Interview de Mme Christine Boutin, ministre du logement, à "LCI" le 26 janvier 2009, sur le remaniement ministériel et la fin de la tutelle de son ministère sur la ville, sur les 10 ans du PACS et la poursuite de la discussion sur le projet de loi sur le logement.

Texte intégral

C. Barbier.- C. Boutin bonjour.

Bonjour.

Tempête sur le Sud-Ouest. Que fera l'Etat pour que les assureurs indemnisent au plus vite les assurés ?

Eh bien, écoutez ! Tout est mis en route pour que les assureurs répondent. Ils sont déjà présents. L'Etat aidera à faire en sorte que la catastrophe naturelle soit déclarée le plus rapidement possible.

Et pour reconstruire, vous, ministre du Logement, vous pouvez participer ?

Bien sûr, je participerai autant que cela est possible mais vous savez, la construction ce n'est pas quelque chose, c'est quelque chose qui demande du temps. Donc voilà. Bien sûr que nous ferons tout ce que nous pourrons pour répondre à la difficulté de ces personnes. Je suis bien sensible à cette affaire puisqu'il y a 10 ans, dans les Yvelines, on avait vécu ça de façon très tragique. Alors ce qui est le plus angoissant, c'est le bruit qu'on a entendu, l'électricité qui est coupée. Elle sera rétablie, je pense, dans la semaine et je remercie à la fois EDF et l'Armée qui est partie déjà, qui est déjà sur le terrain pour répondre à l'inquiétude de chacun.

Alors changement à l'UMP, samedi. Vous êtes parmi les 16 conseillers politiques du nouvel organigramme. Vous ne vouliez pas d'un strapontin, ça ressemble à un strapontin quand même.

C'est vrai que je ne suis pas, comment dirai-je, complètement satisfaite de ce que j'ai obtenu. Je ne suis pas, comment dirais-je, montrée du doigt mais je trouve que le Forum des Républicains sociaux et tout ce qu'il apporte n'est pas reconnu à sa juste valeur. Cela dit, vous savez à mauvaise chose, il y a toujours du bonheur. Le Parti radical qui était parti fondateur, fait maintenant partie de l'organigramme exécutif de l'UMP, pas le Forum des Républicains sociaux. Ca veut donc dire que le Forum des Républicains sociaux a une plus grande marge de manoeuvre dans la liberté de son expression et je crois que le Président l'a demandé du reste, que nous soyons dynamiques par rapport à cela. Nous allons répondre au mot du président de la République dans les jours qui viennent.



Alors dans les jours qui viennent à la fin de la semaine, "liberté d'expression", "dynamisme"... Vous allez présenter des candidats à la candidature pour les listes européennes de l'UMP. Vous êtes prête à aller avec des listes à vous, si vous n'êtes pas satisfaite de l'intégration de vos candidats ?

Je pense que la réalité, moi je n'aime pas du tout la langue de bois. Le Forum des Républicains sociaux n'a pas la possibilité financière de pouvoir assumer des listes européennes. Cela dit, on pourra en faire une liste avec d'autres avec lesquels on pourrait s'associer. Mon objectif n'est pas celui-là, mon objectif c'est l'après, c'est la complémentarité avec l'UMP et je pense, X. Bertrand l'a dit et le président aussi et J.-C. Gaudin également, qu'il fallait la diversité des différentes sensibilités dans les listes. Donc je pense que nous avons des places.

Alors samedi, votre Forum affichera également une étiquette "Démocratie chrétienne". Vous voulez la remettre au goût du jour ?

Je suis assez surprise de voir qu'aujourd'hui plus aucun parti politique de droite comme de gauche ne réclame cet héritage. Donc le Forum des Républicains sociaux aura comme sous-titre "Démocratie chrétienne sociale". En tous les cas, c'est ce que je vais demander aux militants. Et vous savez que cette convention nationale est une convention numérique, ce qui est tout à fait innovant. Nous avons été les premiers à faire du politique dating. On nous a beaucoup copiés. Maintenant, nous faisons une convention numérique sur tout le territoire et on se réunira samedi matin à l'UMP, dans le cadre de cette convention numérique.

Alors au nom de la Démocratie chrétienne...

Sociale. Sociale !

...Sociale. Que pensez-vous du pape Benoît XVI qui réintègre les intégristes, les Lefebvristes à la communauté ?

C'est vrai que ça a créé une certaine émotion. Cela dit, la volonté du Saint Père est naturellement de rassembler tous les chrétiens. Je pense qu'au-delà de l'intégrisme auquel on fait allusion et qui est une réalité, je crois qu'il y a une recherche de la liturgie, de la beauté de la liturgie pour les offices, qui avait été un petit peu oublié par le Vatican II.

L'un des évêques réhabilités tout de même a tenu des propos niant l'existence des chambres à gaz.

Naturellement, je ne peux pas me faire, comment dirais-je, l'apôtre de cet évêque. Je ne comprends pas, il y a parfois des choses que je ne comprends pas. Mais au-delà de cela, je crois qu'il y a vraiment une recherche d'améliorer la liturgie de nos offices.

Lors du récent remaniement gouvernemental, F. Amara a donc quitté votre tutelle pour rejoindre celle de B. Hortefeux. Vous reconnaissez que ce fut un peu un soulagement. Le couple Amara/Boutin c'était bourré de tension.

Ca ne s'est pas si mal passé que ça entre nous deux et, du reste, elle a eu la gentillesse de le dire. On s'est fait un cadeau toutes les deux spontanément, pas pour la frime mais parce qu'on a une certaine amitié toutes les deux.

Qu'avez-vous reçu, qu'avez-vous offert ?

Moi je lui ai offert... elle rêve d'être danseuse étoile, donc je lui ai donné un très beau tableau de Petra Galla. Et puis elle, elle m'a donné une image d'Epinal. Donc c'est très sympathique mais maintenant, je pense que la ville était rattachée à mon ministère donc c'était plutôt le bâti, le dur. Maintenant le président de la République souhaite que la ville soit plutôt du côté social, ça me semble normal qu'elle aille avec Brice.

Elle gardera la tutelle sur l'Agence nationale de rénovation urbaine ? Elle le réclame. Elle dit même "je démissionnerai si je ne l'ai pas". Ou est-ce que c'est vous qui gardez cette ANRU ?

Je pense qu'il y aura un arbitrage qui sera fait au plus niveau de l'Etat et qu'il y aura un partage entre tout cela. Mais moi je ne peux pas accepter non plus n'importe quoi.

N'importe quoi, ce serait vous priver de cet accès...

Je pense qu'il y a de la place pour tout le monde mais on ne peut pas envisager le logement sans la reconstruction. Si l'ANRU n'était pas sous la tutelle du logement, ce serait complètement stupéfiant.

Alors comme ministre du Logement, vous abordez demain un débat délicat à l'Assemblée nationale. Votre loi arrive chez les députés. Est-ce qu'elle n'est pas caduque ? La crise est passée par là, l'immobilier s'effondre, le BTP est arrêté ?

Pas du tout, elle est au contraire très attendue par tous les professionnels. La France a besoin de construire et au mois d'octobre... Moi, depuis le mois d'avril, je me bats pour qu'il y ait cette loi pour débloquer un certain nombre de verrous. Au mois d'octobre, elle a été vue au Sénat, après il y a eu l'engorgement législatif de l'Assemblée nationale. J'ai voulu qu'un certain nombre de mesures soient reprises dans le Plan de relance pour gagner 15 jours. On a déjà gagné 15 jours par rapport à certaines données financières. Maintenant, il y a des choses importantes qui sont à voir : la réforme du 1%, la réforme du monde HLM car ce que nous voulons, c'est que tout le monde puisse être logé en France. Et en particulier l'accession sociale à la propriété est pour nous quelque chose d'important.

Alors c'est insuffisant disent les locataires qui vont manifester demain devant l'Assemblée nationale. Désengagement financier de l'Etat, disent-ils.

Pas du tout. Alors là, il faut arrêter. Il faut couper la tête de ce canard, le cou de ce canard parce que si le budget du logement, dans la première phase, était un peu restreint, mais depuis la crise avec le Plan de relance, au contraire le président de la République a mis le logement au coeur du Plan de relance puisque c'est de l'investissement qui va enrichir le patrimoine et aussi permettre aux Français de se loger. 1,8 milliard en plus qui est donné. Aujourd'hui, je l'ai dit clairement, mon souci c'est pas un problème financier, c'est un problème d'utilisation financière et je demande à tous les constructeurs, les promoteurs, toutes les personnes, le monde HLM, à tout le monde de se mettre en ordre de marche pour utiliser ces crédits qui sont à la disposition dorénavant.

Alors l'Etat devait acquérir 30 000 logements qui n'avaient pas d'acquéreurs dans le privé. Où en est t-on ? Où sont t-ils ?

Comme d'habitude, tout le monde a été sceptique. Aujourd'hui, je peux vous dire qu'on est entre 23.000 et 25.000 qui sont sur le point d'être signés. Donc le contrat va être quasiment atteint.

Alors souhaitez-vous que soient rétablis par les députés les articles qu'ont supprimés les sénateurs en première lecture ? Par exemple, la prise en compte des logements en accès à la propriété dans le quota de logements sociaux des communes ?

Ca fait très grande polémique. Moi je souhaite un débat pacifié et je pense qu'aujourd'hui, d'autres sujets sont encore plus importants dans cette loi. Et je souhaite que tout le monde y participe.

C'est-à-dire qu'on retirerait cet article qui fâche ?

Pour l'instant il n'est pas dans le texte puisqu'il a été supprimé. Vous me permettrez de réserver aux parlementaires la réponse.

Mais on vous sent désireuse de plutôt déminer plutôt que de mettre...

Je préfère effectivement un débat serein. Les Français ont besoin d'être logés. Il me semble que dans une période de crise, il faut répondre à ce besoin essentiel qui est le logement pour nos compatriotes.

Le 1% logement va-t-il oui ou non financer l'Agence nationale de l'habitat ? Va-t-il financer votre politique ?

Oui absolument. 850 millions sont prévus et ça fait partie du débat de demain.

Est t-il vrai que vous avez téléphoné à R. Karoutchi après qu'il a rendue publique son homosexualité dans un ouvrage ? Et que lui avez-vous dit ?

R. Karoutchi est un ami de toujours. Il m'a demandé de le soutenir il y a 18 mois pour les régionales. Je savais naturellement qu'il était homosexuel, comme tout le monde politique. Mais je lui ai donné mon soutien sans état d'âme. Vous savez, je suis toujours contre le mariage des homosexuels, mais j'aime toutes les personnes quelle que soit leur façon d'être.

Est-ce qu'il ne le fait pas un peu tactique de communication, là, pour sa bataille contre V. Pécresse ?

Non je crois qu'il avait besoin personnellement de le dire. Tout le monde en parlait, se gaussait, le ridiculisait ou au contraire le soutenait. Il assume de façon calme et sereine. Et moi, je tiens à redire mon amitié à R. Karoutchi qui est un garçon qui au niveau des régionales est un garçon qui tient l'opposition depuis des années, qui connaît tous ses dossiers, qui est présent. Je pense que c'est le meilleur candidat pour l'UMP.

Alors le Pacs fête ses 10 ans, un demi million de couples vivent sous ce régime. Il y a un Pacs signé pour deux mariages célébrés maintenant. Est-ce que vous reconnaissez a posteriori que vous vous êtes trompée de combat, que c'était une bonne chose ?

Pas du tout, absolument pas. Le Pacs aujourd'hui a du succès. Pourquoi ? Parce qu'il a presque les mêmes avantages que le mariage et c'est la raison pour laquelle il y a un peu moins de mariages. Et si l'on continue comme ça, il y aura davantage de Pacs que de mariages et ceci, bizarrement, va redonner de la valeur aux mariages religieux. Mais ce que je peux vous dire, c'est que le Pacs qui aujourd'hui est un engagement davantage d'hétérosexuels que d'homosexuels est pour moi la traduction de la difficulté d'engagement fondamental que nous connaissons dans notre pays. Le Pacs c'est un engagement qui est moins fort que le mariage. Il a plus de succès parce qu'il a à peu près les mêmes avantages que le mariage. Si on lui donne les mêmes avantages que le mariage, il n'y aura plus de mariages et on fera que des Pacs.

Et ça n'a pas été néanmoins le Pacs qui a provoqué l'arrivée du mariage homosexuel dans notre société ?

Non pas du tout. Rappelez-vous ce que je disais, je le disais à l'époque mais personne n'entendait. Ce n'était pas une revendication aussi forte. Les homosexuels ne souhaitent pas, dans leur très grande majorité, un mariage.

C. Boutin, merci, bonne journée.


Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 26 janvier 2009