Interview de M. Christian Eckert, secrétaire d'Etat au budget, à "France Bleu Provence" le 3 mars 2017, sur la mise en place de la retenue à la source.

Texte intégral

JOURNALISTE
L'invité de France Bleu Provence est le secrétaire en charge du Budget et des Comptes public Christian ECKERT. C'est lui l'architecte de cette réforme du prélèvement à la source. Aujourd'hui vous êtes à Marseille Christian ECKERT dans le cadre d'un tour de France explicatif. Vous allez donc à la rencontre des contribuables. Dans leur majorité ils sont plutôt favorables à cette réforme, et pourtant il y a quand même pas mal d'inquiétude ; Comment vous expliquez ce paradoxe ?
CHRISTIAN ECKERT
Je crois que les gens en ont compris l'avantage. L'avantage c'est que l'impôt s'adapte immédiatement en temps réel à votre situation, changement de niveau de revenu, changement de situation familiale, ce qui aujourd'hui était loin d'être le cas, ce qui fait que quand on avait des revenus qui baissaient, on avait toujours un impôt qui était important. Et puis des questions parce que l'impôt en France c'est quelque chose d'assez compliqué. Il y a des crédits d'impôt, il y a un quotient familial, il y a une progressivité de l'impôt. Donc tout ça pose question, c'est normal à nos contribuables et c'est pour ça que nous engageons, j'en suis à ma dixième étape, un tour de France pour rencontrer les gens, répondre à leurs questions et merci de m'accueillir pour pouvoir là aussi essayer d'informer, d'expliquer.
JOURNALISTE
Quelles sont justement les questions les plus fréquentes, les inquiétudes qui reviennent ?
CHRISTIAN ECKERT
Par exemple beaucoup de gens pensent qu'on n'aura plus à faire sa déclaration d'impôt annuelle ; c'est faux bien entendu parce que l'impôt est familial, il est global sur l'ensemble des revenus du ménage, donc il faudra continuer à faire une déclaration annuelle. Des gens s'interrogent, ils se disent « bon, je fais des travaux j'ai droit à un crédit d'impôt, j'ai changé ma chaudière, qu'est-ce qui se passe, quand est-ce que je vais toucher mon crédit d'impôt, si je donne à une association, les Restos du coeur ou toute autre association caritative, comment ça se passe ? ». Et puis 2017c'est ce que certains appellent un peu à tort l'année blanche…
JOURNALISTE
Oui cette fameuse année blanche, on en entend beaucoup parler.
CHRISTIAN ECKERT
Oui l'année blanche, pourquoi ? Parce qu'en 2017 on paiera nos impôts sur….. On paie déjà nos impôts sur les revenus de 2016, en 2018 on les paiera sur les revenus de 2018, eh bien les revenus de 2017 ils ne rentreront jamais dans l'assiette de l'impôt sur le revenu. C'est une année qu'on va effacer. Ceci dit tous les mois, tous les ans les gens, les Français vont payer des impôts pour ceux qui en payent, et puis l'Etat bien sur recevra une année d'impôt sur le revenu tous les ans.
JOURNALISTE
Cet après-midi à Marseille, vous allez être accueilli par des salariés syndiqués des finances publiques, ils dénoncent eux une privatisation du recouvrement, ils parlent en fait d'un retour en arrière, vous leur répondez quoi ?
CHRISTIAN ECKERT
Que c'est très largement faux puisque d'abord c'est bien la Direction générale des Finances publiques qui reste au centre du dispositif, ça aussi il faudra l'expliquer à tout le monde, c'est-à-dire quand on aura une question, quand on aura peut-être une interrogation, une inquiétude sur ses impôts il faudra se mettre en rapport avec la Direction générale des finances publiques, pas avec son employeur. Celui qui vous verse le revenu, lui il va prélever le prélèvement à la source mais uniquement sur la base d'un taux qui lui sera communiqué par l'administration fiscale …
JOURNALISTE
Ce n'est pas l'entreprise qui prend complètement la main, c'est l'inquiétude aussi de certains salariés…
CHRISTIAN ECKERT
Bien évidemment, il faut les rassurer sur ce point ; d'ailleurs au niveau national je les ai souvent rencontrés ; leur inquiétude est légitime. C'est une véritable révolution dans le recouvrement de l'impôt, mais nous avons tenu à laisser la Direction générale des Finances publiques au centre, au coeur du dispositif. Mais ça nécessitera forcément parfois une adaptation, peut-être accueillir un peu plus le public ; c'est d'ailleurs pour ça que dans les premiers temps on va mettre en place des services d'accueil téléphonique, que l'on a un peu moins réduit les effectifs cette année que les années précédentes. Il faut aussi leur dire ; c'est ça aussi leur inquiétude.
JOURNALISTE
Vous êtes le secrétaire en charge du Budget, la campagne pour la présidentielle prend une drôle de tournure avec notamment cette affaire FILLON. Quel regard est-ce que vous portez sur cette campagne ?
CHRISTIAN ECKERT
Un regard assez écoeuré je dois dire parce qu'avoir un candidat à la présidence de la République qui conteste le comportement des juges et qui encourage d'ailleurs ses amis à le faire, c'est quelque chose qui me semble extrêmement dangereux pour nos intuitions. La justice est indépendante, c'est parfois un avantage pour certains, mais c'est parfois aussi un inconvénient pour celles et ceux qui pourraient penser qu'on peut avoir une influence sur les juges ; donc il faut l'accepter, c'est un principe démocratique fondamental.
JOURNALISTE
Et vous, vous soutenez Benoit HAMON ?
CHRISTIAN ECKERT
Moi je suis socialiste depuis 35 ans, et donc je soutiens le candidat qui est celui de mon parti. Ce n'est pas forcément celui que j'avais choisi lors de primaire mais il faut savoir accepter le choix démocratique qui a été fait lors de cette primaire et je serai parmi les soutiens de Benoit HAMON bien sûr.
JOURNALISTE
Merci beaucoup Christian ECKERT.
CHRISTIAN ECKERT
Merci à vous et bonne journée.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 mars 2017