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La Tribune : Édouard Balladur a demandé aux présidents des conseils régionaux de s'associer à sa politique. Avez-vous répondu positivement ?
Charles Millon : La réunion de mardi soir a été un échange de vues pour savoir comment on pouvait démultiplier la politique du gouvernement. Même si les régions ne peuvent pas apporter de participation financière, elles peuvent participer à la mobilisation nationale pour lutter contre le chômage.
La Tribune : Les quelque 3 milliards consacrés dans le collectif aux contrats de plan État-régions peuvent-ils être mobilisés d'ici à la fin de l'année ?
Charles Millon : Oui, mais cela était déjà acquis. Le gouvernement actuel respecte les engagements que le gouvernement précédent n'avait pas tenus.
Il faut aller bien au-delà. L'État en a la possibilité grâce à l'emprunt de 40 milliards. Il avait été annoncé que, sur cette somme, 10 milliards seraient consacrés à l'emploi. Nous demandons que ces 10 milliards soient délégués aux régions avec un contrat d'objectifs. Car nous craignons, si ces crédits se perdent dans des procédures nationales lourdes, que celles-ci n'accouchent d'une souris.
La Tribune : Quelles propositions avez-vous faites ?
Charles Millon : Pour assouplir le marché du travail, il conviendra, à moyen terme, de donner aux régions des compétences générales pour la formation professionnelle et de décentraliser l'ANPE. Ceci implique de décentraliser toutes les mesures en faveur des jeunes de seize à vingt-cinq ans. Aujourd'hui, la région a compétence pour l'apprentissage, mais non pour l'insertion et la qualification. Il est donc difficile de conduire des politiques d'ensemble. Quant à l'ANPE, elle ne doit plus être seulement un centre de recueil statistique. Ses agences régionales doivent être des lieux où, entre la demande et l'offre d'emploi, s'insère la formation.
La Tribune : Et à court terme ?
Charles Millon : Un plan État-région, alimenté par des fonds provenant de l'emprunt, permettrait aux régions de lancer une grande politique d'apprentissage. Je rappelle qu'un apprenti sur une année entière coûte entre 20 000 et 40 000 francs. Les régions peuvent passer des contrats avec les unions professionnelles et les mobiliser. On peut très vite atteindre l'objectif de 600 000 apprentis.
Nous avons également proposé la création de zones d'expérimentation ou d'innovation, bénéficiant, sous contrôle de l'État, de dérogations aux réglementations fiscales.
La Tribune : Quel serait le programme régional de travaux publics ?
Charles Millon : Avec une dotation de l'État, les régions seraient en mesure de lancer très rapidement des travaux routes, lycées, infrastructures. Elles sont prêtes à contracter avec l'État un plan d'urgence, et ce, pour soutenir les entreprises locales.
La Tribune : Pensez-vous que le gouvernement a bien fait de renoncer à compenser les baisses de salaires ?
Charles Millon : C'est la sagesse. C'est une affaire entre chaque entreprise et ses salariés. Si cela devenait une solution générale, on s'engagerait dans un phénomène de récession-déflation impossible à maîtriser. Aujourd'hui, la France souffre d'un écroulement de la demande et c'est pourquoi le problème de la déflation est, dans l'état actuel des choses, tout aussi préoccupant que celui des déficits publics.