Déclaration de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, sur la politique gouvernementale, notamment en matière de sécurité, d'emploi et sur le projet de loi sur le statut de la Corse, Grenoble le 25 novembre 2000.

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Circonstance : Congrès du Parti socialiste à Grenoble (Isère), du 24 au 26 novembre 2000

Texte intégral

Daniel VAILLANT.- Mes chers camarades, notre Congrès est à l'image de notre Parti, vivant, moderne, porteur d'une ambition collective. Devant les militants qui nous ont donné mandat ici, devant les Français qui nous regardent, nous devons inscrire nos débats dans un devenir pour éclairer le sens de notre action.
C'est ce que fait avec talent François HOLLANDE, c'est autour de lui, rassemblés, que nous devons continuer à le faire, chacun à notre place, comme responsables gouvernementaux, comme responsables politiques, toujours comme militants. Nous sommes engagés dans l'action quotidienne pour servir notre pays, fidèles à nos valeurs. Mais nous devons toujours regarder devant nous pour inlassablement faire reculer les inégalités et faire avancer la tolérance et la justice sociale.
A tous ceux qui en douteraient, à tous ceux qui s'interrogeraient sur la nécessité d'un second souffle ou d'une nouvelle étape, nous devons répondre que nous ne manquons ni d'énergie, ni de travail pour tenir les engagements que nous avons pris en 1997 devant les Français. Le combat pour l'égalité, pour la liberté et pour la fraternité n'est jamais terminé pour des socialistes.
Je voudrais donc aujourd'hui vous dire comment nous pouvons contribuer comme militants à agir dans cette direction et dans quel état d'esprit nous devons nous situer.
Nous nous reconnaissons dans l'action et la méthode de Lionel Jospin. Cela signifie trois choses :
En premier lieu, c'est d'apporter la réponse aux préoccupations concrètes et aux attentes profondes de nos concitoyens.
Répondre aux attentes et être capables d'évoluer, de se remettre en question et d'agir.
La politique a trop souvent souffert de produire des grands discours, des grandes déclarations et des petits effets.
Alors agissons ! Agissons dans la fidélité à nos valeurs. Pour ma part, j'essaie avec bien d'autres de le faire contre l'insécurité qui n'est rien d'autre qu'une injustice qui s'ajoute à l'injustice sociale, qui frappe d'abord les plus faibles et les plus démunis.
Nous le faisons avec détermination, avec des moyens nouveaux autour de quelques idées fortes.
Ce sont les contrats locaux de sécurité qui permettent de faire travailler ensemble des citoyens, des acteurs de la société, des élus, des policiers, qui mobilisent l'ensemble de tous ces acteurs.
C'est aussi la police de proximité qui est en train d'être généralisée sur l'ensemble du territoire.
C'est bien sur le terrain, en effet, que nous devons faire reculer l'insécurité en conjuguant prévention, dissuasion et répression.
C'est une priorité du gouvernement car la sécurité est, je vous le rappelle, au rang des droits de l'homme et du citoyen, ainsi que le disaient ceux qui avaient rédigé les déclarations de 1789 et 1793.
C'est donc bien avec les moyens d'aujourd'hui, dans la société d'aujourd'hui, que nous nous attachons à faire vivre les valeurs et les droits fondamentaux de notre République.
Au-delà de la société française traversée de tensions contradictoires, nous le savons, on l'a vu sur la chasse, on l'a vu sur les 35 heures, sur la réforme fiscale ou même sur le prix du carburant, les Français reconnaissent au gouvernement et à Lionel Jospin la capacité d'arbitrer entre ces tensions, de trouver le juste équilibre entre des demandes parfois antinomiques. Cela a été le cas dans le compromis sur la chasse, grâce à l'action des ministres et des parlementaires.
Cela a été le cas sur les 35 heures où les Français se sont massivement reconnus dans la démarche de Martine Aubry à la fois forte d'une volonté et en même temps d'un réel pragmatisme.
Cet équilibre, cette capacité à arbitrer en fonction de l'intérêt général est aussi une dynamique mieux perçue par nos concitoyens qu'on ne pourrait le croire. C'est tout le contraire de l'immobilisme.
Les Français nous font confiance parce que nous allons de l'avant, parce que nous faisons bouger les lignes, parce que nous nous attaquons aux problèmes pour trouver les solutions.
Les Français nous font confiance parce que nous travaillons véritablement pour moderniser notre pays et réussir la transformation sociale.
Bien évidemment, il ne faut pas relâcher l'effort. Même si la situation de l'emploi s'est largement améliorée depuis trois ans, il reste, ne l'oublions pas, encore plus de 2 millions de chômeurs. Nous, Socialistes, ne devons jamais l'oublier lorsque nous réfléchissons aux mesures utiles à prendre pour notre pays.
Cela signifie aussi, en second lieu, que notre pratique est aux antipodes du double langage quelquefois pratiqué par la Gauche dans le passé.
Non, ce n'est pas le discours d'un côté très à gauche pendant les congrès et la pratique gouvernementale de l'autre beaucoup moins à gauche que dans les congrès.
C'est une question de cohérence, une forme d'honnêteté intellectuelle vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis des militants, vis-à-vis des citoyens.
C'est aussi un moyen essentiel pour restaurer la crédibilité de la politique.
Oui, en faisant ce qu'on dit, en tenant nos engagements.
Je pense que nous sommes en train de prouver aux sceptiques que c'est possible.
Malgré les aléas de la conjoncture, nous tenons nos engagements, nous remplissons le contrat, le pacte que nous avons passé avec les Français. Nous faisons ce pourquoi nous avons été élus.
Rappelons toujours les réformes : les 35 heures, la réforme de la justice, la réorientation de la construction européenne, la modernisation du service public, l'action pour une culture accessible à tous, l'action concrète dans les quartiers.
Mais c'est aussi ce que nous nous employons à faire dans des situations particulières, et je pense à la Corse compte tenu de la responsabilité qui est la mienne dans cette période.
Nous travaillons là encore dans une transparence totale en avançant, fidèles à notre ligne. Le projet de loi que je prépare au nom du gouvernement sera en tous points fidèle au relevé de conclusions du mois de juillet approuvé, faut-il le rappeler, par une très large majorité des élus du suffrage universel en Corse.
Ce que nous voulons, c'est une Corse apaisée, pas une Corse insécurisée. (Applaudissements)
Ce que nous voulons, c'est une Corse qui assure et vive de son propre développement, pas une Corse assistée.
Ce que nous voulons, c'est la Corse dans la République, ce n'est pas la Corse sans la République. (applaudissements)
Ce que nous voulons, c'est ce que veut l'immense majorité des Corses aujourd'hui. Une Corse à qui nous reconnaissons sa spécificité insulaire, sa culture, son identité, mais qui reste fondamentalement attachée à la République, à ses principes et à ses valeurs.
Ne nous focalisons pas sur de faux débats quelquefois même entretenus au sein même de la gauche.
Regardons la réalité en face objectivement et avançons !
Enfin, chers camarades, notre démarche est celle du rassemblement. Nous ne sommes pas un clan, nous ne l'avons jamais été, nous ne le serons jamais.
Nous sommes le pivot de la majorité, avec François Hollande à la tête du Parti, avec Claude Estier et Jean-Marc Ayrault au groupe parlementaire ainsi qu'avec Pervenche Beres au Parlement européen et, jour après jour, nous travaillons ensemble gouvernement, majorité, groupe parlementaire.
Cela nous impose des devoirs et aussi une responsabilité. Lionel Jospin le rappelait il y a quelques semaines, nous comptons beaucoup de talents dans notre Parti, c'est une chance, c'est un atout. Mais ne cédons pas à l'illusion que les talents individuels pourraient s'épanouir indépendamment d'une réussite collective. C'est ensemble que nous réussirons. C'est ce que les militants du Parti et les Français attendent.
Ils attendent une équipe au travail, soudée et audacieuse. Ils attendent des succès collectifs et des réussites partagées.
La dimension collective de notre engagement est au centre de notre action. Les Français apprécient la Gauche plurielle qui permet à chacun de s'exprimer et de rester soi-même dans la mise en uvre d'un projet d'ensemble.
Ils apprécient le Parti Socialiste, la liberté de ton et la diversité des sensibilités qui s'y expriment. Ils apprécient que le Parti Socialiste soit capable de faire passer l'intérêt général de la Gauche fut-ce quelquefois à son propre détriment, comme c'est quelquefois le cas aux élections municipales dont je veux vous dire, mes chers camarades, qu'elles seront moins faciles qu'on ne le dit trop souvent ou ne le laissent entendre les sondages.
Je pense qu'il faut que nous ayons conscience que ces élections municipales et ces élections cantonales seront des élections toujours plus difficiles pour nous quand nous sommes au gouvernement.
Il faudra que nous nous appuyions sur les réussites du gouvernement et de sa majorité lors de ces élections municipales et ne pas simplement en faire des enjeux locaux où la Droite toujours trouve le ressort local pour éventuellement nous mettre en difficulté.
Mais les Français apprécient aussi notre esprit de responsabilité et notre capacité à faire prévaloir notre unité au-delà des ambitions personnelles, au demeurant bien légitimes, c'est d'ailleurs un point supplémentaire qui nous distingue singulièrement de la Droite.
Alors, innovons, gardons le cap, soyons créatifs et à l'écoute des Français !
Et surtout restons ouverts et rassemblés. C'est cela, je crois, le sens profond de ce que nous avons engagé ensemble autour de Lionel Jospin au gouvernement et de François Hollande au Parti.
C'est notre manière de faire de la politique conciliant le volontarisme pour la réforme et le réalisme pour les moyens d'action sans jamais se départir d'une éthique publique. C'est comme cela que nous serons convaincants pour aborder les échéances importantes qui nous attendent. Restons lucides, confiants, fidèles à nos valeurs et, tous ensemble, mes chers camarades, allons de l'avant !
(applaudissements)
(source http://www.parti-socialiste.fr, le 27 novembre 2000)