds structurels européens.
Au cur du chantier, les nouvelles technologies de l'information et de la communication jouent un rôle de tout premier plan. Dès à présent, l'interconnexion entre Internet et les systèmes d'information géographique en ligne, reliés à des bases de données et permettant des approches multiples, constitue un chantier majeur. Les notions d'accessibilité à l'information, du niveau réservé aux professionnels à celui ouvert au grand public, doivent être débattues. Ces nouvelles méthodes vont faciliter l'acquisition de connaissances pour tous. Elles permettront une utilisation autonome et la mise en place de stratégies de conservation au niveau approprié.
Quant à l'articulation " patrimoine et développement économique ", il m'inspire les réflexions suivantes. D'après les statistiques, la réhabilitation du patrimoine bâti représente environ 50 % du marché de l'industrie du bâtiment en Europe.
Les retombées économiques directes pour ce secteur et indirectes pour celui du tourisme et du temps libre contribuent à la création de nouveaux emplois et à l'émergence de nouveaux métiers.
C'est pourquoi, en France, le Ministère de la culture et de la communication et le Secrétariat d'Etat au tourisme viennent de signer une convention en faveur d'une politique commune de tourisme culturel. La valorisation du patrimoine participe tout à la fois de l'offre culturelle et de l'efficacité économique.
Le succès de la campagne " l'Europe, un patrimoine commun " initiée par le Conseil de l'Europe témoigne, pour sa part, de l'intérêt que la population européenne porte à son patrimoine.
Les recherches sur ce thème doivent donc privilégier l'émergence de nouveaux produits, procédés et services dans le domaine du patrimoine. Elles doivent mettre l'accent sur son accessibilité réelle ou virtuelle. Le développement de nouveaux outils informatiques permettra ainsi d'explorer virtuellement monuments, sites et musées. Ils rendront accessibles aux chercheurs les réserves des musées, les fonds des bibliothèques et des archives. La recherche doit produire de nouvelles connaissances et stimuler l'innovation. Comment construire en Europe cet espace de la connaissance et de l'innovation ?
La récente communication du commissaire européen Philippe BUSQUIN " vers un espace européen de la recherche " nous a rappelé la nécessité d'une meilleure articulation des politiques, des objectifs et des moyens, afin de garantir l'efficacité de l'investissement public.
Toutes les réflexions communautaires actuelles sur l'espace européen de la recherche et de l'innovation portent un regard nouveau sur les politiques menées et les défis à relever. Les Programmes cadres de recherche et de développement se sont révélés être de précieux instruments pour stimuler la recherche au niveau européen, mais ils rencontrent aujourd'hui leurs limites.
Pour compléter les dispositifs existants, il est souvent suggéré de mettre en place des " coordinations ouvertes et non contraignantes ". A partir des expériences réussies au plan national ou local, l'objectif est d'identifier les priorités communes aux Etats membres, de comparer les solutions mises en uvre et de rendre compte de la variété des approches.
Un espace européen de la recherche s'esquisse donc. Il prend appui sur les évolutions des comportements dans les Etats membres. Ce nouveau défi place la dimension européenne au cur des politiques nationales. Le domaine de la recherche sur la protection du patrimoine culturel ne constitue pas une exception. Cependant, il ne faut pas ignorer que les acteurs intervenant dans ce domaine ne sont pas toujours bien armés pour faire face aux logiques d'importants consortiums de recherche industrielle. Qui plus est, le patrimoine culturel ne se laisse pas réduire à de simples logiques de marché.
C'est ce qui motive tout l'intérêt de ce colloque.
L'acuité voire la vivacité des débats amènent nécessairement à s'interroger sur la manière de poursuivre les discussions, de permettre les échanges. Ne pourrait-on réfléchir à une organisation souple mais durable ; un réseau d'expertises et de discussions, un lieu de convergences des recherches, des expériences et des problématiques, bref une façon d'agence qui serait un lieu de partage.
Pas un outil à produire de la norme, mais un cercle, articulé sur les initiatives et les expériences nationales. La mission serait de savoir, de faire savoir et de contribuer aussi bien à éclairer l'Union Européenne qu'à établir le socle d'un meilleur échange au plan européen, au bénéfice des états, des régions, des collectivités territoriales.
En tout cas, un colloque tel que celui-ci illustre à l'envi que la préservation scientifique et raisonnée du patrimoine s'inscrit à part entière dans cette double dimension si singulière de la culture : valeur unique, diverse pourtant dans ses débats, ses enjeux et ses expressions.
(Source http://www.culture.gouv.fr, le 24 novembre 2000)
Permettez-moi de m'approprier pleinement la démarche qui vous anime. Elle a donné lieu pendant deux jours à des présentations de projets innovants et à des débats fructueux entre chercheurs, industriels et décideurs. Je suis certain que de nouveaux projets communs verront le jour, ici même, grâce à la bourse d'échange qui se tiendra demain.
Professionnels impliqués dans la protection, la conservation et la valorisation du patrimoine, vous avez su confronter vos approches respectives au sein de six sessions thématiques.
Vous avez dévoilé les risques environnementaux auxquels est exposé notre patrimoine culturel. Tout comme vous avez présenté les nouvelles méthodes et procédés de conservation. De même, vous avez discuté de l'insertion du patrimoine culturel dans l'environnement urbain et de sa valorisation, tout en explorant les nouveaux modes de gestion des monuments et sites touristiques qui conditionnent en grande partie la conservation à long terme de notre patrimoine.
La tonalité et les pistes proposées par les organisateurs de cette conférence montre bien que nous assistons à de profondes mutations dans ce domaine. La conservation du patrimoine trouve son aboutissement et sa justification dans les actions permettant son accessibilité et sa valorisation.
C'est pourquoi la transmission des connaissances revêt une importance primordiale. L'action des scientifiques et des ingénieurs doit être relayée par celle des conservateurs et des restaurateurs du patrimoine. Les considérations culturelles, sociales et économiques deviennent de plus en plus importantes et doivent être harmonisées.
Cela implique de prendre toute la mesure des évolutions en cours. Ainsi, nous sommes passés progressivement de la protection de monuments exceptionnels à celle d'éléments plus quotidiens de notre environnement, de la protection de bâtiments isolés à celle d'ensembles urbains et de paysages façonnés par l'homme, de la protection du patrimoine traditionnel à celui du XXe siècle.
La requalification et la reconversion des bâtiments et des friches industrielles se multiplient. L'intégration dans le paysage urbain de vestiges archéologiques que nous pouvons qualifier d'" archives du sol " a été repensée.
De même, le tourisme culturel est devenu un phénomène de société avec un impact économique considérable.
Ces mutations révèlent à quel point le patrimoine culturel contribue à refaçonner l'identité de chaque pays. Elément essentiel des politiques de coopération et de construction européenne, il favorise la prise de conscience d'une mémoire collective spécifique à l'Europe. Sa protection, sa conservation et sa mise en valeur n'impliquent plus seulement les administrations qui en sont traditionnellement chargées, mais l'ensemble des intervenants économiques et sociaux relayant l'action des pouvoirs publics.
La notion de patrimoine européen ne doit d'ailleurs souffrir d'aucune ambiguïté. Il ne peut s'agir en effet de s'accorder sur un plus petit commun dénominateur, encore moins d'imposer un fonds patrimonial unique et homogène. Ce serait commettre un contresens profond et gâcher une opportunité : l'Europe est riche de la diversité des patrimoines nationaux qu'elle recèle. C'est en cultivant ses différences, sur ce registre comme sur tous les autres, qu'elle renforcera son unité.
Face à cet enjeu, une politique de recherche au niveau européen est primordiale. On attend qu'elle apporte des réponses aux interrogations des citoyens et des décideurs. Ainsi, trois grands enjeux peuvent être identifiés. Il s'agit des articulations " patrimoine et territoire ", " patrimoine et lien social ", " patrimoine et développement économique ".
A propos du premier thème, permettez-moi de proposer quelques pistes de réflexion.
Dans une société de plus en plus soumise à l'économie mondialisée, où l'individu risque de perdre ses repères, l'attachement au patrimoine correspond au besoin d'enracinement. Ceci va de pair avec le souci de proximité et de développement local. Ce besoin se traduit par l'évolution des habitudes et des modes de vie. Chacun aspire à une meilleure qualité de vie à laquelle un environnement harmonieux intégrant les références au passé contribue grandement.
L'intégration du patrimoine dans la ville en devenir, et au-delà dans un paysage urbain sans cesse renouvelé, est un formidable défi pour le XXIe siècle, car c'est en considérant notre héritage que nous portons notre regard sur l'avenir. Le Ministère de la culture et de la communication a engagé un certain nombre d'actions en étroite coopération avec les collectivités territoriales, qu'il s'agisse de la sauvegarde du patrimoine architectural ou des secteurs protégés, du réseau " villes et pays d'art et d'histoire " ou bien encore des " conventions de ville pour l'architecture et le patrimoine ". L'implication de nombreuses associations de citoyens a été encouragée pour favoriser l'appropriation des projets d'aménagement et de réhabilitation par les habitants eux-mêmes.
A ce titre, le forum sur l'architecture et le patrimoine qui s'est tenu en juillet dernier à Paris, dans le cadre de la Présidence française, a permis de souligner le droit du citoyen à un environnement de qualité et la nécessité d'impliquer les habitants dans les politiques de développement durable de l'environnement urbain et bâti, et donc du patrimoine.
Les recherches doivent s'articuler avec les politiques environnementales et les directives européennes sur la qualité de l'air, la diminution des nuisances sonores, la réhabilitation des bâtiments anciens et des friches industrielles.
Elles doivent également prendre en compte l'intégration du patrimoine culturel y compris celle des vestiges archéologiques dans un environnement urbain et para-urbain en constant renouvellement.
Quant à la question " patrimoine et lien social ", je voudrais insister sur le renforcement de la cohésion sociale à travers le partage de la prise en charge du patrimoine culturel par les autorités publiques, les organisations privées et les citoyens.
La protection et la mise en valeur du patrimoine favorise l'insertion sociale et aide à prendre conscience de la nécessité de développer le sens de la citoyenneté.
De même, la concertation entre le secteur public et le secteur privé doit être repensée et développée en impliquant les citoyens. En France, la mise en uvre de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain donnera lieu à un plan d'actions commun entre le Ministère de la culture et de la communication et le Ministère de l'équipement. Cette réforme doit voir le jour à la fin de l'année. Des contrats de villes et d'agglomérations seront signés. D'autres projets se concrétiseront grâce aux fonds structurels européens.
Au cur du chantier, les nouvelles technologies de l'information et de la communication jouent un rôle de tout premier plan. Dès à présent, l'interconnexion entre Internet et les systèmes d'information géographique en ligne, reliés à des bases de données et permettant des approches multiples, constitue un chantier majeur. Les notions d'accessibilité à l'information, du niveau réservé aux professionnels à celui ouvert au grand public, doivent être débattues. Ces nouvelles méthodes vont faciliter l'acquisition de connaissances pour tous. Elles permettront une utilisation autonome et la mise en place de stratégies de conservation au niveau approprié.
Quant à l'articulation " patrimoine et développement économique ", il m'inspire les réflexions suivantes. D'après les statistiques, la réhabilitation du patrimoine bâti représente environ 50 % du marché de l'industrie du bâtiment en Europe.
Les retombées économiques directes pour ce secteur et indirectes pour celui du tourisme et du temps libre contribuent à la création de nouveaux emplois et à l'émergence de nouveaux métiers.
C'est pourquoi, en France, le Ministère de la culture et de la communication et le Secrétariat d'Etat au tourisme viennent de signer une convention en faveur d'une politique commune de tourisme culturel. La valorisation du patrimoine participe tout à la fois de l'offre culturelle et de l'efficacité économique.
Le succès de la campagne " l'Europe, un patrimoine commun " initiée par le Conseil de l'Europe témoigne, pour sa part, de l'intérêt que la population européenne porte à son patrimoine.
Les recherches sur ce thème doivent donc privilégier l'émergence de nouveaux produits, procédés et services dans le domaine du patrimoine. Elles doivent mettre l'accent sur son accessibilité réelle ou virtuelle. Le développement de nouveaux outils informatiques permettra ainsi d'explorer virtuellement monuments, sites et musées. Ils rendront accessibles aux chercheurs les réserves des musées, les fonds des bibliothèques et des archives. La recherche doit produire de nouvelles connaissances et stimuler l'innovation. Comment construire en Europe cet espace de la connaissance et de l'innovation ?
La récente communication du commissaire européen Philippe BUSQUIN " vers un espace européen de la recherche " nous a rappelé la nécessité d'une meilleure articulation des politiques, des objectifs et des moyens, afin de garantir l'efficacité de l'investissement public.
Toutes les réflexions communautaires actuelles sur l'espace européen de la recherche et de l'innovation portent un regard nouveau sur les politiques menées et les défis à relever. Les Programmes cadres de recherche et de développement se sont révélés être de précieux instruments pour stimuler la recherche au niveau européen, mais ils rencontrent aujourd'hui leurs limites.
Pour compléter les dispositifs existants, il est souvent suggéré de mettre en place des " coordinations ouvertes et non contraignantes ". A partir des expériences réussies au plan national ou local, l'objectif est d'identifier les priorités communes aux Etats membres, de comparer les solutions mises en uvre et de rendre compte de la variété des approches.
Un espace européen de la recherche s'esquisse donc. Il prend appui sur les évolutions des comportements dans les Etats membres. Ce nouveau défi place la dimension européenne au cur des politiques nationales. Le domaine de la recherche sur la protection du patrimoine culturel ne constitue pas une exception. Cependant, il ne faut pas ignorer que les acteurs intervenant dans ce domaine ne sont pas toujours bien armés pour faire face aux logiques d'importants consortiums de recherche industrielle. Qui plus est, le patrimoine culturel ne se laisse pas réduire à de simples logiques de marché.
C'est ce qui motive tout l'intérêt de ce colloque.
L'acuité voire la vivacité des débats amènent nécessairement à s'interroger sur la manière de poursuivre les discussions, de permettre les échanges. Ne pourrait-on réfléchir à une organisation souple mais durable ; un réseau d'expertises et de discussions, un lieu de convergences des recherches, des expériences et des problématiques, bref une façon d'agence qui serait un lieu de partage.
Pas un outil à produire de la norme, mais un cercle, articulé sur les initiatives et les expériences nationales. La mission serait de savoir, de faire savoir et de contribuer aussi bien à éclairer l'Union Européenne qu'à établir le socle d'un meilleur échange au plan européen, au bénéfice des états, des régions, des collectivités territoriales.
En tout cas, un colloque tel que celui-ci illustre à l'envi que la préservation scientifique et raisonnée du patrimoine s'inscrit à part entière dans cette double dimension si singulière de la culture : valeur unique, diverse pourtant dans ses débats, ses enjeux et ses expressions.
(Source http://www.culture.gouv.fr, le 24 novembre 2000)