Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à I-Télé le 19 juin 2015, sur les prévisions de croissance économique de l'INSEE, les relations entre le gouvernement et la majorité et la situation de la Grèce au sein de la zone euro.

Texte intégral

BRUCE TOUSSAINT
Jean-Marie LE GUEN est l'invité d'I Télé ce matin. Bonjour.
JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Bruce TOUSSAINT.
BRUCE TOUSSAINT
Et merci d'être avec nous. On commence avec les bonnes nouvelles ? On n'est pas trop habitué.
JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien écoutez…
BRUCE TOUSSAINT
Vous non plus, remarquez.
JEAN-MARIE LE GUEN
… ça ne fait jamais de mal le matin.
BRUCE TOUSSAINT
Alors, les prévisions optimistes de l'INSEE, qui s'attend donc à une croissance assez forte sur les trois prochaines années. Alors, 2015, 1,2 % annoncé par l'INSEE, c'est plus que ce que dit le gouvernement d'ailleurs depuis le début de l'année 2015.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui et c'est une croissance, en plus, qui est maintenant portée par l'investissement, avant même d'ailleurs que n'aient été intégrés les efforts que nous faisons en faveur de l'investissement, vous savez, dans la loi Macron il y a cette fameuse prime au surinvestissement, et donc voilà, je pense que les fruits de la réforme, les fruits aussi du contexte économique, commencent à porter, il y a un regain de confiance, une dynamique. Le Premier ministre disait hier que la loi Macron c'était le symbole de la réforme, eh bien la réforme c'est le symbole aussi de la croissance et de la reconquête de notre économie.
BRUCE TOUSSAINT
1,2 %, peut-être même plus.
JEAN-MARIE LE GUEN
Disons 1,2, c'est ce que prévoit l'INSEE, le gouvernement prévoyait 1, voilà, les choses sont en train de monter de façon positive, il peut y avoir des accidents aussi.
BRUCE TOUSSAINT
Et 2016, ça peut être combien ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, les prévisions gouvernementales, c'est 1,7, peut-être qu'on sera sur une pente qui sera plus importante encore.
BRUCE TOUSSAINT
On peut viser les 2 % ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je l'espère. Qui ne peut l'espérer ? Ce qu'il faut savoir c'est qu'avec tout ça, c'est des emplois qui vont aussi revenir, c'est quand même très important.
BRUCE TOUSSAINT
Alors, justement, non, puisque l'INSEE dit : attention, pas de création d'emploi, le chômage va se stabiliser, mais il ne va pas baisser en 2015.
JEAN-MARIE LE GUEN
Alors, quand le chômage se stabilise en France, c'est qu'on crée plus d'emploi qu'on en détruit, puisque vous le savez, nous avons une démographie positive, ce qui était un des rares pays qui est dans cette situation en Europe. Mais je pense qu'il faut réfléchir à enrichir en emplois, comme l'on dit, cette croissance, et si les surplus de croissance iront évidemment à l'emploi. Maintenant, ce qui est vrai aussi, c'est qu'il y a un certain nombre d'interrogations sur le fait qu'on le voit partout dans le monde, la croissance ne porte pas autant d'emploi qu'elle apportait jadis, donc il y a une interrogation, il faut qu'il y ait un débat là-dessus et que nous essayons d'améliorer encore ces gains de croissance.
BRUCE TOUSSAINT
Malgré les 100 000 emplois aidés promis encore cette année, le chômage ne va pas réussir, malgré cette croissance à 1,2, le chômage a peu de chances de baisser.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je maintiens que la courbe du chômage va s'inverser dans les mois qui viennent, d'ici la fin de l'année, il y aura, je l'espère, sur la totalité de l'année, au moins une reconquête et peut être même un dépassement des résultats de l'emploi de 2014. Donc nous sommes sur un train positif, sur une tendance positive, qu'il faut accélérer, c'est le sens des réformes que nous faisons.
BRUCE TOUSSAINT
Alors, c'est ce que semble raconter, à demi-mot, en filigrane, évidemment, l'Elysée depuis quelques jours. Cette stratégie, vous la confirmez ? Cette stratégie présidentielle des deux dernières années du quinquennat, avec des bons résultats, de la redistribution et au fond une reconquête de l'opinion.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, la reconquête de l'opinion elle viendra notamment avec ces résultats, mais ce qui est le coeur de l'action du président de la République et de Manuel VALLS, c'est aujourd'hui de retrouver le chemin du redressement économique de la reconquête. Il faut conquérir des parts de marché. Il y a aujourd'hui le Salon du Bourget, on voit ce que fait AIRBUS, ce que fait le Rafale, et ce que font nos hélicoptères, ce que font nos satellites. Bref, il faut repartir. Nous avons remis de la compétitivité, nous avons remis aussi de la justice, nous avons stabilisé nos comptes publics, la France est un peu de retour, c'est aussi le résultat des efforts qu'ont fait les Français, le gouvernement, depuis deux, trois ans. Il y a eu des incompréhensions, ne le cachons pas, mais aujourd'hui ça commence à payer.
BRUCE TOUSSAINT
Bien. Le problème c'est que vous n'avez plus de majorité.
JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien écoutez, nous faisons passer tous les textes que nous souhaitons, et hier, la loi Macron, qui a été à nouveau présentée devant l'Assemblée nationale, je crois que nos téléspectateurs ne comprennent pas forcément les procédures parlementaires, puisqu'ils avaient l'impression qu'on l'avait déjà fait au mois de février, il fallait qu'elle retourne une deuxième fois, une sorte de confirmation. Cette confirmation a été faite, et les choses passent de façon très naturelle, et tous les textes de loi…
BRUCE TOUSSAINT
Non, ce n'est pas naturel, pardon de vous couper, c'est le 49.3.
JEAN-MARIE LE GUEN
Le 49.3 est une procédure constitutionnelle…
BRUCE TOUSSAINT
Sinon ça ne passerait pas.
JEAN-MARIE LE GUEN
Je ne le crois pas, je pense que ça passerait. Ce que nous avons fait, nous avons décidé d'accélérer, parce que nous voulons que dès le début août cette loi puisse rentrer, ça veut dire des liaisons d'autocars, ça veut dire le permis de conduire en 45 jours, ça veut dire des salaires nouveaux pour les travailleurs, dans les commerces du dimanche, ça veut dire la lutte contre les travailleurs détachés qui nous fait aujourd'hui, sur plusieurs dizaines de milliers d'emplois, un peu de mal, pour ne pas dire plus. Donc c'est des choses très concrètes, c'est partout les boulons sont vissés pour que les choses aillent mieux, c'est ça.
BRUCE TOUSSAINT
On parlait à l'instant de la tentative de reconquête, c'est pas le moment d'avoir une majorité groupée, mobilisée ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ah si, si, je le souhaite, oui, bien sûr. Il y a, c'est vrai, vous le savez, il y a encore des divisions à gauche qui sont d'ailleurs relativement incompréhensibles. C'est un jeu, c'est une peur, me semble-t-il, de cette gauche de la gauche, de se projeter dans le futur. C'est, beaucoup de nos compatriotes…
BRUCE TOUSSAINT
Vous n'avez pas une part de responsabilité ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, on peut toujours dire ça, mais je pense que franchement, depuis maintenant plusieurs mois, il y a une direction qui est prise et il faut croire que cette direction va apporter des résultats. Elle apporte des résultats. Je pense que maintenant, je pense que la preuve est en train d'être faite que le chemin que nous avons pris, est le bon chemin.
BRUCE TOUSSAINT
Alors ça c'est une chose. Après, sur la méthode, écoutez ce que disait sur ce plateau, Benoit HAMON, ancien ministre, député socialiste, il dénonce le manque de dialogue entre Manuel VALLS et sa majorité, et puis il parle de vous d'ailleurs aussi.
BENOIT HAMON, DEPUTE DES YVELINES
… ce dialogue ne soit plus possible, que l'on ait un ministre des Relations avec le Parlement qui passe son temps à tancer les parlementaires et à exiger d'eux qu'ils s'alignent, je trouve que c'est finalement un vrai contre emploi et ça n'est pas du tout ce que réclame notre époque.
BRUCE TOUSSAINT
Les députés ne sont pas des godillots, voilà ce que vous dit, en gros, Benoit HAMON.
JEAN-MARIE LE GUEN
Moi je ne suis pas nounou, mais il faut, j'ai déjeuné avec lui cette semaine, et… comme d'ailleurs…
BRUCE TOUSSAINT
Ah, ça va mieux alors. Vous lui avez parlé méchamment.
JEAN-MARIE LE GUEN
Il ne viendrait pas si je parlais méchamment, on ne déjeune pas avec quelqu'un qui vous parle méchamment. Donc…
BRUCE TOUSSAINT
Non mais sur le fond, pourquoi est-ce que vous n'essayez pas de vous rabibocher ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais on essaie, d'ailleurs les militants socialistes ont voté…
BRUCE TOUSSAINT
Manuel VALLS il a envie de se rabibocher avec les frondeurs ? Honnêtement.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais pas au prix de renoncer à la réforme. Pour dire les choses, voilà, nous ne… Nous avons choisi un cap. Ce cap a été validé par une très large majorité des députés, des militants socialistes et quelque part de l'opinion qui est très largement, y compris à gauche, qui est très largement derrière la loi Macron, ou par exemple sur la question du travail le dimanche. Je pense qu'il y a une certaine forme d'attentisme de chacun à gauche, qui sont sur des positions idéologiquement un peu fermées, je pense qu'ils doivent comprendre qu'aujourd'hui les choses sont en train de s'ouvrir et que le temps est venu de se rassembler, sur une orientation qui est en train de marcher.
BRUCE TOUSSAINT
Dans Le Point, cette semaine, on peut lire que Manuel VALLS est au bord du burn-out.
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, franchement, vous l'avez vu hier, bon, voilà, les commentaires des journalistes sont libres, mais il est en pleine forme…
BRUCE TOUSSAINT
Ce sont des commentaires de ministres, hein, anonymes.
JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, parait-il, oui, mais vous savez, les anonymes, moi, personnellement, je n'ai jamais…
BRUCE TOUSSAINT
Bon, vous, vous ne considérez pas qu'il a pris la grosse tête, ou qu'il est devenu fou, comme le disent certains.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non… oh, écoutez…
BRUCE TOUSSAINT
Non mais je vous assure, vous voulez que je vous lise les textes ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non non non, mais les commentaires, enfin, si vous voulez, mais ce n'est pas la peine de rapporter des commentaires anonymes, tout cela n'est pas très digne. Donc ce qui est digne, c'est ce que fait le Premier ministre, justement. Il a montré hier, c'est un succès, vous avez vu par exemple que la motion de censure a été censurée, c'est-à-dire que…
BRUCE TOUSSAINT
Oui, encore heureux, Jean-Marie LE GUEN, encore heureux.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais il y avait moins de censeurs cette fois ci, que la fois précédente, donc si vous voulez, on est dans une dynamique où le Premier ministre fait avancer ce pays, cette majorité, et il le fait avec le soutien d'une très large majorité des députés socialistes et de l'opinion publique.
BRUCE TOUSSAINT
J'aimerais qu'on écoute ensemble ce qu'a dit Nicolas SARKOZY, hier, au sujet des migrants. Alors, écoutez bien, c'était dans un meeting à l'Île Adam, il compare d'ailleurs cet afflux de réfugiés à une fuite d'eau.
NICOLAS SARKOZY, PRESIDENT « LES REPUBLICAINS »
C'est un peu, si vous voulez, comme une maison dans laquelle vous habiteriez, il y a une canalisation qui explose. Elle se déverse dans la cuisine. Le réparateur arrive, et vous dis : « J'ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, on va en mettre un quart dans le salon, l'autre quart dans la chambre des parents, et si ça ne suffit pas, on a en réserve la chambre des enfants ».
BRUCE TOUSSAINT
Je voudrais avoir votre réaction, à la fois sur la forme et sur le fond.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non, sur la forme, c'est un manque de respect, à la fois évidemment pour les personnes concernées, parce que quel que soit la fermeté avec laquelle on agit, il faut le faire avec respect et la dignité des personnes, mais c'est aussi un manque de respect pour les Français. Les Français comprennent très bien la situation, aujourd'hui les défis qui sont celles des migrations. Il n'y a pas besoin d'avoir accès à ce type de pédagogie vulgaire, pour que les français comprennent. Donc je pense qu'on voit, il y a un décalage me semble-t-il, la vulgarité n'est pas une bonne façon de faire de la pédagogie, et c'est un manque de respect pour les Français, j'allais dire d'abord, même si on comprend que c'est pas très agréable d'être comparé à une canalisation d'eau, lorsqu'on est une personne qui souffre, par ailleurs, espère, et ne peut pas trouver dans notre pays, tous les débouchés qu'il pourrait souhaiter, ce qui est évidemment déjà douloureux, mais la fermeté est nécessaire en la matière.
BRUCE TOUSSAINT
Les deux dernières questions. La Grèce va-t-elle sortir de l'euro ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Ah je ne le souhaite vraiment pas. C'est vrai que… non, ce ne serait vraiment terrible, je crois, pour les grecs d'abord.
BRUCE TOUSSAINT
Est-ce qu'il ne vous faut pas, j'allais dire, lâcher l'affaire, lâcher du lest dans ce sujet.
JEAN-MARIE LE GUEN
Non…
BRUCE TOUSSAINT
Ils disent qu'ils ne veulent pas et qu'ils ne peuvent pas payer.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il n'est pas question aujourd'hui de faire payer la Grèce. Ce qu'on demande c'est que la Grèce prenne le chemin, fasse des propositions elle-même. J'entends dire, on va exiger ceci et cela. Non, ce n'est pas à l'Europe d'exiger, il faut que la Grèce montre aux autres pays de l'Europe, le chemin qu'elle entend prendre pour restaurer ses comptes. C'est aussi simple que ça. Mais si elle continue, semble-t-il, à se payer de mots, là il y aura une perte de crédibilité. Il ne faut pas oublier que la…
BRUCE TOUSSAINT
On ne joue pas à se faire peur, là, dans cette histoire ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Peut-être, mais justement, dans ce jeu-là, peut-être que… Vous savez, la Grèce elle a… et TSIPRAS il a des problèmes avec ses propres gauche de la gauche, qui ne veulent pas d'un accord, rêvent d'un avenir russe ou je ne sais trop quoi, et donc on voit bien que les forces de progrès, et moi je comprends monsieur TSIPRAS, je comprends que les Grecs veulent retrouver à la fois une vie plus digne, et un respect plus grand de la part des autorités. Ça ne se fait pas avec de la surenchère. Et aujourd'hui le fait que Syriza soit divisé, ça peut faire penser aussi à un certain nombre de nos amis français, la surenchère permanente ce n'est pas forcément la bonne solution.
BRUCE TOUSSAINT
Un tout dernier mot. Vous avez rencontré la première dame, là, récemment ? Elle était hier au Mont Valérien…
JEAN-MARIE LE GUEN
Je n'étais pas au Mont Valérien. Non, je n'ai pas eu le plaisir de rencontrer Julie GAYET, c'est ça votre question…
BRUCE TOUSSAINT
Ah pardon, vous avez failli dire la…
JEAN-MARIE LE GUEN
Non non non…
BRUCE TOUSSAINT
Vous n'êtes pas tombé…
JEAN-MARIE LE GUEN
Je vous avais vu venir !
BRUCE TOUSSAINT
Vous n'êtes pas tombé dans l'énorme piège que je vous lançais. Il ne faut pas clarifier, à un moment donné, non, pour être sérieux, cette situation ?
JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais écoutez, franchement, qu'est-ce que vous voulez que je vous donne… est-ce que je vais commenter votre vie…
BRUCE TOUSSAINT
Je ne pensais pas que je vous mettrais à ce point dans l'embarras.
JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non, mais… Votre vie personnelle, Bruce TOUSSAINT, est votre vie personnelle, la mienne aussi, je ne vais pas la commenter.
BRUCE TOUSSAINT
Non, en fait, ça veut dire que tout est clair.
JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, laissons faire la vie, si vous voulez bien.
BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN, bonne journée à vous.
JEAN-MARIE LE GUEN
Merci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juin 2015