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"Il faut une clause sociale dans les accords de commerce"
Marc Blondel, secrétaire général de FO, propose notamment d'interdire le commerce des produits qui font appel au travail des enfants. Entretien.
Les confédérations réformistes des sept pays les plus industrialisés (pour la France, la CFDT et Force ouvrière) se sont rencontrées la semaine dernière à Tokyo. Elles espèrent que les gouvernements s'entendront pour réformer le commerce mondial. Davantage que les rapports entre les Sept, ce sont d'abord les relations riches-pauvres qui inquiètent les syndicats.
Libération. Vous rentrez de Tokyo et, comme avant chaque réunion du G7, vous avez déposé ensemble une motion afin qu'elle soit prise en compte par les gouvernements. Qu'en attendez-vous ?
Marc Blondel : Au plan général, les syndicalistes sont comme les autres observateurs : ils attendent que le G7 serve enfin à quelque chose. Pour le sommet de Tokyo, on voit bien que la crise s'élargit et que les gouvernements s'enferment dans une logique d'affrontement – on pourrait même dire dans une logique de guerre – entre les pays riches et les pays en voie de développement, qui comptent 1 milliard de personnes. À Tokyo, tout le monde se dit contre le protectionnisme et, pourtant, tout le monde va le pratiquer. Or, si nous ne rétablissons pas des règles de commerce entre pays riches, si nous ne solvabilisons pas les pays pauvres, la confrontation violente est inévitable. Le protectionnisme et le libre-échange sont deux illusions mortelles qui ne règlent rien. Qu'est-ce qui évite la guerre ? Le commerce, c'est-à-dire l'intérêt conjoint des gens à échanger des produits et des techniques. Il faut donc de toute urgence des règles identiques à tous les pays.
Libération : C'est ce que disent déjà certains pays…
Marc Blondel : Certes. Mais, lorsque nous sommes allés voir le Premier ministre japonais pour lui remettre notre déclaration syndicale, il a été très clair. Les Japonais sont d'accord, par exemple, pour se mettre au diapason des autres pays développés et abaisser la durée légale du travail à 1 800 heures par an. Mais Kiichi Miyazawa a de nouveau été très clair : pour compenser ce surcoût, les Japonais veulent augmenter leur commerce extérieur de 4 %. Autrement dit, rien n'est réglé puisqu'il nous faudra, nous, payer cette diminution de leur durée légale.
Libération : Mais que proposez-vous ?
Marc Blondel : Pour assainir les relations commerciales entre les États, nous voulons introduire une clause sociale dans les accords internationaux. Par exemple, on pourrait décider l'interdiction de faire du commerce sur des productions qui font appel au travail des enfants en âge scolaire. Je rappelle qu'il y a 200 millions d'enfants qui travaillent de par le monde, et dans des conditions épouvantables. C'est à la fois indigne et parfaitement discriminatoire pour les pays industrialisés.
Libération. Oui, mais c'est la seule manière pour ces pays de gagner des parts de marché…
Marc Blondel : C'est pourquoi la seule solution réside dans l'édification d'un autre système de normes. La France achète du jasmin à l'Égypte pour sa production de cosmétique. Ce jasmin est cueilli la nuit par des enfants de 5 à 12 ans. Il ne s'agit pas de dire qu'on n'achète plus cette production (ce serait du protectionnisme) mais d'en augmenter le prix de façon suffisante pour que ce soient des adultes qui travaillent pour un salaire conséquent et avec tous les droits syndicaux.
Libération : Quand on voit que les syndicats ne sont pas capables de s'opposer aux délocalisations, on peut douter du débouché de cette proposition…
Marc Blondel : Le Premier ministre japonais, le président de la République française et son Premier ministre nous ont fait savoir qu'ils voulaient discuter avec leurs partenaires de cette clause sociale. La question est de savoir si les Sept lèveront les hypothèques sur la fameuse ingérence dans les affaires des autres pays. Maintenant, quand je vois que des entreprises françaises, y compris publiques, exigent des pays où elles délocalisent leur production qu'il n'y ait pas de syndicat, je m'interroge : qu'est-ce qu'elles cherchent ? À faire baisser le coût du travail au point de tuer les marchés potentiels qui pourraient s'ouvrir ? Il faudrait tout de même qu'elles comprennent qu'à trop chercher à préserver leurs petits intérêts à court terme, elles vont tout faire péter. On pourrait en dire autant de la politique de la Banque mondiale ou du FMI.