Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre du budget et porte-parole du gouvernement, à RTL le 24 octobre 1993, sur les otages français en Algérie, sur le conflit d'Air-France et le climat social, sur les signes d'une embellie de l'économie et sur les négociations du GATT.

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Média : RTL

Texte intégral

Passages Importants

La sécurité des français en Algérie

On comprendra que les premières pensées du Gouvernement aillent aux familles des trois Français qui sont détenus on ne sait où (…) Le Gouvernement a la volonté très ferme de tout faire pour que nos compatriotes retrouvent la liberté. Il condamne l'acte inqualifiable que constitue l'enlèvement de nos trois compatriotes et il exige leur libération immédiate. Il demande au gouvernement algérien de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la communauté française (…) Lui-même a déjà pris toutes les précautions pour assurer la protection des fonctionnaires qui sont sur place (…) et qui assurent la représentation de la France (…)

Quant à la politique de la France vis-à-vis du gouvernement algérien, elle est bien connue : nous soutenons le gouvernement algérien dans le processus de démocratisation (…)

La grève d'Air France

Le Gouvernement a deux objectifs prioritaires (…) : d'une part, il s'agit d'assurer la pérennité de l'entreprise, le sauvetage du pavillon français (…), d'autre part, les conséquences du plan de retour à l'équilibre doivent être équitablement réparties (…)

Je rappelle que toutes les compagnies aériennes du monde ont, ces dernières années, été conduites à adopter des plans souvent drastiques pour faire face à la crise (…)

Chaque jour de grève représente 80 millions de francs, qu'il faudra trouver, en plus des 5,5 milliards que la compagnie a perdus en 1993 (…)

Le Premier ministre s'est engagé à ce qu'il n'y ait pratiquement aucun licenciement alors que 4 000 suppressions de postes sont prévues. (…) Cela sera-t-il possible ? Je rappelle que le dernier plan de redressement d'Air France prévoyait

3 576 réductions de postes et on a compté en tout et pour tout 39 licenciements (…)

Par ailleurs, le Gouvernement a annulé les deux mesures qui paraissaient au personnel, à tort ou à raison, comme les plus inéquitables: l'indemnité kilométrique ramenée à 10 centimes et la réduction des primes de week-end et de jour férié (…)

Question : Ne faudrait-il pas recapitaliser Air France ?

Réponse : L'État est actionnaire d'Air France et il fera son devoir. Il va bien falloir à un moment donné trouver les 5,5 milliards de déficit. À quoi servirait de recapitaliser (…) si, dans un an, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il faudra encore trouver 5 milliards ?

Oui, au sauvetage d'Air France, mais à un sauvetage d'avenir ! (…)

Question : Pourquoi est-ce le Gouvernement qui a mené les négociations et non M. Attal ?

Réponse : Il ne faut pas faire d'un problème de cet ampleur une question de personne (…) Ce qui importe, c'est de trouver les voies et les moyens pour renouer le dialogue social dans l'entreprise et sortir celle-ci de la situation dans laquelle elle se trouve présentement (…)

Le climat social et le cheminement tranquille d'Édouard Balladur

Le Gouvernement n'est pas là pour se cacher. Cela fait tellement d'années que notre pays attend un gouvernement courageux, qui mette en œuvre les mesures nécessaires pour le sortir de la crise! (…)

En portant un jugement sur le style de la grève d'Air France, on serait désobligeant vis-à-vis du personnel qui ressent une inquiétude, une angoisse (…)

Personne ne nous empêchera de mettre en œuvre la politique de réformes que nous souhaitons – réformes sereines, sans a priori, sans idéologie (…)

Le climat social est la justification du cheminement tranquille du gouvernement d'Édouard Balladur. Nous n'avons pas caché à nos compatriotes que la situation était difficile (…)

La lutte contre le chômage par le soutien à l'activité et à la consommation

Compte tenu de la situation économique, le Gouvernement dispose de faibles marges de manœuvres financières (…) Ces faibles marges de manœuvres, nous avons le devoir de les consacrer d'abord à ceux qui ont perdu leur emploi et à ceux qui risquent de le perdre dans le secteur privé (…)

Avec le collectif de printemps, 61 milliards de francs ont été consacrés aux entreprises. Jamais un plan de soutien à l'activité n'a été aussi important dans l'histoire de la Ve République ! (…) Deuxième mesure : 19 milliards de réductions de l'impôt sur le revenu ont été décidées (…)

Qui peut croire que, si nous avons augmenté la CSG c'est la faute du Gouvernement d'Édouard Balladur ! (…)

M. Barre, qui est avare de compliments, a salué le budget comme étant un bon budget. M. Giscard d'Estaing l'a voté, comme la totalité des députés de l'UDF (…) Pouvons-nous faire davantage ? Non car, lorsqu'un État distribue de l'argent qu'il n'a pas, le contribuable doit un jour payer la facture. En 1981, on a augmenté de 15 à 25 % les prestations sociales. Eh bien ! la France a mis cinq ans à s'en remettre (…)

Économie quelques signes d'embellie

Notre souci de dire la vérité ne doit pas nous conduire à dramatiser la situation (…) Je me garderai bien de dire que nous voyons le bout du tunnel (…), mais les éléments dont nous disposions en septembre montrent que l'économie française aperçoit quelques signes d'embellie (…)

Depuis deux ans, le nombre des mises en chantiers de logements ne cessait de reculer. Depuis juillet, il ne recule plus, il progresse. Certes, pas de beaucoup, mais la courbe s'est inversée (…) Quant au nombre des faillites d'entreprises, il y en a eu 60 000 en 1992 (…) Au mois de septembre, on a observé une baisse de 30 % du nombre de ces faillites (…)

Tout cela montre que ce que nous essayons de faire depuis sept mois commence à produire ses effets (…) Quoi qu'il en soit, il faut certainement poursuivre l'effort (…)

La réduction du temps de travail

Finalement, on aurait trouvé la pierre philosophale : s'il y a des chômeurs en France, c'est parce qu'on y travaille trop. C'est faux En France, on travaille moins qu'ailleurs (…)

Question : À cet égard, des propositions émanent de la majorité et un amendement va être soumis au Sénat. Qu'en pensez-vous ?

Réponse : Je n'ai jamais dit que la démagogie n'était pas partagée (…)

Les promesses économiques de la Majorité sont-elles tenues ?

Le rôle du Gouvernement est de prendre toutes les mesures nécessaires pour que cela reparte et, de nouveau, on croie à l'avenir (…) J'espère que les 2 millions de chefs de PMI le comprendront et qu'au lieu d'anticiper l'échec, ils auront le courage et la détermination d'anticiper le succès (…)

Je reste convaincu que ce n'est pas aux entreprises de payer la politique familiale de la nation (…) Avec le budget de 1994, 9 milliards de francs qui étaient payés par les entreprises le seront demain par l'État (…) De plus, les prélèvements obligatoires d'État diminueront (…)

Concernant les recettes de privatisations, soit nous n'avons pas été assez audacieux, soit nous l'avons trop été. Une partie de ces recettes seront utilisées pour engager sans tarder et massivement la lutte pour l'emploi (…)

On ne peut pas dire que les 40 milliards ponctionnés au titre des prélèvements sociaux seront retirés du circuit économique puisqu'ils seront redistribués sous forme de retraites de remboursement de médicaments et d'allocations familiales (…)

La France et le GATT

Au jour d'aujourd'hui, les États-Unis n'ont pas avancé d'un pouce. Je dirai même que sur certains points, notamment l'accès au marché, les États-Unis et le Japon ont régressé par rapport à la position affirmée en juillet dernier à Tokyo. (…) D'une certaine manière, l'intransigeance américaine (…) sort la France de son isolement. (…)

Un bon accord, c'est un accord où les deux partenaires font un pas l'un vers l'autre. (…) Le Gouvernement veut un accord au GATT. Quand on est la quatrième puissance exportatrice du monde, on a tout intérêt à un accord. Mais nous ne signerons pas à n'importe quelles conditions. (…) Un bon accord, c'est un accord où chaque partenaire fait un effort. La France y est prête mais pas à n'importe quel prix. (…) La France fera tout pour qu'il y ait un accord au GATT mais pas au prix du sacrifice de nos intérêts. (…) Je pense qu'il est possible de dégager en France un grand consensus sur le fait qu'il vaut mieux qu'il y ait une signature au GATT que pas de signature. (…) Mais il y a aussi un consensus pour qu'il n'y ait pas de signature à n'importe quel prix. (…)

Oui, nous avons besoin d'un pays rassemblé. (…) C'est une question d'intérêt national. (…)

Édouard Balladur ne prendra pas de décision quant à la signature ou à la non-signature des accords en fonction de contingences de politique intérieure. Le Gouvernement se décidera avec l'obsession de l'intérêt de la France. (…)"

Jacques Chirac et le GATT

Au conseil national du RPR, Jacques Chirac a dit qu'il soutenait le Gouvernement je n'en avais pas douté une minute. Il a été reçu par le Premier ministre, il a confirmé cela. Nous avons besoin de tout le monde, y compris de Jacques Chirac, pour aboutir à un bon accord. Il est un peu caricatural de réduire la position de Jacques Chirac à la seule défense de l'agriculture.

Jacques Chirac et Édouard Balladur

Nous n'allons pas nous donner, au Gouvernement et dans la majorité, le ridicule de nous diviser. Je ne dirai pas un mot contre un responsable de la majorité, et certainement pas contre Jacques Chirac. Chaque décision importante depuis sept mois a été soutenue par la majorité, sans qu'il ait manqué une seule voix à aucun moment. (…)

Même pour l'avenir, je ne suis pas inquiet. En effet, le succès de M. Balladur est indispensable pour toute la majorité. Il ne peut y avoir d'avenir pour personne dans la majorité sur l'échec du Gouvernement de M. Balladur. (…)

Question : Pourquoi n'allez-vous plus aux réunions des conseillers de Jacques Chirac qui se tiennent le mardi à l'Hôtel de Ville ?

Réponse : Parce que le Premier ministre a demandé à chaque ministre de s'occuper de son département ministériel et de ne pas se préoccuper des élections présidentielles. C'est ce que je fais et chacun des ministres est bien inspiré de faire de même. C'est pourquoi nous avons un Gouvernement où il n'y a pas de bagarres, pas de divisions et, jusqu'à présent, ni couacs, ni discordes. (…)

Pour moi le changement a commencé en 1993. (…) Quand on réforme les retraites, les procédures d'immigration, le code de la nationalité, l'impôt sur le revenu, le Conseil supérieur de la magistrature, la Haute Cour, c'est une vraie rupture. Je n'ai pas le sentiment que Jacques Chirac ait dit le contraire. (…)

Le congrès du PS

Honnêtement, je ne suis pas arrivé à me passionner pour cet événement considérable… (…) Le monde bouge, la France est aux prises avec des problèmes considérables. Et pendant deux jours qu'ont fait les socialistes ? Du nombrilisme : ils ont parlé d'eux, pour eux et entre eux. (…) À mon avis, ils n'ont pas encore compris ce qui s'était passé il y a sept mois. (…)

Question : Que pensez-vous de la proposition de Michel Rocard de constituer une liste pour les élections européennes qui comprenne une moitié de candidates ?

Nous connaissons maintenant le programme européen de Michel Rocard, un homme, une femme.