Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à BFMTV/RMC le 13 juin 2014, sur la grève à la SNCF, le dialogue entre le gouvernement et les élus corses au sujet de la réforme territoriale, la réforme du permis de conduire, la lutte contre le terrorisme et le choix de M. Jacques Toubon comme défenseur des droits.

Texte intégral

Jean-Jacques Bourdin
Notre invité ce matin Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, bonjour.
Bernard Cazeneuve
Bonjour.
Jean-Jacques Bourdin
Merci d'être avec nous. La grève à la SNCF ça suffit ?
Bernard Cazeneuve
Le ministre des Transports va s'exprimer ce matin, il a engagé une discussion, cette discussion elle vise à faire en sorte toute garantie soit donnée concernant l'intégrité du groupe, les statuts, les conditions du dialogue social, je n'ai pas à me substituer au ministre des Transports…
Jean-Jacques Bourdin
Non, d'accord mais est-ce que ça suffit ?
Bernard Cazeneuve
Cette négociation.
Jean-Jacques Bourdin
Est-ce qu'il y a des moments où il faut savoir cesser une grève ?
Bernard Cazeneuve
C'est toujours mieux quand une grève cesse, ça veut dire qu'on a trouvé un compromis, c'est ce que je souhaite.
Jean-Jacques Bourdin
Oui, le gouvernement ne peut pas céder !
Bernard Cazeneuve
Mais le gouvernement est dans un projet qui est bon pour la SNCF, qui est destiné à faire en sorte que le groupe soit plus fort, et qui soit plus fort dans un contexte où il doit être fort en Europe pour garder ses parts de marché, pour se moderniser et pour faire en sorte que le service public monte en gamme. Il y a une inquiétude sociale qui s'exprime, le ministre des Transports continue les négociations…
Jean-Jacques Bourdin
Donc le gouvernement ne cèdera pas !
Bernard Cazeneuve
Le gouvernement souhaite, comme toujours lorsqu'il y a des conflits sociaux, qu'il y ait de bons compromis, parce qu'il vaut mieux un bon compromis à un conflit qui s'éternise.
Jean-Jacques Bourdin
Bernard Cazeneuve, vous revenez de Corse, vous avez été accueilli hier matin par le mitraillage de la gendarmerie de Bastia, c'était un message à votre intention pour rappeler que les nationalistes sont toujours là. Vous avez dit : les auteurs seront arrêtés, réaction la plus ferme de l'Etat, on dit toujours la même chose dans ces cas-là hein ?
Bernard Cazeneuve
Mais c'eut été autrement que le ministre de l'Intérieur dise autre chose. Ça correspond d'ailleurs à ce qui doit être dit, pourquoi ? Parce qu'il y a en Corse des policiers et des gendarmes qui font un travail remarquable pour assurer la sécurité des Corses. Les Corses sont soucieux de voir leur sécurité assurée, ils reconnaissent d'ailleurs le travail fait par les gendarmes et les policiers. Et moi, je veux donner un appui très fort à ces forces de sécurité qui font un travail pour lutter contre la criminalité organisée en Corse, contre la violence. Et je ne peux pas accepter, je n'accepte pas ces formes de violence qui ne correspondent pas d'ailleurs à ce qu'est la Corse en profondeur.
Jean-Jacques Bourdin
Rapprochement police gendarmerie en Corse, c'est envisagé ?
Bernard Cazeneuve
Mais ce que j'ai souhaité hier, c'est envoyer là aussi des signes très clairs à mes troupes en Corse, et en leur donnant des instructions qui sont des instructions simples et dont je souhaite qu'elles soient mises en oeuvre vite. Ces instructions quelles sont-elles ? Si on veut lutter efficacement contre les filières du crime organisé qui mine la Corse, il faut que le renseignement soit échangé, que les missions de surveillance et d'observation soient conduites par la police et par la gendarmerie ensemble. C'est la raison pour laquelle, j'ai proposé qu'il y ait un groupe de liaison pour que les renseignements soient échangés, que les missions d'anticipation soient partagées pour qu'on soit plus efficaces. Et j'ai demandé que régulièrement, on me transmette des éléments concrets sur les conditions de mise en oeuvre de ces instructions.
Jean-Jacques Bourdin
Bien, on va parler du permis de conduire, de la réforme du permis de conduire. J'ai encore deux questions très vite, la première est en rapport avec la Corse, il s'agit de la réforme territoriale, il y a deux départements en Corse, sans doute un de trop, donc un seul département suffirait, vous êtes d'accord avec moi ? Dans le cadre de la réforme d'ailleurs, il y aura disparition à terme des Conseils généraux…
Bernard Cazeneuve
Et donc effectivement, cette question se posera.
Jean-Jacques Bourdin
Cette question se posera…
Bernard Cazeneuve
Ce que j'ai dit aux élus de Corse hier, vous avez raison de poser…
Jean-Jacques Bourdin
Oui, qu'est-ce que vous leur avez dit ?
Bernard Cazeneuve
Qu'est-ce que j'ai dit aux élus de Corse hier, je le répèterais à votre antenne parce que les Corses nous écoutent sans doute. Moi, je souhaite qu'il y ait du dialogue, c'est d'ailleurs parce que je souhaite qu'il y ait du dialogue que j'ai dit des choses extrêmement claires hier, parce que le dialogue ce n'est pas l'ambiguïté, c'est le contraire de l'ambiguïté, c'est la franchise et la sincérité. Mais il faut que le dialogue se poursuive autour des positions de l'Etat, autour des propositions des élus de Corse en franchise et en sincérité. Et bien entendu pour ce qui concerne l'organisation territoriale de Corse, la Corse a longtemps été et demeure encore un territoire où l'expérimentation est possible, et le sujet que vous venez de traiter est un sujet sur lequel – comme sur d'autres d'ailleurs – les portes du dialogue sont grandes ouvertes.
Jean-Jacques Bourdin
Ça veut dire, dans le cadre de la réforme régionale, que des sous-préfectures disparaitront ?
Bernard Cazeneuve
Je veux engager…
Jean-Jacques Bourdin
Bernard Cazeneuve…
Bernard Cazeneuve
Parce que le président de la République et le Premier ministre m'en ont donné instruction, une réforme ambitieuse de l'administration déconcentrée de l'Etat. C'est quoi cette réforme, c'est très simple, c'est plus de pouvoirs donnés aux préfets sur les territoires, c'est-à-dire plus de capacité des préfets de gérer de façon interministérielle les administrations ; c'est la volonté de faire en sorte que ces administrations montent en gamme, il faut inventer la sous-préfecture et la préfecture du 21ème siècle, mettre en place des Maisons de l'Etat. Et cela passera bien entendu Jean-Jacques Bourdin dans un certain nombre de territoires par des suppressions de sous-préfectures, lorsqu'il y a des territoires qui se sont jumelés…
Jean-Jacques Bourdin
Il y a combien de sous-préfectures en France d'ailleurs aujourd'hui ?
Bernard Cazeneuve
Oh ! Il y a… il doit y avoir à peu près 450 sous-préfectures en France.
Jean-Jacques Bourdin
Sous-préfectures, et donc beaucoup seront supprimées !
Bernard Cazeneuve
Non, pas beaucoup seront supprimées…
Jean-Jacques Bourdin
Enfin certaines seront…
Bernard Cazeneuve
Non, ce que j'ai demandé…
Jean-Jacques Bourdin
Vous avez évolué à peu près le pourcentage…
Bernard Cazeneuve
Non, j'ai défini une méthode Jean-Jacques Bourdin, la méthode est la suivante : j'ai demandé à chaque préfet de région d'engager – avec les élus et avec les représentants des organisations syndicales sur place – des discussions de manière à ce que nous puissions avoir cette sous-préfecture du 21ème siècle. Je l'ai engagé en Moselle et en Alsace, les préfets m'ont fait des propositions, il y a des suppressions de sous-préfectures qui sont prévues et des créations de Maisons de l'Etat qui doivent être financées. Ça se mettra en oeuvre dans ces départements et dans ces régions dans les mois qui viennent, avec une discussion avec les élus qui se poursuivra. Et je veux généraliser ce dispositif à la totalité du territoire national.
Jean-Jacques Bourdin
La réforme du permis de conduire, objectif : raccourcir les délais et rendre ce permis de conduire moins cher. Alors réduire les délais, on sait qu'aujourd'hui il faut en France entre 3 et 5 mois pour repasser son permis, 1 mois et demi ailleurs en Europe. Alors comment raccourcir les délais, d'abord plus de places d'examen et offrir du temps aux inspecteurs pour faire passer l'examen du permis b !
Bernard Cazeneuve
Je vois que c'est vous qui présentez la réforme à ma place…
Jean-Jacques Bourdin
Mais ce n'est pas moi…
Bernard Cazeneuve
Vous en avez compris le sens…
Jean-Jacques Bourdin
J'en ai compris le sens.
Bernard Cazeneuve
Alors quelques mots simples pour dire ce que je veux faire. Aujourd'hui, il y a des jeunes pour lesquels le permis de conduire c'est la possibilité de travailler. Il y a des jeunes qui sont en difficulté financière et qui ont des difficultés pour passer le permis de conduire. Moi, je veux faire une réforme pour ces jeunes, précisément parce que je sais que pour beaucoup d'entre eux, la difficulté face au permis de conduire pour le passer, pour avoir des places d'examen, le coût pose problème. Donc quel est le but ? Le but c'est aider les plus courts pour un permis moins cher.
Jean-Jacques Bourdin
Bon ! Alors les délais…
Bernard Cazeneuve
Pourquoi ? Pourquoi…
Jean-Jacques Bourdin
Non mais moi je veux entrer dans le détail.
Bernard Cazeneuve
Juste deux mots, pourquoi est-ce que des délais plus courts c'est un permis moins cher ? Tout simplement parce que quand vous avez échoué au permis de conduire, vous l'avez évoqué à l'instant, et vous êtes obligé de le repasser et qu'il faut attendre 2 mois, 3 mois, pendant les 2 à 3 mois en question il faut prendre des leçons et ces leçons coûtent cher. C'est donc un surcoût pour les jeunes qui peut aller jusqu'à 5, 600 €. Eh bien moi ce que je souhaite, c'est que la réforme que je vais engager permette de diminuer le coût du permis de conduire de 200 à 600 €, pour ceux qui sont obligés de le repasser et qui représentent 40 % des jeunes. Et pour tous les autres, je veux simplifier les modalités de passage du permis de conduire. C'est donc une réforme…
Jean-Jacques Bourdin
Alors le temps consacré par les inspecteurs au permis b sera amplifié !
Bernard Cazeneuve
Le permis b qui est le permis voiture. Ce que je souhaite pour cela, parce qu'il faut là aussi tenir un discours de vérité et d'honnêteté, nous ne pouvons pas créer des postes partout pour faire en sorte de…
Jean-Jacques Bourdin
Est-ce que vous allez créer des postes d'inspecteur ?
Bernard Cazeneuve
Donc ce que je souhaite… nous avons déjà créé des postes d'inspecteurs depuis 2009, ce que je souhaite aujourd'hui pour réduire les délais et réduire les coûts, parce que c'est bien ça mon objectif, c'est concentrer les inspecteurs du permis voiture sur le passage du permis.
Jean-Jacques Bourdin
Sur le passage du permis. Est-ce que vous allez créer de nouveaux postes d'inspecteurs, oui ou non ?
Bernard Cazeneuve
Non, je ne créerai pas de nouveaux postes d'inspecteurs, parce qu'il en a déjà été créé et que je n'ai pas de marge de manoeuvre pour le faire. Mais ce que je souhaite, c'est concentrer les inspecteurs du permis sur le permis voiture, de manière à dégager du temps et à raccourcir les délais.
Jean-Jacques Bourdin
Le temps consacré par les inspecteurs au permis b passera… va passer à 60 % de leur temps…
Bernard Cazeneuve
Oui, il était à 40 %, 60 %.
Jean-Jacques Bourdin
Aujourd'hui les inspecteurs… 60 %. Les inspecteurs sont souvent chargés de surveiller l'épreuve du Code. Est-ce que là, vous allez les décharger de cette surveillance ?
Bernard Cazeneuve
Je souhaite faire une réforme du Code de la route, et je vais vous dire ce que sera cette réforme. Cette réforme, ce sera d'abord dans les écoles plus vite un apprentissage de ce que sont les règles de la conduite, de la Sécurité routière…
Jean-Jacques Bourdin
Avec la création d'une attestation…
Bernard Cazeneuve
Et du Code de la route.
Jean-Jacques Bourdin
Scolaire de Sécurité routière en classe de seconde ?
Bernard Cazeneuve
Absolument. Je souhaite faire cela, pourquoi ? Parce que nous sommes un pays au sein de l'Union européenne qui a beaucoup d'accidents de la route, plutôt on commence sur la Sécurité routière, sur l'apprentissage des pratiques, moins il y a d'accidents. Deuxièmement ce que je souhaite faire également, c'est créer les conditions du développement de la conduite accompagnée.
Jean-Jacques Bourdin
On va y revenir…
Bernard Cazeneuve
C'est très important.
Jean-Jacques Bourdin
Je vais revenir…
Bernard Cazeneuve
Et ça fait partie… et troisièmement, pour ce qui concerne le Code, le Code aujourd'hui vous le passez avec des diapositives, avec un type de questionnaire qui date d'il y a très longtemps, il n'y a aucune utilisations des technologies numériques, ni dans l'apprentissage du Code de la route ni dans le passage du Code de la route. Moi ce que je souhaite aujourd'hui, c'est que l'on puisse – pour cette épreuve-là – moderniser l'épreuve en faisant en sorte qu'elle soit plus simple, qu'elle soit plus numérisée, qu'elle permette un auto-apprentissage, qu'elle permette d'utiliser les technologies numériques pour passer le Code de la route, c'est-à-dire qu'on fasse entrer l'épreuve du permis de conduire dans la modernité et dans ce que sont les pratiques des jeunes.
Jean-Jacques Bourdin
Alors est-il vrai que dès le 1er juillet, des retraités de la gendarmerie et de la police, d'autres agents publics aussi, surveilleront les épreuves du Code ?
Bernard Cazeneuve
Ce que j'ai demandé, parce que nous sommes dans une situation d'urgence, c'est que l'on puisse effectivement – pour libérer rapidement des places sur le passage du Code – qu'on puisse former des retraités de la gendarmerie, de la police et faire appel à des agents publics pour libérer des places et désengorger un dispositif qui est aujourd'hui sous tension.
Jean-Jacques Bourdin
Est-il vrai que la durée de l'examen aussi va être raccourcie ?
Bernard Cazeneuve
Pour ce qui concerne le passage du permis lui-même, il y aura un raccourcissement de manière là aussi à simplifier l'épreuve, à faire en sorte qu'elle soit davantage en phase avec ce que sont les contraintes du temps.
Jean-Jacques Bourdin
Alors promouvoir la conduite accompagnée, c'est aussi un des axes, on en parlait il y a un instant, taux de réussite 74 % de la conduite accompagnée, il faut le savoir…
Bernard Cazeneuve
C'est-à-dire plus important que quand on n'a pas recours à la conduite accompagnée et surtout… et c'est un élément très important pour moi, c'est d'ailleurs pour ça que je l'évoquerai au Conseil national de la sécurité au tiers lundi. Là où il y a de la conduite accompagnée, c'est-à-dire là où il y a la possibilité pour les jeunes de se familiariser aux bonnes pratiques de conduite, à la conduite le plus tôt possible, il y a moins d'accidents mortels.
Jean-Jacques Bourdin
A partir de quel âge la conduite accompagnée ?
Bernard Cazeneuve
La proposition que je vais faire au Conseil national de la Sécurité routière, c'est de lui demander de statuer sur l'idée qui est de commencer avec la conduite accompagnée à 15 ans, pour pouvoir dès lors qu'on a eu la conduite accompagnée…
Jean-Jacques Bourdin
15 ans au lieu de 16 aujourd'hui !
Bernard Cazeneuve
De pouvoir passer le permis de conduire à 17 ans et demi.
Jean-Jacques Bourdin
17 ans et demi, possibilité de passer son permis b…
Bernard Cazeneuve
C'est ma proposition au CNSR que je formulerai lundi, je prie d'ailleurs les membres du CNSR de bien vouloir m'excuser de le dire à votre antenne mais j'en parlerai devant eux lundi. Et ensuite ils auront…
Jean-Jacques Bourdin
C'est une information que vous révélez !
Bernard Cazeneuve
Ils auront à examiner la proposition.
Jean-Jacques Bourdin
Conduite accompagnée 15 ans et passer son permis à 17 ans et demi, quand on a suivi la conduite accompagnée uniquement !
Bernard Cazeneuve
Oui, mais ça c'est aussi une réforme…
Jean-Jacques Bourdin
Et les autres, toujours 18 ans ou…
Bernard Cazeneuve
Bien entendu parce que quand on a passé la conduite… quand on a travaillé sur le permis de conduire avec la conduite accompagnée, on a une forme d'apprentissage qui permet de le passer plus tôt. C'est une réforme là aussi pour les jeunes, avec la volonté qui est la même – en lien avec Najat Vallaud-Belkacem, ministre de la Ville, de la Jeunesse – de faire en sorte dans le cadre des appels à projets qu'elle lance qu'on puisse mobiliser des bénévoles pour accompagner les jeunes des milieux ruraux et des quartiers des villes, dans la conduite accompagnée par la mobilisation de bénévoles qui leur permettront d'avoir accès à cette conduite accompagnée. Donc vous voyez Jean-Jacques BOURDIN, pour synthétiser, c'est très important pour moi de faire passer le message…
Jean-Jacques Bourdin
Oui parce que sur le coût, vous aussi…
Bernard Cazeneuve
Jean-Jacques Bourdin juste un point…
Jean-Jacques Bourdin
Vous voulez encourager le permis à 1 € par jour…
Bernard Cazeneuve
Juste un point, cette réforme c'est une réforme pour les jeunes, c'est moins de délai, c'est une baisse du coût du permis de conduire et c'est un meilleur accompagnement des jeunes à travers un apprentissage à l'école plus tôt et plus régulier ; deux, c'est le développement de la conduite accompagnée pour moins d'accidents, passer le permis plus vite…
Jean-Jacques Bourdin
Et l'attestation…
Bernard Cazeneuve
Et trois, je veux développer – vous l'avez dit – le permis à 1 € encore, c'est-à-dire que je veux que les jeunes qui sont en difficulté financière pour passer leur permis, et c'est important pour eux parce qu'ils accèdent avec le permis à l'emploi, puissent bénéficier d'un élargissement du dispositif du permis à 1 €, c'est-à-dire un prêt à taux 0 dont on va augmenter le plafond de 300 €.
Jean-Jacques Bourdin
Oui. La création de cette attestation scolaire de Sécurité routière, elle sera obligatoire, tous les élèves devront la passer ?
Bernard Cazeneuve
Le souhait c'est bien entendu – puisque c'est le principe de l'Education nationale, que lorsqu'un module est mis en place, il bénéficie à tous les élèves de France.
Jean-Jacques Bourdin
C'est en classe de seconde. La route, deux mots sur la route quand même, est-ce que vous encouragez la poursuite des conducteurs qui indiquent l'emplacement des contrôles radars sur internet ?
Bernard Cazeneuve
Je trouve que ce n'est pas une bonne pratique, voilà, vous me posez une question simple je vous réponds simplement.
Jean-Jacques Bourdin
Une réponse courte… non non mais… taux d'alcool zéro ?
Bernard Cazeneuve
J'incite effectivement tous ceux qui prennent le volant…
Jean-Jacques Bourdin
Vous êtes favorable… oui mais au taux zéro ?
Bernard Cazeneuve
Moi, je suis favorable à ce qu'on ne prenne pas le volant en ayant bu, voilà. Il y a des règles aujourd'hui qui…
Jean-Jacques Bourdin
Oui…
Bernard Cazeneuve
J'espère, vous me rassurez, je n'avais pas de doute vous concernant mais vous me rassurez, je souhaite que ces règles soient respectées…
Jean-Jacques Bourdin
Non mais d'accord. Le terrorisme, le terrorisme, je change complètement de sujet…
Bernard Cazeneuve
C'est un sujet grave et sur lequel je suis mobilisé.
Jean-Jacques Bourdin
Oui, monsieur Nemouche qui n'est pas un loup solitaire, on est bien d'accord Bernard Cazeneuve !
Bernard Cazeneuve
Mais je me suis exprimé sur ce sujet clairement. Il a – comme beaucoup d'ailleurs parce qu'il a agi à Bruxelles possiblement, l'enquête est en cours, dans des conditions d'une violence extrême – le profil de ce qu'on appelle « le loup solitaire ». Mais je ne crois pas à cette notion, je ne crois pas à cette notion parce que même ceux qui s'enferment dans une violence exclusive de tout autre sur internet rencontre des sites qui sont alimentés par des groupes très organisés, et qui savent que cet enfermement dans la violence fabrique des psychologies et des comportements qui peuvent ensuite représenter un extraordinaire danger pour la sécurité de nos quartiers, de nos villes et de territoire.
Jean-Jacques Bourdin
Est-ce qu'il faut étendre les écoutes téléphoniques, parce que certains le demandent, d'autres demandent aussi l'isolement des plus radicaux dans les prisons françaises, vous y êtes favorable ?
Bernard Cazeneuve
Non, moi ce que je souhaite c'est des mesures qui soient efficaces et conformes aux principes qui régissent la République en matière de liberté publique et de principes généraux du droit. Quelles sont ces mesures ? Un, nous devons favoriser le travail de nos services parce que le renseignement, l'anticipation c'est une bonne manière de prévenir des drames. C'est la raison pour laquelle, la possibilité donnée aux services d'intervenir sous pseudonymes sur les forums où cette pensée radicale se développe sur internet sera rendue possible. De la même manière, il y aura une possibilité de garder plus longtemps les résultats des écoutes, des interceptions de sécurité, pour pouvoir faire des enquêtes qui permettent d'aller au bout de l'élucidation des faits. Donc c'est cela que comportera la loi, ce n'est en aucun cas attentatoire aux principes de la République, c'est au contraire la volonté d'encadrer par la loi la pratique des services lorsque les services – de façon efficace – investiguent et enquêtent.
Jean-Jacques Bourdin
Et enquêtent. La soeur de Mohamed Merah, vous savez où elle est, elle est rentrée ou…
Bernard Cazeneuve
Je me suis exprimé sur ce sujet déjà, j'ai indiqué qu'elle avait – à partir de l'Espagne – rejoint la Turquie et puis…
Jean-Jacques Bourdin
Mais elle est toujours en Turquie…
Bernard Cazeneuve
La Syrie…
Jean-Jacques Bourdin
Elle n'est pas rentrée en France ?
Bernard Cazeneuve
Je n'ai pas d'information à donner sur votre antenne, pardonnez-moi, sur ce sujet parce que l'efficacité…
Jean-Jacques Bourdin
Mais est-ce que vous savez où elle est, est-ce que vous savez où elle est ?
Bernard Cazeneuve
L'efficacité de ce que font les services sur ces sujets dépend d'un minimum de discrétion, et cette discrétion c'est aussi de la responsabilité du ministre de l'Intérieur.
Jean-Jacques Bourdin
Sans vous demander où elle est, est-ce que vous savez où elle est ?
Bernard Cazeneuve
Oui.
Jean-Jacques Bourdin
Vous savez où elle est ?
Bernard Cazeneuve
Oui.
Jean-Jacques Bourdin
Actuellement ?
Bernard Cazeneuve
Oui.
Jean-Jacques Bourdin
Si elle rentre en France, est-ce qu'elle sera poursuivie ?
Bernard Cazeneuve
Oui, puisqu'il y a une enquête préliminaire la concernant, une procédure judiciaire engagée.
Jean-Jacques Bourdin
Bon. Bernard Cazeneuve, je change complètement de sujets…
Bernard Cazeneuve
Vous abordez beaucoup de sujets ce matin !
Jean-Jacques Bourdin
Oui, mais parce que vous n'êtes pas là souvent Bernard Cazeneuve. Le Défenseur des droits Jacques Toubon, vous soutenez sa candidature ?
Bernard Cazeneuve
Mais moi, je n'ai pas de commentaire à faire sur des procédures qui ont fait l'objet de propositions…
Jean-Jacques Bourdin
Parce que j'ai vu que c'était contesté par une partie de la gauche.
Bernard Cazeneuve
Oui, mais comme vous le savez Jean-Jacques Bourdin, même lorsque je viens à votre antenne, je ne suis pas de ceux qui rajoutent des phrases aux phrases. Le président de la République propose une candidature, il y a…
Jean-Jacques Bourdin
Il faut la prouver cette candidature.
Bernard Cazeneuve
Moi, je ne fais pas de commentaire sur ce…
Jean-Jacques Bourdin
Non mais vous avez bien un avis sur cette candidature.
Bernard Cazeneuve
Mais par principe de toutes les façons, parce que j'ai une certaine conception de la loyauté et de l'amitié, je ne suis jamais en commentaire négatif sur ce que décide le président de la République. Si j'ai des choses à dire au président de la République et au Premier ministre…
Jean-Jacques Bourdin
Donc vous êtes d'accord avec lui.
Bernard Cazeneuve
Je le dis dans le silence de leur bureau. Je ne suis pas de ceux qui rajoutent des phrases aux phrases, on me le reproche mais je l'assume.
Jean-Jacques Bourdin
Vous êtes d'accord avec le président de la République, il a fait un choix, vous approuvez ce choix !
Bernard Cazeneuve
Je suis…
Jean-Jacques Bourdin
Que les choses sont claires.
Bernard Cazeneuve
Je suis ministre du président de la République, loyal et par conséquent d'accord avec lui.
Jean-Jacques Bourdin
Vous êtes d'accord avec lui. Dernière question concernant Karachi, l'affaire Karachi, je rappelle que vous étiez rapporteur de la Commission d'enquête Bernard Cazeneuve. Alors 6 personnes dont l'ancien ministre Renaud Donnedieu de Vabres et Ziad Takieddine ont été renvoyés en correctionnelle. Est-ce que Nicolas Sarkozy devrait être entendu selon vous ?
Bernard Cazeneuve
Je ne suis pas juge.
Jean-Jacques Bourdin
Non !
Bernard Cazeneuve
Et donc je suis respectueux du fonctionnement des institutions. Quand on est ministre de l'Intérieur, on doit l'être notamment, par conséquent ce n'est pas à moi de dire : telle ou telle personnalité doit être envoyée devant les juges. Et je n'ai pas d'ailleurs pour habitude de jeter la réputation – et surtout pas de mes adversaires – en pâture dans l'opinion publique. J'ai enquêté sur cette affaire dans le cadre d'une mission d'information parlementaire, où j'ai eu bien du mal à obtenir les documents dont j'avais besoin à l'époque. Mais j'ai aussi dit au terme de cette enquête que je n'avais rien trouvé dans les documents qui m'avaient été transmis, dans les auditions auxquelles j'avais procédées concernant l'ancien président de la République. Alors il faudrait que sous prétexte que c'est un adversaire, parce que la politique est ainsi faite, que certains pensent qu'on peut gagner des combats politiques sur le terrain des affaires, jeter en pâture la réputation de ses adversaires, eh bien ! Ce n'est pas mes pratiques et je ne le ferai pas à votre antenne parce que je ne le ferai nulle part.
Jean-Jacques Bourdin
Merci Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, qui était notre invité ce matin, merci.
Source http://www.interieur.gouv.fr, le 17 juin 2014