Conférence de presse de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, sur le sort des enfants-soldats en Ouganda et les conditions de leur réinsertion, Entebbe le 4 février 2006.

Intervenant(s) :

Circonstance : Voyage de Philippe Douste-Blazy en Ouganda le 4 février 2006

Prononcé le

Texte intégral

Nous sommes venus ici pour une visite qui s'inscrit plus particulièrement dans le cadre de la question des enfants soldats.
Il s'agit d'un enjeu politique majeur, pour les pays concernés comme pour nous ; les deux tiers de la population africaine ont moins de 25 ans et pour nous il est essentiel d'apporter des réponses concrètes à ce problème. C'est important pour nous, c'est important pour l'Europe, c'est important aussi pour vous, les pays concernés.
C'est une question qui va au-delà du problème humanitaire, c'est un sujet politique qui doit mobiliser l'ensemble de la communauté internationale, et en particulier les pays bailleurs de fonds. Nous devons travailler à l'édiction de normes juridiques pour interdire l'emploi des enfants soldats. Il est important d'accentuer notre effort sur le problème de la réinsertion des enfants qui ont connu ces atrocités. Or, sans perspective de réinsertion, il ne peut pas y avoir d'intérêt à désarmer. Il faut donc inverser la logique apparente et mobiliser la communauté des bailleurs, en liaison avec les pays concernés, pour renforcer les moyens consacrés à la réinsertion.
Je fais partie de ceux qui pensent que c'est la pire atrocité qui existe. Je pense en même temps que, bien sûr, il y a des forces rebelles qui sont en cause, mais que la sécurisation des camps dépend aussi des autorités ougandaises. Et donc, il me paraît important de tout faire aux Nations unies pour que ceux qui voudraient continuer à faire cela soient très, très durement punis. Toute personne humaine est sacrée. Je suis donc persuadé que progressivement ce combat va être gagné, car la communauté internationale ne permettra pas qu'il en soit autrement.

Je voulais dire cela à la fois au gouvernement ougandais, mais aussi sur place, pour aider les Nations unies et en particulier l'UNICEF, ainsi que les organisations non gouvernementales, qui font un travail remarquable. Pour conclure, je dirais que pour travailler dans la durée il faut réunir deux conditions :

  • d'abord des conditions de sécurité : seules les autorités ougandaises peuvent les assurer ;
  • et il faut ensuite que la communauté internationale puisse donner l'argent nécessaire pour assurer une réinsertion à chaque enfant.

La France souhaite une approche nouvelle de ces conflits. Nous devons rendre la paix économiquement et socialement plus attractive que la guerre, c'est à dire proposer de réelles perspectives de reconversion. J'espère qu'il y aura des efforts de médiation dans la vie politique intérieure ougandaise pour que les enfants ne soient pas, comme toujours, ceux qui font les frais de la non-médiation.

Q - Est-il exact que vous avez demandé aux ONG travaillant dans le Nord de coopérer avec les forces gouvernementales pour chasser le chef rebelle Joseph Kony ?
R - Il faut bien comprendre qu'aujourd'hui, la Cour pénale internationale recherche cet homme, il y a un mandat d'arrêt contre lui, ce qui est une bonne chose, et la communauté internationale doit tout faire pour qu'il soit arrêté. En même temps, il est important que tous ceux qui disent combattre ce drame, cette tragédie des enfants soldats le fassent, que ce soit ici ou au niveau de la communauté internationale.
Comme vous le savez, je me rends maintenant au Burundi, où il y a eu une guerre civile terrible, où il y a eu aussi des enfants soldats ; grâce à l'effort de réinsertion qui est mené, la situation de ces enfants connaît une amélioration vraiment concrète. C'est donc par l'intermédiaire de la formation, de l'éducation et de la réinsertion que l'on arrivera à vaincre le problème des enfants soldats comme c'est en voie d'être fait au Burundi.
Je vous remercie

Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 février 2006