Interview de M. Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances, avec Public Sénat le 1er mars 2018, sur la politique agricole, l'avenir de l'usine Ford de Blanquefort en Gironde, la croissance économique, le désendettement de la France et sur la réforme de la SNCF.

Texte intégral


CYRIL VIGUIER
Bonjour à tous, rebonjour pour ceux qui étaient avec nous dans cette première partie de la matinale d'infos de Public Sénat avec la presse quotidienne régionale, les Indéradios – 130 radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français – avec les télés locales de France aussi qui nous rediffusent et avec TV5 Monde. C'est la presse quotidienne régionale qui co-interviewera avec nous ce matin Bruno Le MAIRE, le ministre de l'Economie et des Finances, qui se trouve sur ce plateau en direct du Salon de l'agriculture avec nous, merci Bruno Le MAIRE d'être là avant votre visite ce matin sur ce Salon de l'agriculture. Hervé FABRE, de La Voix du Nord, bonjour...
HERVE FAVRE
Bonjour.
CYRIL VIGUIER
Merci d'être avec nous, vous représentez la presse quotidienne régionale ce matin sur ce plateau et Oriane MANCINI...
ORIANE MANCINI
Bonjour Cyril.
CYRIL VIGUIER
La spécialiste politique de Public Sénat, merci Oriane, qui a été là tout ce Salon de l'agriculture. Bruno Le MAIRE vous avez été ministre de l'Agriculture, vous revenez ici en tant que ministre de l'Economie, quels liens avez-vous gardé vous avec ce monde ?
BRUNO LE MAIRE
Des liens très étroits, j'ai été trois ans ministre de l'Agriculture, ça d'abord été un grand honneur pour moi et puis un immense plaisir, donc je garde des liens très réguliers avec les représentants des filières agricoles, avec des paysans, avec des exploitants un peu partout en France qui me disent ce qui va, ce qui va moins bien, leurs difficultés et puis nous regardons ce que nous pouvons faire, on travaille sur la fiscalité agricole avec Stéphane TRAVERT. Donc, je reste pleinement mobilisé pour le monde rural, pour le monde agricole.
CYRIL VIGUIER
Ils ont un ami à Bercy ?
BRUNO LE MAIRE
Ils ont un grand ami, un grand soutien et ils savent que tout ce que je pourrais faire pour améliorer la situation des exploitants agricoles français je le ferai.
CYRIL VIGUIER
Justement, Oriane MANCINI.
ORIANE MANCINI
Vous qui êtes un ami et un soutien des agriculteurs, Bruno Le MAIRE, est-ce que vous avez donné des conseils au chef de l'Etat pour rassurer ces agriculteurs ?
BRUNO LE MAIRE
On ne donne pas de conseil au chef de l'Etat ! Mais je fais des propositions, j'ai fait cette proposition sur la fiscalité agricole, je pense qu'il y beaucoup de choses qu'on peut simplifier dans la fiscalité agricole : il y a les questions de catastrophes naturelles, de système assuranciel, de DPI et de DPI, enfin tous ces sujets qui touchent directement les agriculteurs, c'est trop compliqué cette fiscalité, c'est trop lourd aussi, je pense qu'on peut avec Stéphane TRAVERT faire de belles propositions pour le prochain projet loi de finance.
HERVE FAVRE
Bruno Le MAIRE, je reviens à Emmanuel MACRON qui a quand même passé beaucoup de temps dans les allées du salon et on a entendu après Laurent WAUQUIEZ dire en fait : « le président ne comprend rien au monde agricole, il le méprise », cette théorie Emmanuel MACRON l'homme des villes qui ne comprend pas la ruralité qu'est-ce que vous avez envie de répondre ?
BRUNO LE MAIRE
J'ai envie de répondre bullshit, comme dirait la personne que vous avez citée, c'est une contrevérité totale...
ORIANE MANCINI
Pour reprendre l'expression employée par Laurent WAUQUIEZ.
BRUNO LE MAIRE
Nous aimons la ruralité dans ce gouvernement, nous aimons les paysans - moi le premier - le président de la République il est totalement mobilisé pour offrir de nouvelles perspectives aux agriculteurs, simplement ce n'est pas en regardant dans le rétroviseur qu'on va aider les paysans, ce n‘est pas en insultant le président de la République ou le gouvernement qu'on va aider les paysans, c'est en offrant des perspectives, et c'est ce que nous faisons. C'est quoi l'avenir de l'agriculture française ? C'est des produits de qualité, c'est des exploitants plus compétitives, c'est l'exportation de nos produits, c'est la structuration de nos filières, c'est ça qui donnera des bons prix aux paysans. Qu'est-ce qu'il veut un producteur de lait dans votre région du Nord ? Un bon prix ! Qu'est-ce que veut un producteur de bovins dans le Limousin ? Un bon prix ! Qualité, compétitivité, exportation.
HERVE FAVRE
Alors, puisque vous parlez des prix, j'ai quelques années de métier si je puis dire et ça fait des années donc que j'entends dire : « les agriculteurs ne vivent pas de leur travail, la grande distribution ne joue pas le jeu », quand est-ce qu'on arrivera à un équilibre dans les relations entre la grande distribution et les agriculteurs ?
BRUNO LE MAIRE
Les Etats généraux de l'alimentation ils sont là pour ça et il y a dans ces Etats généraux de l'alimentation un point auquel j'attache beaucoup d'importance qui est le respect des négociations commerciales, que les distributeurs respectent les producteurs - et je peux vous garantir que je suis comme ministre de l'Economie totalement déterminé à faire respecter ces nouvelles règles commerciales - les règles sont faites pour être respectées et personne, aucun distributeur aussi important soit-il ne pourra contourner ces règles, je ne tolèrerai aucune fraude, aucun contournement, aucune entente entre les uns et les autres, les règles commerciales seront respectées et, s'il faut...
ORIANE MANCINI
Pour vous, les distributeurs ne jouent pas le jeu aujourd'hui ?
BRUNO LE MAIRE
Il y a des distributeurs qui ne jouent pas le jeu !
ORIANE MANCINI
Lesquels ?
RUNO LE MAIRE
Et donc, s'il faut des enquêtes, s'il faut des procès-verbaux, je demanderai à la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes de faire le nécessaire, nous sommes là pour protéger....
CYRIL VIGUIER
Mais vous avez suffisamment de personnels...
BRUNO LE MAIRE
Nous sommes là, Cyril VIGUIER, pour protéger...
CYRIL VIGUIER
Suffisamment de fonctionnaires pour ça...
BRUNO LE MAIRE
Bien sûr.
CYRIL VIGUIER
Dans l'affaire de LACTALIS on a vu qu'il y avait eu des problématiques parce qu'il n'y avait pas assez de gens pour aller contrôler ça ?
BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr, Cyril VIGUIER, qu'il y a assez de personnels pour faire ce travail-là - ils le font d'ailleurs de manière remarquable – depuis le 1er janvier la DGCCRF a fait 265 contrôles sur un certain nombre de grands distributeurs pour faire respecter ces règles commerciales. Le rôle de l'Etat c'est de défendre ceux qui dans une négociation sont les plus faibles, les plus fragiles, c'est de veiller au respect des règles sur lesquelles chacun s'est attendu, les grands distributeurs ont pris des engagements et ils doivent les tenir et les respecter.
ORIANE MANCINI
Justement vous parliez de la DGCCRF, des perquisitions ont été menées hier et avant-hier par la DGCCRF – la Direction Générale de la Concurrence et de la Répression des Fraudes – qui relève de votre ministère, perquisitions menées au siège des centres LECLERC dans le cadre des négociations annuelles entre les industriels et les distributeurs, comment vous les justifiez ces perquisitions Bruno Le MAIRE ?
BRUNO LE MAIRE
Nous les justifions par des éléments que nous avons recueillis qui montrent qu'il pourrait, je dis bien il pourrait – j'emploie le conditionnel, ensuite ce sera à la justice de trancher – y avoir de la part de ce grand distribution le non respect des règles commerciales qui s'applique à tous sans exception, quand une autre grande enseigne refuse de respecter les règles du seuil de revente à perte sur le Nutella eh bien nous faisons respecter ces règles, c'est notre rôle. Parce que si on ne fait pas respecter ces règles, c'est toujours les plus fragiles, c'est toujours les plus faibles, c'est tous ceux qui sont en position de faiblesse dans la négociation sur le prix qui se font étrangler par les grands distributeurs, je ne laisserai pas faire ça, que chacun comprenne bien que ces règles l'Etat les fera respecter.
ORIANE MANCINI
Et quand LECLERC dit que ces perquisitions sont dues au fait que la période est aux annonces politiques, qu'est-ce que vous leur répondez ?
BRUNO LE MAIRE
Je trouve la réponse de LECLERC décevante, il sait parfaitement cette enseigne comme les autres qu'ils ont pris des engagements et que si nous prenons la décision de faire des enquêtes, ensuite de faire des perquisitions, c'est que nous avons des éléments qui prouvent selon nous que ces règles ne sont pas respectées ; ensuite tous ces procès-verbaux seront transmis à la justice et c'est la justice qui tranchera et on verra qui de la grande distribution ou de l'Etat a raison en la matière.
HERVE FAVRE
A propos de consommation, Emmanuel MACRON a souligné dans son dialogue avec un agriculteur que 70 % de la viande bovine qu'on consommait dans les restaurants notamment venaient de l'extérieur, comment vous expliquez que la France – grand pays exportateur – il faille acheter de la viande étrangère dans les restaurants ?
BRUNO LE MAIRE FABRE
Ca si on peut faire plus, notamment en matière d'étiquetage, que ce soit dans les restaurants ou ailleurs pour que la viande française soit davantage valorisée, moi je ne peux y être que favorable. Simplement nous vivons dans un monde ouvert et ce que je voudrais faire comprendre c'est que c'est l'intérêt des agriculteurs et des paysans français d'être dans un monde ouvert qui leur permet d'exporter leurs produits et de tirer le prix vers le haut, je ne connais aucune autre alternative pour l‘agriculture française que sa capacité à faire des produits de qualité qu'ils exportent et qui donnent un bon prix.
HERVE FAVRE
Mais si vous leur parlez du Mercosur par exemple ou de l'accord avec le Canada, ils sont très inquiets, donc comment les rassurer ?
BRUNO LE MAIRE
Mais je comprends les inquiétudes et les rassurer c'est leur dire que nous avons des garanties, des garanties sur le volume, des garanties sur la qualité de production, il est évident que la première chose qu'il faut garantir à un éleveur qui se trouve en Saône-et-Loire c'est de lui dire : « vous vous donnez du mal pour respecter le bien-être animal, pour ne pas mettre d'antibiotiques dans la production de vos produits, pas d'hormones », il faut que les règles soient les mêmes pour les produits qui sont importés, c'est ça qui est essentiel : la réciprocité commerciale.
ORIANE MANCINI
Justement on va parler de ces négociations avec le Mercosur qui pourraient permettre l'importation en Europe de 70.000 tonnes de viande bovine sud-américaine par an, selon vous à quelles conditions doit-on signer ce traité ?
BRUNO LE MAIRE
A condition que les règles soient les mêmes pour tous, c'est ça pour moi la véritable ligne rouge, garantir à nos producteurs que les efforts qu'ils font pour la qualité de production, pour le bien-être animal, pour l'absence d'hormones dans la viande qui est consommée par les consommateurs français, ces règles s'appliquent aussi aux produits que nous importons, ce qui suppose plus de contrôles...
ORIANE MANCINI
Mais comment vous pouvez le garantir, Bruno Le MAIRE ?
BRUNO LE MAIRE
Eh bien ce qui suppose plus de contrôles sur les produits, plus de contrôles aux frontières, c'est ces garanties-là que nous voulons donner. Le commerce il ne peut fonctionner que s'il est établi sur des bases et des règles de réciprocité strictes entre les continents sud-américain et européen.
CYRIL VIGUIER
Et plus de coopération dans l'Union européenne aussi ou pas ?
BRUNO LE MAIRE
Plus de coopération oui et puis sans doute plus de détermination, plus de...
CYRIL VIGUIER
Est-ce qu'elle est un allié de la France l'Union européenne, Bruno Le MAIRE ?
BRUNO LE MAIRE
Plus de détermination de l'Union européenne à faire respecter ses propres règles et ses propres valeurs.
HERVE FAVRE
Mais j'entendais hier Marine LE PEN dire : « mais on vous trompe, ces viandes seront contrôlées au départ mais elles ne seront pas contrôlées à l'arrivée en Europe », c'est une fake news ?
BRUNO LE MAIRE
Mais on ne trompe personne, elles seront contrôlées ; et je voudrais dire à Marine LE PEN, à tous ceux qui veulent fermer les frontières, à tous ceux qui se font désormais les héros du protectionnisme qu'ils conduisent la France droit à sa perte et l'agriculture française droit à sa ruine, parce que vous allez expliquer aux agriculteurs français que désormais nous allons fermer nos frontières et plus exporter, vous allez expliquer à tous nos producteurs de lait que désormais ils ne pourront plus exporter leurs produits, vous allez expliquer aux producteurs de blé, à tous les céréaliers que désormais nous allons fermer nos frontières et nous ne pourrons plus exporter, parce qu'il faut pas être naïf à partir du moment où vous défendez le protectionnisme n'attendez pas de nos partenaires commerciaux qu'ils laissent leurs marchés ouverts - c'est donnant donnant - si nous voulons que la France soit puissante, exporte ses produits et donc rémunère mieux ses paysans, il faut qu'elle s'insère dans le monde plutôt que de le refuser.
ORIANE MANCINI
Bruno Le MAIRE vous avez parlé au début de cette émission de fiscalité agricole, 1 agriculteur sur 3 touche moins de 350 euros par mois, les agriculteurs ont des revenus fluctuants selon les aléas, qu'est-ce que vous pouvez faire pour garantir un revenu stable aux agriculteurs ?
BRUNO LE MAIRE
La fiscalité peut être justement un moyen, on peut étudier une fiscalité différente de ces exploitations agricoles qui donnent plus de prévisibilité et plus de stabilité aux agriculteurs, c'est ce sur quoi ne travaillons avec Stéphane TRAVERT, une fiscalité plus adaptée au monde agricole, des capacités aussi assurantielles qui soient beaucoup plus performantes que ceux qui existent aujourd'hui, parce que la grêle, le gel, la pluie... tout ça, la sécheresse, peut détruire le travail d'une année entière pour un paysan, j'estime qu'ils ne sont pas encore suffisamment couverts, suffisamment protégés contre cela, c'est un autre volet sur lequel nous devons travailler.
ORIANE MANCINI
Mais quelles sont vos pistes ? Est-ce que par exemple il faudrait défiscaliser les revenus des agriculteurs les années fastes, ça c'est une piste qui est étudiée ou pas ?
BRUNO LE MAIRE
On a mis toutes les options sur la table, toutes celles qui permettent par exemple de tenir compte davantage des aléas du revenu agricole - c'est vrai que pour faire une très bonne année, avoir de très bons revenus, moins une autre année (phon), on peut étudier cela, toutes les pistes sont sur la table.
HERVE FAVRE
Est-ce qu'il n'y a pas un problème, justement les agriculteurs on les entend beaucoup quand ça va mal et très peu quand ça va bien, donc est-ce que finalement une bonne année n'équilibre pas le reste des années moins fastes ?
BRUNO LE MAIRE
Ce qui est très juste c'est que j'ai parfois le sentiment que les paysans français on s'en occupe une fois dans l'année - la semaine du Salon de l'agriculture - et que depuis des décennies, une fois par an, on se dit : « Tiens ! Il y a des paysans en France », moi les paysans j'y pense tous les jours Hervé FAVRE, tous les jours je me : « dis qu'est-ce qui peut être fait pour avancer dans cette direction qui est la seule possible pour l'agriculture française ? Des produits de qualité, des exploitations plus compétitives, des coûts de production qui soient plus réduits, une structuration des filières pour exporter nos produits qui sont probablement parmi les meilleurs produits au monde et, donc, faire monter les prix en France. C'est un combat de tous les jours le combat pour l'agriculture française, ce n'est pas un combat une fois par an.
CYRIL VIGUIER
C'est Bruno Le MAIRE, le ministre de l'Economie et des Finances, qui est notre invité politique ce matin en direct au Salon de l'agriculture. Vous avez parlé comme un ministre de l'Agriculture là ce matin Bruno Le MAIRE, qui était votre ancienne fonction quand vous étiez ministre de Nicolas SARKOZY ?
BRUNO LE MAIRE
Quand on l'a été une fois, on le reste à vie je pense.
CYRIL VIGUIER
Voilà ! On va passer maintenant aux questions d'actualité, vous savez le constructeur américain FORD renonce à fabriquer sa nouvelle boîte automatique, c'est 900 emplois qui sont en question à l'usine FORD de Blanquefort en Gironde, hier Bruno Le MAIRE vous avez regretté la décision de FORD, du groupe américain, vous avez ajouté auprès de Jefferson DESPORT du journal Sud-ouest : « je suis pleinement mobilisé pour les salariés je recevrai leurs représentants au ministère », ce que vous ferez je crois demain matin. Quand on sait que le principal problème c'est un problème de coût, notamment par rapport à ce qui se fait aux Etats-Unis, qu'est-ce que concrètement vous pouvez faire pour tenter de sauver ces emplois ? Je rappelle que cette usine a reçu des aides publiques ces cinq dernières années.
BRUNO LE MAIRE
D'abord moi je regrette cette décision et je l'ai dit au président de FORD ! Je la regrette parce qu'il y a eu des aides pendant plusieurs années de l'Etat, de la Région ; je la regrette parce que j'estime que les ouvriers, les salariés de FORD à Blanquefort ont fait un travail tout à fait remarquable et qu'ils avaient toutes les compétences pour faire cette nouvelle boîte de vitesses 8F qui aurait permis de donner plus de perspectives au site de Blanquefort. Maintenant la décision est prise, j'ai obtenu du président de FORD que l'activité soit maintenue jusqu'à la fin de l'année 2019, ce qui nous donne du temps devant nous et de la sérénité pour trouver des alternatives, soit une nouvelle production de FORD sur un autre secteur avec un autre produit, soit un autre industriel qui viendrait installer sa production sur le site de Blanquefort en Gironde, à Bordeaux. Demain je réunirai tous les élus locaux, un certain nombre de salariés - Alain JUPPE participera à cette réunion...
CYRIL VIGUIER
Il est intervenu hier d'ailleurs !
BRUNO LE MAIRE
Il est intervenu !
CYRIL VIGUIER
En tant que président de la métropole.
BRUNO LE MAIRE
Et nous travaillons main dans la main avec Alain JUPPE, avec Alain ROUSSE - le président de la Région - pour trouver des solutions. Je vais me battre, je n'ai pas l'habitude de baisser les bras, il y a 1.000 emplois qui sont en jeu, c'est un beau site industriel, il y a des perspectives, et donc l'engagement que je prends c'est que je mettrai toute l'énergie nécessaire pour donner des vraies perspectives de long terme au site de Blanquefort en Gironde. Est-ce que ce sera avec FORD ? Est-ce que ce sera avec quelqu'un d'autre ? Je ne peux pas le dire ! Nous avons plus d'un an devant nous pour trouver des solutions, il faut que tous ensemble on se mette autour de la table, on trouve des solutions et on rassure les salariés.
ORIANE MANCINI
On entend bien votre détermination, Bruno Le MAIRE, mais quelles sont vos marges de manoeuvre ?
BRUNO LE MAIRE
Les marges de manoeuvre c'est toute la politique que nous menons, quand vous baisser les coûts de production, quand vous baissez les charges, lorsque nous allons transformer le Crédit Impôt Compétitivité en allégement de charges définitif, quand on baisse l'impôt sur les sociétés de 33,3 à 25 %, ça permet d'être plus attractif et de dire à des industriels français ou étrangers : « mais venez vous installer ici, c'est en France qu'il faut être, c'est désormais l'un des pays européens les plus attractifs du point de vue de la compétitivité et de la fiscalité », donc ça nous donne des arguments pour faire venir des industriels sur le site de Bordeaux et sur d'autres sites français.
HERVE FAVRE
En même temps l'exemple de FORD à Blanquefort est un peu un contre-exemple justement, parce qu'on dit que la France est devenue à nouveau accueillante pour les investissements - y compris industriels – et, là, on a un grand industriel américain qui s'en va...
BRUNO LE MAIRE
Oui, mais je sais que vous êtes...
BRUNO FAVRE
C'est un peu scandaleux ?
BRUNO LE MAIRE
Je sais que vous représentez un grand titre du Nord, mais si vous étiez journaliste à Sud-ouest vous seriez que c'est un site qui depuis des années et des années a les difficultés, qu'on n'a pas réussi à ré-embrayer une production. Vous pourriez citer l'annonce qui a été faite par DISNEY de créer plusieurs milliers d'emplois, plusieurs milliers d'emplois dans la région parisienne justement parce que la France est redevenue attractive ; vous pourriez citer l'exemple de toutes ces banques anglo-saxonnes qui disent : « on va s'installer en France » : vous pourriez rappeler que l'année dernière nous avons créé plus de 245.000 emplois dans le secteur marchand, donc nous sommes dans la bonne direction, mais il y a des endroits en France - c'est vrai à Blanquefort, c'était vrai dans la Creuse avec GMS où il y a des difficultés - mais ceux qui sont les plus en difficulté sont ceux qui méritent le plus d'attention et le plus de soutien des pouvoirs publics.
CYRIL VIGUIER
Pour clôturer ce que vous venez de dire sur le site FORD de Blanquefort, vous disiez : « je parle avec le président de FORD », vous constatez un changement chez ce type de PDG américain justement par rapport au fait qu'Emmanuel MACRON soit devenu président et qu'un gouvernement nouveau soit en France ?
BRUNO LE MAIRE
Oui il y a un changement, il y a très clairement un changement, il y a une attractivité retrouvée, des entreprises qui veulent s'installer. Mais enfin il faut être lucide on ne nous fera aucun cadeau, le monde ne nous fera aucun cadeau, la Chine, les Etats-Unis, les grandes puissances commerciales ne nous ferons aucun cadeau, il faut être fort, et tout le travail que nous essayons de faire avec le président de la République et avec le Premier ministre c'est rendre l'économie française, nos entreprises, nos salariés plus forts, avec plus de qualification et de formation pour les salariés, plus de compétitivité pour les entreprises, tout un environnement fiscal plus attractif pour les entreprises, il faut être fort dans un monde qui malheureusement ne fait pas de cadeau.
ORIANE MANCINI
Bruno Le MAIRE, pour la première fois depuis six ans la croissance a atteint la barre symbolique des 2 % en 2017 grâce à un premier trimestre plus dynamique que prévu, est-ce que les socialistes ont raison de dire : « merci François HOLLANDE » ?
BRUNO LE MAIRE
Je me demande combien de temps ils vont encore dire ça, à mon avis dans trois ans, cinq ans, 10 ans, dès qu'il aura une bonne nouvelle en France ils diront : « merci François HOLLANDE ». Moi je dis merci les Français, parce que je pense que cette croissance c'est d'abord le produit du travail des Français, merci les Français pour votre compétence, pour votre engagement, pour votre sens du travail, parce que c'est à eux qu'on doit cette croissance ; et je leur dis également que je sais parfaitement qu'ils trouvent que les choses ne vont pas assez vite et qu'à la fin du mois pour beaucoup de Français ça reste très difficile et qu'ils ne voient pas encore toutes les conséquences positives de cette croissance à 2 %, mais quand toutes nos mesures auront pris leur plein effet, quand la baisse des charges sur les salaires prendra son plein effet à la fin de l'année, quand la taxe d'habitation sera définitivement supprimée, quand nous aurons ensuite relancer l'intéressement et la participation - c'est des mesures que j'annoncerai d'ici quelques jours – là chaque Français pourra voir que le travail paie.
ORIANE MANCINI
Puisque vous dites : « merci les Français », qu'est-ce que vous allez faire de cette croissance, est-ce qu'ils vont en bénéficier, est-ce que il y aura davantage de baisses d'impôts ?
BRUNO LE MAIRE
Il y aura une rémunération meilleure du travail. C'est la ligne constante que j'ai toujours défendue, que le président de la République a toujours défendue : le travail doit payer. Moi, je ne vous dis pas que je vais redistribuer à tout va parce que ça, c'est la politique qu'on fait depuis vingt ou trente ans. Dès qu'il y a une légère amélioration, immédiatement on redistribue. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire plus de dépenses publiques et, au bout du compte, plus d'impôts. Je ne dis pas que nous allons plus redistribuer, je dis que nous allons plus aider encore ceux qui travaillent à avoir une meilleure rémunération à la fin du mois. C'est la baisse des charges, c'est l'intéressement à la participation et c'est, dès que ce sera possible, les exonérations de charges sur les heures sup pour que tout salarié, tout ouvrier, tout employés qui travaille plus, qui fait des heures supplémentaires gagne davantage à la fin du mois.
ORIANE MANCINI
Et accélérer le désendettement aussi ?
BRUNO LE MAIRE
Et accélérer le désendettement, bien entendu. Mais vous voyez bien que tout cela est incompatible avec cette idée que, dès qu'il y a un petit rayon de soleil, immédiatement on ouvre tout grand les caisses de l'Etat. Ça, c'est irresponsable et au bout du compte ça ne rend pas service aux Français.
HERVE FAVRE
Bruno LE MAIRE, est-ce que le ministre de l'Economie que vous êtes, qui avez à gérer une dette de plus de deux mille milliards, est inquiet de l'évolution sur les places financières ? Il y a eu récemment un coup de chaud important, une crainte de la reprise de la hausse des taux d'intérêt. Est-ce qu'il faut redouter un nouveau krach comme on en a parlé il y a quelque temps ?
BRUNO LE MAIRE
Il y a des fragilités que nous connaissons. Il y a eu une correction boursière sévère. Moi, je vais vous dire le fond de mon sentiment : je pense qu'elle est bienvenue. Parce qu'à un moment donné, si les actions sont trop hautes, si les actifs sont trop hauts, on est dans la spéculation plus que dans l'économie. Donc c'est bien que le marché corrige les choses.
HERVE FAVRE
Il y a des bulles aujourd'hui ?
BRUNO LE MAIRE
Il y a sur un certain nombre d'actifs, sur un certain nombre d'actions, des bulles qui méritent les corrections que nous voyons aujourd'hui. Ensuite, il y a une réalité. C'est que les taux d'intérêts augmenteront d'ici la fin de l'année et que la responsabilité d'un ministre des Finances, c'est d'anticiper cette hausse des taux d'intérêt en accélérant le désendettement du pays. Le désendettement, c'est baisser la dépense publique, c'est relancer la croissance et c'est d'utiliser toutes les marges de manoeuvre qui sont nécessaires et disponibles pour baisser toujours plus la dette française.
CYRIL VIGUIER
Oriane MANCINI, la SNCF.
ORIANE MANCINI
Oui, dernière question puisqu'Edouard PHILIPPE a annoncé le calendrier et la méthode de la réforme ferroviaire. Est-ce que, selon vous Bruno LE MAIRE, l'Etat doit reprendre la dette de la SNCF et à quelle hauteur ?
BRUNO LE MAIRE
L'Etat traitera la question de la dette de la SNCF le moment venu. Le moment venu, c'est quand ? C'est une fois que la SNCF aura retrouvé sa compétitivité, une fois que nous aurons réglé un certain nombre de difficultés, une fois que nous aurons apporté une réponse à la question du statut des cheminots. Le Premier ministre a été très clair sur le sujet : pour les nouvelles personnes qui rentrent à la SNCF, nous ne reprendrons pas un statut qui pénalise, au bout du compte, la compétitivité de l'entreprise. Moi, j'aime le service public de la SNCF. Je suis profondément attaché aux métiers ferroviaires, au transport par train, au travail aussi que font les cheminots français. Donc ça suppose qu'au bout du compte, une fois que la réforme sera passée, nous puissions regarder le traitement de la dette de la SNCF.
CYRIL VIGUIER
Bruno LE MAIRE, la mise en cause de Gérald DARMANIN ces dernières semaines, le ministre des Comptes publics, est-ce qu'il affecte le fonctionnement de Bercy ? On sait qu'il faut du temps pour se défendre, du temps pour voir ses avocats, du temps pour répliquer aux médias. Est-ce que vous constatez une problématique de ce type à Bercy depuis qu'il est mis en cause ?
BRUNO LE MAIRE
Non. Très franchement aucune. J'ai toujours bien travaillé avec Gérald DARMANIN, je continue à travailler très bien avec lui sur tous les sujets que nous avons en commun ; nous en avons beaucoup. La réduction du nombre de personnes dans les services publics, la possibilité de réduire le déficit, la dépense publique, la dette. Nous travaillons très bien ensemble et nous continuerons à très bien travailler ensemble.
CYRIL VIGUIER
Merci Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et des Finances, d'être venu sur le plateau de Territoires d'infos en direct du Salon de l'agriculture.
BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.
CYRIL VIGUIER
Bonne visite ce matin au salon, à bientôt.
BRUNO LE MAIRE
Merci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 mars 2018