Interview de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "RTL" le 3 août 2016, sur les crises agricoles successives, sur la popularité de François Hollande, sur la question du financement des lieux de culte.

Texte intégral

JEROME FLORIN
Bonjour Stéphane LE FOLL.
STEPHANE LE FOLL
Bonjour.
JEROME FLORIN
Le bilan des inondations de juin est lourd pour les agriculteurs qui terminent leurs moissons en ce moment, les rendements n'ont pas été aussi bas, je crois depuis l'après-guerre. La FNSEA parle de quatre milliards d'euros de pertes, qu'est-ce que vous pouvez faire ?
STEPHANE LE FOLL
D'abord je vais dire qu'effectivement il y a une baisse des rendements d'à peu près 25 à 30 % selon des moyennes qu'on peut prendre, par rapport à une année, l'an dernier qui a été une année excellente en terme de rendement et de production. On a des prix bas, donc rendement faible, prix bas, ça donne un résultat net pour les producteurs de céréales qui est mauvais, très mauvais.
JEROME FLORIN
Donc qu'est-ce que vous pouvez faire, ça c'est le constat ?
STEPHANE LE FOLL
Le constat, je le rappelle, simplement pour dire que des situations sont aussi diverses, ce n'est pas la totalité de la surface céréalières françaises, il y a des endroits où il y a, même plus que ça en terme de perte, d'autres moins, tant mieux, mais on va faire une évaluation. Et moi j'ai déjà présenté la semaine dernière des mesures et un plan qui portera sur les allégements de charges, sur des garanties bancaires, sur des prêts de trésorerie puisqu'on sait que sur une année aussi catastrophique, le vrai problème sera pour les céréaliers de pouvoir réensemencer pour l'année suivante.
JEROME FLORIN
Mais la FNSEA dit « ce plan n'est pas suffisant ».
STEPHANE LE FOLL
La FNSEA dit ce qu'elle a à dire, le gouvernement prendra les décisions qu'il devra prendre, ça a été à chaque fois comme ça et nous avons pris des décisions sans précédent. La FNSEA peut dire beaucoup de choses, mais jamais il y aura eu autant de baisses de charges qui ont été faites pour l'agriculture que sous ce gouvernement, plus d'un milliard huit cent millions d'euros, jamais, jamais. Et après on a eu à faire face à des crises, crise de l'élevage, elle continue. Parce qu'à chaque fois on me parle, comment dirais-je, orientation de production, les céréaliers parlent de la difficulté qu'ils connaissent aujourd'hui, je n'ai aucun souci pour le comprendre, l'entendre et faire des propositions. Mais ministre de l'Agriculture, j'ai aussi l'élevage, l'élevage laitier aujourd'hui, et j'ai été chercher au niveau européen des mesures pour maitriser cette production alors que les prix sont bas. L'élevage bovin où depuis que je suis arrivé on a ouvert des marchés, on cherche à aider cette filière bovine, à l'organiser.
JEROME FLORIN
Donc vous avez beaucoup de pains sur la planche, c'est ça que vous voulez dire.
STEPHANE LE FOLL
Oui, j'ai beaucoup de pains sur la planche et j'en ai eu depuis le début. Vous me posiez la question de savoir si je suis toujours en forme, je suis toujours en forme, mais j'ai connu quand même quatre crises dont trois crises sanitaires majeures et ça continue avec la crise céréalières, donc j'en ai parfaitement conscience.
JEROME FLORIN
C'est le nouveau défi du gouvernement après les récents attentats, comment contrôler l'argent qui finance la pratique de l'Islam en France et notamment l'argent des mosquées, Manuel VALLS avait évoqué la possibilité de fonds publics, François HOLLANDE vient de fermer la porte, il a dit que ce serait remettre en cause la fameuse loi de 1905 qui sépare l'Eglise et l'Etat, est-ce que cette loi est aujourd'hui dépassée ?
STEPHANE LE FOLL
La question qui est posée, c'est que cette loi, elle a été pensée à un moment où le débat était entre l'Etat et la religion catholique.
JEROME FLORIN
Et aujourd'hui l'Islam est la deuxième religion de France.
STEPHANE LE FOLL
Et l'Islam est arrivé deuxième religion de France, il y a donc un problème des lieux de culte pour l'Islam, on le sait, c'est un sujet d'ailleurs qui est traité au niveau local depuis longtemps, avec des financements, ça a été rappelé par le Premier ministre, qui sont quelquefois venus de l'étranger. Comment on essaie de penser un financement qui permette des constructions de lieux de culte, puisque les musulmans souhaitent avoir et c'est logique et c'est normal, des lieux de culte adaptés et en même temps éviter que des financements qui viennent de l'étranger orientent l'Islam de France ou oriente, c'est ce qui est souvent reproché, les grands enjeux liés à la construction de cet Islam qui est la deuxième religion de France aujourd'hui.
JEROME FLORIN
Alors d'où doit venir l'argent ?
STEPHANE LE FOLL
… avec le respect… d'où doit venir l'argent, c'est ce qu'a fait comme proposition le ministre de l'Intérieur, ce sera une fondation. Elle avait déjà été proposée d'ailleurs, ça a un peu échoué, donc il faut revoir ce qui peut permettre de faire en sorte qu'il y ait des financements nouveaux qui puissent atteindre l'objectif que j'évoquais tout à l'heure, c'est d'ailleurs la construction financée sur des fonds privés qui permettent de financer des lieux de culte, c'est ça l'enjeu. Donc cette fondation le ministre de l'Intérieur qui a réuni le CFCM a commencé à y travailler et je crois qu'il fera des propositions à la fin de l'été et c'est sur cette base là qu'on aura à juger la manière dont on va pouvoir financer ce culte.
JEROME FLORIN
Est-ce qu'il faut taxer les produits hallal par exemple, c'est une proposition ?
STEPHANE LE FOLL
Il y a des pistes, taxer les produits hallal, défiscaliser les dons, il y a tout un tas de propositions qui fleurissent aujourd'hui.
JEROME FLORIN
Et sur les produits hallal ?
STEPHANE LE FOLL
Moi, sur ce sujet je ne prendrais pas de position, j'attendrais que le travail qui est engagé par le ministre de l'Intérieur soit abouti parce que je pense que ça ne sert à rien d'alimenter toutes les hypothèses ou les solutions possibles, il faut qu'on soit là-dessus aussi serein et ne pas en rajouter…
JEROME FLORIN
Oui mais il y a urgence quelque part.
STEPHANE LE FOLL
Il y a urgence, ça fait déjà longtemps qu'on en parle, il y a urgence parce qu'aujourd'hui on a une vague et une menace terroriste majeure et qu'on essaie de se poser des bonnes questions, pour faire en sorte que ne soient pas confondus, comme certains le font, les musulmans de France, l'ensemble de cette communauté avec ceux qui agissent dans la terreur, dans l'horreur, comme ça a été la cas, il n'y a pas très longtemps, et encore avec l'assassinat du Père HAMEL. Voilà le sujet. Mais ça fait déjà longtemps que cette question est posée et dans ce débat, je voulais rajouter ce point, il y a ceux qui vont chercher à apaiser et trouver des solutions.
JEROME FLORIN
Je vous vois venir.
STEPHANE LE FOLL
Et ceux qui attisent.
JEROME FLORIN
Comme qui ?
STEPHANE LE FOLL
Et aux yeux de l'histoire au moment où les faits se produisent, ceux qui attisent sont souvent séduisants, mais au regard de l'histoire longue avec un peu de recul, c'est ceux qui apaisent qui ont raison, donc je le dis au passage.
JEROME FLORIN
Donc ceux qui attisent ce sont les gens comme Nicolas SARKOZY et Marine LE PEN, c'est ça dans votre esprit ?
STEPHANE LE FOLL
Oui, en particulier Marine LE PEN ou alors madame MORANO qui s'est encore exprimée d'une manière, j'allais dire, lamentable, lamentable. Je dis il y a ceux qui attisent et ceux qui apaisent. Il faut bien faire ce choix et bien avoir ça en tête.
JEROME FLORIN
Stéphane LE FOLL, le Canard Enchainé publie ce matin une note de Pôle emploi destinée à ses cadres, note qui était confidentielle, elle date du mois d'avril, l'objectif, c'est de faire entrer avant le 31 décembre, 500 000 chômeurs en formation comme ça ils ne seront plus comptabilisés comme chômeurs en catégorie A, il y a visiblement une grosse pression sur les conseillers de Pôle emploi, le but c'est de cacher le plus de chômeurs possibles avant la présidentielle ?
STEPHANE LE FOLL
Vous savez, on aura ces discussions comme à chaque fois, une partie de ceux qui seront en formation sont comptés dans les catégories D et vous aurez toujours les mêmes qui viendront dire, oui certes ça baisse sur la catégorie A, mais ça augmente sur les autres catégories. On a cette particularité en France, d'avoir sur la mesure du taux de chômage beaucoup de catégories, la A qui est la mesure la plus forte de ceux qui n'ont pas d'emploi et qui en cherchent et puis après B, C, D avec ceux qui sont en formation ou ceux qui sont dans un emploi mais qui voudraient en trouver un autre. Tout ça fait le débat, mais l'objectif du gouvernement, c'est de mettre oui, 500 000 formations. Moi, j'ai rencontré un grand patron hier d'une entreprise qui cherchait des jeunes parce qu'il me disait dans son industrie, qu'il avait besoin de jeunes formés et je pense que la formation est un enjeu majeur pour permettre ensuite de trouver un emploi.
JEROME FLORIN
Si je vous dis Emmanuel MACRON, vous gardez votre calme ?
STEPHANE LE FOLL
Je garde mon calme, oui, oui.
JEROME FLORIN
Le ministre de l'Economie va reprendre à la rentrée son tour de France à la rencontre des Français, il n'a pas renoncé à ses ambitions, écoutez ce que disait à son propos Manuel VALLS, c'était le 12 juillet dernier.
MANUEL VALLS
Il est temps que tout cela s'arrête.
JEROME FLORIN
Eh bien ce n'est pas près de s'arrêter. Ca va pouvoir continuer comme ça longtemps, franchement ?
STEPHANE LE FOLL
Je vous dis, je reste extrêmement à la fois clair sur les enjeux et serein par rapport à tout ça. Dans un moment comme celui auquel nous sommes confrontés, chacun doit bien mesurer qu'il y a un péril qui est là, l'Europe est touchée avec le Brexit par tous les populismes. Moi, j'ai fait un peu d'histoire et je regarde tout ça avec beaucoup de… avec un regard extrêmement aigu et je me dis qu'à chaque fois que l'histoire se répète comme cela, il y a un péril et chacun peut penser qu'il est à lui tout seul une solution. Il n'y en aura pas de ce type de solution, je le dis…
JEROME FLORIN
Emmanuel MACRON va renoncer à ses ambitions ?
STEPHANE LE FOLL
… Ça ne peut être que cohérence, un collectif…
JEROME FLORIN
Mais il ne respecte pas ce collectif, il va continuer son tour de France.
STEPHANE LE FOLL
Ecoutez, moi je vous dis ce que je pense, ce que je pense c'est ça, c'est quand on est dans la situation dans laquelle on est, quand on sait ce qui peut arriver, que ceux qui pensent à chaque fois que tout seul ils seront bien plus forts pour résoudre le problème, je leur dis, vous vous trompez, vous vous trompez.
JEROME FLORIN
Vous, vous lancez à la rentrée un tour de France des réussites pour dire quoi, le bilan de François HOLLANDE est formidable ?
STEPHANE LE FOLL
Pour dire qu'il y a des choses qui ont été faites et que je l'ai déjà dit plusieurs fois, j'ai du mal à accepter ces critiques qui ont fleuri de la gauche de la gauche, de la gauche de la gauche qui dit qu'on aurait trahi tous les engagements et tout ça. La mise en place de la loi Travail, débat qui va peut-être reprendre, avec l'article 2, mais surtout avec le compte personnel d'activité…
JEROME FLORIN
Mais pourquoi votre message ne passe pas ?
STEPHANE LE FOLL
Parce qu'on ne les répète pas assez. Pourquoi ? Parce qu'à chaque fois et c'est normal, ce n'est pas vous qui êtes en cause, on va préférer parler de MACRON et des problèmes qu'il peut poser au sein du gouvernement, que d'essayer de valoriser la prime d'activité, la loi Travail, le fait qu'on va avoir…
JEROME FLORIN
Mais si François HOLLANDE avait réussi tout ça, il serait plus populaire aujourd'hui.
STEPHANE LE FOLL
Mais vous savez la popularité est quelque chose qui est extrêmement complexe, c'est un sentiment, c'est des moments où vous avez un photographie qui est prise. Je comprends tout à fait, dans la difficulté qu'on rencontre, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, les gens se disent si c'est difficile, c'est de la faute du gouvernement et donc du président.
JEROME FLORIN
C'est cette fameuse phrase, inversion de la courbe du chômage sans cesse reportée…
STEPHANE LE FOLL
Oui, après il y a d'autres sujets, on peut préciser les choses, il y aura surement de la discussion, il y a surement des discussions à avoir, et puis tout le monde… personne n'a raison sur tout. Donc on est bien aussi en capacité et on doit l'être d'essayer de regarder tout ça avec le recul nécessaire. Mais ne pas défendre ce qu'on a fait, ne pas valoriser ce qui marche, personne d'autres ne le fera.
JEROME FLORIN
Pas facile le rôle de porte-parole.
STEPHANE LE FOLL
Si, très facile lorsqu'on est à peu près cohérent avec soi-même et convaincu qu'il y a des choses à dire et à faire surtout dans ces moments particuliers où la France connait les difficultés qu'elle connait et où la menace est celle qu'on connait.
JEROME FLORIN
Merci Stéphane LE FOLL, ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement, merci d'avoir été notre invité, bonne journée, bonnes vacances.
STEPHANE LE FOLL
Merci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 août 2016