Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à I-Télé le 20 février 2012, sur la campagne électorale pour l'élection présidentielle de 2012.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER Alors vous êtes porte-parole du candidat, vous êtes encore ministre, alors avant de parler présidentielles et Marseille, dites-nous si vous confirmez l’arrivée de Jean-Louis BORLOO à la tête de VEOLIA.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, d’abord moi je ne suis ministre plus que pour quelques jours puisque, porte-parole c’est un boulot à plein temps, mais je veux finir un certain nombre de dossiers et donc j’ai quelques jours pour les finir et notamment je voudrais sortir cette semaine la close de sauvegarde sur les OGM qui est très attendue et qui je crois, est très importante. Concernant les bruits dont vous vous faites l’écho, moi je les ai lus comme vous dans la presse, donc je ne peux pas vous confirmer ou vous infirmer, VEOLIA c’est une entreprise privée avec des administrateurs qui prendront leur décision, j’en suis sûre, pour le plus grand bien de l’entreprise. Ce que je peux vous dire c’est que certains articles que j’ai lus disent des choses qui sont fausses, ça je le sais, parce qu’ils font référence par exemple à des décisions qui auraient été prises entre Henri PROGLIO et le président de la République dans l’avion qui les emmenait à Photowatt, j’étais dans l’avion, il n’y a pas eu d’aparté, il n’y a pas eu de discussion sur ce sujet, donc ça, c’est faux.
 
CHRISTOPHE BARBIER Pour une entreprise privée, c’est quand même une décision très politique non ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET D’abord je ne sais pas si les administrateurs prendront cette décision et elle leur revient. Jean-Louis BORLOO c’est quelqu’un qui vient du privé, s’il a envie de retourner en privé et de candidater sur un poste, il a bien le droit de le fer. En tout cas moi ce que je vous dis, c’est quand on dit, ça s’est résolu entre le président de la République et Henri PROGLIO dans l’avion entre Paris et Bourgoin-Jallieu, ça c’est faux, j’y étais, ce n’est pas vrai.
 
CHRISTOPHE BARBIER Sur le principe, quand on a été ministre de tutelle d’un secteur, est-ce que c’est normal d’aller ensuite y travailler, même si BORLOO n’est plus ministre depuis 15 mois ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ca marque aussi une compétence si vous voulez, vous ne pouvez pas raisonner comme ça, mais surtout, ce n’est pas à l’un ou à l’autre de décider, c’est aux administrateurs, en l’occurrence d’une entreprise privée que de dire si c’est bon ou pas pour l’entreprise. Vraiment pour le moment moi ce que je vois ce sont des rumeurs de presse.
 
CHRISTOPHE BARBIER Quand Anne LAUVERGEON dénonçait la loge P2 en matière de nucléaire, est-ce qu’on ne retrouve pas là le même cocktail d’influence politique, de franc-maçonnerie et d’arrangement ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, je ne suis vraiment pas spécialisée sur ces réseaux d’influence là, c’est en général les journaux auxquels vous participez, par exemple L’EXPRESS, qui nous font tous les ans un grand truc sur le pouvoir des francs-maçons…
 
CHRISTOPHE BARBIER On a l’impression qu’il est là non ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, eh bien vous nous le direz, c’est vous le spécialiste, moi je n’en sais rien.
 
CHRISTOPHE BARBIER Alors, grand meeting de Nicolas SARKOZY hier à Marseille, pourquoi le candidat est-il si agressif envers François HOLLANDE taxé de menteur, d’irresponsable, de prendre des positions immorales même.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Le candidat n’est pas agressif, il y a une seule chose qui est agressive en période de campagne et en période de crise surtout, c’est le mensonge. Et le mensonge c’est ce qui est pratiqué par François HOLLANDE qui dit le matin des choses différentes de ce qu’il dit l’après-midi, qui surtout entretient le flou sur ses propositions mais pire que ça, dit des choses différentes suivant les publics. La vérité de Londres n’est pas la vérité de Paris et que dira-t-il à Athènes ou à Pékin ? Je peux faire avec vous la liste des sujets sur lesquels on ne sait pas aujourd'hui ce que pense ou ce que propose François HOLLANDE. La vraie violence, elle est là.
 
CHRISTOPHE BARBIER Est-ce qu’il n’y a pas du mensonge à avoir dit, on sauve Gandrange et à voir aujourd’hui Florange plonger ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Il y aurait de l’inconséquence à ne rien faire, à attendre, à dire comme le disait Lionel JOSPIN, on ne peut rien faire ou on a tout essayé vis-??-vis des problèmes de l’emploi, des problèmes de la délocalisation ou des problèmes comme celui de Gandrange. Ce qu’a dit Nicolas SARKOZY très clairement, ce n’est pas on a tout réussi, ce n’est pas j’ai tout réussi, c’est je pense qu’il faut tout essayer. Je pense qu’il faut tout essayer, j’ai essayé d’en faire le maximum, je vous propose de continuer à tout essayer, on ne peut baisser les bras devant rien, devant aucun des problèmes et tous les Français doivent y participer, c’est ça la France forte, la France forte c’est à la fois un héritage et des valeurs travail, autorité, responsabilité mais c’est aussi une France rassemblée qui se bat pour son avenir et pour se transformer et qui ne reste pas les bras ballants dans le déni de crise comme le propose le candidat François HOLLANDE.
 
CHRISTOPHE BARBIER Alors que va faire concrètement Nicolas SARKOZY pour Florange où les salariés aujourd'hui occupent les bureaux ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Nicolas SARKOZY prévoit cette semaine des déplacements et des propositions sur le travail, la ré-industrialisation sur l’industrie en France, c’est cette semaine que ça se passe.
 
CHRISTOPHE BARBIER Est-ce qu’il ira à Florange pour les…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, je ne crois pas, je crois que c’est à Lille qu’il va jeudi. Mais de toute façon, c’est cette semaine qu’il va en parler. Alors évidemment, vous me dites « dans le discours d’hier, il y avait un… c’est un discours sur les valeurs parce qu’une campagne, ça se commence sur les valeurs. Parce que les Français, on les rassemble sur les valeurs, pas sur l’addition d’une multitude de propositions catégorielles différentes tous les jours et qui sont destinées à séduire les uns, à séduire les autres et finalement à essayer d’agréger des choses très disparates. Non, les Français on les réunit sur des valeurs et sans leur mentir.
 
CHRISTOPHE BARBIER Alors c’était sur les valeurs mais il y avait aussi une petite annonce bien pratique sur la proportionnelle, ça c’était un appel du pied aux lepénistes et aux centristes !
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Les valeurs elles ne sont pas à géométrie variable, elles ne sont pas corrigées des données saisonnières en fonction des personnes auxquelles vous parlez. Donc si vous pensez que c’est important que tout le monde puisse s’exprimer à l’intérieur (par exemple) du Parlement plutôt qu’à l’extérieur, vous pouvez être amené à faire cette proposition. C‘est une… c’est une valeur, ça a trait d’ailleurs à l’idée de la France et l’idée que la France est d’autant plus forte qu’elle est ouverte, rassemblée et que chacun peut y trouver sa voie, même si c’est une voie qui ne dit pas les choses avec lesquelles vous êtes d’accord. Je voudrais dire à ce sujet de la proportionnelle que Nicolas SARKOZY a dit très clairement hier que ce qu’il voulait, c’était le maintien du fait majoritaire, qui est le fait majeur de la 5ème République, le fait majoritaire. Il ne s’agit pas d’aller vers un système proportionnel intégral, comme ça a pu être le cas par le passé, c’est le fait majoritaire qui reste central. Il s’agit à la marge de faire une petite ouverture proportionnelle pour que chacun puisse trouver sa place…
 
CHRISTOPHE BARBIER C’est de la charité, comme dit François BAYROU ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais ce n’est pas de la charité, c’est par exemple la suite du constat qu’on a pu faire dans les négociations entre les Verts et le PS, où les Verts et le PS se retrouvent à négocier des accords électoraux misérables : réacteurs nucléaires contre circonscriptions, et les Verts font ça pour pouvoir avoir un strapontin à l’Assemblée nationale. C’est le message passé à tous, voilà, on n’a pas forcément tous les mêmes convictions mais que chacun puisse avoir une voix à l’Assemblée nationale, une place et qui ne sera pas une place majeur puisque le fait principal resterait le fait majoritaire…
 
CHRISTOPHE BARBIER Pourquoi…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET J’ajoute que Nicolas SARKOZY…
 
CHRISTOPHE BARBIER Pourquoi ne l’avoir pas fait en 2008 ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET J’ajoute que Nicolas SARKOZY a proposé du même mouvement de réduire le nombre des députés, ça veut dire que c’est une opération assez lourde parce qu’il faut tout réorganiser, et donc ça ne se fait pas comme ça.
 
CHRISTOPHE BARBIER Pourquoi ne pas l’avoir fait en 2008 lors de la réforme constitutionnelle, et le faire là alors qu’il y a des élections ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Vous savez, c’est la question qu’on va poser à chacune des propositions majeures qui vont être faites par Nicolas SARKOZY pendant cette campagne. Et je vous ferai à chaque fois la même réponse, on ne pouvait pas à la fois en 2007-2008 dire « il en fait trop, il réforme tout, ça bouge trop vite, on n’a pas le temps de digérer les réformes » et dire aujourd’hui « mais pourquoi, vous ne l’avez pas fait ». Il y a eu énormément de réformes portées par ce quinquennat, notamment des réformes constitutionnelles. La question prioritaire de constitutionnalité par exemple, qui permet à chaque citoyen de faire valoir ses droits vis-à-vis de la Constitution, qui était très critiquée quand elle a été lancée, aujourd’hui elle n’est plus critiquée par personne, c’est un mandat pendant lequel la France, la démocratie française se sont beaucoup transformées, Nicolas SARKOZY propose de continuer. Il ne dit pas que tout est fait.
 
CHRISTOPHE BARBIER Vous dénoncez une chasse aux sorcières, quand François HOLLANDE promet de changer l’Etat UMP. Mais Nicolas SARKOZY en 2007 a lui-même placé ses hommes, les SQUARCINI, PECHENARD, COURROYE, etc.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET François HOLLANDE ne promet pas de changer l’Etat UMP, François HOLLANDE menace les fonctionnaires, et il fait peser une espèce de climat de défiance en disant « il y en a qui… et le jour venu je saurai les trouver », oui, ça s’appelle une chasse aux sorcières et…
 
CHRISTOPHE BARBIER Nicolas SARKOZY a mis ses hommes en place à l’époque, c’est normal…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, non, ça ne fonctionne pas comme ça…
 
CHRISTOPHE BARBIER Un pouvoir arrive, il met des hommes…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ça s’appelle une chasse aux sorcières et la chasse aux sorcières sera suivie d’une purge. Le système que vous décrivez, c’est le système américain, ça n’a jamais été pratiqué en France. Nicolas SARKOZY a été le premier président de la République au contraire à ouvrir à l’opposition des fonctions…
 
CHRISTOPHE BARBIER Il a mis aussi des hommes à lui.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Des fonctions qui… c’est qui les hommes à lui, Didier MIGAUD, socialiste….
 
CHRISTOPHE BARBIER SQUARCINI, PECHENARD…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Président de la COUR DES COMPTES…
 
CHRISTOPHE BARBIER Pas des anti-sarkozystes…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Jean-Pierre JOUYET qui, certes est passé par le gouvernement, mais qui est considéré comme un des meilleurs amis de François HOLLANDE, POIVRE d’ARVOR à FRANCE CULTURE.
 
CHRISTOPHE BARBIER Qu’opposez-vous au carton rouge que brandissent les lepénistes, notamment pour dire « le peuple ce n’est pas Nicolas SARKOZY, c’est nous » ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ecoutez, tout ça c’est de la scène. Le week-end dernier je crois, Marine le PEN brandissait un exemplaire du JOURNAL DU DIMANCHE, il y avait un sondage qui lui déplaisait en une. Là, elle brandit un carton rouge, ça fait des images, ça fait des images. Mais je crois que ce que les Français attendent aujourd’hui, ce sont des idées et des propositions.
 Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 20 février 2012