Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur l’action du gouvernement en faveur des musées, à Arras le 12 mars 1999.

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Circonstance : Inauguration de la salle des Mays de Notre-Dame au musée des Beaux-Arts d'Arras et lancement du "Printemps des Musées", à Arras, le vendredi 12 mars 1999

Texte intégral

Monsieur le Ministre, Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet,
Madame le Directeur, Mesdames et Messieurs,
La galerie monumentale de labbaye Saint-Waast où nous nous trouvons accueille lune des plus saisissantes leçons dhistoire de la peinture française quil se puisse trouver dans les musées de France : les quinze grandes toiles à sujets religieux qui y sont présentées sont dues en effet à quelques-uns des meilleurs peintres du Grand Siècle, comme Philippe de Champaigne, Bourdon, Charles Poerson, Michel Corneille père et fils, le Lyonnais Thomas Blanchet, Joseph Parrocel ou encore Louis de Boullogne.
Sept de ces oeuvres imposantes sont des Mays de Notre-Dame de Paris, ces grands tableaux commandés presque chaque année, de 1630 à 1707, par la Corporation des orfèvres parisiens pour les offrir au printemps suivant, le 1er mai, à leur cathédrale en lhonneur de la Vierge Marie.
Quelle plus belle occasion, reconnaissez-le, que linauguration de cette magnifique salle et la redécouverte de ces Mays, élément majeur de notre patrimoine national, pour lancer notre nouvelle opération du « Printemps des musées » qui aura lieu dimanche prochain dans 700 musées de France ?
Je veux donc remercier Monsieur Jean-Marie
VANLERENBERGHE, Maire dArras, de son invitation, et davoir accepté le principe de ce double événement.
Mes remerciements et mes félicitations vont aussi à Madame Annick NOTTER, conservateur de ce musée, qui a conçu le programme de cette salle. Ils vont également à Monsieur Olivier CHASLIN, larchitecte qui, recruté à lissue dun concours, a réalisé cet aménagement de grande qualité.
Ils vont enfin aux services de lEtat qui ont soutenu financièrement et suivi cette opération : les Monuments historiques qui ont mené la restauration de la toiture et de la superbe verrière qui offre à la contemplation des Mays un éclairage zénithal idéal ; aux restaurateurs du Service de restauration des musées de France qui poursuivront jusquen 2001, sous les yeux du public, le programme de restauration de ces toiles, à la Direction des musées de France et à la Direction régionale des affaires culturelles, enfin, qui ont largement contribué au bon déroulement de ce chantier.
Ruiné par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, le musée dArras a bénéficié, entre 1928 et 1958, dimportant dépôts de lEtat qui lui ont permis de réparer les pertes subie par sa collection, à moitié détruite. Les vastes galeries de labbaye Saint-Waast permettaient daccueillir des toiles de grands formats, cest pourquoi le musée fut doté de 24 grandes peintures des XVII et XVIIIe siècles, dont quatorze des fameux Mays de Notre-Dame.
Quatorze au total, ce qui signifie, Monsieur le Maire, que louverture de cette salle nest quune première étape, et quil faudra poursuivre ensemble ce programme de restauration.
Cette magnifique exposition illustre la volonté conjointe des collectivités locales et de lEtat de contribuer à enrichir le patrimoine de notre pays.
Cest pourquoi, je tenais à vous annoncer les nouvelles mesures prises en faveur des musées.
La reconstitution de la collection du musée dArras sinscrivait dans une longue tradition denvois, de prêts et de dépôts. Depuis près de deux siècles, en effet, lEtat a contribué activement à accroître les collections des musées territoriaux, non seulement en subventionnant leurs acquisitions, mais aussi par le dépôt doeuvres ou ensembles doeuvres des collections nationales : 100.000 oeuvres ont ainsi été peu à peu dispersées dans les musées de province dont plus de 38.0000 déposées par le Louvre (parmi lesquelles 7.000 peintures).
Il est vrai que cette procédure sest raréfiée depuis de nombreuses années et cest pourquoi jai demandé à la Direction des musées de France de lui donner une dynamique nouvelle en suivant quatre orientations :
La première vise à renforcer par des prêts et des dépôts les collections des musées récemment créés ou rénovés : je pense au musée des Beaux Arts de Nancy qui vient de recevoir 11 oeuvres du musée Orsay (Carrière, Maillol, Signac, Maurice Denis) et 3 tableaux du Louvre (Tintoret, Greuze, Théodore Rousseau) ; au musée dart moderne et contemporain de Strasbourg qui a bénéficié pour de dépôts et de prêts du musée national dart moderne et du musée dOrsay (Sisley, Redon, Emile Bernard, Vuillard...) ; au futur musée dArt et dIndustrie en chantier dans lancienne piscine « art déco » de Roubaix qui recevra prochainement une collections de 19 sculptures (Bugatti, Pompon, Schnegg, Desbois..., pour noter que ceux là).
La deuxième orientation consistera à faire bénéficier plus systématiquement les musées classés et contrôlés doeuvres majeures récemment acquises par lEtat, notamment par dation : un chef-doeuvre de Boucher, « Les Noces de lAmour et de Psyché », acquis en 1988 va ainsi rejoindre le musée des Beaux-Arts de Rouen, le « Portrait de Berthe Morisot en deuil de son père », par Manet sera déposé à Lille, un Monet, une vue dEtretat, sera déposé à Caen.
La troisième orientation sera de conforter des fonds en eux-mêmes intéressants par lapport doeuvres de premier plan : ainsi un pastel de Degas ira à Lille, une « Sainte Famille » de Jacques Blanchard à Caen, un grand tableau du XVIIIe siècle ira à Grenoble, un Fragonard, « Mère jouant avec un enfant » à Orléans, deux « Marines » de Joseph Vernet à Amiens, deux Lancret à Valenciennes, et la liste nest pas close... Enfin, nous allons lancer, suivant une programmation régulière, un nouveau type dopération consistant en la présentation exceptionnelle, pour une durée dun an, dun grand chef-doeuvre des collections nationales dans un musée de région : cest ainsi, je vous lannonce, que le fameux « Portrait de Mme Gaudibert » de Monet sera présenté au musée du Havre pour sa réouverture, quun paysage de Claude Lorrain ira bientôt à Nancy, que le très célèbre tableau des « Bergers dArcadie » de Poussin sera au printemps 2000 au palais des Beaux Arts de Lyon, que Quimper accueillera un Gauguin de Pont-Aven et Orléans un grand portrait de Degas.
De même, je souhaite que laffectation des oeuvres issues de dations soit mieux répartie sur le territoire national ; je veillerai à ce que les musées de région puissent en bénéficier plus largement.
Avec la politique de soutien au grandes expositions dintérêt national que jévoquerai tout à lheure, ces décisions qui contribuent au rééquilibrage de loffre culturelle entre Paris et les régions, et va donc dans le sens dune plus réelle démocratisation de laccès à la culture.
En faveur, toujours, des musées classés et contrôlés, je souhaite que lEtat, avec laide des régions, renforce sa politique daide à la restauration des collections. Lexpérience des fonds régionaux dacquisition des musées, les F.R.A.M. montre en effet que par la conjugaison de ces efforts, des projets passionnants, diversifiés et difficilement réalisables ont été une grande réussite.
Le moment est venu maintenant de réfléchir à utiliser cette procédure dans le domaine de la protection des collections publiques et de mettre en place, de manière efficace, les moyens nécessaires pour améliorer leur conservation et leur restauration dans lensemble des régions.
Leffort financier en faveur de la conservation et de la restauration des collections a été accru cette année avec un montant de 14 MF de subventions aux musées territoriaux de 15 MF pour les musées nationaux.
La déconcentration des crédits de subvention de restauration a été engagée, à titre expérimental, en 1998 dans la région Rhône-Alpes. Cette mesure a été accompagnée de la délocalisation du contrôle de lEtat sur ces restaurations, dans le cadre dun conseil scientifique régional. Le bilan constaté est très positif. La mesure va donc être étendue à lensemble des régions.
Je propose à nos partenaires régionaux la constitution de Fonds régionaux daide à la restauration (F.R.A.R.), à parité avec lEtat. Leur objectif prioritaire sera la mise en place de moyens permanents daide à la conservation préventive.
Il serait souhaitable que la création des premiers F.R.A.R. puisse être inscrite au prochain contrat de plan.
Cet objectif sinscrit dans le droit fil des créations et rénovations de musées qui, ces dernières années, ont permis de restaurer des ensembles entiers de collections et de les réinstaller dans des conditions de conservation adaptées comme ici même. Il sagit détendre cette exigence à lensemble du patrimoine des musées.
Pour cela, je rappelle que de nouvelles structures ont également été mise en uvre :
Un Centre de recherche et de restauration des musées de France constitué par le regroupement du Laboratoire de recherche et du Service de restauration des musées de France ;
Huit nouveaux ateliers de restauration spécialisés en cours dinstallation dans le pavillon de Flore du Louvre ; en liaison directe avec le Laboratoire de recherche, installé depuis 1995 sous les jardins du Carrousel, ils permettront de traiter les oeuvres de lensemble des musées avec des moyens considérablement améliorés.
Enfin, le réseau des 21 ateliers de restauration créés par les collectivités territoriales avec le concours de la direction des musées de France, va senrichir de nouvelles unités. Cest le cas à Marseille, où va souvrir le chantier dun Centre interrégional de conservation et de restauration du patrimoine ; ce Centre se spécialisera, pour commencer, dans la restauration des peintures et des oeuvres graphiques ; dautres projets sont à létude, notamment à Saint-Etienne. Parlons maintenant du rôle des musées comme instrument de démocratisation culturelle ?
Le succès de lopération « Linvitation au musée » à laquelle succède cette année le « Printemps des musées » montre avant tout que les musées se doivent daller à le rencontre du public, et notamment du public de proximité.
Il faut à la fois mener une véritable politique tarifaire pour élargir et fidéliser le public avec les cartes dabonnement, les cartes jeunes, les exonérations accordées à certaines catégories du public : les chômeurs, les RMistes, les jeunes en bénéficient jusquà 18 ans dans les 33 musées nationaux.
Il faut aussi développer et surtout adapter loffre culturelle. Cest pourquoi jai décidé de soutenir au moyen dune nouvelle ligne de crédits, dont jai confié la gestion à la DMF, des projets dexposition denvergure nationale. Pour 1999, ce seront le cycle du « Centenaire de lEcole de Nancy » à Nancy, lexposition « Georges Braque » au Havre, « Lart médecine » à Antibes, « Impressionnistes et néo-impressionnistes » en Bretagne à Quimper, projets qui se caractérisent non seulement par leur valeur scientifique mais par la richesse de leur programmation culturelle à lintention du grand public.
Il faut également soutenir le développement des services culturels et éducatifs des musées qui, actuellement, aux quatre coins de la France, conçoivent des programmes dactions spécifiques à lintention des publics défavorisés, des comités dentreprise, des handicapés, des élèves des collèges et écoles professionnels. Je pense, entre autre, à lopération « un moteur pour démarrer » conçue à partir des collections dautomobiles du musée national du château de Compiègne, qui concerne des jeunes en échec scolaire ou en phase de réinsertion sociale ; autre exemple avec le programme dalphabétisation élaboré au musée national du château de Pau à lintention de femmes de 15 pays différents ; mais aussi aux opérations menées pour familiariser des publics de proximité avec lart contemporain à Bordeaux, Grenoble, Lyon, Rochechouart, Saint-Etienne. A ce titre, je souhaite amplifier les dépôts doeuvres historiques des FRAC afin de permettre aux musées de montrer lart daujourdhui et déviter toute rupture sur leur parcours de lhistoire de lart. Cest un enjeu important pour la sensibilisation du public.
Je tiens aussi à souligner lexcellent travail conçu au « musée au bout des doigts » mis en place ici-même et dans dautres musées de la région à lintention des personnes handicapées visuelles ; enfin je rappelle les projets montés par le Louvre avec des établissements hospitaliers pour initier au patrimoine des groupes dadultes et dadolescents déficients mentaux.
La démocratisation de la culture enfin, dans les musées comme dans les autres institutions culturelles, passe inévitablement aujourdhui par le développement du multimédia.
Les musées de France, nationaux et territoriaux, sont de plus en plus nombreux à mettre en service sur Internet des sites grand public, conçus comme une introduction à la visite du musée : je pense, par exemple, à celui du château de Versailles qui est passionnant, et à ceux des musées de Poitou-Charentes et du Nord-Pas-de-Calais.
Ces sites proposent images et textes souvent consultables en plusieurs langues, sur lhistoire des musées, leurs collections, les activités culturelles, les expositions temporaires et les informations pratiques ; leur taux de consultation ne cesse daugmenter.
Une initiative particulièrement digne dêtre évoquée aujourdhui est la création du service « lHistoire par limage », un site en ligne adapté aux établissements collèges et lycées câblés, dont le but est de favoriser lapprentissage de lhistoire à partir des collections historiques des musées de France. Ce projet qui associe la Réunion des musées nationaux, le musée national du château de Versailles et dautres musées nationaux et territoriaux, fait de ces musées des acteurs à part entière de lenseignement de lhistoire en France. Il propose un véritable service en ligne aux professeurs dans le cadre des projets pédagogiques quils élaborent, afin de tester lapport des nouvelles technologies vis à vis des pratiques denseignement.
Cest une dimension que je souhaite développer pour contribuer à la formation artistique des jeunes et leur permettre de devenir des acteurs culturels à part entière.
Enfin, je voudrais profiter du lancement du Printemps des musées pour démentir les propos selon lesquels la fréquentation des musées de France serait en déclin. Cest vrai quelle a baissé denviron 10% fin 1995-début 1996 en raison des mouvements sociaux et du plan vigipirate consécutif à une nouvelle vague de terrorisme. Avec 14,9 millions dentrées en 1998, les musées nationaux ont reconquis, malgré notamment la fermeture du musée Guimet, leur public antérieur à cette courte crise, ce qui représente une hausse de 8% (ou 1,12 million de visites supplémentaires) par rapport à lannée précédente.
Quant aux musées en région, laugmentation est sensible sur lensemble (+1,5%), elle est très forte dans les établissements qui, récemment rénovés, mènent une véritable politique daction culturelle et dexpositions : je pense au musée de Lille qui a accueilli plus de 230.000 visiteurs en un an après sa réouverture et où lexposition Goya est un grand succès public : 140.000 visiteurs à ce jour ; je pense aussi au musée des Beaux-Arts de Lyon dont la fréquentation a cru de 450.000 visiteurs depuis sa réouverture. Il en est de même à Strasbourg avec le musée dart moderne et contemporain de Strasbourg qui a accueilli plus de 170.000 visiteurs depuis quelque mois seulement.
La dernière enquête sur les pratiques culturelles des Français publiée en 1998, montre dailleurs que 33 % des Français de plus de 15 ans ont visité un musée dans les 12 mois précédents contre 30 % seulement il y a 8 ans ; cest une progression non négligeable qui situe les musées en tête des équipements culturels de notre pays. Mon souhait est évidemment que cette progression saccentue : cest la finalité des mesures que je viens de vous exposer.
Jen annoncerai dautres lors dune prochaine communication en Conseil des Ministres sur la démocratisation culturelle.
Je souhaite un très grand succès à la salle des Mays de Notre-Dame de Paris et donne rendez-vous à tous nos concitoyens dimanche 14 mars pour la première édition du « Printemps des musées « où des centaines de musées de France ouvriront gratuitement leurs portes et proposeront à leurs visiteurs un autre regard sur les collections.
(Source http://www.culture.gouv.fr, le 16 mars 1999)