Texte intégral
R. Elkrief Vous avez regardé comme nous TF1 hier soir et L. Jospin ; comment l'avez-vous trouvé ?
- "Je l'ai connu en meilleure forme pour être très franc. Quand le patron arrive à la rentrée dans les entreprises, on regarde un peu comment il est et ce qu'il dit. Je l'ai trouvé franchement assez tendu et ne donnant pas réellement confiance, il était sur la défensive, cela s'est senti. Nous, les chefs d'entreprise, nous avons avant tout regretté que le mot "dialogue social", le mot "rénovation sociale" n'aient pas été prononcés, que le mot "syndicat" n'ait pas été prononcé. On a en revanche beaucoup parler d'Attac et donc, on a eu le sentiment qu'il oblitérait complètement notre énorme effort pour essayer de pousser notre société vers la refondation sociale et la réussite par cette voie."
On va parler quand même des 35 heures, vous devez peut-être crier victoire là-dessus, mais avant un mot sur la conjoncture ; est-ce que vous partagez ses prévisions de 2,3-2,5 % de croissance ?
- "Je ne partage pas les grandes prévisions du gouvernement puisqu'on nous a raconté qu'on allait avoir une année 2001 à 3,3 % de croissance et puis on gère, mois après mois, la déception. Nous avons dit, quant à nous, en mai 2000 que l'année 2001 serait une année de répercussion sur l'économie française du ralentissement américain. Nous avons chiffré la croissance à 2,5 % et nous avons dès le départ trouvé que toutes ces prévisions étaient beaucoup trop optimistes."
Et aujourd'hui ?
- "Aujourd'hui, il y a du réalisme, on se rallie à cette vision. Nous sommes actuellement plutôt sur une croissance de 1,5 % puisque c'est la moyenne"
1,5 % ?
- "C'est la moyenne entre un début d'année à 3 % et ce que nous faisons actuellement qui conduira à 2,5%. C'est beaucoup plus préoccupant qu'on ne croit et nous avons beaucoup de regrets sur le fait que les pouvoirs publics, le gouvernement, n'aient pas fait la première chose qui s'imposait, c'est-à-dire réduire la dépense publique de façon à faire en sorte qu'il n'y ait pas l'apparition des déficits et forcément de nouvelles ponctions tant qu'à faire."
L. Jospin a réaffirmé qu'il poursuivait sa politique de baisse d'impôts et qu'il ne laisserait pas "filer le déficit", c'est l'expression consacrée. Vous pouvez être rassuré.
- "Il devrait donc y avoir réduction de la dépense publique. Or, je n'ai pas l'impression que le budget 2002 s'oriente dans cette voie-là. On verra comment cette équation très politique se résoudra."
Vous n'êtes par contre la création des postes d'infirmières ?
- "Pas du tout ! Mais c'est la Sécurité Sociale qui les paie, c'est-à-dire en fait les cotisations de la Sécurité Sociale. Vous savez que l'hôpital public est géré par l'Etat mais qu'il est financé par les ressources de la Sécurité Sociale. Or, quelle consultation y a t-il eu des partenaires sociaux et de quiconque sur cette décision ? C'est là aussi une décision d'Etat ; où est le dialogue ?"
Parlons des 35 heures, vous avez demandé depuis des années l'assouplissement ou la suppression de cette loi. L. Jospin annonce qu'elle sera assouplie pour les PME ; vous criez victoire ?
- "Nous avons, depuis trois ans, indiqué que l'affaire des 35 heures n'avait pas de sens dans les petites entreprises. Il y en a plus de 1 150 000 en France et actuellement, comme vous le savez, les 35 heures ne sont appliquées que dans environ 50 à 6 .000 entreprises. Il y en a 1 150 000 qui ne l'ont pas fait."
Mais les 35 heures concernent déjà la moitié des salariés français.
- "L'application des 35 heures touche la moitié des salariés français parce que les grandes entreprises ont beaucoup de salariés. C'est un énorme problème. On nous donne aujourd'hui un début de réponse mais on n'a rien dit de précis. C'est une question que nous avons posée à M. Aubry il y a trois ans."
On peut s'attendre à une augmentation des heures supplémentaires.
- "Par décret. J'ai entendu madame Notat il y a un instant, je suis à 100% d'accord : nous voulons, nous demandons, nous exigeons que les partenaires sociaux, que les gens du terrain soient associés aux décisions et puissent négocier. Un décret, là encore une fois décision unilatérale souveraine de l'Etat sur les heures supplémentaires va fixer un chiffre ; non !, négocions dans les entreprises, négocions dans les branches."
Vous n'êtes jamais content.
- "Je ne suis pas content quand, en effet, ceux qui nous gouvernent ne veulent pas se mettre en partenariat avec ceux qui font chaque jour le travail de la création des biens et des services dans ce pays, les salariés et les employeurs. C'est la principale de nos revendications. Changeons de style, assez de règlements, assez de décisions unilatérales, dialoguons sur le terrain."
On va parler des plans sociaux parce qu'aujourd'hui, ils se mettent en place et il y a des milliers de suppressions d'emplois qui sont annoncées. Franchement, est-ce que les chefs d'entreprise ne pouvaient pas avoir plus d'imagination dans les solutions à la crise possible alors que vous-même, avec vos universités d'été vous allez parler d'éthique et de valeurs. L'emploi est quand même une valeur essentielle.
- "On a créé, je crois que L. Jospin l'a rappelé, 1 500 000 emplois en quatre ans. Il y a actuellement, dieu sait qu'on le souligne, un retournement de conjoncture et un ralentissement économique ; il est inévitable qu'il y ait des plans de licenciements, des plans sociaux. Vouloir le nier ou le bloquer, comme on a tenté de le faire par la loi dite de modernisation sociale, c'est simplement refuser de voir les réalités. Le nombre des plans sociaux reste limité par rapport à l'ampleur des créations d'emplois du temps de la croissance. Les entrepreneurs font le maximum pour traiter ces réductions d'effectifs inévitables de la manière la plus conforme à la dignité de la personne. C'est un des thèmes, bien entendu, de notre université d'été : comment, dans la croissance, mieux respecter la dignité des personnes, mieux protéger la nature et mieux se conformer aux valeurs éthiques, aux valeurs morales ? C'est l'ensemble de notre réflexion dans les jours qui viennent à Jouy-en-Josas où nous serons plus de 2 000 avec 150 intervenants venus de tous bords."
Et des invités comme J.-P. Chevènement, A . Juppé. Vous avez même invité José Bové mais il ne vient pas.
- "José Bové n'a pas voulu venir"
Vous êtes très éclectique dans vos invitations !
- "J'espère qu'il ne s'invitera pas à sa manière, c'est-à-dire pour venir recommander de casser les expériences des uns ou des autres, dans l'illégalité la plus totale. Nous aurions été heureux de parler avec lui s'il avait voulu, il n'a pas voulu. Cela dit, nous avons invité quelques personnalités politiques, celles qui ont un peu de temps"
C. Allègre.
- "C. Allègre, Chevènement, des gens qui ne sont plus aux affaires. D'ailleurs l'université d'été est un moment de réflexion, ce n'est pas un moment d'affrontement. Nous n'avons pas de raison de demander à ceux qui sont en charge des affaires actuellement de venir. Nous prenons ceux, intelligemment, ont actuellement le temps de réfléchir, de venir nous parler et de nous permettre à nous, entrepreneurs, de nous mettre en interface avec la société civile."
Vous avez menacé depuis des mois de quitter la Sécurité Sociale et les organismes paritaires.. Vous confirmez puisque vous déplorez que ces excédents servent à financer les 35 heures votre sortie ?
- "Nous partons. Nous comprenons que l'UPA, les artisans bricolent avec le gouvernement je ne sais quelle solution de façon à ce que cela puisse juridiquement continuer à fonctionner. Nous n'y voyons pas d'inconvénient mais nous voulons surtout, là aussi, la réforme, la clarté et qu'on ne prenne pas l'argent de la Sécurité Sociale pour financer les 35 heures. S'il vous plaît, de l'assouplissement et si on veut bien par décret."
Vous connaissez bien L. Jospin, vous l'avez vu hier, vous croyez qu'il est candidat ?
- "Ce n'est franchement pas mon affaire, les entrepreneurs ne font pas de politique."
Dans tous les livres sur L. Jospin, on raconte votre amitié avec lui à l'ENA et au Quai d'Orsay, quel est votre avis personnel ?
- "Si Poivre d'Arvor n'est pas arrivé à lui tirer les vers du nez, ce n'est pas moi qui vais le faire !"
(Source http://www,http://www.medef.fr, le 13 janvier 2003)
- "Je l'ai connu en meilleure forme pour être très franc. Quand le patron arrive à la rentrée dans les entreprises, on regarde un peu comment il est et ce qu'il dit. Je l'ai trouvé franchement assez tendu et ne donnant pas réellement confiance, il était sur la défensive, cela s'est senti. Nous, les chefs d'entreprise, nous avons avant tout regretté que le mot "dialogue social", le mot "rénovation sociale" n'aient pas été prononcés, que le mot "syndicat" n'ait pas été prononcé. On a en revanche beaucoup parler d'Attac et donc, on a eu le sentiment qu'il oblitérait complètement notre énorme effort pour essayer de pousser notre société vers la refondation sociale et la réussite par cette voie."
On va parler quand même des 35 heures, vous devez peut-être crier victoire là-dessus, mais avant un mot sur la conjoncture ; est-ce que vous partagez ses prévisions de 2,3-2,5 % de croissance ?
- "Je ne partage pas les grandes prévisions du gouvernement puisqu'on nous a raconté qu'on allait avoir une année 2001 à 3,3 % de croissance et puis on gère, mois après mois, la déception. Nous avons dit, quant à nous, en mai 2000 que l'année 2001 serait une année de répercussion sur l'économie française du ralentissement américain. Nous avons chiffré la croissance à 2,5 % et nous avons dès le départ trouvé que toutes ces prévisions étaient beaucoup trop optimistes."
Et aujourd'hui ?
- "Aujourd'hui, il y a du réalisme, on se rallie à cette vision. Nous sommes actuellement plutôt sur une croissance de 1,5 % puisque c'est la moyenne"
1,5 % ?
- "C'est la moyenne entre un début d'année à 3 % et ce que nous faisons actuellement qui conduira à 2,5%. C'est beaucoup plus préoccupant qu'on ne croit et nous avons beaucoup de regrets sur le fait que les pouvoirs publics, le gouvernement, n'aient pas fait la première chose qui s'imposait, c'est-à-dire réduire la dépense publique de façon à faire en sorte qu'il n'y ait pas l'apparition des déficits et forcément de nouvelles ponctions tant qu'à faire."
L. Jospin a réaffirmé qu'il poursuivait sa politique de baisse d'impôts et qu'il ne laisserait pas "filer le déficit", c'est l'expression consacrée. Vous pouvez être rassuré.
- "Il devrait donc y avoir réduction de la dépense publique. Or, je n'ai pas l'impression que le budget 2002 s'oriente dans cette voie-là. On verra comment cette équation très politique se résoudra."
Vous n'êtes par contre la création des postes d'infirmières ?
- "Pas du tout ! Mais c'est la Sécurité Sociale qui les paie, c'est-à-dire en fait les cotisations de la Sécurité Sociale. Vous savez que l'hôpital public est géré par l'Etat mais qu'il est financé par les ressources de la Sécurité Sociale. Or, quelle consultation y a t-il eu des partenaires sociaux et de quiconque sur cette décision ? C'est là aussi une décision d'Etat ; où est le dialogue ?"
Parlons des 35 heures, vous avez demandé depuis des années l'assouplissement ou la suppression de cette loi. L. Jospin annonce qu'elle sera assouplie pour les PME ; vous criez victoire ?
- "Nous avons, depuis trois ans, indiqué que l'affaire des 35 heures n'avait pas de sens dans les petites entreprises. Il y en a plus de 1 150 000 en France et actuellement, comme vous le savez, les 35 heures ne sont appliquées que dans environ 50 à 6 .000 entreprises. Il y en a 1 150 000 qui ne l'ont pas fait."
Mais les 35 heures concernent déjà la moitié des salariés français.
- "L'application des 35 heures touche la moitié des salariés français parce que les grandes entreprises ont beaucoup de salariés. C'est un énorme problème. On nous donne aujourd'hui un début de réponse mais on n'a rien dit de précis. C'est une question que nous avons posée à M. Aubry il y a trois ans."
On peut s'attendre à une augmentation des heures supplémentaires.
- "Par décret. J'ai entendu madame Notat il y a un instant, je suis à 100% d'accord : nous voulons, nous demandons, nous exigeons que les partenaires sociaux, que les gens du terrain soient associés aux décisions et puissent négocier. Un décret, là encore une fois décision unilatérale souveraine de l'Etat sur les heures supplémentaires va fixer un chiffre ; non !, négocions dans les entreprises, négocions dans les branches."
Vous n'êtes jamais content.
- "Je ne suis pas content quand, en effet, ceux qui nous gouvernent ne veulent pas se mettre en partenariat avec ceux qui font chaque jour le travail de la création des biens et des services dans ce pays, les salariés et les employeurs. C'est la principale de nos revendications. Changeons de style, assez de règlements, assez de décisions unilatérales, dialoguons sur le terrain."
On va parler des plans sociaux parce qu'aujourd'hui, ils se mettent en place et il y a des milliers de suppressions d'emplois qui sont annoncées. Franchement, est-ce que les chefs d'entreprise ne pouvaient pas avoir plus d'imagination dans les solutions à la crise possible alors que vous-même, avec vos universités d'été vous allez parler d'éthique et de valeurs. L'emploi est quand même une valeur essentielle.
- "On a créé, je crois que L. Jospin l'a rappelé, 1 500 000 emplois en quatre ans. Il y a actuellement, dieu sait qu'on le souligne, un retournement de conjoncture et un ralentissement économique ; il est inévitable qu'il y ait des plans de licenciements, des plans sociaux. Vouloir le nier ou le bloquer, comme on a tenté de le faire par la loi dite de modernisation sociale, c'est simplement refuser de voir les réalités. Le nombre des plans sociaux reste limité par rapport à l'ampleur des créations d'emplois du temps de la croissance. Les entrepreneurs font le maximum pour traiter ces réductions d'effectifs inévitables de la manière la plus conforme à la dignité de la personne. C'est un des thèmes, bien entendu, de notre université d'été : comment, dans la croissance, mieux respecter la dignité des personnes, mieux protéger la nature et mieux se conformer aux valeurs éthiques, aux valeurs morales ? C'est l'ensemble de notre réflexion dans les jours qui viennent à Jouy-en-Josas où nous serons plus de 2 000 avec 150 intervenants venus de tous bords."
Et des invités comme J.-P. Chevènement, A . Juppé. Vous avez même invité José Bové mais il ne vient pas.
- "José Bové n'a pas voulu venir"
Vous êtes très éclectique dans vos invitations !
- "J'espère qu'il ne s'invitera pas à sa manière, c'est-à-dire pour venir recommander de casser les expériences des uns ou des autres, dans l'illégalité la plus totale. Nous aurions été heureux de parler avec lui s'il avait voulu, il n'a pas voulu. Cela dit, nous avons invité quelques personnalités politiques, celles qui ont un peu de temps"
C. Allègre.
- "C. Allègre, Chevènement, des gens qui ne sont plus aux affaires. D'ailleurs l'université d'été est un moment de réflexion, ce n'est pas un moment d'affrontement. Nous n'avons pas de raison de demander à ceux qui sont en charge des affaires actuellement de venir. Nous prenons ceux, intelligemment, ont actuellement le temps de réfléchir, de venir nous parler et de nous permettre à nous, entrepreneurs, de nous mettre en interface avec la société civile."
Vous avez menacé depuis des mois de quitter la Sécurité Sociale et les organismes paritaires.. Vous confirmez puisque vous déplorez que ces excédents servent à financer les 35 heures votre sortie ?
- "Nous partons. Nous comprenons que l'UPA, les artisans bricolent avec le gouvernement je ne sais quelle solution de façon à ce que cela puisse juridiquement continuer à fonctionner. Nous n'y voyons pas d'inconvénient mais nous voulons surtout, là aussi, la réforme, la clarté et qu'on ne prenne pas l'argent de la Sécurité Sociale pour financer les 35 heures. S'il vous plaît, de l'assouplissement et si on veut bien par décret."
Vous connaissez bien L. Jospin, vous l'avez vu hier, vous croyez qu'il est candidat ?
- "Ce n'est franchement pas mon affaire, les entrepreneurs ne font pas de politique."
Dans tous les livres sur L. Jospin, on raconte votre amitié avec lui à l'ENA et au Quai d'Orsay, quel est votre avis personnel ?
- "Si Poivre d'Arvor n'est pas arrivé à lui tirer les vers du nez, ce n'est pas moi qui vais le faire !"
(Source http://www,http://www.medef.fr, le 13 janvier 2003)