Texte intégral
On assiste à une floraison d'avis sur le "clonage thérapeutique". Quelle est votre avis ?
Avant de dire si on est pour ou contre, il faudrait s'entendre sur les mots. Quelle est donc cette chose que l'on se propose d'utiliser à des fins thérapeutiques? Elle est obtenue en transférant le noyau d'une cellule somatique, ordinaire, dans un ovule vidé de son propre noyau. Mais est-ce, au final, un embryon, digne de respect, ou une cellule souche capable de générer n'importe quelle lignée de cellule? Fait-on du clonage ou du lignage? La question est cruciale, car on ne saurait considérer de la même façon un embryon et une cellule. Ce qui est au cur du débat, c'est le statut de l'embryon, le lieu de l'interdit et du sacré.
Votre position: embryon ou cellule?
La plupart des opposants au clonage thérapeutique considèrent que cette cellule obtenue par transfert d'un noyau dans un ovule est un embryon puisqu'elle peut générer un être - en l'occurence, un clone - une fois transférée in utero (1). Je ne suis pas d'accord. Une cellule souche n'est pas un embryon. Elle ne devient embryon qu'après une fécondation, suivie d'une implantation dans l'utérus, laquelle se produit au terme d'un voyage tubaire périlleux. Dans le cas qui nous occupe, il n'y a pas de reproduction sexuée, ni d'implantation in utero et de naissance possible, la loi interdisant le "clonage reproductif", la production d'un bébé clone. Une cellule souche obtenue par un transfert nucléaire dans un ovocyte vide doit être considérée pour ce qu'elle est: une cellule. Je ne vois donc pas d'obstacle au fait qu'on en utilise à des fins médicales. Sous une réserve: que leur production n'encourage pas le commerce des ovocytes. Le risque est grand: la fabrication de telles cellules, peu maîtrisée, consomme énormément d'ovocytes.
En revanche, vous êtes hostile à l'utilisation d'embryons humains obtenus par fécondation in vitro...
En effet. Je suis contre l'utilisation d'embryons surnuméraires défendue par le gouvernement. Contre, également, la création d'embryons pour la recherche. Il s'agit d'embryons véritablement, car issus d'une reproduction sexuée. Or l'embryon conserve à mes yeux une valeur sacrée. In vitro, c'est une promesse d'embryon. Quand il s'implante, c'est un embryon, une personne potentielle.
Si vous étiez au comité d'éthique, vous auriez voté pour le clonage thérapeutique?
Non. J'aurais demandé à surseoir à la décision. Il faut d'abord qu'il y ait un débat public sur la nature de l'embryon. Cette question bouscule tous les repères anthropologiques, biologiques, théologiques, sur l'origine de la vie. Mais il ne faut pas tarder à trancher. Si demain, ces cellules fournissent des thérapeutiques, toute personne qui a un enfant malade et qui peut le faire soigner à New-York sautera dans l'avion. Si elle en a les moyens.
(Source http://www.demlib.com, le 08 mars 2001).
Avant de dire si on est pour ou contre, il faudrait s'entendre sur les mots. Quelle est donc cette chose que l'on se propose d'utiliser à des fins thérapeutiques? Elle est obtenue en transférant le noyau d'une cellule somatique, ordinaire, dans un ovule vidé de son propre noyau. Mais est-ce, au final, un embryon, digne de respect, ou une cellule souche capable de générer n'importe quelle lignée de cellule? Fait-on du clonage ou du lignage? La question est cruciale, car on ne saurait considérer de la même façon un embryon et une cellule. Ce qui est au cur du débat, c'est le statut de l'embryon, le lieu de l'interdit et du sacré.
Votre position: embryon ou cellule?
La plupart des opposants au clonage thérapeutique considèrent que cette cellule obtenue par transfert d'un noyau dans un ovule est un embryon puisqu'elle peut générer un être - en l'occurence, un clone - une fois transférée in utero (1). Je ne suis pas d'accord. Une cellule souche n'est pas un embryon. Elle ne devient embryon qu'après une fécondation, suivie d'une implantation dans l'utérus, laquelle se produit au terme d'un voyage tubaire périlleux. Dans le cas qui nous occupe, il n'y a pas de reproduction sexuée, ni d'implantation in utero et de naissance possible, la loi interdisant le "clonage reproductif", la production d'un bébé clone. Une cellule souche obtenue par un transfert nucléaire dans un ovocyte vide doit être considérée pour ce qu'elle est: une cellule. Je ne vois donc pas d'obstacle au fait qu'on en utilise à des fins médicales. Sous une réserve: que leur production n'encourage pas le commerce des ovocytes. Le risque est grand: la fabrication de telles cellules, peu maîtrisée, consomme énormément d'ovocytes.
En revanche, vous êtes hostile à l'utilisation d'embryons humains obtenus par fécondation in vitro...
En effet. Je suis contre l'utilisation d'embryons surnuméraires défendue par le gouvernement. Contre, également, la création d'embryons pour la recherche. Il s'agit d'embryons véritablement, car issus d'une reproduction sexuée. Or l'embryon conserve à mes yeux une valeur sacrée. In vitro, c'est une promesse d'embryon. Quand il s'implante, c'est un embryon, une personne potentielle.
Si vous étiez au comité d'éthique, vous auriez voté pour le clonage thérapeutique?
Non. J'aurais demandé à surseoir à la décision. Il faut d'abord qu'il y ait un débat public sur la nature de l'embryon. Cette question bouscule tous les repères anthropologiques, biologiques, théologiques, sur l'origine de la vie. Mais il ne faut pas tarder à trancher. Si demain, ces cellules fournissent des thérapeutiques, toute personne qui a un enfant malade et qui peut le faire soigner à New-York sautera dans l'avion. Si elle en a les moyens.
(Source http://www.demlib.com, le 08 mars 2001).