Texte intégral
C. Barbier - Ici même, hier matin, J.-L. Debré vous a proposé de renoncer à la plus grande partie de vos amendements - 30.000 pour le PS, sur un total de 137.000 - en échange d'un débat de grande longueur, peut-être même de la longueur que vous souhaitez. Acceptez-vous cette proposition ?
R - Nous voulons un débat. Et si nous n'avions pas déposé autant d'amendements, je pense que le Gouvernement voulait passer le plus vite possible ce texte, parce qu'il l'embarrasse énormément. Donc nous avons au moins réussi cela, c'est que nous en parlons ce matin, que toutes les radios, tous les journaux en parlent, et que c'est au coeur du débat politique de cette rentrée. Donc on verra.
Q - Est-ce que c'est gagné ? Pouvez-vous retirer vos amendements et passer à un débat ?
R - On ne retirera pas nos amendements, parce que ces amendements sont des amendements avec beaucoup de contenu, donc ils vont permettre un débat. Mais on verra bien au fur et à mesure que ce processus parlementaire avance, comment nous ferons avec nos amendements à la fin du débat. Nous, nous souhaitons que la majorité UMP vote. Nous ne demandons pas au Gouvernement d'utiliser l'article 49.3, nous ne sommes pas partisans. Nous demandons que l'UMP prenne ses responsabilités sur un sujet essentiel.
Q - Et la montagne de papier que J.-L. Debré a installé dans l'Hémicycle pour représenter ce qu'étaient tous vos amendements, cela ne vous donne-t-il pas des remords ?
R - Pas du tout, je vais vous dire pourquoi : si nous n'avions pas fait cela, je le répète, nous n'en parlerions pas ainsi. Les éditorialistes, ce matin, ne parlent que cela, les journaux parlent de cela depuis plusieurs jours. Et donc, on va parler de quoi maintenant ? Pas seulement de nos amendements, mais du problème. Le problème c'est la privatisation de Gaz de France. Alors que N. Sarkozy s'était engagé avec le reste du Gouvernement à ne pas le faire, et là, c'est reniement de la parole donnée. Et puis, à six/sept mois de l'élection présidentielle, c'est quand même, en quelque sorte, un déni de démocratie. Laissons les Français trancher par leur vote, sur leur choix, ce qu'ils souhaitent faire, d'une politique énergétique ambitieuse pour la France, qui garantisse l'approvisionnement, qui maîtrise les coûts pour les consommateurs, et qui prépare l'avenir.
Q - On ne peut pas attendre 2007, il y a urgence. Il faut aider Suez à résister à des OPA, il faut aider GDF à se développer à l'internationale !
R - Franchement, savez-vous qu'en privatisant GDF, en fusionnant avec Suez, qui n'est pas d'ailleurs une entreprise française contrairement à ce que l'on dit, on va créer un groupe non seulement gazier mais électricien. Et que l'on va, en France, constituer à EDF, qui est quand même le fleuron de notre industrie en matière énergétique et d'approvisionnement et de distribution, une concurrence nous-mêmes, alors que cette question de l'énergie, qui est une question stratégique, qui pose des problèmes de sécurité d'approvisionnement, devrait être traitée, non pas seulement en France mais à l'échelle de l'Europe, ce que le Gouvernement français n'a pas fait. Je trouve cela dramatique.
Q - T. Breton explique qu'il y a quelques années, L. Fabius, par exemple, n'était pas contre un changement de statut de GDF. Maintenez-vous que GDF doit rester toujours publique, pour toujours, ou peut-on en rediscuter ?
R - Aujourd'hui, GDF a changé de statut par la volonté de la majorité actuelle, et l'Etat en est propriétaire à 70 %. C'est déjà une situation que...
Q - On va garder une minorité de blocage.
R - Ce n'est plus la même chose, parce que vous faites entrer des actionnaires qui n'auront qu'un but : c'est augmenter les profits très très vite. Donc moins d'investissements sur l'approvisionnement, moins d'investissement sur la sécurité pour la distribution, et puis augmentation des prix. Que vivent les Français en cette rentrée ? C'est le prix du carburant qui explose, c'est le prix de l'énergie pour se chauffer, qui augmente fortement. On demande que le Gouvernement prenne des mesures fiscales pour améliorer le pouvoir d'achat des Français. Il répond par des promesses en disant : c'est aux entreprises de faire un chèque transport. Et on voit bien que le Gouvernement ne veut pas mettre la main à la pâte, c'est cela qui est dramatique. Le Gouvernement gère les affaires courantes et n'a plus d'assises populaires, et veut faire passer en force une fusion et une privatisation GDF qui me paraît profondément inacceptable et dangereuse pour l'avenir.
Q - Le PS propose de fusionner plutôt EDF et GDF, de les rapprocher, mais pourtant la France produit toute son électricité mais pas de gaz. Ce n'est pas la même chose ?
R - Il faut pouvoir discuter de cela en mettant tout sur la table avec nos partenaires européens. Aujourd'hui, le patriotisme économique dont se prévaut le Premier ministre sur une question aussi importante que la ressource énergétique - on est déjà dans l'après pétrole, il faut le préparer -, ce n'est pas une question qui peut se traiter qu'à l'échelle nationale, puisque nous sommes en Europe. Et donc, le vrai patriotisme économique c'est de parler avec nos partenaires européens, et de constituer, là, comme on l'a fait dans l'industrie aéronautique par exemple, un grand pôle industriel.
Q - Si dans le courant du mois de septembre, le Gouvernement passe par le 49.3, déposerez-vous une motion de censure ?
R - Oui, mais nous ce que l'on veut, c'est que les Français soient vraiment les vrais censeurs, qu'ils aient le dernier mot. Alors, bien sûr, nous pouvons déposer une motion de censure, parce qu'à chaque fois, cela permettrait le bilan de la politique du Gouvernement. On voit bien qu'il est à bout de souffle. Mais ce que l'on veut, c'est préparer les choix de l'alternance en 2007.
Q - Et si le Gouvernement arrive à privatiser GDF, le PS s'engage, après 2007, si vous gagnez les élections, à renationaliser ?
R - Cela me paraît extrêmement difficile. Je crois qu'il faut bien voir que, si aujourd'hui, la majorité réussit à privatiser GDF, fusionne avec Suez...
Q - C'est irréversible ?
R - ...Cela créera les conditions d'une autre politique beaucoup plus difficile. Donc, il y a, effectivement, un vrai scandale démocratique à vouloir faire ainsi, à sept, à huit mois de l'élection présidentielle. Dans six/sept mois on sera dans le débat, laissons les Français décider.
Q - Au début de l'été, parce que vous aviez constaté un phénomène dans le pays, vous avez dit que, quand même, S. Royal, ça pouvait être votre candidate, vous sembliez favorable à cette candidature. Aujourd'hui, êtes-vous totalement derrière elle ?
R - Je déciderai définitivement lorsque nous approcherons de la date des dépôts des candidatures, c'est-à-dire dans quelques jours, d'ici à la fin du mois de septembre.
Q - Elle ne vous déçoit pas par son manque de propositions concrètes ?
R - Non, je crois qu'elle révèle certainement quelque chose de profond, une attente de changement dans le pays, et pas seulement de projets politiques que porte le PS et doit porter également la gauche, mais aussi la manière de faire, la manière de s'y prendre. Car...
Q - Par exemple, quand elle dit "la carte scolaire, il faut changer". C'est une manière un peu brutale. Vous êtes maire, vous savez que c'est très délicat la carte scolaire, à Nantes comme ailleurs ?
R - C'est délicat mais...
Q - Vous êtes d'accord avec elle, elle a raison ?
R - Je suis d'accord avec le fait de poser les problèmes...
Q - Et elle le fait.
R - ... de ne pas occulter les problèmes. Je vais vous dire, dans ma ville, il y a beaucoup de collèges - c'est au niveau du collège que le problème se pose - il y en a quatre où le résultat au Brevet des collèges encore cette année est en dessous de 40 %. Et chaque année, on voit les effectifs baisser. Il y a une stratégie des familles, qu'on peut comprendre puisque les parents veulent la réussite de leur enfant, qu'on appelle de "contournement de la carte scolaire". On va soit dans un autre établissement public, soit dans le secteur privé. Et, résultat, ces collèges en difficulté s'appauvrissent. Je veux relever le défi de la réussite scolaire. Et si c'est la question que pose S. Royal, elle a raison. Parce que si c'est simplement de dire : il y a la carte scolaire qui préserve la mixité sociale et que, dans la réalité ce n'est pas ça, les Français n'ont plus confiance. Il ne suffit pas de dire "service public, service public", si dans le même temps le service public fonctionne mal et qu'il est trop cher, et qu'il n'est pas efficace. Donc, posons les problèmes et cherchons des solutions conformes à nos valeurs, bien entendu, qui sont celles de la mixité sociale.
Q - En 95, vous aviez joué un rôle décisif dans la candidature de L. Jospin, c'était le début de cette grande aventure. Pourquoi n'êtes-vous pas derrière lui aujourd'hui ? Il est trop vieux ?
R - Parce que la France a changé. Nous ne sommes ni en 95 ni en 2002. Je suis loyal à l'égard de L. Jospin, de ce qu'il fait, de ce qu'il a été et de ce qu'il a fait aussi pour le pays. Mais ce que je demande, c'est qu'il soit loyal aussi à l'égard des autres, quels qu'ils soient, et qui peuvent présenter d'autres réponses, d'autres solutions, et qui peuvent représenter une autre génération. Parce qu'aujourd'hui, on a besoin de réponses profondes à la crise de notre pays, qui est une crise vraiment profonde de la société. Et il y a plein de problèmes, cela fait 25 ans qu'on les occulte. Alors il est grand temps que on les traite aujourd'hui.
Q - Et le projet du PS adopté en juillet est un peu mort-né, il ne répondait pas à ces problèmes ?
R - C'est un socle qui...
Q - ...C'est insuffisant.
R - C'est un socle qui va être utilisé par l'ensemble des candidats et par le PS. Bien entendu il faut travailler. Vous avez vu, c'est un petit livre, et il ne peut pas répondre à tout. Maintenant, il faut décliner en propositions, en mesures que l'on prendrait. Mais je crois que ce qui est important, c'est de répondre à la crise globale que traverse notre pays par un projet qui trace en quelque sorte une perspective, et surtout qui montre qu'entre ce que représente N. Sarkozy - c'est-à-dire la vieille droite française qui s'assume, très libérale et très dure aussi, et autoritaire - il y a une alternative de type social-démocrate, mais qui en même temps est très offensive, qui traite les questions, et qui remet la France en mouvement.
Q - En un mot pour finir, vous serez aussi l'orateur du PS aujourd'hui dans le débat important sur le Liban. Vous confirmerez votre soutien à la politique de J. Chirac ?
R - Ecoutez, je crois que la France a fait ce qu'il fallait même s'il y a eu des insuffisances en ce qui concerne l'Europe, même s'il y a un flou par rapport à la Syrie, par rapport à l'Iran, la manière de traiter ces pays qui doivent être aussi dans la discussion et la négociation, dans la clarté bien sûr. Mais malgré tout, nous avons contribué à faire avancer les choses par une solution internationale, les Nations Unies. Et là, concrètement, aujourd'hui, Israël va lever son blocus parce que la France, avec l'Europe s'est engagée, et donc ça montre que c'est comme ça qu'il fallait faire.
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 7 septembre 2006
R - Nous voulons un débat. Et si nous n'avions pas déposé autant d'amendements, je pense que le Gouvernement voulait passer le plus vite possible ce texte, parce qu'il l'embarrasse énormément. Donc nous avons au moins réussi cela, c'est que nous en parlons ce matin, que toutes les radios, tous les journaux en parlent, et que c'est au coeur du débat politique de cette rentrée. Donc on verra.
Q - Est-ce que c'est gagné ? Pouvez-vous retirer vos amendements et passer à un débat ?
R - On ne retirera pas nos amendements, parce que ces amendements sont des amendements avec beaucoup de contenu, donc ils vont permettre un débat. Mais on verra bien au fur et à mesure que ce processus parlementaire avance, comment nous ferons avec nos amendements à la fin du débat. Nous, nous souhaitons que la majorité UMP vote. Nous ne demandons pas au Gouvernement d'utiliser l'article 49.3, nous ne sommes pas partisans. Nous demandons que l'UMP prenne ses responsabilités sur un sujet essentiel.
Q - Et la montagne de papier que J.-L. Debré a installé dans l'Hémicycle pour représenter ce qu'étaient tous vos amendements, cela ne vous donne-t-il pas des remords ?
R - Pas du tout, je vais vous dire pourquoi : si nous n'avions pas fait cela, je le répète, nous n'en parlerions pas ainsi. Les éditorialistes, ce matin, ne parlent que cela, les journaux parlent de cela depuis plusieurs jours. Et donc, on va parler de quoi maintenant ? Pas seulement de nos amendements, mais du problème. Le problème c'est la privatisation de Gaz de France. Alors que N. Sarkozy s'était engagé avec le reste du Gouvernement à ne pas le faire, et là, c'est reniement de la parole donnée. Et puis, à six/sept mois de l'élection présidentielle, c'est quand même, en quelque sorte, un déni de démocratie. Laissons les Français trancher par leur vote, sur leur choix, ce qu'ils souhaitent faire, d'une politique énergétique ambitieuse pour la France, qui garantisse l'approvisionnement, qui maîtrise les coûts pour les consommateurs, et qui prépare l'avenir.
Q - On ne peut pas attendre 2007, il y a urgence. Il faut aider Suez à résister à des OPA, il faut aider GDF à se développer à l'internationale !
R - Franchement, savez-vous qu'en privatisant GDF, en fusionnant avec Suez, qui n'est pas d'ailleurs une entreprise française contrairement à ce que l'on dit, on va créer un groupe non seulement gazier mais électricien. Et que l'on va, en France, constituer à EDF, qui est quand même le fleuron de notre industrie en matière énergétique et d'approvisionnement et de distribution, une concurrence nous-mêmes, alors que cette question de l'énergie, qui est une question stratégique, qui pose des problèmes de sécurité d'approvisionnement, devrait être traitée, non pas seulement en France mais à l'échelle de l'Europe, ce que le Gouvernement français n'a pas fait. Je trouve cela dramatique.
Q - T. Breton explique qu'il y a quelques années, L. Fabius, par exemple, n'était pas contre un changement de statut de GDF. Maintenez-vous que GDF doit rester toujours publique, pour toujours, ou peut-on en rediscuter ?
R - Aujourd'hui, GDF a changé de statut par la volonté de la majorité actuelle, et l'Etat en est propriétaire à 70 %. C'est déjà une situation que...
Q - On va garder une minorité de blocage.
R - Ce n'est plus la même chose, parce que vous faites entrer des actionnaires qui n'auront qu'un but : c'est augmenter les profits très très vite. Donc moins d'investissements sur l'approvisionnement, moins d'investissement sur la sécurité pour la distribution, et puis augmentation des prix. Que vivent les Français en cette rentrée ? C'est le prix du carburant qui explose, c'est le prix de l'énergie pour se chauffer, qui augmente fortement. On demande que le Gouvernement prenne des mesures fiscales pour améliorer le pouvoir d'achat des Français. Il répond par des promesses en disant : c'est aux entreprises de faire un chèque transport. Et on voit bien que le Gouvernement ne veut pas mettre la main à la pâte, c'est cela qui est dramatique. Le Gouvernement gère les affaires courantes et n'a plus d'assises populaires, et veut faire passer en force une fusion et une privatisation GDF qui me paraît profondément inacceptable et dangereuse pour l'avenir.
Q - Le PS propose de fusionner plutôt EDF et GDF, de les rapprocher, mais pourtant la France produit toute son électricité mais pas de gaz. Ce n'est pas la même chose ?
R - Il faut pouvoir discuter de cela en mettant tout sur la table avec nos partenaires européens. Aujourd'hui, le patriotisme économique dont se prévaut le Premier ministre sur une question aussi importante que la ressource énergétique - on est déjà dans l'après pétrole, il faut le préparer -, ce n'est pas une question qui peut se traiter qu'à l'échelle nationale, puisque nous sommes en Europe. Et donc, le vrai patriotisme économique c'est de parler avec nos partenaires européens, et de constituer, là, comme on l'a fait dans l'industrie aéronautique par exemple, un grand pôle industriel.
Q - Si dans le courant du mois de septembre, le Gouvernement passe par le 49.3, déposerez-vous une motion de censure ?
R - Oui, mais nous ce que l'on veut, c'est que les Français soient vraiment les vrais censeurs, qu'ils aient le dernier mot. Alors, bien sûr, nous pouvons déposer une motion de censure, parce qu'à chaque fois, cela permettrait le bilan de la politique du Gouvernement. On voit bien qu'il est à bout de souffle. Mais ce que l'on veut, c'est préparer les choix de l'alternance en 2007.
Q - Et si le Gouvernement arrive à privatiser GDF, le PS s'engage, après 2007, si vous gagnez les élections, à renationaliser ?
R - Cela me paraît extrêmement difficile. Je crois qu'il faut bien voir que, si aujourd'hui, la majorité réussit à privatiser GDF, fusionne avec Suez...
Q - C'est irréversible ?
R - ...Cela créera les conditions d'une autre politique beaucoup plus difficile. Donc, il y a, effectivement, un vrai scandale démocratique à vouloir faire ainsi, à sept, à huit mois de l'élection présidentielle. Dans six/sept mois on sera dans le débat, laissons les Français décider.
Q - Au début de l'été, parce que vous aviez constaté un phénomène dans le pays, vous avez dit que, quand même, S. Royal, ça pouvait être votre candidate, vous sembliez favorable à cette candidature. Aujourd'hui, êtes-vous totalement derrière elle ?
R - Je déciderai définitivement lorsque nous approcherons de la date des dépôts des candidatures, c'est-à-dire dans quelques jours, d'ici à la fin du mois de septembre.
Q - Elle ne vous déçoit pas par son manque de propositions concrètes ?
R - Non, je crois qu'elle révèle certainement quelque chose de profond, une attente de changement dans le pays, et pas seulement de projets politiques que porte le PS et doit porter également la gauche, mais aussi la manière de faire, la manière de s'y prendre. Car...
Q - Par exemple, quand elle dit "la carte scolaire, il faut changer". C'est une manière un peu brutale. Vous êtes maire, vous savez que c'est très délicat la carte scolaire, à Nantes comme ailleurs ?
R - C'est délicat mais...
Q - Vous êtes d'accord avec elle, elle a raison ?
R - Je suis d'accord avec le fait de poser les problèmes...
Q - Et elle le fait.
R - ... de ne pas occulter les problèmes. Je vais vous dire, dans ma ville, il y a beaucoup de collèges - c'est au niveau du collège que le problème se pose - il y en a quatre où le résultat au Brevet des collèges encore cette année est en dessous de 40 %. Et chaque année, on voit les effectifs baisser. Il y a une stratégie des familles, qu'on peut comprendre puisque les parents veulent la réussite de leur enfant, qu'on appelle de "contournement de la carte scolaire". On va soit dans un autre établissement public, soit dans le secteur privé. Et, résultat, ces collèges en difficulté s'appauvrissent. Je veux relever le défi de la réussite scolaire. Et si c'est la question que pose S. Royal, elle a raison. Parce que si c'est simplement de dire : il y a la carte scolaire qui préserve la mixité sociale et que, dans la réalité ce n'est pas ça, les Français n'ont plus confiance. Il ne suffit pas de dire "service public, service public", si dans le même temps le service public fonctionne mal et qu'il est trop cher, et qu'il n'est pas efficace. Donc, posons les problèmes et cherchons des solutions conformes à nos valeurs, bien entendu, qui sont celles de la mixité sociale.
Q - En 95, vous aviez joué un rôle décisif dans la candidature de L. Jospin, c'était le début de cette grande aventure. Pourquoi n'êtes-vous pas derrière lui aujourd'hui ? Il est trop vieux ?
R - Parce que la France a changé. Nous ne sommes ni en 95 ni en 2002. Je suis loyal à l'égard de L. Jospin, de ce qu'il fait, de ce qu'il a été et de ce qu'il a fait aussi pour le pays. Mais ce que je demande, c'est qu'il soit loyal aussi à l'égard des autres, quels qu'ils soient, et qui peuvent présenter d'autres réponses, d'autres solutions, et qui peuvent représenter une autre génération. Parce qu'aujourd'hui, on a besoin de réponses profondes à la crise de notre pays, qui est une crise vraiment profonde de la société. Et il y a plein de problèmes, cela fait 25 ans qu'on les occulte. Alors il est grand temps que on les traite aujourd'hui.
Q - Et le projet du PS adopté en juillet est un peu mort-né, il ne répondait pas à ces problèmes ?
R - C'est un socle qui...
Q - ...C'est insuffisant.
R - C'est un socle qui va être utilisé par l'ensemble des candidats et par le PS. Bien entendu il faut travailler. Vous avez vu, c'est un petit livre, et il ne peut pas répondre à tout. Maintenant, il faut décliner en propositions, en mesures que l'on prendrait. Mais je crois que ce qui est important, c'est de répondre à la crise globale que traverse notre pays par un projet qui trace en quelque sorte une perspective, et surtout qui montre qu'entre ce que représente N. Sarkozy - c'est-à-dire la vieille droite française qui s'assume, très libérale et très dure aussi, et autoritaire - il y a une alternative de type social-démocrate, mais qui en même temps est très offensive, qui traite les questions, et qui remet la France en mouvement.
Q - En un mot pour finir, vous serez aussi l'orateur du PS aujourd'hui dans le débat important sur le Liban. Vous confirmerez votre soutien à la politique de J. Chirac ?
R - Ecoutez, je crois que la France a fait ce qu'il fallait même s'il y a eu des insuffisances en ce qui concerne l'Europe, même s'il y a un flou par rapport à la Syrie, par rapport à l'Iran, la manière de traiter ces pays qui doivent être aussi dans la discussion et la négociation, dans la clarté bien sûr. Mais malgré tout, nous avons contribué à faire avancer les choses par une solution internationale, les Nations Unies. Et là, concrètement, aujourd'hui, Israël va lever son blocus parce que la France, avec l'Europe s'est engagée, et donc ça montre que c'est comme ça qu'il fallait faire.
Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 7 septembre 2006