Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à I-Télévision le 17 novembre 2008, sur la contestation dans les universités et le choix des six premiers projets Opération campus.

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Média : I-télévision

Texte intégral

L. Bazin.- Bonjour V. Pécresse.
Bonjour.
Donc, la ministre à l'Enseignement supérieur et la Recherche. Est-ce que vous êtes de ceux, ce matin, qui pronostiquent d'abord la disparition du Parti socialiste, comme M. Alliot-Marie hier ?
Ecoutez, je ne le leur souhaite pas mais on voit bien qu'on a eu quand même un week-end de tous les contrastes, entre un président de la République qui est à Washington, qui essaie de réformer le capitalisme et puis un congrès socialiste à Reims où l'ensemble des chefs du Parti socialiste se sont regardés avec une espèce d'égocentrisme... enfin c'était la guerre des ego, ce n'était pas la guerre des idées. Et je crois que c'est très décevant pour tous ceux qui croient dans les idées du Parti socialiste de voir qu'il n'y en a plus justement des idées, qu'il n'y a plus qu'une guerre des chefs...
Finalement, c'est étonnant comme à droite on regrette le Parti socialiste.
C'est-à-dire que c'est difficile aujourd'hui de ne pas avoir d'opposition crédible. C'est difficile...
Vous êtes droits face aux Français, vous n'avez plus de...
C'est difficile parce que ça... non mais ça nourrit les extrêmes. Et moi je le vois dans mon ministère, qui est un ministère où il y a une contestation très forte de l'extrême gauche qui existe dans les universités. Et ces extrêmes sont... enfin n'ont pas d'alternative évidemment et ont parfois recours à des méthodes très violentes. Et donc, moi je regrette de ne pas avoir en face de moi un Parti socialiste avec lequel je puisse débattre, je puisse discuter de vraies options concrètes.
Vous craignez par exemple que jeudi, les manifestations basculent, il y aura des étudiants dans les cortèges forcément, il y aura des profs de fac aussi, on imagine !
En tout cas, je pense que la grande majorité des enseignants de l'université et des étudiants se rendent compte que l'université est devenue la priorité numéro 1 du Gouvernement. Avec 1 milliard d'euros de crédits supplémentaires chaque année, avec 5 milliards d'euros pour une opération « Campus » destinée à rénover tous les campus de France, y compris les campus des villes moyennes puisque j'ai ajouté à cette enveloppe de 5 milliards 400 millions d'euros pour les campus des villes plus...
"Lot de consolation" dit notamment le député de Meurthe-et-Moselle qui dit : « finalement nous les petits, pour Metz-Nancy - parce que lui défendait Metz-Nancy - on a presque rien ». Et puis finalement, les 6 premières facs choisies, puisque 6 premières facs ont été choisies vendredi, ont droit au gros lot. Et il dit ce sont « des facs de riches et des facs riches ».
Non, d'abord il y a 10 projets qui ont été sélectionnés par un jury de classe internationale et au-delà de ces 10, c'est vrai qu'il y avait des très beaux projets, dont celui de l'université de Lorraine. Et malgré le fait que nous avions fait un concours, que le président de la République ait fixé les règles, que nous voulons 10 campus à visibilité internationale, on ne pouvait pas oublier l'université de Lorraine, comme on ne pouvait pas oublier l'université lilloise, comme on ne pouvait pas oublier l'axe Créteil Marne-la-Vallée...
Donc, vous continuez à saupoudrer, c'est ça que ça veut dire ?
Non, non, ça veut dire que j'ai débloqué une enveloppe de crédit budgétaire de 400 millions d'euros. Excusez-moi, je sais que certains disent que ce n'est pas suffisant, c'est énorme 400 millions d'euros, pour la Lorraine par exemple, ça va doubler le montant de crédit pour la rénovation des universités dans les 5 prochaines années.
Et on aura des campus à l'américaine ?
L'idée c'est d'avoir effectivement des campus à l'américaine, à visibilité internationale et qui permette un rapprochement de toutes les universités d'un territoire et de leurs grandes écoles. Et donc, d'avoir un vrai pôle d'enseignement supérieur et de recherche et qu'à terme, on cite « Université de Toulouse », « Université de Lorraine », « Université de Montpellier », « Université de Grenoble » et non plus...
Vous aurez l'argent...
Nancy 1, Nancy 2, Metz, etc....
Oui. Vous aurez l'argent, le président a promis effectivement 1 milliard d'euros par an, ça devait être financé notamment par la mise sur le marché d'actions EDF pour 3,7 milliards, je n'ai pas les chiffres exacts en tête, c'était à peu près ça. Ce n'est pas le moment de vendre, voilà ce qu'on dit aujourd'hui à Bercy, est-ce qu'on vous a promis que vous aurez l'argent quand même ?
Alors il y a 1 milliard d'euros par an pour le budget d'augmentation, ça c'est des crédits budgétaires qui sont votés par le Parlement, qui vont être votés cette année. Et puis il y a les 5 milliards d'euros liés à la vente de participations de l'Etat, 5 milliards d'euros sur lesquels j'ai déjà récupéré 3,7 milliards en vendant des actions EDF il y a quelques mois. J'ajoute qu'on les a vendues au plus haut, donc on est assez satisfaits de les avoir vendues à cette période-là. C'est vrai qu'aujourd'hui ce n'est pas une période pour vendre des actifs de l'Etat, mais nous avons le temps parce qu'en réalité l'opération « Campus », c'est des projets immobiliers qui sont en train de se réaliser et le temps que les universités travaillent à ces projets...
La crise pourrait être résolue, on croise les doigts, c'est ça ?
Ecoutez, je pense que la crise sera derrière nous.
Mais ce ne sera pas campus de riches, campus de pauvres, c'est cette image-là que vous ne voulez pas voir coller...
Le plan... Non, non, l'opération « Campus »...
Je le dis parce que le député de Meurthe-et-Moselle dit vraiment ça très clairement.
Non, le député de Meurthe-et-Moselle, J.-Y. Le Déaut, est déçu parce que l'université de Lorraine est arrivée 12ème dans un concours où on n'en sélectionnait que 10. Je comprends qu'il soit...
C'est dur la sélection. C'est dur la sélection. En même temps, je vais vous dire, ça a été un cap historique cette opération « Campus » parce que c'est ce qui permet aujourd'hui à l'université de Lorraine, je dis bien de Lorraine, de voir le jour, c'est-à-dire à Nancy et à Metz, de se réconcilier pour porter ensemble sur les fonds baptismaux un projet. Et c'est pour ça que j'ai dégagé des crédits exceptionnels pour eux, pour que cette université de Lorraine soit soutenue. On va parler de tout le monde après une petite pause, si vous le voulez bien, et notamment de J. Lang qui dénonçait sur ce plateau... peut-être vous l'avez entendu vendredi, le flicage des profs. Il vous accuse de fliquer les profs, vous répondrez tout à l'heure. A tout de suite. (...) On est toujours en compagnie de V. Pécresse, ministre à l'Enseignement supérieur et à la Recherche. On va évidemment entendre les socialistes qui se sont exprimés ce matin et ceux qui se sont exprimés sur les socialistes, parce que c'est un sujet quasi général, vous le verrez dans le zapping. Un mot donc de réponse d'abord à J. Lang, il dit « le Gouvernement veut fliquer les profs », en gros, c'est parce que vous et votre collègue du Gouvernement X. Darcos avez lancé un appel d'offres pour une veille Internet. Ça veut dire quoi, ça veut dire que vous allez surveiller les blogs de profs et les sanctionner s'ils disent des choses qui sont inadaptées ?
Ecoutez, je suis un peu surprise par cette attaque de J. Lang parce que d'abord, je croyais que c'était un homme de son temps. Donc, je croyais qu'il avait compris que le média du 21ème siècle, c'était Internet et qu'aujourd'hui, un homme politique, un chef d'entreprise, voire même un simple citoyen qui veut se tenir informé devait aussi regarder Internet. Cette veille Internet, c'est ce que pratiquent absolument, je pense, j'imagine, tous les ministères et j'imagine toutes les administrations. C'est simplement, comme on a des revues de presse papier, la capacité de savoir ce qui se dit sur le net parce qu'aujourd'hui, vous savez que moi, mes publics c'est des étudiants, c'est des chercheurs...
Et vous avez appris le mulot à J. Chirac quand même, c'est quand même vous qui étiez à l'Elysée à l'époque.
Bien sûr, bien sûr mais ce serait comme ne pas regarder la télévision ou ne pas lire les journaux que de ne pas aller regarder ce qui se dit sur le web.
Oui, mais est-ce que vous pouvez nous dire : très bien, vous allez regarder, un prof sur son blog va écrire des mots désagréables sur la ministre de l'Enseignement supérieur, il ne sera pas sanctionné, il n'y a pas de devoir de réserve ?
Non, non, mais attendez, ça n'a rien à voir avec le fait de savoir, personne par personne, on n'a pas les moyens de faire ça, d'ailleurs il ne faudrait pas ce budget-là...
C'est des budgets de 100.000 euros.
A 100.000 euros, vous n'avez pas, pour un an, un budget pour aller regarder blog par blog ce que disent les gens, non. L'idée c'est de faire une veille Internet, vous savez comment ça fonctionne une veille Internet, c'est quand il y a des sujets qui font parler d'eux, on voit que ce sujet fait parler. Quand il y a des fausses rumeurs qui se répandent via Internet, et vous savez qu'Internet est le lieu de toutes les informations mais c'est aussi le lieu de la désinformation parce que contrairement aux journaux, il n'y a pas de déontologie, c'est très difficile d'attaquer quelqu'un qui dit des mensonges sur Internet...
Donc ça n'est qu'une veille ?
C'est une veille qui permet de montrer aux ministres quand des fausses rumeurs émergent ou quand des sujets émergent de préoccupations. Ça nous permet de répondre immédiatement via Internet et d'être en permanence en réaction et en offensive sur nos idées, et ne pas subir, notamment, la désinformation, la calomnie, les rumeurs, les ragots qui trouvent sur Internet leur terrain de prédilection.
Voilà la réponse à J. Lang. Alors l'offensive, puisqu'on en parle, écoutez celle de M. Valls contre certains de ses amis socialistes ce matin sur RTL. (... Document RTL). Ce sont les socialistes qui en parlent le mieux du Parti socialiste, ce que vous nous disiez tout à l'heure.
Oui, c'est les socialistes qui en parlent le mieux, mais en même temps on a envie quand même de leur poser la question : est-ce qu'ils se rendent compte qu'il y a des Français qui, aujourd'hui, ont des problèmes, qui sont confrontés à une crise économique, qui ont peur de perdre leur emploi, que le pays a besoin de réformes, qu'on doit faire mieux fonctionner notre pays, qu'aujourd'hui nous investissons dans la recherche, dans l'enseignement supérieur, dans des réformes cruciales ? Est-ce qu'ils se rendent compte que le pays bouge et que eux restent complètement immobiles ?
Ecoutez M.-G. Buffet qui, elle, propose de faire du neuf à gauche. (... Document Canal +). Alors ça va bouger dans tous les sens, là en l'occurrence, ce n'est pas forcément le sens que vous souhaitiez, on l'imagine. Simplement ce qui est amusant, c'est que C. Lagarde était ce matin sur Europe 1, elle est de retour du G20 bien évidemment, et voilà la pensée immédiate qu'elle livrait en découvrant la presse. (... Document Europe 1). Sans oublier que le Gouvernement avance, notamment sur le travail du dimanche qui ne fait pas franchement majorité à gauche. Vous êtes pour, vous, le travail du dimanche ?
Sur le travail du dimanche, moi je pense qu'il ne faut pas une solution qui soit forcément la même pour tout le territoire français. Mais je pense qu'il y a une formidable hypocrisie, on a tellement de dérogations au travail le dimanche qu'aujourd'hui, il y a des villes entières où on travaille le dimanche et des zones entières où on ne travaille pas. Et moi je vois...
Donc mettre de l'ordre ?
Mais dans les agglomérations, en Ile-de-France par exemple, je trouve que compte tenu des rythmes de vie, compte tenu des difficultés de transport, compte tenu de la difficulté à concilier tous les temps de la vie personnelle et de la vie active, je veux dire ouvrir le magasin le dimanche, ça permet aux Franciliens d'avoir un temps de respiration. Et puis, ça permet à certains Franciliens aussi d'avoir du travail mieux payé, puisque ce sera payé double tarif, mieux payé et ça aussi, ce n'est pas inutile en ce moment.
Travailler plus, gagner plus, c'était le slogan.
Oui, oui...
Je vous arrête là. Merci d'avoir été notre invitée ce matin. Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 17 novembre 2008