Texte intégral
Monsieur le ministre, Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Permettez-moi tout d'abord de vous souhaiter la bienvenue en France pour cette XIVème Commission mixte franco-chinoise.
Celle-ci se tient à un moment historique : la Chine est en effet à la veille - et c'est une question de jours - d'adhérer à l'Organisation mondiale du commerce après une " longue marche " de négociation pour reprendre les propos de M. Long Yongtu, votre négociateur, qui aura duré pas moins de 15 années. Toutefois, nous sommes tous ici conscients que le chemin est encore long : les engagements pris dans le protocole d'accession devront être respectés. Nous reviendrons sur cette question importante au cours de nos travaux, notamment lorsque nous aborderons le secteur des services.
Je me réjouis de voir que votre pays pourra enfin prendre toute sa place dans les échanges mondiaux et les grandes négociations commerciales multilatérales. L'accession de la Chine à l'OMC va également consacrer la dimension universelle de l'OMC et donc conforter son rôle indispensable pour réguler la mondialisation. Vous connaissez le prix que la France attache à la mise en place d' " une mondialisation régulée ", c'est-à-dire à la préservation d'un juste équilibre entre l'ouverture des marchés et les demandes sociales, par exemple dans les domaines de l'environnement, de l'éducation et de la diversité culturelle. Je souhaite que nous puissions agir ensemble, pour que la mondialisation soit réellement synonyme de progrès partagé pour tous les peuples.
Je voudrais que cette commission mixte soit ainsi l'occasion d'un dialogue approfondi dans trois domaines essentiels de notre coopération :
1. Tout d'abord, il convient de renforcer notre approche concertée sur les grandes questions économiques internationales
Sur le plan financier, la Chine a démontré la stabilité de sa monnaie depuis la crise asiatique, et sa volonté de contribuer à la stabilité financière de la région à travers l'initiative de Chiang Mai. Le système financier international est en pleine recomposition avec le passage effectif et concret des pays européens à l'euro. Nous saluons d'ailleurs la décision de la Chine d'émettre au printemps dernier son premier emprunt en euros sur le marché européen par l'intermédiaire de banques européennes.
Sur le plan commercial, je suis convaincu que l'accession de la Chine à l'OMC, auquel la France a toujours apporté un soutien sans faille, se traduira par un renforcement du commerce mondial grâce à l'application de règles du jeu communes. D'ores et déjà, votre pays représente 3,5% des exportations mondiales, et je ne doute pas de votre participation pleine et entière au prochain cycle de négociations multilatérales, si la prochaine ministérielle en décide le lancement.
Enfin, l'ouverture de nouveaux secteurs de l'économie chinoise aux investissements étrangers renforcera encore la place de la Chine, premier pays d'accueil des investissements étrangers en Asie. Les investissements étrangers ont soutenu et continuent à soutenir durablement la croissance chinoise ; c'est pourquoi il est essentiel que les conditions d'activité des entreprises étrangères puissent être facilitées.
2. L'évolution de votre économie est le deuxième sujet d'intérêt commun
Monsieur le ministre, je serai heureux de vous écouter dessiner les perspectives de la croissance chinoise.
Lorsqu'un pays fait le choix d'une intégration économique plus grande avec ses partenaires, il devient plus sensible aux évolutions de la conjoncture internationale. Dans ce contexte, nous savons que le ralentissement de l'économie américaine ne sera pas sans conséquence sur les économies française et chinoise.
J'évoquerai les perspectives de l'économie française.
La croissance de l'économie française s'est élevée à 3,2% en 2000, comme en 1999. Vous savez que des incertitudes pèsent sur la croissance mondiale à la suite des événements tragiques survenus le 11 septembre aux Etats-Unis. L'atterrissage de l'économie américaine devrait freiner les exportations françaises. Mais, dans le même temps, les prix du pétrole ont amorcé un léger repli et les conditions monétaires et financières se sont détendues.
Dans un tel contexte, la demande intérieure française devrait préserver sa trajectoire de croissance. Le gouvernement français a pris des mesures, telles que des baisses d'impôt importantes, pour soutenir le pouvoir d'achat des ménages et les créations d'emplois. L'investissement devrait bénéficier des conditions financières et d'un effort de rattrapage dans les nouvelles technologies.
Au total, la croissance se situerait autour de 2,3% en 2001 et de 2,5% en 2002. Elle serait même la plus forte des pays du G7 sur l'ensemble de la période.
3. Notre troisième sujet, et c'est naturellement l'objet principal de votre visite et de cette commission mixte, est de rechercher ensemble les moyens de renforcer notre coopération bilatérale
Plusieurs visites de très haut niveau ont permis de souligner l'importance que nos deux pays attachent chacun à la coopération économique franco-chinoise. Nous avons notamment reçu au printemps M. Wu Bangguo, vice-premier ministre chargé des affaires industrielles de la République populaire de Chine, et M. Xiang Huaicheng, ministre des finances. En novembre, le ministre français de l'économie, des finances et de l'industrie, M. Laurent Fabius, effectuera une visite officielle en Chine. Je me rendrai moi-même à Pékin les 20 et 21 novembre prochains pour inaugurer la grande exposition France-Chine 2001 avec je l'espère votre Ministre M. Shi Guangsheng.
Au-delà des contacts politiques, la France entretient des relations économiques fortes avec la Chine :
- En premier lieu, les échanges commerciaux.
Nos échanges ont beaucoup progressé à partir de 1997 et représentent aujourd'hui plus de 13 milliards d'euros.
Les exportations françaises sont en très légère progression depuis 1997, mais en progression soutenue si l'on exclut les échanges aéronautiques. Elles ont progressé rapidement au premier semestre 2001 ; toutefois, cette hausse n'a pas empêché l'effritement de notre part de marché, que nous déplorons, laquelle est passée de 2,3% en 1997 à 1,7% pour le premier semestre 2001. Nous espérons que les engagements pris par la Chine dans le cadre de son accession à l'OMC permettront aux exportations françaises de croître dans des secteurs où le marché chinois était jusqu'à présent insuffisamment ouvert et où l'offre française est particulièrement compétitive, comme les vins et spiritueux, les cosmétiques, les biens de consommation.
Les importations françaises ont considérablement augmenté. En 2000, elles ont connu une hausse de 36%. La Chine est aujourd'hui le 9ème fournisseur de la France. Nous contribuons ainsi depuis plusieurs années à l'excédent de la balance commerciale de la Chine. Mais le déficit que nous avons vis-à-vis de la Chine est très important : c'est notre premier déficit mondial. Pour éviter qu'il ne devienne structurel à moyen terme, nous devons rechercher les moyens de développer la présence française en Chine.
- Renforcer et développer les investissements français en Chine est notre deuxième objectif.
Ils ont beaucoup progressé depuis 1995, et le flux annuel est supérieur à 150 millions d'euros. La France est le troisième investisseur européen. Depuis 1994, le nombre des filiales d'entreprises françaises en Chine a été multiplié par 4 et est aujourd'hui supérieur à 800 implantations. Je peux vous assurer que les grands groupes français sont décidés à consolider et accroître leurs implantations en Chine et que des petites et moyennes entreprises cherchent à s'établir. Je me félicite en particulier de l'ouverture d'une trentaine de magasins Carrefour en Chine, comme de l'implantation d'industriels, tel Peugeot, qui ont entraîné dans leurs sillages nombre d'équipementiers et fournisseurs.
Mais pour se multiplier, ces partenariats économiques doivent aujourd'hui se nourrir de liens culturels et linguistiques renforcés. A cet égard, je me réjouis du déplacement très fructueux de mon collègue Jean-Luc Mélenchon, ministre de l'enseignement professionnel, à Pékin en juin dernier. En compagnie de son homologue, M. Zhang Xinsheng, tous deux ont souligné la priorité accordée par nos deux pays à la coopération dans le domaine éducatif. Leur déclaration conjointe du 14 juin insiste notamment sur la volonté partagée de développer les centres franco-chinois de formation professionnelle. A l'évidence, cela ne peut qu'encourager les entreprises françaises à franchir le pas et à venir travailler en Chine.
Pour renforcer cette dynamique, il est essentiel que la politique chinoise soit plus ouverte et plus claire et qu'elle assure aux entreprises des conditions de travail plus stables. En particulier, le développement de la contrefaçon inquiète nos entreprises. Ces points essentiels seront développés au cours de cette commission mixte.
- Notre troisième priorité est de relancer notre coopération dans les secteurs privilégiés du développement de la Chine.
Je serais intéressé de pouvoir vous écouter exposer vos priorités pour notre coopération bilatérale. Pour notre part, les secteurs prioritaires de notre coopération, définis dans la déclaration commune de 1997, entre le président Jacques Chirac et le président Jiang Zemin, ont connu des fortunes très diverses.
Je souhaite que notre coopération puisse connaître un nouveau souffle à l'issue des grands choix industriels que la Chine s'apprête à arrêter aujourd'hui, notamment dans le domaine de l'énergie nucléaire, du transport ferroviaire à grande vitesse et de l'aéronautique. Il y a aussi d'autres domaines dans lesquels nous faisons beaucoup d'efforts pour nourrir notre coopération : les technologies de l'information et de la communication - j'ouvrirai d'ailleurs lors de mon déplacement à Pékin le comité mixte NTIC - mais aussi l'environnement et les questions agricoles.
- Monsieur le ministre, je terminerai par le quatrième sujet prioritaire de cette rencontre, je veux dire la coopération financière et institutionnelle.
Vous pouvez être assurés que le gouvernement français est disposé à soutenir comme il le fait déjà, des projets de qualité, porteur de technologie et vecteurs de développement en Chine. Le dernier protocole signé en mai de cette année pour la signalisation de la ligne ferroviaire à grande vitesse Qinhuangdao-Shenyang l'atteste. En outre, nous venons d'accepter de financer un projet dans un de vos domaines prioritaires, celui de la santé, qui concerne l'hôpital n°4 de Chongqing.
Mais la coopération du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie va au-delà des simples financements puisqu'elle comporte aussi un volet institutionnel développé par l'ADETEF, ce qui nous a permis d'échanger sur des sujets d'intérêts communs comme la réforme budgétaire chinoise, la modernisation du système fiscal, la restructuration du secteur public. C'est d'ailleurs dans le cadre de cette coopération institutionnelle que M. Xiang Huaicheng a pu approfondir le dossier de la réforme des systèmes de sécurité sociale français et chinois lors de son passage à Paris.
Voici, Mesdames et Messieurs, les quelques pistes de réflexion que je voulais tracer devant vous. Je souhaite que vos travaux soient le plus fructueux possible et permettent à nos deux pays d'approfondir encore une relation précieuse.
Permettez-moi enfin, avant de vous passer la parole, M. le ministre, de féliciter votre équipe nationale de football qui vient de se qualifier brillamment pour la prochaine coupe du monde au printemps prochain.
Je vous remercie.
(Source http://www.commerce-exterieur.gouv.fr, le 3 décembre 2001)