Interview de M. Thierry Breton, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, sur "Radio Classique", le 13 mars 2007, sur la nécessité de réduire la dette publique, le déficit budgétaire, de libérer la croissance, de réformer les régimes spéciaux de retraite, sur la politique budgétaire de F. Bayrou et N. Sarkozy ainsi que sur la sauvegarde des emplois industriels.

Texte intégral

Q- G. Bonos : Bonjour, T. Breton. "Anti-dette", c'est le livre que vous publiez aux Editions PLON. En surface, il y a un jeu de mots ; en profondeur, un défi : sortir la France d'une ornière dans laquelle elle s'est trop longtemps complue. Alors, vous nous donnerez vos pistes puisque c'est l'objet du livre. On va aussi parler des derniers ralliements à N. Sarkozy, cette fois il ne manque presque plus personne, presque puisque votre collègue du gouvernement J.-L.Borloo se fait encore désirer. Parler enfin de quelques actualités qui concernent les entreprises. D'ordinaire, vous le savez, en cette période électorale intense, cette actualité, celle des entreprises, elle a tendance à se mettre en veilleuse, ben c'est pas le cas cette fois-ci, notamment avec celles où l'Etat est partie prenante, voilà. Tout cela et bien d'autres sujets, je vous propose de les aborder, on l'a dit, en compagnie de P. Mabille, de La Tribune. Bonjour, Philippe. On commence par le livre, c'est quoi, c'est prendre date pour l'avenir " Anti-dette "
R- C'est d'abord expliquer à un moment où nos compatriotes sont confrontés à des choix importants pour la Nation, expliquer, expliquer, expliquer toujours, expliquer encore les enjeux économiques.
Q- G. Bonos : Enfoncer le clou, en somme.
R-Vous savez que la pédagogie économique fait partie du rôle du ministre de l'Economie.
Q- G. Bonos : Pardonnez-moi, mais dans ce pays vous avez du boulot.
R-Oui, mais dans tous les pays, vous savez, dans tous les pays développés c'est pareil, mais donc c'est ma responsabilité. C'est vrai qu'une campagne présidentielle c'est un moment privilégié où on peut poser des vraies questions, les vraies de question de la France en matière d'économie pour moi il y en a deux : d'abord, tout faire pour désendetter la Nation, et c'est je crois vraiment ma marque de fabrique, ça été l'axe de ma politique économique depuis deux ans avec des résultats tangibles puisqu'en 2006 la dette de la France pour la première fois dans notre histoire économique va baisser d'au moins deux points par rapport au produit intérieur brut. C'est gigantesque ! En 2007, ce sera un point. J'ai présenté un plan de désendettement à 60 % de dettes en 2010 avec un équilibre de nos finances publiques à l'horizon 2010, donc ça c'est le préalable. Et puis le deuxième point, c'est la croissance. La France ne peut se satisfaire d'une croissance à 2 ou 2,5 %. Pour pouvoir être le pays que nous devons être, il faut une croissance à 3, à 4 % et j'explique dans le cadre de dix chapitres, j'appelle ça " Les promesses d'avenir ", les éléments, ce qu'il faut faire pour désormais, puisque la situation des finances publiques est assainie, on peut passer à la vitesse supérieure, la croissance, la croissance, et la croissance.
Q- G. Bonos : On va rentrer dans le détail un peu, justement, des différents chapitres, certains d'entre eux, mais d'un mot, est-ce que vous avez le sentiment, puisqu'il y a eu cet espèce d'électrochoc quand vous avez annoncé suite au rapport de la commission présidée par M. Pebereau, à qui vous aviez demandé de plancher là-dessus, quand vous avez dit aux Français, grosso modo, "Avec les engagements des retraites vous devez me faire un chèque de 2 000 milliards d'euros", c'est vrai qu'on est tous un peu tombés de l'armoire. Est-ce que vous avez le sentiment que ça a marché ce coup-là ?
R-D'abord, c'était pas un coup, c'est une constatation.
Q- G. Bonos : Oui !
R-Vous savez, moi, j'ai un peu l'habitude...
Q- G. Bonos : ... quand je dis coup, c'est le coup, le choc.
R-... maintenant, à mon âge, des affaires économiques, que ce soit des affaires économiques privées ou des affaires économiques publiques. Je sais que lorsqu'on a une dette importante, le pire c'est de ne pas en parler. C'est en en parlant qu'on peut commencer à expliquer les mesures et les moyens que l'on met en face pour retrouver les bases de la confiance parce que tant qu'on ne dit pas ce qu'on va faire de cette dette, ça laisse peser des incertitudes sur l'avenir qui font qu'on n'a pas envie d'entreprendre, on se demande si ce qu'on va créer l'Etat ne va pas nous le reprendre le lendemain d'une autre main. C'est la raison pour laquelle deux mois après mon arrivée à Bercy, il y a maintenant plus de deux ans, vous vous en souvenez, c'était au cours d'une conférence de presse au mois de juin, vous étiez là du reste, et j'ai dit, P. Mabille était là, " La France vit au-dessus de ses moyens ". Que n'ai-je entendu à l'époque, mais comment, T. Breton il est anxiogène, la France vit au-dessus de ses moyens, car c'est vrai que depuis trente ans on a vécu dans le déficit. Et vous savez, je suis ministre des Finances, et donc il faut que je me donne des marges de manœuvre pour obliger mes collègues à être un peu plus vertueux. Eh bien, grâce à cette problématique de la dette, j'ai pu bâtir en face un plan de désendettement, un plan qui réduisait les dépenses de l'Etat, mais on a pu expliquer à nos compatriotes, et j'ai pu expliquer à mes collègues ministres pourquoi il fallait le faire, un plan qui permet également de retrouver et de relibérer les énergies et la croissance, un plan qui permet de garantir à nos enfants qu'ils n'auront pas à payer demain notre bienêtre d'aujourd'hui.
Q- P. Mabille : T. Breton, on ne vous savait pas protestataire, c'est un peu la mode dans cette campagne, et en titrant votre livre "Anti-dette", finalement vous vous mettez dans le camp de ceux qui sont prêts à manifester contre les déficits et la dette, bien entendu.
R-Oh, ça ne date pas d'aujourd'hui, vous savez, je suis un militant anti-dette depuis toujours, et y compris quand j'étais chez France Télécom. P. Mabille : Et donc, je voudrais savoir si ce protestataire a le sentiment d'être entendu dans son camp, notamment auprès de N. Sarkozy dont le programme est en train d'être finalisé et qui a fait l'objet d'une certaine inflation, je dirais, de mesures disparates qui donnaient l'impression que du côté de la droite aussi on avait l'intention d'augmenter la dépense publique, c'est peut-être de façon légitime.
Q- G. Bonos : Vous n'êtes pas un peu déchiré entre...
R-Q- P. Mabille : ...vous avez parfois fait entendre votre voix pour dire, " Attention, il faut d'abord s'occuper du problème de la dette ". Est-ce que vous avez l'impression que votre voix aujourd'hui, et peut-être aussi grâce à ce livre, va être mieux entendue et qu'est-ce que vous conseillez au candidat de l'UMP pour tenir à la fois ses promesses sur la dette et puis sur les impôts puisqu'il a aussi promis de baisser fortement les impôts ?
Q- G. Bonos : C'était quel rythme, quel calendrier ? C'était une question.
R-Beaucoup, beaucoup de questions.
Q- P. Mabille : Oui.
R-Premièrement, " Anti-dette ", c'est en fait l'antidote pour permettre à la croissance en France de revenir. Et je le dis très simplement, c'est en réglant, en étant conscient du problème de notre dette, ma première partie j'appelle ça " Les dettes de France ", il y en a plusieurs, en les explicitant, en ayant montré face à chacune d'entre elle tous les plans d'action que j'aie mis à cinq ans ou à dix ans, que l'on peut ensuite passer à la deuxième étape, c'est-à-dire la croissance. Donc, c'est vraiment l'antidote aujourd'hui, ce livre je l'ai voulu comme étant un antidote pour montrer à nos compatriotes comment on peut croître à nouveau. Alors, maintenant, sur le deuxième aspect de votre question, les candidats ont des programmes, et c'est bien normal du reste, c'est le moins qu'on puisse attendre d'eux. Alors, certains ont des programmes précis, d'autres des programmes flous, certains ont des programmes dispendieux, d'autres ont de programmes plus " fiches ", enfin d'une façon générale les programmes sont là. Les Français, je pense, commencent à les comprendre à peu près. Moi, en ce qui concerne le programme de N. Sarkozy qui est mon candidat, et vous le savez depuis longtemps, il est le seul, et je le dis, du reste ça figure dans le livre, j'ai décortiqué l'ensemble des éléments du programme, c'est le programme d'un homme face à un pays, c'est pas le programme d'un parti politique, c'est le programme de N. Sarkozy face, encore une fois, à l'ensemble des électeurs français ; j'ai pris l'ensemble des mesures, se sont toutes des mesures structurelles qui ont pour vocation de libérer la croissance. C'est le seul à proposer cela. Bien sûr il y a des coûts, mais en face il met des remèdes. Par exemple, il a dit qu'il faudra à terme ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui part en retraite, c'est possible. Moi, à Bercy, je ne remplace pas deux sur trois. L'année dernière, j'en n'ai pas remplacé un sur deux, donc c'est faisable, cette année c'est deux sur trois. Bien sûr que c'est faisable.
Q- P. Mabille : On parle de l'ensemble des fonctionnaires.
Q- G. Bonos : Oui, c'est mécanique parce qu'il faut les redéployer.
R-Attention, ça ne veut pas dire qu'on supprime, qu'on licencie, c'est impossible dans la fonction publique, ça veut dire tout simplement que c'est faisable, on le fait et au moins il a le courage de l'annoncer, il a annoncé clairement les choses, parce qu'il faut que les Français le sachent, il n'y a pas de miracle en économie. Il indique également sur les régimes spéciaux, il va les réformer. Tout ceci ce sont des réformes importantes et structurelles qui font des économies. Il est le seul à mettre l'économie en face. Et je voudrais ajouter que sur l'ensemble de ces mesures, moi, aujourd'hui, en tant que ministre de l'Economie et des Finances, je suis garant des finances publiques, y compris du plan de désendettement et du plan de retour à l'équilibre public que j'ai porté au nom de la France, notamment au sein de l'Euro-groupe, vous savez l'ensemble des ministres des Finances de la zone euro, nous nous réunissons tous les mois au sein de l'Euro-groupe et nous avons pris un engagement commun qui est celui de désendetter nos pays respectifs mais surtout de revenir à l'équilibre des finances publiques à l'horizon 2010. Ca veut donc dire qu'à l'horizon 2010, qu'on le veuille ou non, l'ensemble des pays de la zone euro s'est engagé pour être pas loin de l'équilibre budgétaire et donc commencer à générer des excédents qui vont nous permettre de nous préparer à rentrer de plain-pied dans l'économie nouvelle, dans l'économie du savoir, conformément aux objectifs de Lisbonne. Alors, oui, N. Sarkozy est le seul aujourd'hui qui ait un programme qui rentre complètement dans cet objectif de la France vis-à-vis de nous-mêmes, vis-à-vis de l'avenir, vis-à-vis de l'Europe, et qui par ailleurs permet de désendetter puisqu'il a comme objectif de désendetter la Nation à 60 %, mais aussi de revenir à l'équilibre des finances publiques. Alors, pour les autres, Ségolène ROYAL, alors là, ce sont des milliards et des milliards, moi j'ai pas les économies en face et donc j'ai fait le calcul, sauf à ce qu'elle augmente les impôts, sauf à ce que je ne sais quoi, la dette de la France devrait si jamais son programme était suivi stricto sensu, devrait augmenter... elle est de 60 % aujourd'hui, elle devrait augmenter à 80 %. Quant à F. Bayrou...
Q- G. Bonos : ... il a dit que c'était à périmètre comparable.
R-Il indique, alors ça me fait plaisir du reste, parce qu'il indique vraiment que le problème de la dette lui tient à cœur, ce qui me fait plaisir, j'ai indiqué du reste qu'en ce qui me concernait, moi, je connais bien F. Bayrou et depuis longtemps, et je l'aime bien du reste, mais j'ai indiqué que c'était pour moi un converti tardif à la dette, mais mieux vaut être un converti tardif que pas du tout. Moi, j'aime bien les gens qui prennent les problèmes de la dette à bras-le-corps, même si c'est un peu tard.
Q- G. Bonos : D'un mot, revenons un instant sur les régimes spéciaux. En 95, vous avez été... on a vu qu'A. Juppé a voulu s'attaquer à certains aussi de ces régimes spéciaux, on a vu ce que ça a donné, des grèves, etc. Vous croyez qu'aujourd'hui, pratiquement douze ou treize ans plus tard, les mentalités sont mûres pour l'accepter maintenant ?
R-Vous savez, on avait que... que n'avions nous dit sur la réforme des retraites, que ça ferait sauter plusieurs gouvernements successifs, eh bien J.-P. Raffarin l'a faite cette réforme, et c'est vrai que ça été difficile, c'est qu'il faut beaucoup de pédagogie, c'est indispensable, il ne faut jamais, jamais oublier que pour faire des réformes il faut expliquer l'objectif, les moyens, les finalités. J.-P. Raffarin l'a faite, il y aura un nouveau rendez-vous maintenant en 2008, mais bien sûr que la France est réformable, et je le montre dans mon livre et en indiquant qu'il ne faut jamais oublier, jamais oublier dans une réforme économique le volet social. C'est étroitement lié dans notre pays.
Q- P. Mabille : Est-ce que vous pouvez nous expliquer la différence, selon vous, des programmes entre N. Sarkozy et F. Bayrou ?
R-Je vous l'ai dit, N. Sarkozy, clairement, s'est focalisé sur les mesures qui permettent de recréer, de libérer de la croissance, par exemple en mettant la valeur travail au cœur de son projet, par exemple en allégeant les charges sur les heures supplémentaires. Dans notre pays, on travaille...
Q- P. Mabille : ...mais Bayrou le propose aussi ça.
R-... pas du tout de la même façon. N. Sarkozy a un programme qui clairement va aussi au désendettement. F. Bayrou, je ne le vois pas, je ne comprends pas.
Q- P. Mabille : Vous avez même polémiqué avec lui sur les Pyrénées.
R-Non, vous savez...
Q- G. Bonos : Atlantiques.
Q- P. Mabille : Atlantiques.

Oui mais, vous savez, moi, je suis ministre des Finances, je suis toujours extrêmement précis, vaut mieux du reste que les candidats le sachent.
Q- G. Bonos : Alors, il a augmenté la dette ou pas ?
R-Il vaut mieux que les candidats le sachent parce que je ne parle, c'est normal du reste, en tant que ministre des Finances je ne parle jamais à tort et à travers, c'est bien le moins qu'on puisse attendre, du reste, d'un ministre des Finances. Non, j'avais indiqué, mais c'était en souriant, j'avais indiqué qu'en tant que, je dirais converti tardif à la dette c'est vrai que F. Bayrou lorsqu'il était président des Pyrénées-Atlantiques n'a pas bougé d'un iota sa dette, et il le dit du reste lui-même, quand il a pris la présidence du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, son département était l'un des plus endettés de France. Je lui confirme, la dette en 92 était de 416 euros/habitant. Lorsqu'il quitte son département, en mars 2001, la dette est de 419 euros/habitant, c'est-à-dire que pendant dix ans la dette du département des Pyrénées-Atlantiques n'a pas bougé d'un centime, elle était de 240,649 millions d'euros en 1992, elle est de 251,170 millions euros, donc...Mais, par contre, ce qui est intéressant c'est qu'il n'y a pas de fatalité parce que son successeur, lui, en quatre ans, a réduit la dette du département par deux, puisqu'elle passe de 419 euros à 279 euros en 2005, ce qui montre que quand on veut on peut. Et moi, j'aime bien, et je le dis mais sans polémiquer...
Q- P. Mabille : ... qu'elle est la couleur politique du successeur ?
R-J'aime bien parce que...
Q- P. Mabille : ... il est de gauche.
R-Non mais c'est les hommes, vous savez, la dette c'est un problème d'homme et j'aime bien... donc, moi, je suis très heureux...
Q- P. Mabille : ... une bonne gestion n'est ni de droite ni de gauche.
R-Et je le dis sincèrement, je suis très heureux que F. Bayrou est désormais, puisqu'il n'avait pas voté le budget que j'avais présenté, qui était un budget qui désendettait la France, je suis heureux qu'il soit converti maintenant et je l'accueille volontiers dans la famille des anti-dettes.
Q- G. Bonos : Monsieur le ministre, on va faire une pause et on se retrouve pour la suite et la fin de cet entretien. Avec P. Mabille de La Tribune, nous interrogeons T. Breton pour son ouvrage " Antidette " qui vient de paraître chez Plon. (.../...)
Q- P. Mabille : Donc, pour conclure avec votre polémique avec F. Bayrou, vous dites quoi de sa politique économique, c'est quoi les. différences avec Sarkozy ?
R-Encore une fois, je ne polémique pas avec F. Bayrou. Bien sûr, je défends totalement, pleinement, N. Sarkozy mais je connais bien F. Bayrou et depuis longtemps. Non mais c'est vrai que quand on n'a pas bougé d'un euro la dette de son département en dix ans, c'est un peu... c'est l'immobilisme en action, mais voilà. Maintenant, il rejoint ceux qui se sont focalisés sur l'endettement, je suis vraiment heureux qu'ils nous rejoignent.
Q- G. Bonos : T. Breton, sous le général de Gaulle il y a eu le nucléaire, il y a eu l'espace, des choix stratégiques fondamentaux, ou le TGV encore, avec aussi le nucléaire avec V. Giscard d'Estaing. On a un peu l'impression, vu de l'extérieur, qu'on a un peu raté malgré des prémisses en 95, 96, 97, que le Président de la République a un peu raté la révolution de l'immatériel, qu'on aurait pu démarrer beaucoup plus tôt, et est-ce que c'est pas, là, un choix stratégique sur lequel il faut revenir très très vite maintenant ?
R-Alors, je ne partage pas complètement votre analyse, et là pardon de faire référence...
Q- G. Bonos : ... j'ai dit, on a l'impression.
R-... pardon de faire référence peut-être à ce qui a été un passé pour moi.
Q- G. Bonos : C'est pour ça que vous pose la question, vous avez été auteur célèbre rapport.
Q- P. Mabille : D'autres livres.
Q- G. Bonos : Oui, d'autres bouquins, bien sûr.
R-Mais j'ai surtout été président de Thomson et puis ensuite président de France Télécom. Et à ce titre, en tant que président de Thomson, c'est avec S. Tchuruk, président d'Alcatel, et avec M. Bouygues, le président de Bouygues et de TF1, qu'on a été les premiers à mettre sur pied vraiment la stratégie de l'ADSL comme vecteur de télévision et vecteur de haut débit.

Q- G. Bonos : Vous me parlez de chefs d'entreprise, monsieur Breton, pas de responsables.
R-Non, non, comme entrepreneurs.

Q- G. Bonos : Oui, comme entrepreneurs mais pas de responsables politiques. Mais c'est après ça, alors vous allez voir, un, la technologie est une technologie qui a été développée en France, on est leader mondial maintenant ; deux, effectivement, comme responsable et comme responsable public/privé, quand j'étais président de France Télécom, vous le savez, j'ai lancé une stratégie, vous m'aviez invité à l'époque du reste, on avait appelé ça les départements innovants, et je suis allé dans tous les départements français pour faire signer des conventions, vous vous en souvenez, à l'époque, permettant à la France d'être aujourd'hui le pays le plus câblé en haut débit de tous les pays européens, et vous savez que par ailleurs la France, aujourd'hui, avec plus de dix millions d'internautes haut débit, la France avec 97 % de capacité d'offrir à nos concitoyens du haut débit ou du très haut débit est le pays aujourd'hui en Europe qui est le plus en avance sur cette capacité. Donc, je ne partage pas votre analyse. Nous avons désormais les infrastructures, derrière les infrastructures évidemment on sait qu'à partir du moment où vous avez du haut débit, l'imagination est sans limite et la créativité est là. C'est donc les bases de l'économie de l'immatériel. Donc, je crois vraiment qu'on a fait beaucoup, beaucoup, en France, plus qu'on ne le dit, plus qu'on ne le sent, du reste, et sur le haut débit et sur l'immatériel.
Q- P. Mabille : Un certain nombre de gens disent, il faut faire attention à ne pas tomber dans l'illusion de ce que vous appelez l'immatériel, c'est-à-dire de cette croissance nouvelle qui certainement va nous tirer demain.
R- Elle, elle est bien réelle, elle !
Q- P. Mabille : Il ne faut pas oublier quand même que l'essentiel de notre commerce extérieur et de notre économie est aussi tiré par l'industrie. Alors, aujourd'hui, on a deux chocs importants dans le secteur industriel, au sein des grandes entreprises françaises qui sont Alcatel avec des plans sociaux, ou plutôt... en tout cas, un coût pour l'emploi, et Alcatel et Airbus.
Q- G. Bonos : EADS.
Q- P. Mabille : EADS. Alors, qu'est-ce que vous en tant que ministre de l'Economie et des Finances encore pour quelques mois, jusqu'aux élections, qu'est-ce que vous répondez aux Français pendant cette campagne qui s'inquiètent de cette situation ?
R-Alors, d'abord, un petit mot...
Q- P. Mabille : ... si on perd ces emplois-là, qu'est-ce qui va nous rester ? D'abord, un petit mot sur l'économie de l'immatériel et du savoir, c'est tout simplement expliquer à nos compatriotes que demain de plus en plus la valeur ajoutée par notre activité humaine se fera à base de savoirs, ces savoirs pouvant être d'origine professionnalisante ou universitaire, académique. C'est dans la fabrication même des produits et des services, la couche d'innovation, de créativité, sera de plus en plus valorisée et valorisante. Ca ne veut pas dire pour autant qu'il faut avoir un socle industriel, que ce soit industriel, elle doit nous permettre précisément de développer notamment des filières autour de ces entreprises qui dépassent beaucoup le cadre de l'entreprise elle-même. Dans le cas d'Alcatel, ce sont deux cas complètement différents, Airbus et Alcatel bien entendu, mais je dirais dans la problématique qu'est la leur. Dans le cadre d'Alcatel, il s'agit là d'une fusion avec Lucent pour faire le n° 1 mondial dans les infrastructures de télécommunication. Ça arrive quelquefois dans les fusions, il peut y avoir des redondances, c'est ce qui se passe et donc il y a effectivement à peu près un millier de suppressions de postes dans le cadre de cette fusion qui est programmée en France sans licenciement sec, avec pour chacun, des solutions et des possibilités de reclassement. Alors, c'est, encore une fois, la constitution d'un leader mondial parce que nous devons aussi avoir des entreprises mondiales pour faire face aux défis d'aujourd'hui, le marché c'est la planète et moi je me bats pour que nos entreprises gardent leur siège social et je suis très heureux que finalement on ait rattrapé se faisant le siège social de Lucent, qui est une entreprise américaine historique, en France en le fusionnant avec celui d'Alcatel. Ca reste en France, on paie de l'impôt en France, on innove en France, on crée en France. Airbus, c'est un sujet tout à fait différent. EADS est une entreprise qui est une entreprise, comme on vient de voir, qui est en bonne santé, en bonne santé financière, mais par contre les cycles de l'aéronautique sont des cycles qui sont des cycles longs, entre 10-15-20 ans, on est en train de vivre la fin d'un cycle, et les auditeurs connaissent bien les Airbus A320, A330, A340, ils ont été conçus il y a quinze ans, donc aujourd'hui on est à la fin de ce cycle encore pour 5-6 ans, avec du reste, beaucoup de commandes puisqu'il y a aujourd'hui 2 500 avions en commande.
Q- G. Bonos : Oui, il y a plein de commandes.
R- Mais qui sont des commandes d'avions, donc des avions, je dirais de la génération qui finit. Et puis, il faut aujourd'hui se préparer à la génération qui vient. J'entendais ce matin, notamment sur votre antenne, le fait qu'on est en train de réfléchir à des avions qui vont être beaucoup plus légers parce que les prix du carburant, du kérosène sont élevés, et donc on invente des matériaux nouveaux, des matériaux composites, qui sont à la fois plus solides, plus solides mais aussi plus légers. Et c'est une technologie tout à fait nouvelle sur laquelle il faut donc complètement adapter l'ensemble des sites, c'est pour ça qu'il a fallu proposer un plan d'adaptation sur les cinq, les quatre prochaines années. Donc, il ne s'agit pas là, encore une fois, dans le plan qui a été proposé - le fameux plan Power 8 qui a été proposé par L. Gallois, le président d'Airbus - il ne s'agit pas là non plus d'avoir un seul licenciement sec, il s'agit tout simplement de donner une visibilité à quatre ans.
Q- G. Bonos : C'est un mauvais moment à passer, quoi, en clair, non ?
R- Et c'est pas un mauvais moment... c'est toujours, vous savez, je l'ai vécu dans ma vie, c'est toujours des moments difficiles quand on explique ce que l'on va faire, mais c'est la responsabilité des dirigeants que de donner une vision, un cap, et surtout de ne jamais laisser personne sur la route. Donc, on est dans une situation tout à fait différente, pour qu'Airbus continue à être l'entreprise leader qu'elle est aujourd'hui sur la phase des nouveaux cycles 2012-2027, il est impératif d'avoir un Airbus qui soit, je dirais programmé, qui soit agréé pour pouvoir répondre à ces défis. C'est l'objet de ce plan.
Q- G. Bonos : Autre sujet, l'énergie, autre endroit stratégique.
R- Tout à fait !
Q- G. Bonos : N. Sarkozy préconiserait un rapprochement avec la Sonatra qui est algérienne. Vous pensez que c'est une bonne chose, pour Suez-GDF, c'est une bonne chose ?
R- Vous savez, je parle beaucoup avec N. Sarkozy de tous ces sujets, des sujets économiques, des sujets industriels, et du reste, je le dis, j'aime beaucoup les discussions qu'on a tous les deux sur ces sujets parce qu'elles sont toujours très riches, très constructives et très tournées dans l'intérêt de la France. Bon, il y a un projet aujourd'hui qui est le projet de fusion entre Suez et Gaz De France. Les deux entreprises estiment que c'est le meilleur, elles ont tout regardé, et donc à partir du moment où elles l'estiment, moi je leur fais confiance et c'est la responsabilité du Gouvernement de tout faire pour qu'elles réalisent ce projet. Alors, que ensuite, effectivement, on commence à se préoccuper de la façon dont on peut sécuriser les sources d'approvisionnement... Vous savez que je reviens de Bruxelles où aux côtés du président de la République, j'ai assisté pendant deux jours au Conseil européen, c'était donc son dernier conseil européen comme il l'a indiqué dimanche soir, et nous avons désormais un grand marché européen de l'énergie avec la nécessité de constituer des entreprises de taille mondiale. D'où, du reste, toutes les fusions que vous voyez aujourd'hui sur le territoire européen, notamment avec Eon, avec Endesa - Eon l'allemand et Endesa l'espagnol - et tous les autres, Enel l'italien, qui cherchent à avoir une masse critique suffisante. A partir du moment où nous avons ces entreprises, c'est tout à fait opportun, effectivement, de discuter dans un deuxième temps, vraisemblablement sur : comment sécuriser ceux qui ont les sources d'approvisionnement puisque nous n'avons plus de gaz pratiquement, à part un peu en mer du Nord, en Europe, donc comment sécuriser sur le long terme des fournisseurs de gaz ? Là, effectivement, il y aura peut-être des pistes intéressantes.
Q- G. Bonos : Et ce qui vous permettra de réduire d'autant notre dette encore avec les bénéfices. "Anti-dette", signé T. Breton, et ça vient de paraître chez PLON....
Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 16 mars 2007