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"La poste ne se désengagera pas de l'espace rural"
La Croix : Vous êtes intervenu mardi devant l'Association des maires de France (AMF). Pourquoi ? Pensez-vous que la présence postale soit un enjeu important pour le milieu rural ?
Émile Zuccarelli : Élu d'une région rurale, je pense que la présence de La Poste y est une question fondamentale pour la cohésion économique et sociale de notre pays. C'est pour cela que j'ai formulé des propositions devant l'AMF. La Poste doit contribuer à l'aménagement du territoire, et ceci de deux manières. En tant que service public, elle assure une péréquation tarifaire en transportant le courrier au même prix quel que soit le lieu. Et à travers ses 17 000 points de contact, La Poste assure dans de nombreuses communes une gérance du service public.
La Croix : Beaucoup d'élus locaux vous écrivent pour demander qu'on ne ferme pas le bureau installé chez eux…
Émile Zuccarelli : Le réseau ne peut être figé. Mais globalement, sa densité est restée constante depuis plusieurs années. Il n'y a pas de désengagement de La Poste de l'espace rural et il n'y en aura pas.
La Croix : Certains bureaux de postes offrent des services annexes. Qu'en pensez-vous ?
Émile Zuccarelli : J'ai fait établir un bilan de ce type d'actions. Elles sont insuffisantes pour plusieurs raisons. D'abord une quasi-impossibilité pour La Poste de se faire rémunérer ces services supplémentaires : ensuite, des réticences exprimées par ceux qui traditionnellement offraient déjà ces services ; et enfin un certain manque d'intérêt de la part des utilisateurs une fois passé l'enthousiasme du lancement.
La Croix : Que proposez-vous ?
Émile Zuccarelli : Il n'y a pas de fatalité sur ce sujet. C'est pourquoi je veux relancer le processus en créant une concertation institutionnelle au plan national entre La Poste et les représentants des élus locaux. Par ailleurs, j'ai demandé au président de La Poste de réaliser un catalogue de ces opérations de diversification et d'organiser, dans le trimestre, une consultation systématique des élus sur ce sujet dans les 25 départements les plus ruraux.
La Croix : Certains disent que la survie de La Poste – particulièrement en milieu rural – passe par l'élargissement de la gamme des services financiers. Est-ce votre avis ?
Émile Zuccarelli : L'activité des guichets de La Poste en milieu rural est essentiellement financière cela représente jusqu'aux trois quarts des opérations. Je souhaite donc qu'elle développe ses activités de services financiers comme la loi l'y autorise (CCP, épargne, épargne-logement, assurance, etc.). S'agissant de l'offre de prêts sans épargne préalable, c'est un sujet qui a déclenché trop de passion et de craintes irrationnelles. Je souhaite que les réflexions mûrissent et convergent entre les différentes parties concernées. J'y contribuerai.
Propos recueillis par Vincent de Féligonde