Texte intégral
(...)
Q - On en vient maintenant à cette opération qui consiste donc à fournir des médicaments aux pays les plus pauvres pour lutter contre le sida, contre le paludisme, contre la tuberculose. Comment, concrètement, cela va-t-il se passer ?
R - C'est aujourd'hui l'un des sujets politiques les plus importants sur la planète. On peut parler de la prolifération nucléaire, on peut parler de l'augmentation de l'intégrisme religieux, mais on ne parle jamais de ce sujet : l'augmentation de la pauvreté dans le monde. Mais si vous laissez les pays pauvres devenir de plus en plus pauvres, pendant que nous devenons de plus en plus riches, parce que c'est le cas avec la mondialisation, eh bien le fossé augmente et vous avez un risque d'immigration, un risque de terrorisme ; ce serait d'ailleurs une faute éthique et morale de ne pas intervenir dans cette situation : sur 6 millions de gens sur la planète qui ont besoin d'un médicament pour ne pas mourir dans les trois mois qui viennent, 1 million seulement y aura droit et 5 millions ne verront pas la couleur d'un médicament. Cela, c'est honteux !
Q - Est-ce qu'une taxe sur les billets d'avion, cela peut suffire à régler un problème aussi vaste que celui-là ?
R - Le président Lula, le président Chirac - le président brésilien et le président français - ont proposé, il y a deux ans, de réaliser un rêve un peu fou en disant : mais pourquoi ne pas prendre 1 euro par billet d'avion, et 3 euros ou 4 euros lorsque l'on prend un billet international, et attribuer cet argent-là à une centrale d'achat de médicaments pour les pays du Sud, parce ces pays ne peuvent pas payer des médicaments qui sont trop chers pour eux.
Vous avez de nombreux enfants aujourd'hui, 2.000 par jour, qui sont contaminés par le sida en Afrique. Et savez-vous qu'il n'y a pas de médicaments pour les enfants aujourd'hui, parce que nous, pays riches, avons peu d'enfants infectés par ce virus, et que donc, il n'y a pas eu de développement de formes pédiatriques ?
Q - Donc, il faut lancer la recherche là-dessus ?
R - Il faut lancer la recherche là-dessus. Nous avons monté cette opération, qui s'appelle UNITAID, on est tous unis pour aider, dans le monde entier. Et je vais présenter cela au monde entier pour que deux, puis quatre, puis quatorze pays se joignent à nous. De plus, il y a quarante-trois pays qui font partie du groupe pilote sur les financements innovants maintenant. Il faut continuer.
Et puis en France, il faut constituer cette chaîne de solidarité grâce aux SMS, grâce à l'association "SMS+" qui regroupe les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile. On ne demande rien, pas d'argent, mais uniquement de montrer que les histoires franco-françaises - c'est vrai que c'est très important, on vient de parler de l'assurance maladie -, mais qu'il y a aussi un monde autour qui est de plus en plus dangereux, avec des gens de plus en plus pauvres, il faut s'en occuper. Donc, si on tape son prénom, son nom, et on envoie un SMS au 3-3333, on participe à une chaîne de pétition nationale. Ce n'est ni la droite, ni le centre, ni la gauche, ce n'est pas partisan, et on essaie de montrer que ce sujet nous intéresse.
Q - Vous parlez de dangers dans le monde. Il y a le problème du nucléaire iranien. Les Occidentaux ne veulent pas que les Iraniens enrichissent de l'uranium, ils craignent qu'ils fabriquent la bombe atomique. Le climat semblait plutôt à l'optimisme hier. Qu'est-ce qui a changé ?
R - Il y a deux choses majeures qui ont changé durant la dernière semaine. D'abord, les Américains, pour la première fois, ont décidé de s'associer aux discussions menées par les Européens, à condition que les Iraniens suspendent les activités nucléaires sensibles : l'enrichissement dont vous avez parlé, ou la conversion.
Q - Et ils ne sont pas d'accord ?
R - Deuxièmement, la réunion de Vienne ; j'étais à Vienne le 1er juin, avec Condoleezza Rice, mais aussi avec mes homologues russe et chinois. Il y a là l'accord de tous sur des propositions positives dans le domaine de l'énergie nucléaire civile et dans le domaine commercial. Javier Solana, qui est notre Haut Représentant européen, a été reçu à Téhéran avant-hier. Il me dit que cela s'est passé dans une ambiance très constructive. Il y a deux solutions : ou l'Iran accepte de revenir à la table des négociations...
Q - Et arrête l'enrichissement immédiatement...
R - ...et donne, en effet, des signes qui nous permettent d'avoir à nouveau confiance en lui, parce qu'actuellement nous n'avons pas confiance en l'Iran. Deuxième solution, ils n'écoutent même pas nos propositions, ils ne veulent pas revenir à la négociation, auquel cas, ils prennent le risque majeur d'être tout à fait isolés sur le plan international.
Q - Les Américains dans ce cas, n'excluent pas une hypothèse militaire. Que ferait la France dans ce cas-là ?
R - Aujourd'hui, nous n'en sommes absolument pas là. Il faut d'abord parler évidemment de diplomatie. Il n'y a que la diplomatie qui peut compter. Les Américains ont fait un très grand pas en avant, c'est d'ailleurs un succès de la diplomatie européenne. Nous disions aux Américains qu'il fallait un geste. Ce geste, les Américains l'ont fait. Aux Iraniens, maintenant, de répondre. Il faut se mettre autour de la table des négociations, c'est vraiment très important. C'est trop dangereux pour l'ensemble de la région et pour le monde.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 juin 2006
Q - On en vient maintenant à cette opération qui consiste donc à fournir des médicaments aux pays les plus pauvres pour lutter contre le sida, contre le paludisme, contre la tuberculose. Comment, concrètement, cela va-t-il se passer ?
R - C'est aujourd'hui l'un des sujets politiques les plus importants sur la planète. On peut parler de la prolifération nucléaire, on peut parler de l'augmentation de l'intégrisme religieux, mais on ne parle jamais de ce sujet : l'augmentation de la pauvreté dans le monde. Mais si vous laissez les pays pauvres devenir de plus en plus pauvres, pendant que nous devenons de plus en plus riches, parce que c'est le cas avec la mondialisation, eh bien le fossé augmente et vous avez un risque d'immigration, un risque de terrorisme ; ce serait d'ailleurs une faute éthique et morale de ne pas intervenir dans cette situation : sur 6 millions de gens sur la planète qui ont besoin d'un médicament pour ne pas mourir dans les trois mois qui viennent, 1 million seulement y aura droit et 5 millions ne verront pas la couleur d'un médicament. Cela, c'est honteux !
Q - Est-ce qu'une taxe sur les billets d'avion, cela peut suffire à régler un problème aussi vaste que celui-là ?
R - Le président Lula, le président Chirac - le président brésilien et le président français - ont proposé, il y a deux ans, de réaliser un rêve un peu fou en disant : mais pourquoi ne pas prendre 1 euro par billet d'avion, et 3 euros ou 4 euros lorsque l'on prend un billet international, et attribuer cet argent-là à une centrale d'achat de médicaments pour les pays du Sud, parce ces pays ne peuvent pas payer des médicaments qui sont trop chers pour eux.
Vous avez de nombreux enfants aujourd'hui, 2.000 par jour, qui sont contaminés par le sida en Afrique. Et savez-vous qu'il n'y a pas de médicaments pour les enfants aujourd'hui, parce que nous, pays riches, avons peu d'enfants infectés par ce virus, et que donc, il n'y a pas eu de développement de formes pédiatriques ?
Q - Donc, il faut lancer la recherche là-dessus ?
R - Il faut lancer la recherche là-dessus. Nous avons monté cette opération, qui s'appelle UNITAID, on est tous unis pour aider, dans le monde entier. Et je vais présenter cela au monde entier pour que deux, puis quatre, puis quatorze pays se joignent à nous. De plus, il y a quarante-trois pays qui font partie du groupe pilote sur les financements innovants maintenant. Il faut continuer.
Et puis en France, il faut constituer cette chaîne de solidarité grâce aux SMS, grâce à l'association "SMS+" qui regroupe les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile. On ne demande rien, pas d'argent, mais uniquement de montrer que les histoires franco-françaises - c'est vrai que c'est très important, on vient de parler de l'assurance maladie -, mais qu'il y a aussi un monde autour qui est de plus en plus dangereux, avec des gens de plus en plus pauvres, il faut s'en occuper. Donc, si on tape son prénom, son nom, et on envoie un SMS au 3-3333, on participe à une chaîne de pétition nationale. Ce n'est ni la droite, ni le centre, ni la gauche, ce n'est pas partisan, et on essaie de montrer que ce sujet nous intéresse.
Q - Vous parlez de dangers dans le monde. Il y a le problème du nucléaire iranien. Les Occidentaux ne veulent pas que les Iraniens enrichissent de l'uranium, ils craignent qu'ils fabriquent la bombe atomique. Le climat semblait plutôt à l'optimisme hier. Qu'est-ce qui a changé ?
R - Il y a deux choses majeures qui ont changé durant la dernière semaine. D'abord, les Américains, pour la première fois, ont décidé de s'associer aux discussions menées par les Européens, à condition que les Iraniens suspendent les activités nucléaires sensibles : l'enrichissement dont vous avez parlé, ou la conversion.
Q - Et ils ne sont pas d'accord ?
R - Deuxièmement, la réunion de Vienne ; j'étais à Vienne le 1er juin, avec Condoleezza Rice, mais aussi avec mes homologues russe et chinois. Il y a là l'accord de tous sur des propositions positives dans le domaine de l'énergie nucléaire civile et dans le domaine commercial. Javier Solana, qui est notre Haut Représentant européen, a été reçu à Téhéran avant-hier. Il me dit que cela s'est passé dans une ambiance très constructive. Il y a deux solutions : ou l'Iran accepte de revenir à la table des négociations...
Q - Et arrête l'enrichissement immédiatement...
R - ...et donne, en effet, des signes qui nous permettent d'avoir à nouveau confiance en lui, parce qu'actuellement nous n'avons pas confiance en l'Iran. Deuxième solution, ils n'écoutent même pas nos propositions, ils ne veulent pas revenir à la négociation, auquel cas, ils prennent le risque majeur d'être tout à fait isolés sur le plan international.
Q - Les Américains dans ce cas, n'excluent pas une hypothèse militaire. Que ferait la France dans ce cas-là ?
R - Aujourd'hui, nous n'en sommes absolument pas là. Il faut d'abord parler évidemment de diplomatie. Il n'y a que la diplomatie qui peut compter. Les Américains ont fait un très grand pas en avant, c'est d'ailleurs un succès de la diplomatie européenne. Nous disions aux Américains qu'il fallait un geste. Ce geste, les Américains l'ont fait. Aux Iraniens, maintenant, de répondre. Il faut se mettre autour de la table des négociations, c'est vraiment très important. C'est trop dangereux pour l'ensemble de la région et pour le monde.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 juin 2006