Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur la "colère des peuples qui gronde", la mondialisation et la nécessité d'une "refondation" avec l'Allemagne de l'Union européenne, à Berlin le 17 novembre 2016.

Texte intégral

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre, cher Harlem,
Monsieur l'Ambassadeur,
Monsieur le Rédacteur en chef,
Mesdames, Messieurs les Chefs d'entreprise,
Mesdames, Messieurs,
Je vous remercie d'abord, Monsieur le rédacteur en chef, de m'avoir proposé d'ouvrir le forum de cette année, le 10e du genre, et de m'avoir permis de m'adresser à vous tous.
J'en connais le caractère prestigieux et vous avez énuméré quelques-uns de vos invités. C'est donc un honneur pour moi d'être parmi vous.
Je viens ici avec un message de gravité et de vérité.
Gravité car, plus que jamais, la marche du monde - terrorisme, crise migratoire, défi de la croissance - est incertaine ... L'histoire, dont certains ont pu annoncer à tort «la fin», ne cesse de nous rappeler qu'elle s'invite quand elle veut. Avec souvent sa part tragique !
Vérité, car je veux vous dire mon sentiment profond, qui est le fruit de ma réflexion et de mon expérience à la tête du gouvernement de la France.
Je crois que notre langage n'est plus compris, qu'il est devenu froid, technicien et indifférent au sort des peuples. Il m'est arrivé de dire que la politique parlait une langue morte ... Parce qu'elle a peur de nommer les problèmes, peur aussi - disons-le ... - de faire des choix.
C'est cette peur qui laisse un boulevard aux discours démagogiques et populistes. La question qui se pose aujourd'hui à tous les responsables politiques en France, en Europe et dans le monde et aux élites, c'est : comment répondre aux angoisses et colères des peuples sans tomber dans la facilité, et encore moins dans la démagogie ?
Ma réponse, et je le dis modestement, c'est de nommer les choses. Les nommer avec courage. Nommer pour agir.
Nommer les choses, c'est dire que nous ne devons être ni béats, ni naïfs, ni crédules face à la mondialisation. Elle a permis le développement économique de régions entières du monde ; permis à des pays d'émerger, à des centaines de millions d'hommes et de femmes de sortir de la pauvreté. Ne l'oublions pas. Elle représente des opportunités pour nos économies, nos entreprises, des marchés, des besoins d'équipement, etc. Mais, dans le même temps, elle fait mal aux classes populaires et moyennes en Europe et en Amérique du Nord, elle remet en cause les frontières, elle exerce une pression sur les travailleurs, en France comme en Allemagne.
Nommer les choses, c'est aussi dire qu'il y a une cassure avec les peuples. Ce que demandent nos concitoyens, c'est qu'on les entende, que l'on comprenne leurs difficultés, pas pour alimenter la surenchère de la colère - ça, c'est le carburant des populismes ! C'est cela qui les alimente - mais pour trouver des solutions, fixer un cap, s'y tenir, avancer, même face aux vents contraires. C'est cela l'art, complexe, de gouverner !
Notre responsabilité, la nôtre - dirigeants européens - comme la vôtre - vous qui réussissez dans la globalisation économique - c'est d'abord d'entendre cette colère des peuples qui gronde depuis trop longtemps et qui finit par exploser : hier au Royaume-Uni avec le Brexit, aujourd'hui aux États-Unis, et demain ailleurs. Et vous connaissez parfaitement la situation de la France.
Nous devons reprendre notre destin en main au coeur de cette mondialisation. La mondialisation, il faut s'en servir, au lieu de la subir. Pour en tirer le meilleur les opportunités et en gommer, si possible, le pire.
La mondialisation n'est qu'un moyen au service des hommes. C'est pourquoi je défends une mondialisation au service des peuples. Une mondialisation au service du peuple !
C'est ce que nous devons mettre en place d'abord, bien sûr, dans chacun de nos pays.
Chacun avec nos choix. Et ce que nous devons faire, aussi, ensemble, au niveau européen, qui est un démultiplicateur de puissance, pour mieux peser.
Pourtant, plus de 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, 59 ans après le traité de Rome, 31 ans après les accords de Schengen, 24 ans après le traité de Maastricht, 17 ans après l'entrée en vigueur de l'euro, l'Europe est confrontée à des défis considérables. Face au terrorisme et à la montée en puissance de l'islamisme radical, face à la crise migratoire, face à l'impératif de la croissance, face au Brexit, face à la crise de solidarité entre États européens, le projet européen, sous les coups de boutoir des populismes, peut se défaire. L'Europe peut mourir et sortir de l'histoire.
La France et l'Allemagne ont une immense responsabilité. Une responsabilité historique. À l'échelle du monde, la construction européenne a été un miracle, il faut le dire. Et notre génération doit, après d'autres, à son tour, savoir se hisser à la hauteur du moment !
Nous avons le devoir, Français et Allemands, de donner un nouveau sens au projet européen, disons-le plus précisément, de le refonder même. Le couple franco-allemand doit être fort. Le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel l'ont toujours rappelé.
Pour toutes ces raisons, nos deux pays doivent être forts.
Or nos deux économies ont divergé dans les années 2000. À la fin des années 2000, l'Allemagne était l'homme malade de l'Europe. Puis ce fut le tour de la France.
L'Allemagne a su mener les réformes, tandis que la France prenait du retard, décrochait, laissait filer les dépenses publiques et remettait à plus tard ce qui aurait dû être fait. Je rappelle que dans ces années-là ce n'était pas la gauche française qui gouvernait. Quand je suis venu à Berlin, pour la première fois en tant que Premier ministre, en septembre 2014, et dans mes discussions avec la chancelière, j'ai ressenti l'attente qui pesait sur la France. Cette attente était légitime.
Deux années plus tard, quel est le résultat ?
Nous respectons nos engagements budgétaires, la Commission européenne vient de le reconnaître, le déficit public français va repasser sous les 3% en 2017.
Je ne vais pas énumérer toutes les réformes conduites pour restaurer la compétitivité de nos entreprises ; je voudrais tout de même en citer deux, majeures à mes yeux. D'abord, nous avons réduit le coût du travail. En France, sur les quatre dernières années, la hausse du coût du travail a été contenu à +0,9%.
Ensuite, nous avons mis en place une flexi-sécurité à la française. Nous avons posé les bases d'une réforme en profondeur du marché du travail notamment par la décentralisation du dialogue social : c'est essentiel pour que les partenaires sociaux puissent trouver des solutions au plus près du terrain. Les chefs d'entreprise ont désormais plus de visibilité. Les salariés ont quant à eux plus de droits pour se former.
Nous avons redressé notre économie, restauré notre compétitivité. Et le chômage - qui reste bien sûr encore trop haut - baisse avec 120.000 chômeurs en moins sur un an. Les investissements décollent, y compris ceux qui viennent de l'étranger ; mais les changements se mesurent aussi à l'évolution des perceptions : ainsi, dans un sondage publié la semaine dernière, 65% des décideurs allemands estiment désormais que la France est attractive : c'est deux fois plus qu'en 2014 ! Il me faut encore convaincre les 35% qui restent.
Et nous allons poursuivre nos réformes. Par exemple en modernisant l'action publique ; en rénovant notre protection sociale et son financement ; en améliorant encore la compétitivité hors-prix de nos entreprises, et en poursuivant la baisse de leur fiscalité. Ma détermination, mon engagement, c'est de poursuivre ce qui été engagé et d'ouvrir de nouveaux champs : le revenu de base, la nation éducative car la formation tout au long de la vie, l'innovation, l'investissement dans la recherche et nos universités fonderont le socle des grands nations de demain !
La France fait donc sa part du travail et il reste encore beaucoup à faire. Mais - et je vous ai promis un langage de vérité - si l'Allemagne a attendu la France, la France désormais attend l'Allemagne.
Il faut avoir un débat serein mais franc entre nous. Nous devons parler de tout. Je crois profondément qu'une politique de croissance ne peut se résumer à réduire les coûts salariaux et les déficits publics.
Aujourd'hui, dans un contexte de croissance faible en Europe, d'insuffisance de la demande, il faut que les pays qui ont des marges pour investir, le fassent. Et ces marges, vous les avez car vous conjuguez un excédent budgétaire et un excédent commercial considérable de 250 milliards d'euros, représentant plus de 8% du PIB.
Je sais que l'Allemagne est préoccupée par sa démographie, par le vieillissement de sa population, et souhaite épargner pour se prémunir d'une diminution future de son niveau de vie. Cette préoccupation est légitime, mais votre intérêt, c'est que l'Allemagne investisse davantage. C'est aussi que l'Europe investisse dans la croissance de demain, c'est-à-dire le numérique, la nouvelle agriculture, la transition écologique, les infrastructures, la recherche, la formation, le spatial...
C'est le sens du plan présenté par Jean-Claude Juncker. Il faut que l'Europe s'en donne les moyens et les instruments et, le cas échéant, en empruntant et donc, elle en a la capacité, en s'endettant.
Pour donner un nouveau sens à l'Europe, nous devons, nous Français et Allemands, réaffirmer quelques vérités fondamentales aussi sur ce que nous sommes.
Au fond, c'est quoi l'Europe ? Parfois, on l'a oublié. C'est une communauté de valeurs : justice sociale, solidarité, culture, égalité entre les femmes et les hommes, protection de notre environnement. C'est un espace de civilisation. Des valeurs qui parlent au monde entier. Et que nous devons porter, sans jamais transiger !
L'Europe, c'est aussi un art de vivre. C'est une identité riche, diverse, dans un espace qui commence et s'arrête quelque part. L'Europe, c'est une histoire. C'est une géographie. C'est des frontières, que nous devons assumer et protéger. En y mettant les moyens nécessaires.
L'Europe doit retrouver la maîtrise de ses frontières. Sinon, les peuples exigeront le retour aux frontières nationales : contrôle systématique à l'entrée de l'espace Schengen, PNR, ESTA, garde-frontières européens ... Nos ministres de l'intérieur, Thomas de Maizière et Bernard Cazeneuve ont défendu ensemble ces propositions. Je ne veux pas laisser cette question des frontières aux populistes, car leur but, c'est simplement d'ériger des murs, de nous barricader, de nous replier sur nous-mêmes, et donc de nous affaiblir. Je ne veux pas tourner le dos à ce qu'a été l'histoire de l'Europe. Mais être ouvert au monde - nous devons l'être - n'est tenable que si nous pouvons dire qui peut et qui ne peut pas entrer ou rester sur notre sol.
L'Europe, enfin, est et restera une fédération d'États-nations, selon la belle formule de Jacques Delors. L'idée moderne de nation est née en Europe au 19e siècle en France comme en Allemagne. Elle garde toute sa force, sa pertinence, car elle est pour les peuples un repère. Nos nations européennes avancent ensemble pour se donner un supplément de souveraineté. Pas pour l'abandonner à un pouvoir lointain ! Et d'ailleurs il faut que l'Europe s'occupe davantage des problèmes stratégiques que des sujets quotidiens.
Redonner du sens, c'est également faire sortir l'Europe de l'innocence. Je veux une Europe qui protège. Je plaide pour une Europe-protection, qu'il s'agisse de sa sécurité ou de ses intérêts économiques.
D'abord, en prenant toutes ses responsabilités pour sa sécurité et sa défense.
Le monde a changé. Les États-Unis notamment seront moins interventionnistes qu'ils ne l'ont été. À nous donc d'assumer nos responsabilités pour contribuer à l'équilibre du monde. Je l'ai encore dit dans la presse européenne le week-end dernier : tous les pays européens doivent accroître leur effort de défense pour atteindre les 2% du PIB. Nous devons enfin bâtir une véritable Europe de la défense, pour être capable d'intervenir à l'extérieur de nos frontières. La sécurité de l'Europe en dépend.
La France est intervenue pour sauver le Mali parce qu'il en allait de ses intérêts mais elle est intervenue aussi au nom de l'Europe. Et elle intervient au Levant, en Syrie et en Irak.
En début de semaine, l'Union européenne a adopté, sur la base des propositions faites par nos deux ministres de la défense, Ursula von der Leyen et Jean-Yves Le Drian, des orientations majeures. Ces orientations, qui concernent tant la réponse rapide aux crises que les capacités et le financement de la défense, sont essentielles pour construire l'autonomie stratégique de l'Europe. J'étais en Afrique de l'Ouest il y a quelques semaines, peu après le déplacement de la chancelière.
L'Europe, la France et l'Allemagne doivent faire de l'Afrique leur nouvel horizon.
Sortir de l'innocence, c'est aussi imposer notre vision du libre-échange et ce débat a pris encore plus d'acuité avec l'élection de Donald Trump.
Nous sommes, bien sûr, pour le libre-échange. Mais cela ne veut pas dire tout laisser faire. Je sais que certaines grandes entreprises mondiales voudraient se libérer de toute régulation et de tout contrôle démocratique. Cela, les peuples ne l'acceptent plus !
Ma conviction - dans l'intérêt même du commerce - c'est qu'il faut un cadre maîtrisé et régulé.
Il faut une juste réciprocité, par exemple dans l'accès aux marchés publics. Sinon le commerce se fait au détriment de nos intérêts.
Il faut imposer le respect des mêmes normes sociales et environnementales. Et si des partenaires commerciaux ne les respectent pas - je pense notamment aux émissions carbone - il y a un moyen efficace : la taxation à l'entrée du marché intérieur. La taxation ... vous me direz que c'est une approche très française, mais il y va du respect de l'accord de Paris ... et de la compétitivité de nos entreprises ... votre compétitivité. Sans respect des normes, le commerce se fait au détriment de nos intérêts et de nos valeurs.
Il faut enfin refuser les mécanismes d'arbitrage privé, sans garantie d'indépendance des arbitres. Si le droit des États à réguler est menacé, alors le commerce se fait au détriment de notre souveraineté.
Et c'est pour toutes ces raisons - réciprocité, normes, arbitrage - que nous avons dit clairement que le TAFTA était inacceptable.
Ma proposition, c'est que Français et Allemands portent ensemble auprès de leurs partenaires européens une nouvelle méthode qui vaudrait pour toutes les négociations d'accords commerciaux : exigence de réciprocité, respect des préférences collectives, protection de nos agriculteurs, transparence des négociations auprès de nos opinions publiques et association étroite de nos parlements nationaux. Car c'est aussi une des leçons fortes à tirer du CETA. Et je veux saluer l'engagement personnel sur ce sujet du vice-chancelier Sigmar Gabriel.
Sortir de l'innocence, c'est aussi avoir des instruments de défense commerciale vraiment dissuasifs vis-à-vis des pratiques d'anti-dumping et des comportements prédateurs de certains groupes.
Il n'est pas normal que, lorsque les États-Unis frappent un produit de 300%, et Donald Trump trouve même que c'est insuffisant, l'Europe, elle, ne le taxe qu'à 20% !
Sortir de l'innocence, c'est également pouvoir encadrer les investissements dans des domaines que nous jugeons stratégiques.
L'Europe doit bien sûr rester très accueillante en matière d'investissements directs à l'étranger. Mais cela ne doit pas empêcher qu'elle ait son mot à dire lorsque ces investissements concernent des domaines sensibles pour notre sécurité au sens le plus large possible. C'est bien d'ailleurs ainsi que nos grands partenaires procèdent !
Je connais la vivacité des débats en Allemagne à ce sujet. Les dispositifs nationaux que nos pays ont prévus sont essentiels mais doivent être renforcés. Et l'Europe doit y contribuer car il y a des intérêts européens à prendre en compte. Les prendre en compte, c'est donner à nos nations une arme supplémentaire dans leur choix souverain. Je propose que la France et l'Allemagne y travaillent dès maintenant.
Sortir de l'innocence, c'est pouvoir lutter à armes égales lorsque les États-Unis veulent imposer des lois extra-territoriales, lorsque, sous couvert de sanctions judiciaires, ils infligent en réalité des punitions financières destructrices. Nos banques françaises et allemandes savent de quoi il retourne. Dans ce domaine, aussi, la responsabilité de la France et de l'Allemagne, c'est de proposer à nos partenaires européens les instruments indispensables pour nous protéger davantage.
Et nous Européens, pour être audibles sur tous ces sujets, devons faire preuve de détermination politique mais aussi d'exemplarité. Et cette exemplarité, c'est d'abord au sein de l'Union européenne que nous devons la montrer.
C'est pourquoi toute forme de dumping social et fiscal au sein de l'Europe est intolérable et sa suppression doit être aujourd'hui une priorité parmi les priorités.
Il faut lutter contre les abus en matière de travailleurs détachés. Tous les travailleurs employés sur un même lieu en Europe doivent être soumis au même droit social, aux mêmes conditions de travail, de sécurité et de rémunération. Sans cela, nous laissons faire une concurrence déloyale entre travailleurs. C'est tout simplement destructeur !
Et c'est un sujet qui alimente l'extrême-droite en France.
Il faut lutter contre l'évasion fiscale. Il est inacceptable que de grandes entreprises internationales jouent avec les écarts de fiscalité au sein de l'Europe pour échapper à l'impôt. Notre intransigeance doit être totale, et je veux saluer la décision de la Commission concernant Apple. C'est d'autant plus nécessaire que ce phénomène va prendre de plus en plus d'ampleur avec l'émergence du numérique. Nous ne pouvons pas accepter que des entreprises dégagent de considérables bénéfices sur nos territoires, tout en échappant à l'impôt - c'est-à-dire au financement de nos services publics - au motif fallacieux qu'elles sont établies ailleurs en Europe.
Cette nouvelle Europe, nous aurons du mal à la mettre en place à 28, et même demain à 27. Cette difficulté ne doit pas nous empêcher d'avancer. La France et l'Allemagne doivent d'autant plus montrer l'exemple, en agissant d'abord à deux avant d'entraîner les autres.
La grande priorité des années à venir, ce sera de faire converger les économies française et allemande. Il y a déjà bien sûr beaucoup d'échanges, d'investissements et vous vous connaissez bien, entrepreneurs français et allemands !
Nous devons enfin nous atteler au chantier de la convergence fiscale entre la France et l'Allemagne. Nous en parlons ensemble depuis des années. Il faut maintenant passer aux actes ! Je propose que, dès après nos élections de l'an prochain, nous avancions sur la convergence des taux d'impôt sur les sociétés. De même, et alors que vous venez de mettre en place un salaire minimum, travaillons ensemble à un cadre commun pour un salaire minimum avec tous ceux qui y sont prêts ! Et l'Europe avancera ainsi, sous l'impulsion de la France et de l'Allemagne.
Nous devons travailler également au rapprochement de nos peuples. Car tout ce que je viens de vous dire sur la refondation européenne serait vain, si nos concitoyens n'apprennent pas à se connaître davantage. Je vois le risque que nos deux peuples s'éloignent et se comprennent de moins en moins, surtout dans les milieux les plus modestes. Je l'ai évoqué à Francfort où la France sera l'invitée d'honneur de la foire du livre l'an prochain. Je sais qu'il y a eu des craintes sur l'enseignement de l'allemand en France. Je veux ici rassurer. Le nombre d'enfants qui étudient l'allemand a fortement progressé à la dernière rentrée, de 6%. Il faut continuer dans cette voie. Ma conviction, c'est qu'il faut porter notre effort sur la jeunesse car l'Europe n'est plus nécessairement une évidence pour elle. Erasmus est un succès majeur. Mais on est encore loin d'une mobilité ouverte à tous et seuls les étudiants les plus favorisés en bénéficient réellement. Nous devons réfléchir à la création d'un droit à la mobilité pour tout jeune : apprenti, étudiant, ou encore jeune professionnel.
L'expérimentation franco-allemande de mobilité des apprentis engagée en 2016 sous l'impulsion notamment d'Harlem Désir est à l'évidence un exemple de ce qu'il faut faire à grande échelle.
Mesdames, Messieurs,
Ce qu'attendent nos peuples, ce que vous attendez vous-mêmes, c'est que les dirigeants européens se retroussent les manches. C'est qu'ils aient à nouveau une ambition, une volonté.
Cette ambition, je l'ai pour la France. Je l'ai pour l'Europe. Je l'ai aussi pour la relation franco-allemande. Je veux qu'elle soit à nouveau cette force motrice qui entraîne toute l'Europe. Et l'Europe a besoin plus que jamais de la France et de l'Allemagne dans ce monde bouleversé, où nous sommes obligés d'apporter des réponses à la mondialisation, à la question des frontières, à la question de la Turquie, à celle aussi de la Russie, etc.
Parce que je suis profondément européen, né à Barcelone, devenu Français à vingt ans, parce que je porte cette fierté de diriger le gouvernement de la France, je veux mettre toute mon énergie - et j'en ai à revendre ! - pour qu'ensemble, Français et Allemands et tous les Européens, nous relevions l'Europe.
C'est un moment historique, passionnant mais périlleux. Périlleux pour l'Europe.
Périlleux pour la France car l'extrême-droite est aux portes du pouvoir.
C'est notre devoir d'agir ensemble. Le devoir impérieux de notre génération. Nous ne pouvons pas nous y dérober.
Vive la relation franco-allemande ! Vive l'Europe !
Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 novembre 2016