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"Il faut s'accrocher bec et ongles à la construction européenne" nous déclare le ministre des Affaires étrangères
Le Monde : Vous partiez, avant les élections en France, de la nécessité d'une "remise à plat" des relations avec l'Allemagne. N'avez-vous pas un peu surestimé votre capacité à modifier le rapport d'influence dans le couple franco-allemand ?
Alain Juppé : Il me semble qu'il faut distinguer deux niveaux dans relations. D'abord ce qui est permanent. J'entends dire ici ou là que le caractère privilégié de la relation franco-allemande est mis en cause. Je suis convaincu que ce n'est pas exact. J'ai pu le constater encore récemment à Dresde, lors de la journée que j'ai passée avec mon homologue Klaus Kinkel. Il y a, chez la quasi-totalité des responsables allemands, la volonté que je crois sincère de maintenir le caractère privilégié de cette relation.
C'est du solide, c'est la base de tout. Personne, au gouvernement de Bonn, quelle que soit son appartenance à telle ou telle formation politique de la coalition, ne remet cela en cause. De même en France. Et puis, il y a l'actualité et un certain nombre de sujets sur lesquels les divergences sont peut-être plus difficiles à résorber que nous ne pouvions le penser.
Les différences subsistent à propos du GATT. Il y a eu technique beaucoup de commentaires contradictoires la semaine dernière, mais la réalité aujourd'hui c'est que nos positions ne sont pas encore harmonisées. La France, au moins, a eu le mérite de le dire et de mettre sur le papier ce qu'elle voulait. C'est l'objet des deux documents que nous avons adressés à nos partenaires. Maintenant, on va discuter très concrètement.
Le Monde : Quels sont un peu plus précisément les axes que vous proposez pour un rapprochement sur le GATT ?
Alain Juppé : Les difficultés portent, d'une part, sur ce que nous appelons les instruments de défense commerciale de la Communauté et, d'autre part, sur le volet agricole ; Sur le premier point, les objections de nos partenaires sont plus idéologiques que techniques. La position de la France, qui a d'ailleurs le soutien d'un grand nombre des États membres de la Communauté, consiste à dire : nous sommes pour le libre-échange mais pas pour la foire d'empoigne ; si certains pays usent d'instruments de représailles commerciales unilatérales, il est nécessaire que la Communauté se dote d'instruments équivalents. Nous les avons très précisément définis dans le nouveau mémorandum en cours de diffusion.
La réaction de nos amis allemands ne porte pas sur les mesures proposées. Ils redoutent que le fait même de s'engager dans cette discussion ne soit pour nous un moyen – et pour d'autre un prétexte – d'organiser un nouveau protectionnisme. Il faut que nous les convainquions qu'il s'agit du contraire, qu'en se dotant de ces instruments de politique commerciale, nous voulons faire avancer la libéralisation des échanges, par l'inverse.
Le deuxième point – l'agriculture – est à la fois politique et technique. Nous ne pouvons pas accepter, nous Français, que la capacité exportatrice de la Communauté soit amputée de quinze à vingt millions de tonnes de céréales à échéance de 1999 (dans le total, la France pèse pour plus de la moitié). Voilà la difficulté. Il faut trouver le moyen pour que l'accord de Blair House, sur ce point fondamental, soit changé. Qu'est-ce qui freine du côté allemand ? C'est un peu difficile parfois à élucider. Je crois qu'il y a chez le ministre de l'agriculture allemand une assez grande réceptivité à ce langage et à ces préoccupations, parce que cela concerne aussi les agriculteurs allemands. En revanche, chez d'autres interlocuteurs, le ministre des affaires étrangères par exemple, la divergence porte moins sur le fond que sur les conséquences du débat. L'objectif consiste à dire que si l'on rouvre cette discussion on risque de différer l'accord général sur le commerce. Or, à l'approche des élections allemandes de 1994, la signature d'un accord au GATT apparaît, à ces interlocuteurs-là, comme une condition obligée de la relance ; Voilà où sont les vraies divergences. Elles peuvent se réduire.
Le Monde : Pensez-vous que les dirigeants allemands pourront aller jusqu'à demander, comme la France, une renégociation de l'accord de Blair House avec les Américains ou qu'ils essaieront simplement de trouver des arrangements entre les Douze ?
Alain Juppé : Il y a sans doute en Allemagne des responsables qui excluent toute forme de renégociation de l'accord de Blair House avec les Américains, il y en a d'autres qui sont prêts à s'engager dans cette voie. Ce qui nous importe c'est le résultat. Il n'est pas acceptable pour la France de réduire sa capacité exportatrice dans les conditions prévues par cet accord ; Nous avons proposé des réaménagements de l'accord, des modifications substantielles, des étalements dans le temps, des clauses complémentaires. À Chacun maintenant de se déterminer.
Les quinze jours qui viennent seront cruciaux.
Le Monde : Il n'y a pas d'acceptation possible pour la France d'une réduction des volumes exportés ?
Alain Juppé : Non. Cela est clair, pour nous c'est la ligne rouge que nous ne franchirons pas ; Au nom de quoi peut-on exiger qu'un grand pays ampute de 21 % un de ses postes principaux d'exportation sur les marchés mondiaux ? Cela n'est pas possible.
Le Monde : Est-ce que dans les moyens que vous proposez il y a un allongement du calendrier de l'accord ?
Alain Juppé : Il y a un étalement de la montée en puissance de l'accord. Il y a également la volonté de pouvoir participer à l'augmentation du marché mondial de céréales, s'il augmente dans les prochaines années. Pourquoi la Communauté ne pourrait-elle pas avoir sa part de gâteau, si je puis dire ?
Après la crise des plans de convergence
Le Monde : À la lumière de ce qui s'est passé ces dernières semaines, n'a-t-on pas eu le sentiment à Paris d'avoir été trahi par les Allemands ?
Alain Juppé : Non, je ne poserai absolument pas le problème en ces termes. Le climat des rencontres est bon. Il n'y a pas de trahison, pas de couteau dans le dos. Il y a des pesanteurs, des lobbys dans chaque pays, mais absolument pas de remise en cause du lien politique. La crise monétaire, qui vous conduit peut-être à utiliser ce mot fort, était d'une manière ou d'une autre inscrite dans la logique des choses. Quand deux économies, prépondérantes dans la Communauté, divergent, il y a bien un moment où cela ne peut pas marcher. Nous sommes d'accord pour dire que le vrai problème est de remettre maintenant en convergence nos deux économies. L'Allemagne et la France doivent élaborer ensemble des plans de convergence économique qui redonneront tout son crédit à l'union monétaire et à ses objectifs.
L'identité de l'Europe
Le Monde : Est-ce qu'on peut de manière réaliste espérer régler assez rapidement le problème réduire ce différentiel tant que l'Allemagne n'a pas digéré sa réunification ?
Alain Juppé : Le calendrier est clair et il n'y a pas là-dessus la moindre divergence : c'est le respect de l'échéance du 1er janvier 1994 pour le passage à la deuxième phase de l'union économique et monétaire. Je reconnais bien volontiers que cette phase n'est pas extraordinairement substantielle, mais c'est quand même la mise en place de l'Institut monétaire européen, le choix de son siège, etc. Pour la suite, le Traité de Maastricht présente toutes les souplesses de calendrier possibles. J'admire beaucoup ceux qui peuvent faire des scénarios économiques très précis à échéance de la fin du siècle.
Le Monde : La fréquence des crises dans la Communauté ne fait-elle pas perdre de sa crédibilité à votre discours sur l'Europe, alors que certaines forces politiques la contestent ? Peut-on se contenter de réaffirmer les objectifs de Maastricht et la pérennité de la relation franco-allemande ?
Alain Juppé : Il y a, en France et en Allemagne, des forces qui commencent à dire que l'on pourrait faire autre chose. Mais cette autre chose, c'est quoi ? Quelle est l'alternative ? Quand on y réfléchit, on se rend compte qu'il faut s'accrocher bec et ongles à ce qu'on a essayé de construire depuis trente ou quarante ans. Parce que l'alternative c'est que certains en Allemagne considèrent qu'après tout, avec 80 millions d'habitants, une économie qui digérera d'ici trois ou quatre ans la réunification, une zone d'influence considérable en Europe centrale et orientale, jusqu'en Ukraine et en Russie, l'Allemagne a peut-être moins besoin de la construction européenne qu'elle n'en avait besoin il y a vingt ans. Cette tentation existe, il faut la regarder en face.
Abordons de front certaines questions cruciales. La première est celle de l'identité de l'Europe : est-ce que c'est une zone de libre-échange ou un espace de solidarité ? Et cela pose le problème du GATT, et des instruments de défense commerciale. Deuxième grande question : quid de l'élargissement et de ses conséquences institutionnelles ? Troisième question : les problèmes de sécurité, de défense. Voilà trois domaines où nous avons des initiatives à prendre. Nous y travaillons, les rendez-vous vont s'accumuler dans les six mois qui viennent. L'agenda européen est extraordinairement chargé.
Le Monde : Le camp des "anti-Maastricht" dans la majorité n'a pas désarmé…
Alain Juppé : Le Jour où on me proposera une architecture différente de la Communauté sur tous les grands domaines que je viens d'évoquer, y compris sur la sécurité, je le regarderai avec attention. Mais jusqu'à présent je ne la vois pas.
Le Monde : Souhaitez-vous conduire la liste de la majorité aux élections européennes ?
Alain Juppé : Je n'ai pas fait acte de candidature. J'ai entendu évoquer mon nom, j'y suis très sensible, mais ce n'est pas le moment de choisir la tête de liste. J'essaie de faire sérieusement la tâche qui m'est actuellement confiée. M. Balladur m'a demandé d'être ministre des affaires étrangères, c'est une responsabilité très lourde et absolument exaltante ; j'essaie d'y faire face et je n'ai pas envoie de courir d'autre lièvre. Ma seule préoccupation, c'est de trouver le moyen de soutenir le moment venu une liste commune de la majorité. La politique européenne du gouvernement a l'appui de cette majorité. Il serait tout à fait dommageable pour l'image de la France, son poids au Parlement européen, pour la cohésion de l'action gouvernementale, que les formations politiques se divisent pour des raisons tenant plus à la tactique politique qu'à des différences de fond.
Bosnie : "Que faire d'autre ?"
Alain Juppé : À propos de la Yougoslavie, un membre du gouvernement, François Léotard, a émis des jours derniers certaines réserves sur le plan de paix qui es proposé à Genève, des craintes quant à sa viabilité. Les partagez-vous?
Alain Juppé : Ces inquiétudes, certes, je les partage; qui ne serait inquiet. Mais là encore je poserai une question simple : que pourrions-nous faire d'autre aujourd'hui que d'inciter les différentes parties à se mettre d'accord ? Je ne dis pas qu'il faut faire pression sur les Musulmans pour qu'ils acceptent à toute force ce partage. Nous avons toujours dit qu'il fallait que l'accord soit, politiquement, économiquement, culturellement, viable, donc il ne s'agit pas d'imposer à une partie la volonté des deux autres. Mais il n'y a pas d'autre solution que de les inciter toutes trois à continuer à discuter et peut-être y a-t-il aujourd'hui un petit espoir.
Si cet espoir ne se confirme pas, s'il n'y a pas d'accord à Genève, ce sera dans les mois qui viennent la plus grande catastrophe humanitaire qu'on puisse redouter. Et se posera à un moment ou un autre le problème de savoir ce que fait la FORPRONU, si elle doit cautionner par sa présence cette catastrophe humanitaire. Où cela nous conduirait-il ? L'accord actuellement en discussion posera sans doute beaucoup de problèmes une fois conclu, on ne sera pas sorti d'affaire, loin de là. Mais l'échec des discussions serait évidemment bien pire. Il faut choisir. Moi je choisis d'appuyer ce processus de négociation.
Le Monde : Vous pensez qu'il sera possible par exemple d'assurer la protection des corridors reliant les enclaves à la république musulmane ?
Alain Juppé : Il faudra le faire. Et s'il y a une action à exercer vis-à-vis des Musulmans, c'est bien de les rassurer sur ce plan-là. Je souhaiterais, en particulier, que la communauté internationale recommence le travail qui avait été fait lorsque la signature du plan Vance-Owen paraissait possible. On avait mis au point à ce moment-là une force d'intervention chiffrée à cinquante mille hommes, les États-Unis étant prêts à l'époque à fournir la moitié du contingent. Voilà une discussion qu'il faudrait maintenant réouvrir puisqu'il semble qu'il y ait une possibilité d'accord cette semaine ou dans les semaines qui viennent.
Le Monde : Si un accord est conclu, la France maintiendra-t-elle son contingent de "casques bleus" ?
Alain Juppé : C'est une question qu'il faudra discuter avec le ministre de la défense, avec les plus hautes autorités de l'État, le Président de la République, le Premier ministre, en fonction du dispositif général. Je veux simplement rappeler qu'aujourd'hui, avec six mille hommes sur le terrain, la France a fait son devoir. Certains "conseilleurs" n'ont pas toujours suivi cet exemple !
Le Monde : La menace de frappes aériennes brandie fin juillet par les États-Unis a sauvé les négociations de Genève. Comment M. Izetbegovic aurait-il pu négocier à Genève avec des Serbes qui menaient l'offensive aux abords de Sarajevo ?
Alain Juppé : Cela peut se discuter. Elle a été salvatrice parce qu'elle a été mûrement discutée avec la France et qu'on a évité qu'elle ne soit dévastatrice. Si à l'OTAN on n'avait pas recadré les choses en rappelant que l'ONU était responsable de tout cela, et qu'en toute hypothèse on ne pouvait pas envoyer un avion bombarder où que ce soit sans l'accord du commandement de la FORPRONU, alors la démarche aurait été dévastatrice. Comme il y a eu une bonne collaboration franco-américaine sur ce point lors des deux réunions de l'alliance au mois d'août, elle a peut-être effectivement aidé.
Le Monde : À l'égard de la Bosnie, en quoi votre gouvernement a-t-il changé de politique par rapport au précédent ?
Alain Juppé : Au mois d'avril 1993, quand le nouveau gouvernement a été constitué, la France avait déjà sur le terrain cinq mille hommes. Nous n'avions pas la prétention, à ce moment-là d'effectuer un virage à 180. Je continue à penser que l'affaire a été mal prise au début et que la menace de l'emploi de la force vis-à-vis des Serbes n'est pas intervenue au bon moment. Cela dit, il y a eu inflexion de la politique française. D'abord sur la désignation de l'agresseur le régime serbe. Il faut quand même se rappeler qu'en 1992, lorsqu'on parlait sanctions au conseil de sécurité, la France freinait des quatre fers. Le deuxième exemple, ce sont les zones de sécurité telles que nous les concevons.
Le Monde : Elles ne sont pas en place du tout...
A. Juppé : Elles sont en place de fait. Si aujourd'hui les Serbes attaquent en quelque manière que ce soit la FORPRONU à Sarajevo, la riposte aérienne sera immédiate, tout est prêt.
Le Monde : Les zones de sécurité, telles que vous les présentiez au départ, n'étaient pas faites pour protéger la FORPRONU mais pour protéger les populations.
Alain Juppé : Mais la FORPRONU protège les populations ! C'est inscrit noir sur blanc dans les résolutions de l'ONU que nous avons fait voter. Quand l'OTAN menace de frappes aériennes pour éviter l'étranglement de Sarajevo, on est bien dans ce concept de zone de sécurité.
Le Monde : Ne craignez-vous pas, si le plan de paix vient être appliqué, que la FORPRONU soit amenée à organiser des transferts de population ?
Alain Juppé : Beaucoup ont déjà eu lieu, hélas ! Il y a des moments où, entre population différentes, on ne se supporte plus : la haine atteint un tel degré que la vie commune n'est plus possible. Il semble que ce soit la situation en Bosnie. Le temps je l'espère conduite à la réconciliation.
Algérie : pas de complaisance
Le Monde : Vous avez souhaité récemment une modification du statu quo avec l'Algérie. Que voulez- vous dire précisément ?
Alain Juppé : J'ai d'abord rappelé que la France avait fait un choix clair, c'est de ne pas faire preuve Le complaisance envers les mouvements qui prônent la violence et le terrorisme, fussent-ils d'inspiration religieuse. Je veux parler de l'intégrisme arriveront d'une manière ou d'une autre au pouvoir dans les années qui viennent, que nous n'y pourrons rien et qu'il vaudrait mieux s'entendre avec eux. Ce n'est pas mon avis.
C'est au gouvernement algérien de prendre ses décisions en toute souveraineté. Quand j'ai dit que le statu quo n'était plus tenable, je voulais aussi dire qu'il fallait aller plus vite et plus loin dans la réforme économique. Et puis j'évoquais aussi le dialogue politique. On ne peut pas imaginer que la société algérienne ne secrète pas en son sein des forces démocratiques avec lesquelles le pouvoir ne puisse engager le dialogue. On va voir ce que ce nouveau gouvernement entreprend en ce sens.
Le Monde : À la lumière de ce qui s'est passé récemment en Centrafrique et au Togo, on a l'impression qu'il n'y a pas grand changement dans la politique française sur ce continent...
Alain Juppé : En Afrique, notre action vise à appuyer les transitions démocratiques, tout en respectant le rythme de chaque pays. C'est notamment le cas en Centrafrique et au Togo où les autorités françaises ont agi avec détermination et cohésion pour sauvegarder les processus électoraux – toujours délicats – et permettre la réconciliation nationale. Seule une politique fondée sur l'exigence, la transparence et une commune volonté de rigueur peut permettre de relever, en liaison avec nos grands partenaires occidentaux, les défis sans précédent auxquels doit faire face ce continent.
La réforme du quai d'Orsay
Le Monde : Au moment où le processus de paix au Proche-Orient redémarre, la France est en dehors du coup.
Alain Juppé : Elle est en dehors du coup parce qu'elle s'est fait marginaliser lorsque tout ceci a démarré en 1991. À l'époque, elle défendait la thèse d'une vaste conférence mondiale qui n'a pas été retenue, qui n'était pas bonne. Nous avons essayé quand même de rester le plus présents possible dans cette région en entretenant un grand nombre de contacts bilatéraux et en faisant passer des messages. Quand M. Rabin est venu à Paris, nous avons dit à l'OLP : quand on négocie il faut des mesures de confiance et de désescalade de la violence. L'accord qui vient d'être annoncé entre Israël et l'OLP est une étape décisive. Nous lui apportons un soutien actif comme j'ai eu l'occasion de le dire tant à mon homologue israélien. M. Pérès ; qu'à nos interlocuteurs palestiniens.
Par ailleurs, nous participons aux négociations multilatérales dont M. Rabin m'a dit qu'elles étaient très utiles, parce que c'est un signal d'espérance pour la suite. Notre troisième axe diplomatique dans cette région c'est d'essayer d'être présents là où nous avons un capital de confiance tout particulier, je pense à la construction du Liban. Nous avons fortement invité nos partenaires européens et les pays arabes à contribuer au fonds de reconstruction du Liban. Nous avons obtenu quelques satisfactions.
Le Monde : Jeudi et vendredi vous recevez cent cinquante ambassadeurs de France. Qu'allez- vous leur dire ?
Alain Juppé : Je vais leur parler de la réforme du quai d'Orsay. Il y a dans le ministère une administration de grande qualité, mais je l'ai trouvée inquiète et démobilisée ; elle a des problèmes. C'est la raison pour laquelle j'ai demandé à une personnalité extérieure au département, Jean Pic, d'animer une commission de travail et de faire le diagnostic de la situation.
Le 2 septembre, je tirerai les conclusions de son rapport pour en discuter avec les cent cinquante ambassadeurs présents. Le premier axe, c'est d'essayer de tirer un meilleur parti de notre réseau diplomatique, notamment en restaurant l'idée de mission des ambassadeurs. Il faut aussi s'intéresser plus à la carrière des diplomates, à leur formation. Une troisième priorité est d'améliorer la coordination au sein de l'administration centrale et d'en réformer les structures par leur adaptation à la nouvelle donne internationale, l'évolution européenne et les questions de sécurité notamment. Enfin, il faut essayer de recréer plus de synergie dans l'action extérieure de la France, c'est pourquoi j'ai proposé la création d'un comité interministériel pour rationaliser les différents moyens de cette action. Le Premier ministre, qui préside la réunion des ambassadeurs, a donné son accord à cette proposition. À nous maintenant de donner à notre outil diplomatique toute l'efficacité dont la France a besoin pour tenir son rang.