Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France Info le 2 septembre 2009, sur la stratégie d'ouverture de la majorité et l'évolution des valeurs de la droite, le débat sur l'instauration d'une fiscalité écologique ou "taxe carbone" et la réforme de la procédure pénale.

Texte intégral

R. Duchemin.- Un des temps forts de cette rentrée c'est effectivement, probablement, la réunion d'aujourd'hui, ce soir, à l'Elysée : comité de liaison de la majorité, pardon, Comité de liaison de la majorité élargie. C'est tout un programme ça, "élargir" ?

C'est surtout le bon sens quand on essaye de porter des réformes aussi difficiles que celles que nous avons engagées, parce qu'en réalité, ce sont des sujets sur lesquels on ne peut pas opposer sans cesse les uns aux autres. Il n'y a pas, d'un côté, les gens qui ont raison, et de l'autre, des gens qui ont tort. Je pense que dans ces sujets-là, tout ce qu'on peut faire pour gérer, décomplexer un peu les gens, faire en sorte que quelle que soit leur sensibilité ils puissent rejoindre notre combat pour des réformes d'intérêt général, c'est une bonne chose.

J'entends bien, mais il y avait déjà E. Besson, qui est maintenant à l'UMP, aujourd'hui on va chercher P. de Villiers, F. Nihous. On va s'arrêter où ?

Non, on ne peut pas s'arrêter, pourquoi voulez-vous qu'on s'arrête ! L'idée, ce n'est pas de s'arrêter.

Donc, à la fin il n'y aura plus qu'un seul parti ?

Mais non, mais bien sûr que non, et d'ailleurs vous le voyez bien, l'objectif ce n'est pas de faire autre chose que d'en parler, de proposer, de se retrouver sur des majorités d'idées. Le fait que des hommes de gauche aient choisi de quitter leur famille politique pour nous rejoindre est quand même très révélateur du fait que, quelque part, la droite d'aujourd'hui a profondément changé. Elle était probablement assez conservatrice il y a une vingtaine d'années, alors que la gauche il y a 20 ans était probablement réputée plus progressiste, mais enfin aujourd'hui c'est l'inverse. D'ailleurs c'est assez marrant de voir que, aujourd'hui, les principales idées à gauche sont des idées pour conserver ce qui existe aujourd'hui - il ne faut surtout rien bouger -, alors que la droite est plutôt pour essayer de faire bouger les choses, voilà.

Mais quand C. Boutin dit qu'on est en train de mélanger l'eau et le feu, elle a tort ?

D'abord, il n'y a pas des gens qui ont tort ou des gens qui ont raison, c'est son point de vue, ce n'est évidemment pas le mien. Oui, bien sûr, qu'on associe autour de la table...

Mais quel est par exemple le point commun entre P. de Villiers et H. Morin ?

Je pense qu'il a pu arriver à leurs deux familles politiques de se trouver ensemble dans des gouvernements par exemple, vous voyez. Donc les choses ne sont jamais éternelles. Je pense que ce n'est pas le problème de marier l'eau et le feu, c'est le problème que des gens qui ont pu se combattre électoralement, en d'autres circonstances, se retrouvent à des moments donnés sur des projets, voilà. Et il appartient d'ailleurs à eux-mêmes de dire qu'ils se retrouvent sur ces projets pour bien montrer que ce n'est pas dans leur esprit des approches uniquement tactiques.

Donc, on balaye très large, c'est une stratégie, avant 2010 ?

Pour tout vous dire, moi j'irais même, à titre personnel, plus loin, c'est-à-dire que je pense qu'il y a eu une première étape dans l'ouverture, ça a été de dire : on fait venir des personnalités de gauche, on leur demande de quitter leur famille pour nous rejoindre. Je pense aujourd'hui que cette première étape commence à montrer sa ligne, c'est-à-dire, qu'on a été très loin dans le domaine, maintenant les gens ne disent plus "on quitte notre famille politique pour venir". Et moi je trouverais fantastique, et c'est d'ailleurs tout l'objet de "Génération France", le club d'idées que j'ai créé, qu'on puisse dire : voilà, vous restez dans votre famille politique, mais sur certains sujets vous travaillez avec nous. Par exemple, j'ai proposé à la tribune de l'Assemblée, au PS, de travailler avec nous sur trois sujets : la réforme des retraites, la décentralisation, et les dépenses d'avenir. Parce que ce sont des sujets qui ne sont pas de gauche ou de droite, ce sont des sujets sur lesquels on peut avancer.

Tous les sujets ne sont ni de gauche, ni de droite, tout le monde est concerné par la politique en général. Quand la gauche fait la même chose, c'est-à-dire, quand la gauche s'ouvre aussi à la gauche, ça signifie que, dans quelque temps on va se retrouver finalement comme au bon vieux temps, avec un gros bloc à droite, et un gros bloc à gauche ?

Je ne sais pas si c'est le bon vieux temps, c'est en tout cas ce que je constate dans les principales démocraties au monde. Regardez les Etats-Unis, regardez la Grande-Bretagne, regardez l'Allemagne. Ce qui me paraît important c'est que, sur ces sujets, dès lors qu'on voit que la gauche s'organise, il faut ouvrir les yeux, il faut comprendre que nous, on a en face de nous, une gauche, enfin un PS en particulier. Tout ça était jusqu'à présent très cacophonique mais très statique. Là, on a vu à La Rochelle, et puis quelques jours avant chez V. Peillon, avec cette fameuse image de R. Hue...

A Marseille...

... photographié avec Cohn-Bendit, avec même...

M. de Sarnez...

M. de Sarnez, la collaboratrice de F. Bayrou. Et ce qu'on a vu, c'est une cacophonie, mais cette fois-ci active, c'est-à-dire, avec des gens qui prennent des initiatives et qui sont en train de fabriquer quoi ? Un cartel des gauches, avec un seul message : tout faire pour battre la droite, tout faire pour battre N. Sarkozy.

Et les Français y voient clair, aussi bien à droite qu'à gauche maintenant dans les alliances ? Vous pensez que les électeurs justement vont adhérer à... ?

Je pense que d'une manière générale les électeurs aiment bien la clarté, ils n'aiment pas beaucoup la confusion. Ils aiment la clarté dans les alliances, ils aiment la clarté dans les projets, ils aiment la clarté dans des dirigeants qu'ils organisent. Je crois que, si c'est une manière de donner plus de clarté, ça facilitera le débat.

Puisque vous parlez de clarté, il y a un sujet lequel les choses ne sont visiblement pas claires, c'est la fameuse taxe carbone. Ce sera d'ailleurs l'un des gros dossiers de la rentrée parlementaire. On nous dit que ça ne sera pas un impôt de plus. On aimerait, nous, en avoir la démonstration concrète, c'est ce que dit en tout cas A. Juppé dans les colonnes du Figaro, ce matin.

Oui, il a raison. Je crois que c'est important que chacun prenne part à ce débat. La taxe carbone, ce n'est pas un petit sujet. Jusqu'à présent, les députés n'ont pas été associés, maintenant je peux vous dire, puisque je suis en charge de la majorité UMP à l'Assemblée, qu'ils vont l'être, qu'ils vont prendre pleinement part dans ce débat.
Comment ?
Et pour vous donner mon point de vue, j'ai toujours été favorable à une fiscalité écologique, je suis très engagé sur les questions de développement durable, je le suis à Meaux, dans la ville dont je suis le maire, parce que je pense que c'est essentiel et que ce sera le grand défi du XXIe siècle. Mais la force de l'écologie, c'est que ce ne soit pas de la sanction, que ce soit aussi de l'incitation. Par exemple, les bonus-malus des voitures propres, les Français ont accepté parce qu'il y avait "bonus-malus". Si la taxe carbone c'est juste une punition, ça ne peut pas le faire.

Donc, vous nous promettez que tout l'argent de la taxe carbone sera redistribué aux Français, vous y veillerez ?

Je vous dis deux choses : la première, c'est que la taxe carbone ne peut pas être juste une recette supplémentaire pour boucler le budget de Bercy. J'ai été ministre du Budget, j'en parle savamment. Et la deuxième chose, c'est qu'il ne faut pas qu'il y ait d'inégalités géographiques.

Mais le patron des députés UMP que vous êtes veillera au grain sur justement ce principe-là ?

C'est ma responsabilité de chef. Vous savez que le Parlement depuis que la démocratie est née, est là pour voter les grandes lois et en particulier les impôts. Autant le regarder.

Vous nous aviez fait des promesses sur la redevance, elle a augmenté !

Ah, non, ce n'est pas... Je veux bien qu'on en rediscute, vous savez que ça été une petite polémique.

Non, on ne va pas rouvrir le débat...

Je rappelle, comme je m'y étais engagé, elle n'augmente que de l'inflation, c'est donc qu'elle n'augmente pas en valeur réelle.

Parmi les sujets d'actualité, il y a aussi le rapport Léger, il a été remis hier. Beaucoup de députés en coulisses, à droite notamment, ne sont pas forcément favorables à la disparition du juge d'instruction. Vous, vous y êtes favorable ?

Je vais vous dire, d'abord ça sera un grand et beau débat à l'Assemblée. Deuxièmement, autant vous voyez que sur la taxe carbone, j'ai un certain nombre de réserves, parce que je pense qu'il faut bien travailler cette mesure avant de la mettre en oeuvre pour qu'elle soit comprise par les Français, autant, en ce qui concerne la réforme de la justice, je trouve qu'il y a des avancées intéressantes, il faut maintenant que le débat ait lieu. Il ne s'agit pas de supprimer le juge d'instruction, il ne s'agit pas de le supprimer, il s'agit de lui donner une nouvelle mission, qui est celle de juger "de" l'instruction, et d'avoir ainsi un mode...

Tous les pouvoirs sont quand même transférés au procureur ?

Pas tous, non, non, ce n'est pas si simple que ça.

Ouvrir les enquêtes, faire les enquêtes, les renvoyer...

Mais vous savez que déjà 95 % des enquêtes aujourd'hui c'est au niveau des parquets que les choses se font. Ce qui compte en réalité c'est qu'il y ait un rééquilibrage qui soit fait, et que l'on tire les conséquences de dysfonctionnements aujourd'hui constatés, que les Français dénoncent, et pas simplement sur des affaires spectaculaires comme Outreau, dans la justice au quotidien, et je pense qu'on ne peut pas se satisfaire du statu quo. Donc, il faut qu'on en débatte, et ce sera un sujet absolument passionnant, mais il y en aura beaucoup d'autres.

Notamment, Hadopi, puisque ça se discutera dès la rentrée le 14 septembre.

Et puis, les dépenses d'avenir. On parle d'un grand emprunt. Et puis les dépenses d'avenir c'est : qu'est-ce qu'on veut pour la France dans 20 ou 30 ans ? Inutile de vous dire que ces sujets-là pour la génération qui est la vôtre et la mienne, ça nous intéresse beaucoup.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 3 septembre 2009