Déclaration de Mme Annick Girardin, ministre de la fonction publique, sur la priorité du renforcement de la fonction "ressources humaines" au sein de la fonction publique d'Etat, à Paris le 26 septembre 2016.

Intervenant(s) :

Circonstance : 3ème rencontres professionnelles de l'Ecole de management et des ressources humaines (EMRH ), centre Pierre Mendès France à Paris le 26 septembre 2016

Prononcé le

Temps de lecture 8 minutes

Texte intégral

Monsieur le directeur général de l'administration et de la Fonction publique, cher Thierry,
Madame la secrétaire générale à la modernisation de l'Etat, chère Laure
Mesdames et messieurs,
Quel plaisir d'être ici devant vous pour clôturer la 3ème rencontre professionnelle de l'école du Management et des Ressources Humaines ! Une école qui, en à peine 10 ans, a trouvé sa place dans l'animation quotidienne d'un véritable réseau interministériel des professionnels des ressources humaines.
Rapidement, cette école s'est imposée dans le paysage institutionnel comme une référence et contribue sans relâche à l'élaboration d'une culture managériale commune au sein de la Fonction publique d'Etat.
Ma venue est l'occasion pour moi de saluer la qualité des débats proposés par les participants mais aussi d'évoquer un sujet trop souvent sous-estimé dans la Fonction publique : je veux bien sûr parler du management qui constitue un véritable atout pour l'action publique.
Je sais que la Fonction publique est à un moment charnière de son histoire. Depuis 2012, le gouvernement a lancé de nombreux chantiers de modernisation pour mieux l'adapter aux enjeux de son temps. En tant que Ministre de la Fonction publique, je travaille quotidiennement avec mes équipes à l'ancrer davantage dans les réalités du terrain.
Pour cela, j'ai la conviction que nous devons aller vers :
- plus d'adaptabilité
- plus d'implication des agents,
- et cela dans un but clair, celui d'améliorer toujours plus l'efficacité de l'action publique.
L'efficacité doit être notre boussole. Il en va de la pérennité du statut que je continuerais toujours à défendre mais aussi de la manière dont les fonctionnaires sont perçus au sein de la société.
Dans une période où les discours anti-fonctionnaires se font plus offensifs que jamais, mon rôle est de défendre notre système social solidaire et de déjouer les stéréotypes qui polluent les débats et laissent croire que les agents publics sont des poids pour la société.
C'est pourquoi, dans le prolongement de l'orientation donnée par le Premier ministre en novembre 2015 en matière de modernisation des ressources humaines, j'ai choisi de faire de l'innovation RH l'une des priorités stratégiques de mon ministère.
La fonction publique mérite un management à la hauteur de ses missions. Un management soucieux des parcours, des expériences et des compétences de chacun.
Qu'est-ce que cela signifie ?
Tout d'abord, penser une fonction publique qui soit en mesure de s'adapter à l'évolution des besoins des citoyens afin de pouvoir répondre efficacement à leurs demandes.
Ensuite, préparer l'avenir et s'adapter aux enjeux de demain qu'il s'agisse de la transition énergétique ou de la révolution numérique.
Enfin, anticiper les nouvelles attentes des agents en termes de condition et de bien-être au travail.
Un des grands enjeux de l'Etat au XXIème siècle consistera, selon moi, à sortir d'un modèle vertical descendant encore trop organisé en silos pour autoriser l'initiative de terrain visant à innover dans la façon de rendre le service public aux citoyens, pour diffuser les initiatives les plus pertinentes, et donc pour réinjecter de l'intelligence collective dans un système parfois « trop administré ».
Nous devons moderniser le management en renforçant les marges de manœuvres des ministères en matière de formation, de mobilités, de parcours de carrières et de gestion prévisionnelle.
L'objectif est bien de déployer les meilleures pratiques de gestion des ressources humaines dans tous les ministères.
Vers une réforme des Ressources humaines de l'Etat
C'est l'ambition du gouvernement, annoncée fin 2015 par le Premier ministre. Il s'agit de renforcer la fonction RH au sein de la Fonction publique d'Etat afin de créer une nouvelle dynamique.
Cette dynamique doit s'appuyer sur deux piliers :
Une tête de réseau », la DGAFP qui deviendra DRH de l'Etat et devra donner l'impulsion décisive en animant un réseau de DRH dans chaque administration. Ses prérogatives seront ainsi élargies.
Les DRH ministériels qui seront confortés dans leur rôle de pilotage des politiques de ressources humaines ministérielles.
Les règles statutaires dominent encore trop largement la gestion des ressources humaines et le dialogue social au détriment d'autres sujets. Nous devons désormais faire de la gestion qualitative une priorité : gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, recrutement, diversité et lutte contre les discriminations, formation, mobilité, SIRH, transition numérique, qualité de vie au travail…
Parmi ses priorités de la future DRH de l'Etat, je souhaite approfondir devant vous deux sujets : le bien-être au travail et le management.
Favoriser le bien-être au travail des agents
Favoriser le bien-être au travail, c'est un objectif en soi pour nos agents mais c'est aussi un moyen au service de plus d'efficacité. Nous serons attractifs et performants que si nous réussissons, comme certaines entreprises privées, à offrir à nos agents un cadre de travail qui favorise le bien-être et la prise de responsabilité.
Depuis 2012, le ministère de la fonction publique s'est engagé dans un processus visant à améliorer les conditions de vie au travail des agents des trois versants de la fonction publique. Celui-ci s'est traduit par la signature d'un accord-cadre relatif à la prévention des risques psychosociaux dans la fonction publique le 22 octobre 2013. Nous avons également travaillé avec les organisations syndicales sur la qualité de vie au travail ; travail qui est repris dans le cadre de la concertation en cours sur la santé et la sécurité.
Cette démarche a été accompagnée par l'agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT) avec qui nous avons noué un partenariat ambitieux.
Cette agence a contribué au développement et à l'encouragement de recherches, d'expériences et de réalisations en matière d'amélioration des conditions de travail. Elle diffuse ainsi les informations concernant, en France et à l'étranger, toute action tendant à améliorer les conditions de travail.
La convention-cadre de partenariat que nous avons signée le 6 juillet dernier a posé le cadre de notre coopération. Il s'agit notamment de mutualiser les connaissances et les pratiques dans le champ de la qualité de vie au travail au sein de la fonction publique et d'identifier des pratiques innovantes en matière d'organisation du travail.
Cette question du bien-être au travail est un des thèmes de la consultation que j'ai lancée et intitulée « Ma Fonction publique se réinvente ». Les deux autres thèmes sont la transition numérique et le management.
Développer une culture managériale commune
C'est d'ailleurs le dernier axe que je souhaitais explorer avec vous : le développement d'une culture managériale commune, objectif défini par la circulaire du Premier ministre du 10 juin 2015.
En effet, renforcer la dimension managériale au sein de la fonction publique de l'Etat et instaurer de nouvelles pratiques permettant de créer des marges de responsabilité accrues pour les cadres apparait primordial.
L'enjeu pour les managers est de trouver les mots justes pour redonner du sens aux missions de chacun. Être fonctionnaire n'est pas un travail comme un autre. Les fonctionnaires sont les garants de l'intérêt général, il est donc indispensable que les managers fassent preuve de courage.
Le courage managérial, c'est responsabiliser les agents et leur transmettre le goût du collectif. Le courage managérial, c'est rappeler à chacun que s'il bénéficie d'un certain nombre de droits que nous avons d'ailleurs élargit, il doit s'acquitter d'un certain nombre de devoirs : exemplarité, probité, neutralité, respect de la laïcité. Des devoirs qui constituent les fondements de son engagement.
Le courage managérial, c'est n'accepter aucun compromis sur ces fondamentaux. C'est être intransigeant quant à l'exemplarité de chacun et chacune des agents qui composent la Fonction publique, quel que soit son versant, son niveau de compétence, son grade ou son échelon.
Mesdames et messieurs, nous faisons face à un changement de paradigme en matière de management. La fonction publique, loin d'être recroquevillée sur des modes d'organisation anachroniques, est en train de se transformer.
Nous sommes en train de la transformer ensemble. Merci pour votre engagement et ensemble, libérons notre créativité, favorisons les initiatives qui fonctionnent et redonnons du sens à l'action publique.
Nous allons donc favoriser ces initiatives, en les distinguant par la remise du label de l'Ecole du management et des ressources humaines aux trois lauréats.Source http://www.fonction-publique.gouv.fr, le 10 octobre 2016