Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à iTélé le 16 septembre 2016, sur la préparation et la portée de la journée nationale de l'hommage à toutes les victimes du terrorisme aux Invalides.

Texte intégral

FLORENT PEIFFER
Michael, vous recevez ce matin la secrétaire d'Etat chargée de l'Aide aux victimes, Juliette MEADEL.
MICHAEL DARMON
Bonjour, et qui prépare une journée importante lundi, c'est la journée nationale de l'hommage à toutes les victimes du terrorisme aux Invalides, l'endroit où on honore la mémoire des soldats. Est-ce que c'est le bon endroit ?
JULIETTE MEADEL
C'est le bon endroit, parce que c'est l'endroit à la hauteur de ce qui s'est passé cette année. Entre le 19 septembre, de l'année dernière, et le 19 septembre d'aujourd'hui, il y a eu 229 morts par attentats, morts Français, en France et à l'étranger, et également de morts étrangers en France, c'est-à-dire sur notre territoire.
MICHAEL DARMON
Victimes d'une guerre.
JULIETTE MEADEL
Victimes d'attentats terroristes, c'est une forme de guerre, on le sait, sept attentats ont eu lieu, Grand-Bassam, Ouagadougou, évidemment les attentats du 13 novembre, les attentats de Nice, Saint-Étienne-du-Rouvray, également Bruxelles, où il y a eu 1 mort. Donc on est aujourd'hui dans un moment essentiel pour la République, qui est un moment d'hommage, aux victimes des attentats terroristes, avec réellement, pour le président de la République, une expression inédite, puisque c'est la première fois que François HOLLANDE s'exprimera le 19 septembre, journée habituelle d'hommage aux attentats terroristes.
MICHAEL DARMON
Il l'avait déjà fait au moment du Bataclan, après le Bataclan, mais là en quoi cet hommage sera différent, plus solennel, installé dans la vie de la République maintenant ?
JULIETTE MEADEL
Oui, c'est un moment qui aujourd'hui est essentiel car nous n'avons jamais connu autant de morts par terrorisme, et c'est pour ça que c'est un moment qui est totalement inédit, avec…
MICHAEL DARMON
Quel sera le message du président ?
JULIETTE MEADEL
Avec évidemment un hommage à toutes les victimes des attentats, pas seulement évidemment les victimes des attentats de novembre. Il y aura une expression du président de la République, en présence de près de 600 à 700 proches de victimes, c'est un hommage qui a été organisé par les associations de victimes, la FENVAC, l'AfVT, Life For Paris, mais également l'Association 13 novembre, et qui sont en demande d'une prise de parole présidentielle.
MICHAEL DARMON
Alors, l'état d'esprit justement de ces familles, on se souvient de quelques personnes qui avaient été en colère à l'époque du discours du président au moment du Bataclan, qui s'étaient retournées pendant les propos présidentiels, là, quel est l'état d'esprit de ces familles, c'est vraiment être aussi autour du président de la République ?
JULIETTE MEADEL
Oui, parce qu'il y a un fort besoin, chez les victimes et les associations de victimes, d'une parole d'apaisement, d'une reconnaissance de la République, d'une reconnaissance de la Nation, et on a subi une attaque dans notre chair et dans nos valeurs, qui a été tellement profonde, que la parole du chef de l'État est essentielle.
MICHAEL DARMON
Alors, la manière de reconnaitre aussi, comme vous dites, de la part de l'Etat, pose aussi question. Il y a eu une polémique autour de cette médaille de la reconnaissance des victimes du terrorisme, qui a froissé les anciens combattants. Comment éviter la concurrence compassionnelle, la concurrence des mémoires ?
JULIETTE MEADEL
En préparant, et c'est ce que fait le secrétaire d'Etat à l'Aide aux victimes, et en mettant en place des progrès concrets et réels pour l'aide aux victimes. L'hommage est essentiel, la médaille répond aux besoins de certains pour qui une médaille c'est du baume au coeur, ça fait partie aussi de leur reconstruction, tous ne la veulent pas, mais de toute façon la médaille ne sera décernée…
MICHAEL DARMON
Mais on entend il vaut mieux améliorer l'indemnisation que de mettre des médailles, aller plus vite dans les formalités plutôt que de donner une médaille.
JULIETTE MEADEL
Les formalités ont été concrètement améliorées. D'abord, pour commencer, les frais de santé aujourd'hui, vous le savez, sont aujourd'hui totalement couverts, l'indemnisation a été améliorée, le site Internet unique, qui a été mis en place par le secrétariat d'Etat, est également aujourd'hui opérationnel, et c'est bien d'autres choses aussi, on a travaillé et obtenu les exonérations fiscales pour les victimes d'attentat terroriste. Ça veut dire que, très concrètement, l'accompagnement des victimes, aujourd'hui, est notre priorité, nous y avons travaillé et nous continuerons à y travailler, mais l'hommage, mais la médaille, ça fait aussi partie de ce qui permet de se reconstruire, pour ceux qui le souhaitent, car c'est la reconnaissance de la Nation. Moi, en la matière, je considère qu'il faut répondre aux demandes. Chaque victime est unique, chacun a ses demandes et ses attentes, et notre travail c'est de répondre.
MICHAEL DARMON
Chacune des personnes que vous allez voir aux Invalides, vous les connaissez, vous les avez vues plusieurs fois j'imagine ?
JULIETTE MEADEL
Une grande partie, pas toutes, bien entendu, puisque moi je travaille en permanence avec les associations de victimes et d'aide aux victimes, et nous avons mis en place des outils avec eux. Par exemple, Guide, qui est un outil pour réaliser les démarches d'indemnisation en ligne, nous l'avons réalisé avec les associations. Les mesures d'exonérations fiscales pour les victimes des attentats terroristes, nous les avons réalisées avec eux. La prise en charge des frais de santé, qui est un réel progrès, nous l'avons fait également avec eux.
MICHAEL DARMON
Quelles sont les erreurs dont vous avez tiré expérience ? Malheureusement vous tirez expérience, à chaque fois, des attentats qui se produisent, quelles sont les erreurs que vous ne recommencerez plus, qui étaient celles du départ, et aujourd'hui qui ont été améliorées ?
JULIETTE MEADEL
Il y a eu des réels progrès sur l'accès à l'information dans les minutes qui suivent la survenance du drame. Il y a eu des réels progrès sur l'accueil des victimes. A Nice, où j'étais évidemment, nous avons mis en place un lieu d'accueil unique pour les victimes. Ça veut dire que nous avons évité la dispersion des forces et la succession des démarches, dans un moment douloureux comme le moment où vous êtes victime d'un attentat terroriste, sont insupportables. Mais, bien entendu, c'est une oeuvre de longue haleine, et je crois qu'en la matière, ce qu'il faut, c'est répondre, être au plus près des besoins des victimes, d'attentats terroristes oui, mais pas seulement, car le secrétariat d'Etat dont j'ai la charge s'occupe également des accidents collectifs, des incendies et des catastrophes naturelles.
MICHAEL DARMON
Un champ plus large, accidents collectifs et autres formes de violence. Est-ce qu'il faut, selon vous, instaurer une journée nationale du souvenir des victimes des attentats terroristes comme on a les journées qui commémorent les guerres passées ?
JULIETTE MEADEL
Nous travaillons à cette commémoration. Aujourd'hui, le 19 septembre, c'est une journée qui existait déjà car, comme vous le savez…
MICHAEL DARMON
Mais est-ce que ça va être tous les ans, est-ce qu'il y aura tous les ans une journée fixe de souvenir collectif et national ?
JULIETTE MEADEL
Tous les ans, depuis 1989, il y a cette journée du 19 septembre où il y a eu l'attentat du DC10 d'UTA, mais il y a aussi d'autres moments, et je crois, en la matière, qu'il faut aussi laisser vivre les commémorations, il y en aura une à Nice, pour l'attentat de Nice, et il faut aussi laisser vivre et répondre à chaque spécificité, à chaque attentat, qui a sa spécificité.
MICHAEL DARMON
Alors, votre secrétairat d'Etat est une nouveauté, c'est une idée de Manuel VALLS depuis longtemps, vous êtes maintenant à ce poste-là, il n'y a pas de risque d'être un peu préposé à la politique compassionnelle ?
JULIETTE MEADEL
Je crois que la politique d'aide aux victimes ce n'est justement pas de la compassion du tout parce que, les victimes que je rencontre tous les jours, n'ont pas besoin, ne veulent pas ça, mais veulent de l'action, et c'est ça qu'on fait, concrètement. Je suis très attachée à l'idée d'améliorer, de continuer à améliorer, par exemple, la simplification des démarches, de continuer à améliorer la question des indemnisations. Tenez, prenez Nice par exemple, 10 jours après l'attentat de Nice, les victimes ont commencé à recevoir des provisions, c'est-à-dire que, à l'heure d'aujourd'hui, 1000 dossiers ont été déposés, 5 millions d'euros ont été versés par le FGTI pour l'indemnisation des premiers frais, pour l'indemnisation des victimes. C'est ça mon objectif.
MICHAEL DARMON
Alors, il y a une autre personne qui considère que François HOLLANDE a un autre rôle, qui est beaucoup moins, on va dire, compassionnel, c'est Nicolas SARKOZY hier sur France 2, qui considérait qu'il était effectivement le premier adversaire de François HOLLANDE. On écoute et on regarde.
NICOLAS SARKOZY
Je ne suis pas François HOLLANDE, je ne travaille pas pour une secte, je ne travaille pas pour un clan, je ne travaille pas pour une catégorie de Français, je veux parler à la France qui souffre, qui n'en peut plus, à la majorité silencieuse. Ils sont sceptiques, croyez-moi, je vais les convaincre.
MICHAEL DARMON
Nicolas SARKOZY dit « je veux parler à tout le monde moi. »
JULIETTE MEADEL
Il n'a pas donné l'impression, hier, d'être le candidat du rassemblement. Moi j'ai entendu un candidat sans projet, mais un candidat du rejet. On voit bien ce qu'il rejette, on ne voit pas ce qu'il propose. Donc, je considère qu'on est aujourd'hui dans un moment, et puisqu'on parle du 19 septembre, puisqu'on parle d'un moment où la France a besoin d'être rassemblée, d'être apaisée, d'être dans un environnement où tout le monde vit en paix, j'ai entendu hier des propos qui m'ont semblé porteurs de discorde et pas porteurs de construction.
MICHAEL DARMON
Il a également dit qu'il sentait une très grande dynamique autour de lui, autour du fait que l'alternance allait forcément arriver, selon lui, mais c'est vrai aussi qu'il est difficile de rencontrer des élus socialistes qui croient en la victoire de la gauche et la réélection de François HOLLANDE en 2017. Vous êtes dans quel camp vous ?
JULIETTE MEADEL
Moi je suis dans le camp de ceux qui se battront toujours pour que la gauche, et les idées que nous portons, qui sont des idées de progressisme, qui sont des idées porteuses de progrès social, qui sont des idées de solidarité…
MICHAEL DARMON
Oui, mais est-ce que vous pensez que François HOLLANDE doit être candidat et peut être réélu ?
JULIETTE MEADEL
Mais moi je considère que François HOLLANDE est le meilleur des candidats, et je pense que nous avons évidemment beaucoup à apporter dans sa victoire, et que nous allons, je le souhaite, gagner.
MICHAEL DARMON
Parce que même Manuel VALLS, qui fait des confidences depuis quelques jours, est très très sceptique, et pense, que, au fond, pour 2017 c'est très très compliqué la victoire.
JULIETTE MEADEL
C'est votre analyse, mais ma conviction…
MICHAEL DARMON
C'est ce qu'on a compris des confidences qu'il a données devant plusieurs journalistes, dont j'étais.
JULIETTE MEADEL
Mais ma conviction, et quand j'étais à la salle Wagram et que j'ai entendu le discours du président de la République, quand j'étais également, avec le Premier ministre, et que je le vois tous les jours, qui se bat au quotidien, et qui porte avec une réelle combativité toutes les réformes qui ont été faites, je considère qu'on a précisément une démarche de combativité.
MICHAEL DARMON
Et vous, comment allez-vous porter le combat en 2017, vous serez candidate aux élections législatives par exemple ?
JULIETTE MEADEL
Moi je vais me battre, jusqu'à la dernière seconde, pour faire gagner la gauche car je pense que le projet de la gauche est un projet porteur pour la France.
MICHAEL DARMON
Est-ce que vous serez candidate aux législatives ?
JULIETTE MEADEL
Je souhaiterai être élue, oui, et je m'engagerai dans cette direction.
MICHAEL DARMON
Dans quelle circonscription, en Seine-et-Marne ?
JULIETTE MEADEL
Je respecterai les procédures de notre parti, car, vous savez, au Parti socialiste nous avons des calendriers, et donc, je respecte les règles démocratiques.
MICHAEL DARMON
Dernière question. Depuis un peu plus d'1 heure il y a l'évacuation d'un camp de migrants à Paris, au fond, est-ce que ce n'est pas également votre travail, parce que ce sont également des victimes de guerre civile, pourquoi vous n'êtes pas à leurs côtés ?
JULIETTE MEADEL
Nous recevons des associations qui s'occupent de l'humanitaire et je crois qu'en effet l'urgence humanitaire fait aussi partie de la prise en charge des victimes.
MICHAEL DARMON
Il faudrait étendre votre champ ministériel également à l'aide aux migrants ?
JULIETTE MEADEL
Moi je réponds à toutes les sollicitations des victimes et des associations de victimes, et donc je suis à leurs côtés, on n'a pas toujours besoin d'un titre pour aider.
MICHAEL DARMON
Merci.
JULIETTE MEADEL
Merci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2016