Interview de M. Jean-François Hory, président du MRG, à France 2 le 11 octobre 1993, sur Bernard Tapie, les négociations du GATT et la politique gouvernementale.

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G. Leclerc : Avec B. Tapie, n'avez-vous pas le sentiment d'avoir misé sur le mauvais cheval ?

J.-F. Hory : Pas du tout. Malgré les querelles qui sont faites à B. Tapie, le MRG lui garde une confiance personnelle et politique entière et nous comptons bien sur son énergie, sa vitalité, ses idées et ses qualités particulières pour affronter les prochaines échéances électorales en bonne position.

G. Leclerc : Au sein du MRG, ça ne pose pas de problèmes ?

J.-F. Hory : Le MRG est un parti démocratique, on peut y avoir des opinions diverses. La personnalité de B. Tapie provoque généralement des jugements contrastés. Donc, tel peut avoir des réticences, tel autre des hésitations. Mais l'opinion très largement majoritaire c'est que B. Tapie est la meilleure carte des radicaux de gauche pour les élections européennes même s'il ne représente pas la tradition radicale.

G. Leclerc : Pensez-vous qu'il y a un complot autour de Tapie ?

J.-F. Hory : Il y a beaucoup de gens à droite, à gauche, en politique, dans les milieux du sport, dans les milieux d'affaires, que les difficultés faites à B. Tapie réjouissent et qui ne font rien pour les alléger.

G. Leclerc : S'il y avait une levée d'immunité parlementaire ?

J.-F. Hory : L'éventuelle levée de l'immunité parlementaire ne préjuge pas de la culpabilité des gens dont on enlève les protections. Il faudrait regarder tout cela avec sang-froid. Pour l'heure, nous avons confiance en B. Tapie. Je tiens à le lui manifester ici.

G. Leclerc : Aux élections européennes, il y aura bien une liste MRG ?

J.-F. Hory : Le MRG en décidera le moment venu. Je souhaite que les radicaux soient indépendants aux élections européennes et que B. Tapie conduise cette liste.

G. Leclerc : Quel est l'objectif de votre "tour de France" ?

J.-F. Hory : Le tour de France des radicaux est destiné à rencontrer les gens, se mettre à l'écoute de leurs préoccupations, les voir dans leurs entreprises, leurs collectivités locales, chez eux, sortir un peu de la liturgie parisienne des partis politiques. Écouter ce que les gens ont à dire et mettre à l'épreuve nos propres propositions puisque le projet radical est en cours d'élaboration. Parallèlement, nous lançons une grande campagne nationale d'adhésion. J'ai l'intention de reconstruire un grand courant radical moderne, militant, humaniste, laïque, un grand parti authentiquement républicain. La première étape de ce travail c'est le tour de France des radicaux qui commence le 5 novembre prochain.

G. Leclerc : Face à l'emploi, avez-vous des solutions nouvelles à apporter ?

J.-F. Hory : Les radicaux pensent qu'il n'y aura pas de solution nationale à ce problème. Il faut donc travailler dans le champ international. Par exemple, nous souhaitons, puisque l'on parle beaucoup du GATT, que le GATT devienne une sorte d'organisation mondiale de l'économie comportant un pacte monétaire, un pacte financier, des clauses sociales, des clauses environnementales et une exception culturelle. Au niveau européen, il faut reprendre l'idée du président de la République proposée au sommet d'Edimbourg : une grande initiative européenne de croissance portant notamment sur les infrastructures. Il y a d'énormes besoins en matière d'aide au développement aussi qui ne sont pas satisfaits et qui peuvent créer des emplois.

G. Leclerc : Comment jugez-vous la politique du gouvernement ?

J.-F. Hory : Le fait que M. Balladur soit courtois et populaire ne change rien au fait qu'il dirige le gouvernement le plus conservateur qu'on ait connu depuis le début de la Ve République. Hausse de la CSG, augmentation des tarifs publics, des carburants, de l'essence, plafonnement des retraites, du SMIC, des rémunérations publiques, allongement de l'âge de la retraite, abaissement du remboursement des médicaments et une dévaluation pendant l'été. Le bilan global est totalement désastreux à nos yeux. Pendant ce temps-là, rideau de fumée : on n'a parlé que de l'OM-Valenciennes. Nous aimerions bien, à l'occasion du tour de France, reparler un peu de politique.