Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France Info le 13 juillet 2016, sur le meeting d'Emmanuel Macron à la Mutualité la veille, l'hébergement des migrants et l'extension de l'encadrement des loyers à l'ensemble de l'agglomération parisienne.

Texte intégral

ALEXIS MOREL
L'invitée politique de France Info, ce matin, est ministre du Logement et de l'habitat durable. Bonjour Emmanuelle COSSE.
EMMANUELLE COSSE
Bonjour.
ALEXIS MOREL
Vous allez participer ce matin à un Conseil des ministres qui s'annonce glacial. Est-ce qu'il est allé trop loin hier soir, Emmanuel MACRON ?
EMMANUELLE COSSE
Déjà, je ne sais pas si le Conseil des ministres va s'annoncer glacial, il va surtout s'annoncer résolument engagé pour avancer, et c'est ce qu'on fait chaque semaine. Je crois qu'il faut regarder les choses très simplement, il y avait, hier, beaucoup de monde au meeting d'Emmanuel MACRON, et je pense que derrière ce meeting, ça dit aussi une envie de beaucoup de nos concitoyens d'avoir une politique qui se modernise, qui aussi s'affronte aux réalités économiques et des difficultés, et moi, je n'ai pas à porter un jugement sur ce que fait aujourd'hui Emmanuel MACRON…
ALEXIS MOREL
Ça pose quand même un réel problème de cohésion gouvernementale.
EMMANUELLE COSSE
Je pense qu'aujourd'hui, ce qu'on attend des ministres, c'est qu'on travaille très activement sur nos domaines de compétences, et aussi qu'on soit résolument engagé jusqu'au bout du quinquennat, en tout cas, moi, c'est ce que je fais sur le logement, j'ai encore pris des mesures la semaine dernière sur l'encadrement des loyers, et je peux vous dire que…
ALEXIS MOREL
On va en parler…
EMMANUELLE COSSE
Jusqu'en mai 2017, j'agirai tous les jours sur mon ministère, et je pense que c'est ce qu'on attend de nous tous, on attend aussi de nous qu'on participe au débat politique, on ne va pas non se raconter d'histoires, on n'est pas simplement dans notre tour d'ivoire, on doit y participer…
ALEXIS MOREL
Quitte à multiplier les voix dissonantes ?
EMMANUELLE COSSE
J'y viens, je dis que je pense que notre rôle, c'est aussi de défendre cette gauche qui est au pouvoir aujourd'hui, cette gauche qui, j'espère, demain, y sera, et c'est pour ça que, il me semble aussi important dans la période que tout le monde y aille, après, on peut regarder le fond de l'intervention d'Emmanuel MACRON, et ce fond-là lui appartient, moi, je vois qu'il attire des gens qui sont un peu éloignés de la politique, et je pense qu'il faut regarder ça très positivement, mais après, je ne vous cache pas que j'ai trouvé un peu faciles les critiques antisystèmes quand on est totalement né du système, voilà. Mais surtout, je vais vous dire, moi, ce que je regrette, c'est que cette occasion d'une nouvelle énergie, qui est là, il y a une envie, elle ne soit pas mise au service de sujets qui sont, pour moi, essentiels pour la réussite de notre pays dans les années qui viennent, qui sont notamment la question écologique, la modernisation de notre modèle énergétique, l'avancée du pays, notamment sur les énergies renouvelables, si j'en parle, c'est parce qu'on est au coeur de l'économie, on est au coeur de ces sujets-là.
ALEXIS MOREL
Donc pour vous, le ministre de l'Economie doit rester au gouvernement, il doit mettre cette énergie à Bercy ?
EMMANUELLE COSSE
Mais vous savez, comme vous le savez, ce n'est pas moi qui décide qui entre et qui sort du gouvernement…
ALEXIS MOREL
Mais vous avez forcément un avis.
EMMANUELLE COSSE
Non, mais sincèrement, je pense qu'il y a des choses qui relèvent, d'une part, d'Emmanuel MACRON, et ensuite, du Premier ministre et du président de la République. Mais en tout cas, ce qui est certain, c'est que quand on rejoint cette équipe-là, c'est pour travailler pour la France, pour ses habitants, d'être tout le temps engagé pour eux, et aussi de trouver des solutions aux difficultés sociales, économiques ou environnementales qui se posent à notre pays aujourd'hui.
ALEXIS MOREL
Alors, parmi vos attributions, il y a notamment l'hébergement des migrants, qui continuent d'arriver en nombre, notamment en région parisienne. Vous avez annoncé il y a quelques jours notamment 3.000 places en plus dans les CAO, les Centres d'Accueil et d'Orientation. Comment on va les trouver ces places supplémentaires, avec des réquisitions ?
EMMANUELLE COSSE
Alors, déjà, j'ai demandé à l'ensemble des préfets de région de trouver des places supplémentaires dans toutes les métropoles régionales, et en effet, il y a parfois des bâtiments vides, parfois, des bâtiments dont on attend des projets pour les occuper. Et on va les utiliser comme – je vous le signale – chaque année, nous cherchons des places d'hébergement pour l'hiver, et nous les trouvons. J'ai demandé ce travail-là parce que, aujourd'hui, nous avons beaucoup de personnes qui arrivent par leurs propres moyens, et notamment à Paris, on a aussi des personnes qui sont dans le camp que vous connaissez, à Calais, et qui veulent en sortir. Et moi, ma mission, c'est de mettre les gens à l'abri, et de leur donner un accès aux droits. J'y tiens beaucoup, les mettre à l'abri, c'est les sortir des campements insalubres, et leur donner l'information pour qu'ils présentent leur demande d'asile, et c'est pour ça que nous leur proposons des places en Centres d'Accueil et d'Orientation, et, je vous le rappelle, nous avons déjà logé 4.000 personnes qui viennent de Calais dans ces centres d'accueil. Et nous avons mis 12.000 personnes à l'abri en Ile-de-France.
ALEXIS MOREL
A Paris justement, l'Etat s'est finalement engagé aux côtés de la ville pour la création d'un centre d'urgence, annoncé par Anne HIDALGO, il en est où ce projet ? On nous annonce une ouverture à la rentrée, c'est toujours valable ?
EMMANUELLE COSSE
Nous sommes en train d'y travailler avec la ville de Paris. L'objectif est d'avoir un lieu notamment de jour, qui permet de donner l'information et l'accueil à l'ensemble de ces personnes qui arrivent, là, pour qu'elles sortent des mains des passeurs, parce que, aujourd'hui, elles sont complètement à la merci de ces personnes-là, et ensuite, nous multiplions par ailleurs l'ouverture des places dont vous avez parlé, c'est 3.000 places dans l'ensemble des régions, pour les accueillir dignement. Je tiens à rappeler quand même que parmi les personnes qui sont dans les Centres d'Accueil et d'Orientation aujourd'hui, 80 % d'entre elles ont présenté une demande d'asile, beaucoup ont déjà eu une réponse positive, et donc aujourd'hui, sont sorties de ces centres pour rentrer dans des structures d'hébergement classiques, pour les demandeurs d'asile. Et je le dis, parce que notre objectif est que ces personnes puissent s'intégrer durablement en France. Et c'est pour ça que l'accès aux droits et leur redonner de la dignité est essentiel.
ALEXIS MOREL
Sur la localisation de ce centre parisien, vous en savez plus, on a parlé du nord de la capitale ?
EMMANUELLE COSSE
Il y a plusieurs terrains qui sont en discussion, et comme je vous le dis, on met à profit ce mois de juillet pour y travailler, et puis aussi, il faut constituer les équipes sociales qui vont derrière s'occuper des personnes qui seront accueillies.
ALEXIS MOREL
L'encadrement des loyers, il concernait uniquement Paris, il va être étendu, d'ici à 2018, à l'ensemble de l'agglomération parisienne, 412 communes, tollé déjà des professionnels de l'immobilier, eux, ils auraient aimé qu'on fasse un bilan de la mesure à Paris avant de l'étendre. Pourquoi se précipiter comme cela ?
EMMANUELLE COSSE
Alors, vous savez, l'encadrement des loyers est effectif depuis un an à Paris, et le bilan, c'est les Parisiens qui le font tous les jours, et notamment tous les Parisiens qui ont conclu un bail depuis août dernier…
ALEXIS MOREL
Alors, on a un chiffre, 30 % des nouveaux locataires qui ont bénéficié d'une baisse de loyers, c'est suffisant ça ou il faut faire plus encore ?
EMMANUELLE COSSE
C'est la première année, c'est extraordinaire qu'on demande un dispositif, qui enfin régule les loyers, d'avoir une efficacité immédiate, c'est énorme, 30 % des relocations qui en ont bénéficié, ça veut aussi dire qu'il y a beaucoup de propriétaires qui ont appliqué la fourchette de prix qui était indiquée dans l'encadrement des loyers, surtout, ce qu'on a vu, c'est que cet encadrement des loyers, il a donné de la transparence sur les prix, il a régulé les prix, et il n'a pas enlevé de logements du marché locatif, qui était…
ALEXIS MOREL
Pas de conséquences sur le parc, c'est quand même la crainte des agences immobilières…
EMMANUELLE COSSE
Il n'y a pas de conséquences sur le parc locatif, et c'est pour ça que, à Lille, nous avons travaillé, depuis un an et demi, sur la question, et Lille pourra encadrer ses loyers d'ici la fin de l'année, et j'ai lancé le processus pour l'extension à l'Ile-de-France, et en effet, ça sera d'ici un an et demi, deux ans, parce qu'il faut ce temps-là pour construire la donnée statistique, qui permet de décider quelle est la fourchette des prix. Mais je le redis, l'encadrement des loyers, c'est une régulation des loyers et une transparence, il a fallu plus de quinze ans pour obtenir cette mesure, je rappelle qu'il y a quinze ans, il y avait seulement les écologistes qui défendaient cette mesure à Paris. Aujourd'hui, tout le monde est d'accord. Et surtout, on a vu que cette régulation, elle amène du pouvoir d'achat pour les locataires, et je pense que c'est essentiel.
ALEXIS MOREL
Emmanuelle COSSE, ministre du Logement et de l'habitat durable, invitée de France Info ce matin. Merci à vous.Source : Service d'information du gouvernement, le 21 juillet 2016