Interview de M. Philippe Séguin, membre du bureau politique du RPR, à France 2 le 7 mars 1993, sur les assises nationales du RPR au Bourget.

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Circonstance : Assises nationales du RPR le 7 mars 1993 au Bourget

Média : France 2

Texte intégral

B. Masure : Vous avez été privé de parole au Bourget ? Qu'auriez-vous dit aux militants du RPR ?

P. Séguin : Je voudrais d'abord regretter qu'on ait craint à tort que notre diversité passe pour de la désunion. J'aurais souhaité dire aux militants RPR précisément que je suis particulièrement heureux d'appartenir à un mouvement politique qui fait de la liberté d'expression en son sein son principe majeur. Je leur aurais dit aussi que la France est malade, qu'elle n'est probablement malade que du socialisme. Je leur aurais dit enfin qu'il faut absolument, compte tenu des difficultés qui nous attendent tenir un langage de vérité et de clarté. Ne pas faire comme M. Clinton qui a annoncé pendant sa campagne électorale qu'il allait baisser les impôts des classes moyennes. Il arrive à la Maison Blanche et il fait exactement l'inverse. Seulement, Clinton a quatre ans devant lui. Nous en aurons deux au maximum.

B. Masure : On a dénombré aujourd'hui cent pour cent pour J. Chirac. Êtes-vous rentré dans le rang ?

P. Séguin : Il y avait eu également quasiment cent pour cent de suffrages pour J. Chirac également en 1990. La personne de J. Chirac n'est pas en cause. Ce qui était en cause, c'était une stratégie, en particulier dans la perspective de ce qui se préparait dans le domaine européen. À cet égard, je crois que nous avons gagné en tout cas au sein du RPR, puisque la majorité des électeurs du RPR ont voté non à Maastricht, ne le regrettent pas, alors que ceux qui ont voté oui se posent parfois des questions et on se rend bien compte aujourd'hui du caractère désastreux pour l'économie française de l'anticipation sur la monnaie unique.

B. Masure : Êtes-vous toujours pour une hausse de la CSG et aussi pour une sortie du Franc du SME ?

P. Séguin : Je ne suis pas pour une hausse de la CSG, mais pour une hausse de la TVA. Je me demande comment on pourra faire autrement. On va trouver un déficit du budget de l'État situé entre 300 et 350 milliards, un déficit de la sécurité sociale qui d'après M. Teulade est de plus de 40 milliards, un déficit de l'assurance chômage qui est situé entre 20 et 40 milliards. Ce n'est pas en 1993 qu'on va pouvoir tirer le plein profit éventuel des privatisations. Si on veut faire ce qu'on annonce, c'est-à-dire un plan d'urgence pour le bâtiment et les travaux publics, un plan d'urgence pour l'agriculture, si on veut aider les PME, si on veut mettre un terme à la pauvreté de la justice et de la sécurité qui sont les grandes victimes de la pénurie budgétaire, il faudra bien trouver de l'argent quelque part. Si on veut trouver de l'argent, il faudra probablement hausser certains prélèvements et si on doit les élever, autant le dire tout de suite, avant les élections et pas après. Il faut prévenir les Français faute de quoi ils seront amers, déçus et nous en serons sanctionnés au moment des élections présidentielles.

B. Masure: Êtes-vous d'accord avec Pasqua qui dit que J. Chirac serait le meilleur premier ministrable dans l'état actuel des choses ?

P. Séguin : Qu'il soit le meilleur premier ministrable, c'est évident. Maintenant, c'est à lui de décider et s'il ne souhaite pas y aller, je crois effectivement, après lui, c'est E. Balladur qui est le meilleur d'entre nous.

B. Masure: Avez-vous envie de rentrer au gouvernement ?

P. Séguin : Je craindrais, si je rentrais au gouvernement, d'affaiblir la crédibilité de la politique monétaire qu'il aurait choisie. Nous sommes dans une situation telle que si nous n'avons pas une baisse rapide de nos taux d'intérêt, nous courons à la catastrophe. D'une part, nous ne pouvons plus investir. Moins 20 % d'investissements industriels au cours des deux dernières années, récession de 0,5 % au cours du dernier trimestre 1992 à cause du niveau des taux d'intérêt et par ailleurs nous sommes en contradiction avec les autres pays européens qui ont choisi de quitter le SME ou de dévaluer. Comment voulez-vous que nous tenions la concurrence avec un pays comme l'Italie qui, en l'espace de quelques mois a baissé ses prix de 25 %. J'espère que la politique choisie permettra d'en sortir. Je préconise pour ma part une politique plus radicale. Je crains que ma participation au gouvernement n'affaiblisse la crédibilité de celle des deux politiques qui aura été choisie.